Vendredi 21 Octobre. Nous sommes en baie de Concarneau. Roland Jourdain et Corentin viennent de débarquer du bateau, et je suis là, seule à bord de Tara Tari. Il est 9h du matin, l'air est frais, et le vent souffle dans ce ciel tout bleu. C'est la première fois que je pars pour une telle navigation en solitaire.
Le zod s'éloigne, je tourne la tête, fixe l'étrave de Tara Tari. "Petit bateau, nous allons vivre notre première vraie nav' ensemble". Avec un bout, je m'attache au bateau. Dans tous les sens du terme, je me suis attachée. Je souris, un peu bêtement, tapote affectueusement le pont. Tara Tari, mon complice.
Un peu nerveuse, je range quelques bouts, observe les voiles, le vent, la côte. Mon coeur bat un peu plus fort et je souris toujours. Il n'y a bord, aucun instrument qui indique la vitesse ou la direction du vent, je n'ai pour source d'informations, que l'observation de la mer, des voiles, et parfois aussi de mes cheveux qui peuvent servir de girouette. Nous avons une bonne vitesse et je m'installe à l'arrière pour barrer. Pas de pilote automatique, il va falloir barrer tout le temps. Un dernier regard vers Concarneau. Je respire profondément.
Je pense à Corentin. Normalement c'est lui le capitaine. C'est assez particulier d'être seule à bord, nous avons passé de bons moments à deux sur l'eau. La transmission n'aurait pas pu mieux se passer et maintenant me voilà seule avec Tara Tari. C'est une étape importante et je suis vraiment heureuse.
15 à 20 noeuds de vent de secteur Est. J'avais regardé la météo sur Windguru, le site des surfeurs et des véliplanchistes, avant de partir. Cela signifie que j'ai le vent dans la figure. A l'aller déjà nous étions venus face au vent, là rebelote. Les ventilateurs ont de l'humour.
Coup d'oeil sur la carte. Je vais devoir tirer des bords entre l'axe Les Glénan - Groix et la côte. Une maille à l'endroit, une maille à l'envers. C'est maman qui va être contente, elle qui pensait qu'une fille préférait le tricot aux navigations solitaires.
Il faut que je m'organise. Je commence à me prendre des vagues et je suis en jean, pieds nus avec deux gros pulls. Partis un peu vite, je n'ai pas pris le temps de m'équiper et là, lâcher la barre dans ces creux et ce vent n'est pas simple. J'arrive à attraper ma veste, c'est déjà ça. Le bateau n'est pas tout à fait encore en configuration parfaite et cela me fait faire un peu d'exercice. Par exemple, l'ancre et sa chaîne sont simplement posées sur le pont, alors comme le bateau gîte, la chaîne a tendance à vouloir faire trempette et file dans les ouvertures du cockpit, sous le vent. Déjà que Tara Tari n'est pas le voilier le plus rapide du monde, si je laisse traîner la chaîne de l'ancre dans l'eau, je ne suis pas arrivée!
Dans ces premières heures, je prends mes marques en essayant de barrer de différents endroits, grâce au renvoi de barre (le bout vert sur la photo, en dessous). Avec le vent et les vagues, je reste assise un long moment sur le bord au vent, un peu au rappel. Mais ma place préférée, c'est assise sur les bouts, près de la barre. Cet endroit est bien agréable car il est suffisamment bas sur l'eau pour me permettre de voir sous le vent des voiles. Et puis c'est confortable. L'autre endroit 5 étoiles est à l'arrière, assise sur les anciennes voiles, là on est au top. Mais pour le moment, je dois rester dans le cockpit. Le vent soutenu rend la navigation assez sportive.
J'enfile mon ciré, grignote une figue séchée et bois un peu d'eau. "Un peu d'eau" c'est aussi ce que je me dis en voyant l'intérieur du bateau. Il y a une entrée d'eau par le caisson étanche, pas assez bien réparée et je dois écoper. Pas le temps de s'ennuyer sur Tara Tari, il y a toujours un petit truc à faire.
TaraTari a une bonne vitesse, mais en tirant des bords plats, je n'ai pas l'impression d'être très efficace. Sur le plan d'eau, peu de bateaux. Un cargo, quelques pêcheurs, et un voilier, au moteur le long des falaises. J'ai pris mes marques et je me sens bien sur le bateau. Il n'y a rien d'autre que la mer, le vent et le bateau. L'air est pur.
Le soleil commence à baisser derrière moi. L'automne est une belle saison, mais les journées sont plus courtes. Et alors que les lumières dorées s'endorment sur les Glénan, j'installe les petits feux sur les haubans (mais les piles sont à plat), je mets ma frontale sur la tête, amarre le projecteur afin de l'avoir facilement sous la main pour éclairer les voiles et le bateau. Avant la nuit, je fais le tour du bateau, histoire d'anticiper une éventuelle avarie. Je prends un petit sac étanche que j'amarre au vent, à l'arrière du bateau et dans lequelle il y a quelques pommes, un peu de pain et de fromage, du chocolat, des fruits secs et de l'eau. Comme ça, tout est à porté de main pour la nuit.
J'appelle Corentin pour lui donner des nouvelles. Au large, quand je ne capte plus, mon téléphone se décharge plus rapidement et je n'aurais plus de batterie d'ici peu. Je lui donne ma position et lui explique que tout va bien.
La nuit est froide, très froide. Le vent est fort, la mer aussi. La houle plus agréable sur un bord que sur l'autre, me malmène un peu et j'ai du mal à remonter face au vent. Quelque chose ne va pas, le foc fait n'importe quoi. J'éclaire et constate que la gaine de l'écoute s'est déchirée, les petits fils se sont emmêlés sur une vis du mât, je vais à l'avant pour dégager le bout et de retour dans le cockpit, je tente de border le foc. Alors que je borde, seule la gaine vient. L'écoute et la contre écoute s'emmêlent. C'est fou, cette capacité qu'ont les bouts à faire, tous seuls, des nœuds indénouables alors qu'il faut aux hommes un apprentissage méthodique pour réussir à faire de nœuds solides.
La situation n'est pas grave mais un peu pénible. L'écoute et la contre écoute sont nouées à trente centimètres du foc et m'empêchent de border la voile comme il le faudrait pour remonter face au vent. Je réfléchis avant d'agir. Si j'arrive à me mettre bout au vent, j'affale le foc, coupe les écoutes et les remplace par deux autres bouts. Seulement avec le vent qu'il y a, et les vagues qui ne m'aident pas, je n'arrive pas à me mettre face au vent. Le bateau gîte pas mal, et je décide de ne rien faire tant qu'il fait nuit. La conséquence de ce petit problème, c'est que je remonte mal au vent, je serai plus lente mais cela ne me met pas en danger. Aller bricoler à l'avant dans ces conditions me semble plus périlleux qu'autre chose. Je continue ma route vers le phare de Pen Men.
Régulièrement j'éclaire les voiles. Il y a beaucoup de pêcheurs sur cette zone. Et puis à babord, je vois deux feux, rouge et vert, s'approcher très, trop, rapidement. Le projecteur à la main, j'éclaire les voiles et le pont de manière assez continue pour indiquer le sens de ma route. Le bateau détourne sa route, passe derrière moi, mais pas très loin. Grâce à la lumière de la nuit, je distingue que c'est un vieux gréement. Sa silhouette est superbe, filant au portant dans cette mer formée. La fatigue aidant, je contemple cette rencontre nocturne, rêvant éveillée à l'histoire possible de ce grand voilier.
Il est 4h du matin. La lune se lève. Elle est si belle, je la regarde. Mes pieds nus sont gelés. Trempés et glacés par le froid, je ne peux pas envisager de mettre mes petites converses en toile, alors je regarde dans le bateau, prends deux chiffons qui ont eu dix milles usages. "parfait". Assise sur les bouts, près de la barre, j'emballe mes pieds dans ces chiffons qui ont du être blancs, devenus marrons, par la rouille, la peinture et le gazole. Deux morceaux de tissus ne réchauffent pas, mais isolent mes pieds gonflés par froid. La nuit se passe bien. Je ne dors pas car je dois rester à la barre, mais je me force à tenter une micro sieste de 4 minutes sur les couchettes. Vérifier que tout est clair sur le bateau, tour d'horizon pour surveiller les bateaux. J'éclaire les voiles, regarde encore tout autour de moi et je m'allonge sur la couchette. j'ai mis l'alarme de mon téléphone dans 5 minutes. A peine allongée, je m'endors. Profondément. 1 minute. 2 minutes. 3 minutes. 4 minutes. J'ouvre les yeux, regarde l'heure. Je suis super contente, j'ai réussi instinctivement à me réveiller au bout de 4 minutes. Je file sur le pont, prend un petit morceau de mimolette pour fêter ça. Et la lune avec sa tête de croissant, semble me sourire. Elle doit être contente pour moi.
Avec ces petits soucis d'écoutes, quand le vent est plus fort, je n'arrive plus à virer et je dois empanner pour me remettre au près dans l'autre sens. Oups. Heureusement qu'il fait nuit, personne ne me voit. En même temps je ne suis pas en course, alors ce n'est pas très grave même si je me rends compte que je n'avance pas beaucoup malgré mes longs bords. Le tricot n'est pas mon fort. En mer non plus visiblement. Tant pis. Le bateau est beau, et tout va bien.
Mes pensées ont quartier libre. Elles sillonnent différentes mers. Les tiroirs s'ouvrent de manière assez aléatoire. Et puis soudain, je réalise que je suis là, en mer, seule, sur ce petit voilier qui représente déjà tant pour moi. Je viens de passer une année clouée dans un lit d'hôpital avec un rêve, et me voilà en mer, seule et heureuse. Je frissonne. Mes yeux sont humides, et cette pensée heureuse me réchauffe le corps de l'intérieur. Un moment intense. Je parle à voix haute au bateau, lui confie quelques secrets et le remercie. Si fort.
Le ciel s'éclaire. Le soleil se lève mais le vent ne se calme pas, c'est assez fatiguant. Je retourne prendre un ris pour calmer un peu le jeu. Petit coup de fil à Corentin, je lui dis que je suis proche de Pen Men... mais c'est une illusion d'optique. Ce phare semble toujours plus près qu'il ne l'est vraiment. C'est quelque chose que l'on sait, mais on se fait souvent avoir, car il faut le contourner, et du coup bien que l'on progresse dans la bonne direction, on reste longtemps à la même distance de la pointe de l'île. Je préviens Corentin que je ne pense plus pouvoir l'appeler après car mes batteries sont vides. Il me donne quelques infos météo "le vent va tourner et sera un peu plus sud, il gardera sa force, et à midi il sera plein sud". Le téléphone s'éteint et je descends brancher la VHF portable (unique vhf à bord) mais rien. Les batteries sont à plat. Elles ont dû se passer le mot. Drôle de complot, ça sent le bizutage. Quoiqu'il en soit, je n'ai plus aucun moyen de communication à bord. Parfait.
Je n'ai toujours pas dormi depuis 24h, (à part la micro sieste de 4 minutes) et il faut que je me repose. En attendant que le soleil soit un peu plus chaud, je me place sur le plan d'eau de manière à pouvoir me reposer. Un bord vers Groix avec beaucoup d'eau à courir, et pour le moment pas de bateau à vue. Recroquevillée sur les bouts, la main sur la barre, la tête sur le rebord du pont, je vais m'accorder une petite sieste. Le bateau avance tout seul, car j'ai réussi à trouver un bon réglage, alors la barre fait un mouvement régulier. Le fait de garder la main dessus me permet, même dans mon sommeil, de rectifier la trajectoire si le bateau venait à partir au lof par exemple. Pas de montre au poignet, j'observe le soleil et évalue à peu près l'heure. Il doit être 10h. Je m'endors.
Il fait bon et le vent s'est calmé. j'ai du dormir une heure et je suis en pleine forme. Je lâche le ris et constate avec bonheur que le vent a enfin tourné un peu. Ce qui me permet de faire route vers la maison. Le vent se remet à souffler plus fort. Plus loin, un trimaran MOD70 semble voler sur une coque, c'est impressionnant. Et puis, il est temps de tirer un peu la barre. Je m'approche de la côte, je sais que le chenal est un peu plus loin, mais ce n'est pas grave, il faut que je passe par là. Là, c'est Kerpape. Là, c'est sous les fenêtres de la chambre 212. Et là, je suis de l'autre côté de la fenêtre. Je passe près de la cardinale. Cette cardinale jaune et noire que j'ai regardé tous les jours de l'année kerpapienne. Cette première nav en solo, devait aussi passer par là. C'est symbolique et important pour moi. Et je repousse la barre, pour récupérer le chenal de la passe Ouest. Le vent est Sud, et j'ouvre donc les voiles. Il y a beaucoup de bateaux sur l'eau. Tara Tari va vite, et les plaisanciers que je croise saluent tous le bateau, prennent des photos. Mais je suis un peu dans ma bulle, sereine, seule avec Tara Tari.
Je me place à droite du chenal, pour ne pas avoir à manoeuvrer en passant la citadelle de Port-Louis. Les voiliers sont au moteur, Tara Tari déboule sous voiles. Larmor-Plage, Kernevel, ça y est j'arrive... encore quelques minutes, je prépare les amarres tout en m'approchant de la Base des Sous Marins.
Cette base a été construite par les Allemands, entre 1941 et 1944. Ces énormes bunkers font froid dans le dos mais font partie de l'histoire de Lorient. Le complexe est composé de trois bunkers, mais aussi de deux Dom-Bunkers au port de pêche, et d'un autre bunker un peu plus loin, sur les rives du Scorff. Le tout a nécessité le travail de 15 000 personnes et le coulage de près d'un million de mètres cubes de béton. Les trois bunkers de Keroman comptent entre cinq et sept alvéoles destinés à accueillir sous-marins, couverts par des toits d'une dizaine de mètres d'épaisseur. Les aviations britanniques et américains ont bombardé Lorient dans tous les sens pour détruire ces bunkers, en vain. Après la guerre, la Marine a récupéré l'endroit encore utilisé comme base de sous marins. En 1997, les militaires s'en vont et la "base" se tourne vers le nautisme. Les voiliers de course s'installent et en quelques années Lorient et sa base sont devenus un pôle de course au large de référence.
Il y a aussi une épave de sous-marin, qui sert un peu de brise-lame. Là, en passant l'épave, il y a toujours un petit dévent créé par les bunkers. Je me prépare donc à un petit empannage, borde la GV au max pour me concentrer sur le foc. Dévent, petit empannage et "bing", la bôme bouge de 5 cm et me donne une petite pichnette au-dessus de l'oeil. ça ne me fait pas mal, et je me concentre sur la nav dans l'étroit chenal qui mène au ponton de la Cité de la Voile. Mon oeil se brouille, je passe la main... elle est toute rouge. Mon visage est en sang, je me suis ouvert l'arcade sourcilière! quelle idée. Ce n'est pas grave, je me concentre sur mon arrivée car j'ai pas mal de vitesse et personne ne m'attend au ponton, je vais donc devoir gérer seule. Je mets les voiles en ciseaux, je prends l'amarre et saute sur le ponton flottant sur lequel Tara Tari beach presque. Manoeuvre réussie. J'amarre le bateau. J'ai réussi. Je suis arrivée au bout de cette première belle navigation qui n'a pas été toujours confortable, mais je suis vraiment très heureuse. Il est bientôt 18h, j'ai donc passé 33 heures en mer pour faire Concarneau - Lorient. C'était long mais super, j'ai adoré cette première fois.
L'équipage du Rara Avis du Père Jaouenn, amarré à côté, vient me donner un coup de main pour déplacer le bateau de l'autre côté du ponton, ils m'accueillent à bord, soignent ma plaie et m'offrent un bon thé chaud et une banane. Je suis épuisée.
Corentin me retrouve devant Tara Tari, avec un petit kouignaman. Un peu inquiet de ne pas me voir arriver plus tôt, le voilà rassuré. Il me voit heureuse, rigole et me dit "j'avais peur que tu n'aimes pas l'inconfort du bateau... mais tu as aimé cette nav', c'est fichu, tu vas aller jusqu'au bout, j'en suis sûr maintenant".
Capucine
C'est l'histoire d'une jeune femme et d'un joli petit bateau. Ensemble, ils se sont soignés et ont décidé de partir s'amuser et voyager. Suivez les aventures Capucine et Tara Tari! Tout au long de son périple, Capucine Trochet va à la rencontre des personnes et des cultures, apporte son témoignage, apprend de ces échanges. Elle partage son expérience, sa simplicité et son idée que le bien-être est accessible à celui qui veut bien comprendre et prendre le temps.
samedi 5 novembre 2011
jeudi 3 novembre 2011
Roland Jourdain à bord de TaraTari
Vendredi 21 Octobre. Tara Tari a eu l'honneur d'accueillir à son bord le navigateur Roland Jourdain pour une petite virée matinale en baie de Concarneau avec Corentin et moi.
Roland Jourdain, que l'on appelle "Bilou" dans le milieu de la course au large, est un navigateur au palmarès grand comme ça. Débuts en Muscadet, à l'école de la Mini et puis, ensuite, tout s'enchaîne sur de nombreux bateaux. En 1985, il navigue aux côtés d'Eric Tabarly sur la Withbread. Mini 6,50, Formule 40, Figaro, Orma, Imoca, Roland a participé aux plus grandes courses, comme le Vendée Globe ou la Route du Rhum. En 2010, coup double historique, Roland remporte la Route du Rhum pour la deuxième fois consécutive. Aujourd'hui Roland Jourdain se lance sur un tout nouveau support, le MOD70, un trimaran monotype sous les couleurs de Veolia Environnement. "Bilou" est le chouchou du grand public et a tout le respect du milieu de la course au large. Sympa, le coeur sur la main et très concerné par la recherche de solutions plus respectueuses de l'environnement, Roland a monté son équipe, Kaïros, qui l'aide dans la préparation de ses courses mais avec laquelle il mène aussi un projet de recherche sur des matériaux composites plus écologiques que les matériaux habituellement utilisés dans la construction navale. Roland et son équipe vont aider Corentin et l'association Watever dans les recherches menées sur la fibre de jute. A Concarneau, nous découvrons un peu plus encore de cette facette de Roland.
Fondée en 2010 par Marc Van Peteghem et Yves Marre, l'association Watever a pour vocation de porter assistance aux populations démunies qui vivent sur les rives des océans et des fleuves par l'étude et la mise en place de solutions techniques adaptées à leur situations économiques, sociales et climatiques dans tous les domaines liés à l'eau. L'association porte le projet de Corentin et avait coordonné son expédition. Pour ceux qui suivent la Mini; le grand vainqueur Gwénolé Gahinet portait sur son bateau les couleurs de Watever. Gwénolé est aussi l'un des papas de Tara Tari.
Ces quelques bords dans la baie de Concarneau se déroulent dans des conditions favorables. Roland est amusé par ce petit voilier: "Un truc de jeunes ce bateau! c'est tout petit!" Il regarde un peu tout, pose des questions à Corentin sur le jute et la structure du bateau. "Il faudra changer les bouts, on va te passer ce qu'il faut pour remplacer ces écoutes" me dit-il très gentiment.
Roland et Corentin ont un peu la même vision des choses. Ils n'ont ni le même parcours ni le même âge, mais ils ont des rêves et de objectifs semblables et se retrouvent dans les projets de recherches qu'ils mènent sur les fibres et matériaux de composite plus écologiques. Une belle rencontre entre ces deux personnages peu communs. Une rencontre qui va certainement permettre de faire avancer un peu les choses...
Et puis Roland et Corentin sont montés sur le zodiac qu'Emmanuel pilotait, et c'est ainsi que je suis partie pour ma première vraie navigation solitaire à bord de Tara Tari.
Merci Roland, d'être venu à bord,
Capucine
site de Roland Jourdain
site de l'association Watever
photos Emmanuel Poisson-Quinton
Roland Jourdain, que l'on appelle "Bilou" dans le milieu de la course au large, est un navigateur au palmarès grand comme ça. Débuts en Muscadet, à l'école de la Mini et puis, ensuite, tout s'enchaîne sur de nombreux bateaux. En 1985, il navigue aux côtés d'Eric Tabarly sur la Withbread. Mini 6,50, Formule 40, Figaro, Orma, Imoca, Roland a participé aux plus grandes courses, comme le Vendée Globe ou la Route du Rhum. En 2010, coup double historique, Roland remporte la Route du Rhum pour la deuxième fois consécutive. Aujourd'hui Roland Jourdain se lance sur un tout nouveau support, le MOD70, un trimaran monotype sous les couleurs de Veolia Environnement. "Bilou" est le chouchou du grand public et a tout le respect du milieu de la course au large. Sympa, le coeur sur la main et très concerné par la recherche de solutions plus respectueuses de l'environnement, Roland a monté son équipe, Kaïros, qui l'aide dans la préparation de ses courses mais avec laquelle il mène aussi un projet de recherche sur des matériaux composites plus écologiques que les matériaux habituellement utilisés dans la construction navale. Roland et son équipe vont aider Corentin et l'association Watever dans les recherches menées sur la fibre de jute. A Concarneau, nous découvrons un peu plus encore de cette facette de Roland.
Fondée en 2010 par Marc Van Peteghem et Yves Marre, l'association Watever a pour vocation de porter assistance aux populations démunies qui vivent sur les rives des océans et des fleuves par l'étude et la mise en place de solutions techniques adaptées à leur situations économiques, sociales et climatiques dans tous les domaines liés à l'eau. L'association porte le projet de Corentin et avait coordonné son expédition. Pour ceux qui suivent la Mini; le grand vainqueur Gwénolé Gahinet portait sur son bateau les couleurs de Watever. Gwénolé est aussi l'un des papas de Tara Tari.
Ces quelques bords dans la baie de Concarneau se déroulent dans des conditions favorables. Roland est amusé par ce petit voilier: "Un truc de jeunes ce bateau! c'est tout petit!" Il regarde un peu tout, pose des questions à Corentin sur le jute et la structure du bateau. "Il faudra changer les bouts, on va te passer ce qu'il faut pour remplacer ces écoutes" me dit-il très gentiment.
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| Roland Jourdain à bord de Tara Tari, le 21 octobre 2011 |
Et puis Roland et Corentin sont montés sur le zodiac qu'Emmanuel pilotait, et c'est ainsi que je suis partie pour ma première vraie navigation solitaire à bord de Tara Tari.
Merci Roland, d'être venu à bord,
Capucine
site de Roland Jourdain
site de l'association Watever
photos Emmanuel Poisson-Quinton
Taxi pour Concarneau
Mercredi 19 Octobre. Corentin doit être à Concarneau demain matin pour une réunion importante. De Lorient à Concarneau, il faut compter 40 minutes en voiture, le trajet est simple, facile et confortable selon le véhicule. Mais après ces premières petites navigations à bord de Tara Tari, je me dis que ce serait plus sympa d'y aller en bateau. "Tara Tari peut faire le taxi. Départ mercredi soir, nav' de nuit, et comme ça tu es à l'heure pour ton rendez-vous jeudi matin à Concarneau. Ensuite je ramène le bateau en solo". Corentin sourit, un peu partagé. En chercheur raisonnable, il se dit que ce n'est pas la solution idéale pour arriver en forme et à l'heure à sa réunion, mais l'aventurier spontané a bien envie de dire oui: "je vais réfléchir". L'aventurier fini par convaincre le chercheur "ça me dit bien la nav' de nuit". Et moi je suis ravie! Tara Tari taxi, entre Lorient et Concarneau, l'idée nous plaît. 30 milles à parcourir en une nuit au près, nous relevons le défi.
Il fait nuit et le vent est endormi. La surface de l'eau est lisse comme un lac, et Tara Tari glisse tranquillement vers la citadelle. Tout est calme quand soudain, trois gros semi-rigides nous frôlent, rapides comme des fusées. A bord, des hommes en noir, cagoulés. Ce sont les commandos de marine. Ils s'entraînent souvent par ici. "Vague!" Tara Tari se fait balloter. Merci les cowboys. Retour au calme. Il est déjà 23h30 quand nous passons la citadelle. Je dois passer un petit coup de fil et rentre pour cela quelques minutes à l'intérieur du bateau. Rapide coup d'oeil quand je ressors.. "Corentin.. Là, on va vers Belle Ile". Il y a deux passes pour sortir de la rade, l'une part vers le Sud - où nous sommes -, l'autre vers l'Ouest - où nous devrions être. Demi tour, il faut récupérer le bon chenal. Ce petit écart nous amuse mais ce n'est pas comme ça que nous allons être à l'heure! Concentration dans la salle.
Cette nuit doit être le soir d'une fête nationale dans le ciel breton; les étoiles ne tiennent pas en place, filent dans tous les sens. Feux sans artifices. Nous remontons au près vers Pen Men, le regard vers le ciel. La nuit est vraiment jolie. Et Tara Tari navigue, by night, sans encombre. Tout va bien à bord.
La béquille s'est cassée le pied
Nous avons ficelés sur les haubans deux petits feux de navigation, vert et rouge (comme sur tous les taxis) et aussi un blanc sur le pataras. Je me demande quel bateau arrivera à distinguer ces petites loupiotes timides. Nous avons une lampe de poche un peu plus grande pour éclairer les voiles de temps en temps histoire d'être vus par les pêcheurs que nous croisons. Le vent s'est levé et nous progressons toujours au près. Il est trois heures du matin, je termine une petite sieste. De l'intérieur, grâce au hublot avant, il est possible de voir les voiles et les réglages, le bateau est magnifique vu d'ici. Et puis soudain, un bruit pas tout à fait normal, et un deuxième. Corentin se met aussitôt face au vent et affale les voiles, je bondis sur le pont. Une barre de flèche a lâché - c'est le premier bruit. Enfin c'est l'embout en caoutchouc de la béquille qui s'est envolé. Il faut dire que l'on avait pas vraiment protégé l'ensemble. Le tube est toujours là, c'est déjà ça. Le deuxième bruit, plus inquiétant, vient du mât. Sous la contrainte, une vis du manchon du mât a cédé, à hauteur de la barre de flèche. A la lumière de nos frontales, nous improvisons une réparation. Une longue vis, un bout de caoutchouc bien épais, un petit bout... ça devrait faire l'affaire. Je me sers des petits trous qui servent à adapter la hauteur des béquilles pour fixer le bout au tube. Ça devrait tenir. Corentin est dans le mât place la barre de flèche réparée. Il redescend, souffle un bon coup. On a n'a pas été loin de démâter. Nous hissons les voiles. La réparation semble tenir, le mât est soulagé, et nous aussi. Nous reprenons notre route, vers l'archipel des Glénan.
Ce petit incident est une bonne chose finalement. Il faut savoir se débrouiller avec les moyens du bord. Observer, anticiper, réagir vite. Cette avarie est un cas concret, mise en situation réelle d'un problème qui peut arriver. Dans ce genre de situation, il faut réfléchir vite et bien; analyser les priorités, c'est à dire mettre le bateau en sécurité pour pouvoir réparer sans danger. Pendant mon périple, je devrais certainement faire face à ce type d'incidents et je dois m'y préparer.
Le vent est bien en face de nous. Quelques bords pour avancer sont nécessaires, alors pendant que Corentin se repose, j'en profite pour enchainer quelques virements, cela m'entraîne à manœuvrer seule. Un peu plus tard, nous sommes tous les deux sur le pont. Il y a des pêcheurs partout autour de nous, le jeu consiste donc à garder nos distances pour ne pas être pris dans les fumes des chaluts et aussi d'éclairer assez souvent nos voiles pour signaler notre présence.
La nuit se termine bien, avec du vent et une mer pas trop mauvaise. Vers 5h du matin, Tara Tari se fait escorter par des dauphins. Ils sont plusieurs a jouer avec la coque du bateau, allant d'un côté puis de l'autre, parfois ils sautent ou plongent et reviennent enfin. On ne se lasse jamais de la compagnie des dauphins. "Merci! et faites attention aux pêcheurs!" leur conseille-t-on, avant qu'ils ne s'en aillent.
Le ciel s'éclaircit. Mon moment préféré en mer.
Djian Dong et moi, ce n'est pas gagné
Le vent tombe et le moment que je redoute arrive : mettre en marche le moteur.
Le moteur. Ça devait arriver.
Petit moteur chinois qui marche selon ses envies, Djian Dong et moi avons tout à apprendre l'un de l'autre. Corentin me confie quelques astuces pour les tentatives de démarrage. Important, toujours s'emballer la main dans un tissu, afin de protéger la main qui peut souffrir pendant l'opération. Pas de démarreur, il faut utiliser la manivelle. Une tentative, deux tentatives.... trois, quatre, cinq et beaucoup d'autres. Je n'y arrive pas. Dehors, Corentin m'encourage "le moteur est peut-être froid, ou un peu encrassé", il descend et tente sa chance. Évidemment, il réussit du premier coup. Le moteur fait trembler tout le bateau, dix minutes plus tard, on coupe le moteur. Il faut que j'essaie encore. J'essaie de trouver la bonne position, de trouver les bons gestes... "Ah! il a crachouillé! tu n'es pas loin!" malgré ces petits signes plein d'espoir mes tentatives restent vaines et pourtant le moteur n'est plus froid. Il va falloir que je fasse un peu de muscu et que je prenne le temps de parler avec Djian Dong... mais pour le moment, je ne parle ni moteur, ni chinois. L'atelier "moteur" aura duré deux heures. Corentin appelle à Concarneau "Nous serons un peu en retard..." Il remet en route le moteur (bien trop facilement à mon goût) et nous avançons un peu.
Tara Tari à Concarneau
Le vent revient doucement ce qui nous permet quelques bords sous voiles et nous entrons enfin dans la baie de Concarneau. Lentement mais surement.
Concarneau est située dans le sud du Finistère, dans une région appelée la Cornouaille. Pendant longtemps, la principale activité de Concarneau était son port de pêche, mais aujourd'hui, le tourisme et la construction navales sont devenues les principales activités. La ville est centrée autour des très beaux remparts de sa ville-close et du port. Concarneau se dit Konk-Kerne en breton, soit 'baie de Cornouaille' (konk ou conc veut dire anse ou baie et Kerne signifie Cornouaille).
L'arrivée dans le port est superbe. Nous tirons des bords entre les murailles et l'autre partie du port, Corentin barre et je gère les voiles. Nous surveillons la moindre petite risée.
Il fait nuit et le vent est endormi. La surface de l'eau est lisse comme un lac, et Tara Tari glisse tranquillement vers la citadelle. Tout est calme quand soudain, trois gros semi-rigides nous frôlent, rapides comme des fusées. A bord, des hommes en noir, cagoulés. Ce sont les commandos de marine. Ils s'entraînent souvent par ici. "Vague!" Tara Tari se fait balloter. Merci les cowboys. Retour au calme. Il est déjà 23h30 quand nous passons la citadelle. Je dois passer un petit coup de fil et rentre pour cela quelques minutes à l'intérieur du bateau. Rapide coup d'oeil quand je ressors.. "Corentin.. Là, on va vers Belle Ile". Il y a deux passes pour sortir de la rade, l'une part vers le Sud - où nous sommes -, l'autre vers l'Ouest - où nous devrions être. Demi tour, il faut récupérer le bon chenal. Ce petit écart nous amuse mais ce n'est pas comme ça que nous allons être à l'heure! Concentration dans la salle.
Cette nuit doit être le soir d'une fête nationale dans le ciel breton; les étoiles ne tiennent pas en place, filent dans tous les sens. Feux sans artifices. Nous remontons au près vers Pen Men, le regard vers le ciel. La nuit est vraiment jolie. Et Tara Tari navigue, by night, sans encombre. Tout va bien à bord.
La béquille s'est cassée le pied
Nous avons ficelés sur les haubans deux petits feux de navigation, vert et rouge (comme sur tous les taxis) et aussi un blanc sur le pataras. Je me demande quel bateau arrivera à distinguer ces petites loupiotes timides. Nous avons une lampe de poche un peu plus grande pour éclairer les voiles de temps en temps histoire d'être vus par les pêcheurs que nous croisons. Le vent s'est levé et nous progressons toujours au près. Il est trois heures du matin, je termine une petite sieste. De l'intérieur, grâce au hublot avant, il est possible de voir les voiles et les réglages, le bateau est magnifique vu d'ici. Et puis soudain, un bruit pas tout à fait normal, et un deuxième. Corentin se met aussitôt face au vent et affale les voiles, je bondis sur le pont. Une barre de flèche a lâché - c'est le premier bruit. Enfin c'est l'embout en caoutchouc de la béquille qui s'est envolé. Il faut dire que l'on avait pas vraiment protégé l'ensemble. Le tube est toujours là, c'est déjà ça. Le deuxième bruit, plus inquiétant, vient du mât. Sous la contrainte, une vis du manchon du mât a cédé, à hauteur de la barre de flèche. A la lumière de nos frontales, nous improvisons une réparation. Une longue vis, un bout de caoutchouc bien épais, un petit bout... ça devrait faire l'affaire. Je me sers des petits trous qui servent à adapter la hauteur des béquilles pour fixer le bout au tube. Ça devrait tenir. Corentin est dans le mât place la barre de flèche réparée. Il redescend, souffle un bon coup. On a n'a pas été loin de démâter. Nous hissons les voiles. La réparation semble tenir, le mât est soulagé, et nous aussi. Nous reprenons notre route, vers l'archipel des Glénan.
Ce petit incident est une bonne chose finalement. Il faut savoir se débrouiller avec les moyens du bord. Observer, anticiper, réagir vite. Cette avarie est un cas concret, mise en situation réelle d'un problème qui peut arriver. Dans ce genre de situation, il faut réfléchir vite et bien; analyser les priorités, c'est à dire mettre le bateau en sécurité pour pouvoir réparer sans danger. Pendant mon périple, je devrais certainement faire face à ce type d'incidents et je dois m'y préparer.
Le vent est bien en face de nous. Quelques bords pour avancer sont nécessaires, alors pendant que Corentin se repose, j'en profite pour enchainer quelques virements, cela m'entraîne à manœuvrer seule. Un peu plus tard, nous sommes tous les deux sur le pont. Il y a des pêcheurs partout autour de nous, le jeu consiste donc à garder nos distances pour ne pas être pris dans les fumes des chaluts et aussi d'éclairer assez souvent nos voiles pour signaler notre présence.
La nuit se termine bien, avec du vent et une mer pas trop mauvaise. Vers 5h du matin, Tara Tari se fait escorter par des dauphins. Ils sont plusieurs a jouer avec la coque du bateau, allant d'un côté puis de l'autre, parfois ils sautent ou plongent et reviennent enfin. On ne se lasse jamais de la compagnie des dauphins. "Merci! et faites attention aux pêcheurs!" leur conseille-t-on, avant qu'ils ne s'en aillent.
Le ciel s'éclaircit. Mon moment préféré en mer.
Djian Dong et moi, ce n'est pas gagné
Le vent tombe et le moment que je redoute arrive : mettre en marche le moteur.
Le moteur. Ça devait arriver.
Petit moteur chinois qui marche selon ses envies, Djian Dong et moi avons tout à apprendre l'un de l'autre. Corentin me confie quelques astuces pour les tentatives de démarrage. Important, toujours s'emballer la main dans un tissu, afin de protéger la main qui peut souffrir pendant l'opération. Pas de démarreur, il faut utiliser la manivelle. Une tentative, deux tentatives.... trois, quatre, cinq et beaucoup d'autres. Je n'y arrive pas. Dehors, Corentin m'encourage "le moteur est peut-être froid, ou un peu encrassé", il descend et tente sa chance. Évidemment, il réussit du premier coup. Le moteur fait trembler tout le bateau, dix minutes plus tard, on coupe le moteur. Il faut que j'essaie encore. J'essaie de trouver la bonne position, de trouver les bons gestes... "Ah! il a crachouillé! tu n'es pas loin!" malgré ces petits signes plein d'espoir mes tentatives restent vaines et pourtant le moteur n'est plus froid. Il va falloir que je fasse un peu de muscu et que je prenne le temps de parler avec Djian Dong... mais pour le moment, je ne parle ni moteur, ni chinois. L'atelier "moteur" aura duré deux heures. Corentin appelle à Concarneau "Nous serons un peu en retard..." Il remet en route le moteur (bien trop facilement à mon goût) et nous avançons un peu.
Tara Tari à Concarneau
Le vent revient doucement ce qui nous permet quelques bords sous voiles et nous entrons enfin dans la baie de Concarneau. Lentement mais surement.
Concarneau est située dans le sud du Finistère, dans une région appelée la Cornouaille. Pendant longtemps, la principale activité de Concarneau était son port de pêche, mais aujourd'hui, le tourisme et la construction navales sont devenues les principales activités. La ville est centrée autour des très beaux remparts de sa ville-close et du port. Concarneau se dit Konk-Kerne en breton, soit 'baie de Cornouaille' (konk ou conc veut dire anse ou baie et Kerne signifie Cornouaille).
L'arrivée dans le port est superbe. Nous tirons des bords entre les murailles et l'autre partie du port, Corentin barre et je gère les voiles. Nous surveillons la moindre petite risée.
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| Tara Tari à Concarneau, le 20 Octobre 2011. |
Il doit être 16h, et non - si c'est la question- nous ne sommes pas vraiment à l'heure pour la réunion de Corentin. Emmanuel Poisson-Quinton vient à notre rencontre et nous accueille au ponton de Kaïros. Une douche, et un café bien chaud. La réunion peut enfin commencer. L'équipe de Kaïros, menée par le navigateur Roland Jourdain, mène un projet de recherches sur sur des matériaux composites plus écologiques que les matériaux habituellement utilisés dans la construction navale. Kaïros va aider l'association Watever dans les recherches sur la fibre de jute.
Tara Tari est amarré au ponton de l'ancien monocoque Veolia Environnement et se prendrait presque pour une bête de course. Une bonne nuit à Concarneau et je repartirai demain matin vers Lorient.
Merci à l'équipe de Kaïros pour son accueil et sa précieuse aide !
Capucine
photos arrivée à Concarneau Françoise Neige
vendredi 28 octobre 2011
Qui voit Groix, voit sa joie
Lundi 17 Octobre 2011. Le bel adage. C'est décidé, nous allons naviguer jusqu'à l'île de Groix, située à 3 milles nautiques de Lorient, afin d'aller fêter encore et entre nous, la récente mise à l'eau et le baptême de Tara Tari. Un coup d'oeil aux marées, parfait, nous quitterons Lorient vers midi, ce qui nous laissera du temps sur l'eau avant d'arriver à Groix, où nous passerons la nuit.
Ce matin, il faut encore bricoler un peu. Petit tour au chantier afin de préparer les "nouvelles" barres de flèche. La journée commence donc bien car je prends un malin plaisir à scier et adapter mes béquilles à leur nouvelle fonction et cette petite revanche m'amuse.
Les béquilles de flèche sont à poste. Nous hissons les voiles et quittons la base des sous-marins. Cap vers l'île de Groix.
Petite île (8km de long - 3km de large) encore assez sauvage, Groix a été le 1er port français d'armement au thon blanc pendant 70 ans, entre 1870 et 1940. A l'époque, il y avait de grandes conserveries puisque 300 thoniers (soit 3/4 de la flotille française en 1914) débarquaient leur pêche sur l'île. Les guerres ont fait fermer les cinq conserveries et depuis, les marins groisillons embarquent sur des bateaux lorientais.
Le vent est bon, et Tara Tari heureux de naviguer. Tout se passe bien, nous progressons par la passe Ouest et je suis bien contente de ces premiers bords à la barre. Nous sommes à hauteur des courreaux de Groix, quand Corentin me demande de lui passer un gros bout rouge. A l'intérieur du bateau, je le vois prendre un bidon d'eau de 20l vide et nouer autour de la poignée le bout encore lové. Mais que fait-il? Pas vraiment le temps de lui poser la question. Il sort la tête du bateau, jette le bidon et crie "Un homme à la mer!". Nous sourions. Oulala! Interro' surprise! Pas de panique. "Tiens bon, le bidon, j'arrive!" Et hop je manoeuvre et récupère le bidon et le bout qui - ouf- n'avait pas eu le temps de se noyer.
Le bidon à bord, je demande à Corentin de barrer, le temps d'aller dire aux autres de bidons de bien se tenir afin d'éviter, à l'avenir, un tel incident.
Nous reprenons notre cap.
Tara Tari est une bête de près. Enfin presque. Bien lancé et bien réglé, le bateau avance tout seul. La navigation est vraiment agréable. Nous avons une bonne vitesse. Et alors que nous profitons en terrasse (située à avant du bateau) nous nous amusons de voir Tara Tari se débrouiller tout seul.
L'entrée du port est relativement étroite et nous arrivons à la voile. Corentin est à l'avant, barre, et je m'occupe des écoutes depuis le cockpit. La manoeuvre se passe bien et en quelques minutes, nous sommes amarrés. Quelques plaisanciers viennent nous accueillir, saluent Tara Tari qu'ils reconnaissent.
Bateaux de pêches et de plaisance restent amarrés à Port Tudy. Ce petit port est vraiment joli. Et puis c'est sympa pour Tara Tari voilier de pêche du Bangladesh, de rencontrer de lointains cousins, caseyeurs à Groix. Des petits bateaux beaux comme des jouets en bois.
Les voiles sont affalées et nous rangeons le bateau, ouvrons une bouteille de cidre et grignotons quelques amandes. Nous sommes là pour fêter "ça" alors assez vite nous allons à quai, remontons la rue. Ti Beudeff, nous voilà.
Ti Beudeff est un bistrot mythique crée en 1972 par Alain Stephant dit Beudeff. Depuis 2007, c'est sa fille Morgann qui a repris le flambeau. L'endroit a gardé son âme. Lieu de rencontre entre les équipages des bateaux de passage, il faut généralement relire son répertoire de chants marins avant de venir. La bière, les chants et la convivialité... Ti Beudeff était l'endroit parfait pour venir fêter dignement l'aventure. Ti Beudeff, un lundi soir d'Octobre, c'est encore autre chose. De plus confidentiel peut-être. Mais finalement, pour les solitaires que nous sommes, être là, dans ce bistrot presque vide, sur une petite île peu habitée, c'est parfait. Sur le comptoir, une affiche "Fête de la soupe insulaire". Nous prendrons deux bières.
Un verre, deux verres et nous prenons le couteau du bateau pour graver dans le bois de Ti Beudeff, les lettres de notre passage. Tara Tari, quatre lettres chacun, et un petit verre de rhum.
Et puis il y a eu cette rencontre avec un Groisillon, peintre de maisons. Il nous donne son avis, pense que vivre sur une île est une planque, que la réalité de la vie, c'est de prendre le RER et de vivre dans des boîtes de sardines en banlieue parisienne, mais qu'il n'en a pas le courage. Nous, on se dit qu'il a bien fait de s'installer ici. Il y a plus de hauteur sous plafond dans une boîte de thon. Sur cette île encore épargnée du toursime de masse, quelques hommes et femmes vivent en tentant de protéger leur terre et une qualité de vie un peu plus rude, mais plus pure que sur le continent. En vivant sur l'île, il fait le choix de sortir du troupeau. Il faut des personnes qui sortent du troupeau. Il faut des mains libres pour ouvrir les conserves. Nous allons tous les trois au bateau et lui présentons Tara Tari. "Vous êtes fous" nous dit-il en repartant, "mais je me souviendrai de notre discussion les amis, bonne nuit!"
La nuit est froide et le vent s'est levé. Nous nous réveillons tôt. Il est 7h du matin et alors que nous prenons un ris pour anticiper la brise, d'autres plaisanciers viennent nous saluer. Tara Tari est une petite star, tout le monde le reconnaît. Une chance qu'un voilier ne signe pas encore d'autographe, ça n'en finirait plus. Pieds nus sur la jetée, nous observons la mer en croquant un carré de chocolat. L'air frais sent bon. Passage à la capitainerie: "Longueur du bateau s'il vous plaît?" "9 mètres... mais seulement 6,50 à la flotaison", "Ah? c'est le petit bateau en forme de banane, là?", "oui, c'est ça", "drôle de bateau... je vais faire un petit geste". Ticket allégé: "Merci monsieur! Bonne journée!".
Nous quittons Port Tudy dans la brise. Le bateau est vraiment agréable à barrer et nous prenons encore beaucoup de plaisir dans ce retour express vers Lorient. 1h30 seulement pour traverser, de quoi faire rougir le gros courrier blanc de Groix.
Tara Tari file vite et bien.
"Qui voit Groix, voit sa joie".
L'adage dit vrai.
kenavo,
Capucine
Ce matin, il faut encore bricoler un peu. Petit tour au chantier afin de préparer les "nouvelles" barres de flèche. La journée commence donc bien car je prends un malin plaisir à scier et adapter mes béquilles à leur nouvelle fonction et cette petite revanche m'amuse.
Les béquilles de flèche sont à poste. Nous hissons les voiles et quittons la base des sous-marins. Cap vers l'île de Groix.
Petite île (8km de long - 3km de large) encore assez sauvage, Groix a été le 1er port français d'armement au thon blanc pendant 70 ans, entre 1870 et 1940. A l'époque, il y avait de grandes conserveries puisque 300 thoniers (soit 3/4 de la flotille française en 1914) débarquaient leur pêche sur l'île. Les guerres ont fait fermer les cinq conserveries et depuis, les marins groisillons embarquent sur des bateaux lorientais.
Le vent est bon, et Tara Tari heureux de naviguer. Tout se passe bien, nous progressons par la passe Ouest et je suis bien contente de ces premiers bords à la barre. Nous sommes à hauteur des courreaux de Groix, quand Corentin me demande de lui passer un gros bout rouge. A l'intérieur du bateau, je le vois prendre un bidon d'eau de 20l vide et nouer autour de la poignée le bout encore lové. Mais que fait-il? Pas vraiment le temps de lui poser la question. Il sort la tête du bateau, jette le bidon et crie "Un homme à la mer!". Nous sourions. Oulala! Interro' surprise! Pas de panique. "Tiens bon, le bidon, j'arrive!" Et hop je manoeuvre et récupère le bidon et le bout qui - ouf- n'avait pas eu le temps de se noyer.
Le bidon à bord, je demande à Corentin de barrer, le temps d'aller dire aux autres de bidons de bien se tenir afin d'éviter, à l'avenir, un tel incident.
Nous reprenons notre cap.
Tara Tari est une bête de près. Enfin presque. Bien lancé et bien réglé, le bateau avance tout seul. La navigation est vraiment agréable. Nous avons une bonne vitesse. Et alors que nous profitons en terrasse (située à avant du bateau) nous nous amusons de voir Tara Tari se débrouiller tout seul.
L'entrée du port est relativement étroite et nous arrivons à la voile. Corentin est à l'avant, barre, et je m'occupe des écoutes depuis le cockpit. La manoeuvre se passe bien et en quelques minutes, nous sommes amarrés. Quelques plaisanciers viennent nous accueillir, saluent Tara Tari qu'ils reconnaissent.
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| Tara Tari à Groix, le 17 Octobre 2011. |
Bateaux de pêches et de plaisance restent amarrés à Port Tudy. Ce petit port est vraiment joli. Et puis c'est sympa pour Tara Tari voilier de pêche du Bangladesh, de rencontrer de lointains cousins, caseyeurs à Groix. Des petits bateaux beaux comme des jouets en bois.
Les voiles sont affalées et nous rangeons le bateau, ouvrons une bouteille de cidre et grignotons quelques amandes. Nous sommes là pour fêter "ça" alors assez vite nous allons à quai, remontons la rue. Ti Beudeff, nous voilà.
Ti Beudeff est un bistrot mythique crée en 1972 par Alain Stephant dit Beudeff. Depuis 2007, c'est sa fille Morgann qui a repris le flambeau. L'endroit a gardé son âme. Lieu de rencontre entre les équipages des bateaux de passage, il faut généralement relire son répertoire de chants marins avant de venir. La bière, les chants et la convivialité... Ti Beudeff était l'endroit parfait pour venir fêter dignement l'aventure. Ti Beudeff, un lundi soir d'Octobre, c'est encore autre chose. De plus confidentiel peut-être. Mais finalement, pour les solitaires que nous sommes, être là, dans ce bistrot presque vide, sur une petite île peu habitée, c'est parfait. Sur le comptoir, une affiche "Fête de la soupe insulaire". Nous prendrons deux bières.
Un verre, deux verres et nous prenons le couteau du bateau pour graver dans le bois de Ti Beudeff, les lettres de notre passage. Tara Tari, quatre lettres chacun, et un petit verre de rhum.
Et puis il y a eu cette rencontre avec un Groisillon, peintre de maisons. Il nous donne son avis, pense que vivre sur une île est une planque, que la réalité de la vie, c'est de prendre le RER et de vivre dans des boîtes de sardines en banlieue parisienne, mais qu'il n'en a pas le courage. Nous, on se dit qu'il a bien fait de s'installer ici. Il y a plus de hauteur sous plafond dans une boîte de thon. Sur cette île encore épargnée du toursime de masse, quelques hommes et femmes vivent en tentant de protéger leur terre et une qualité de vie un peu plus rude, mais plus pure que sur le continent. En vivant sur l'île, il fait le choix de sortir du troupeau. Il faut des personnes qui sortent du troupeau. Il faut des mains libres pour ouvrir les conserves. Nous allons tous les trois au bateau et lui présentons Tara Tari. "Vous êtes fous" nous dit-il en repartant, "mais je me souviendrai de notre discussion les amis, bonne nuit!"
La nuit est froide et le vent s'est levé. Nous nous réveillons tôt. Il est 7h du matin et alors que nous prenons un ris pour anticiper la brise, d'autres plaisanciers viennent nous saluer. Tara Tari est une petite star, tout le monde le reconnaît. Une chance qu'un voilier ne signe pas encore d'autographe, ça n'en finirait plus. Pieds nus sur la jetée, nous observons la mer en croquant un carré de chocolat. L'air frais sent bon. Passage à la capitainerie: "Longueur du bateau s'il vous plaît?" "9 mètres... mais seulement 6,50 à la flotaison", "Ah? c'est le petit bateau en forme de banane, là?", "oui, c'est ça", "drôle de bateau... je vais faire un petit geste". Ticket allégé: "Merci monsieur! Bonne journée!".
Nous quittons Port Tudy dans la brise. Le bateau est vraiment agréable à barrer et nous prenons encore beaucoup de plaisir dans ce retour express vers Lorient. 1h30 seulement pour traverser, de quoi faire rougir le gros courrier blanc de Groix.
Tara Tari file vite et bien.
"Qui voit Groix, voit sa joie".
L'adage dit vrai.
kenavo,
Capucine
mercredi 26 octobre 2011
Baptême à la noix de coco
Dimanche 16 Octobre. Le ciel est bleu, le soleil brille et la journée s'annonce vraiment belle. Et ça tombe bien parce qu'aujourd'hui, c'est le jour du baptême de Tara Tari!
Petit événement symbolique, un baptême de bateau est un rituel marin important avant tout départ de longue durée. Habituellement, on casse une bouteille de champagne sur l'étrave du voilier, mais pour Tara Tari, pas de champagne, ce sera au lait d'une noix de coco! Corentin a accepté d'être le parrain de mon aventure et du bateau. Lien logique, son soutien est nécessaire pour la réussite de cette traversée, indispensable même.
Il est 11h30, et quelques amis arrivent pour nous aider à préparer le petit buffet. Pas de table, nous demandons au restaurant Quai Ouest qui nous en prête une, quant à la nappe nous prenons de la toile de jute (évidemment) et disposons les quelques bouteilles de cidre et autres terrines et biscuits salés. Peu à peu, le ponton se remplit. Voir ces visages amis venus pour accompagner ce moment symbolique fait chaud au coeur. François Robert, Olivier, Jeremy, Stéphane, amis du chantier FR Nautisme sont là, famille, et amis comme Tanguy de Lamotte, Samantha Davies et Romain Attanasio venus avec leur petit bébé qui fait son premier tour sur un ponton, Emmanuel Poisson-Quinton, Gaia Coretti, Aurel Jacob, Maxime Dreno, Laurent Bourgues et Sarah Philippe etc. Au total, une quarantaine de personnes est présente. Le réalisateur Pierre Marcel est là lui aussi, filme l'événement. Il est midi et nous nous lançons pour quelques mots.
Je n'avais pas vraiment préparé mon texte, mais en gros voilà ce que j'ai voulu dire:
" Aujourd'hui est un jour plein de symboles. J'étais blessée et le bateau affaibli, et nous avons passé un petit moment en chantier et voilà, trois mois plus tard, le bateau est à l'eau et moi je suis debout. Thérapie réussie grâce à l'aide précieuse de François Robert, d'Olivier Blin et de Jeremy, au chantier. Le bateau a été mis à l'eau hier, et c'est une nouvelle étape qui commence. Le projet est de partir de là où est arrivé Corentin pour ensuite tenter de traverser l'Atlantique, en solitaire à bord de Tara Tari. En allant au bout de son aventure, Corentin a prouvé deux choses: que la fibre de jute tient bon et aussi que la philosophie de navigation qui souffle dans les voiles de ce petit voilier a encore une place dans nos vies. Une philosophie de vie respectueuse de valeurs simples et pures, telles que celles portées avant par Bernard Moitessier. Aujourd'hui, Corentin se concentre sur ses recherches sur la fibre de jute, et il me semble important de continuer à faire vivre ce petit bateau, dans le même esprit. En partant de la Ciotat, de là où est arrivé Corentin, je procèderai ensuite par étapes, pour tenter d'arriver à Miami, aux Etats-Unis, où nous souhaiterions pouvoir parler des recherches sur la fibre de jute. Ce baptême à Lorient, capitale de la course au large et de la technologie océanique me fait un peu sourire, car Tara Tari fait de récup', de matériaux naturels, de rouille et de beaucoup d'entre-aide, se retrouve sur le même ponton que les trimarans dernière génération MOD70. Tout est là. Il faut de tout, il ne faut pas oublier qu'avec peu de choses, on peut arriver à quelque chose d'important. A commencer par rêver. Pas de gadget, pas de superflu, Tara Tari va à l'essentiel. Corentin a commencé quelque chose, et Tara Tari doit continuer, doit naviguer... "
Et puis Corentin a aussi dit quelques mots, content de voir le bateau en état, content que Tara Tari reparte pour de nouvelles aventures, et toujours dans le même esprit. Un jour Corentin m'a envoyé un mail du Bangladesh dans lequel il me disait : " il faut continuer à diffuser l'esprit qui souffle dans les voiles de TaraTari! Il faut continuer le boulot des Moitessier, réveiller des rêves, faire naviguer l'homme de la rue, lui montrer que l'horizon est beaucoup plus bas et plus loin que le haut des immeubles de son quartier."
Et nous sommes montés à bord. Corentin a ouvert la noix de coco sur l'étrave du bateau et nous avons chacun pris une moitié. Quelques sourires et hop, nous avons jeté ces petites coques de coco à l'eau, comme pour confier à la mer l'aventure à venir. Instant heureux.
Et le biniou et la cornemuse des deux amis, membres du Bagad de Kemperlé, ont retenti sous le soleil de Lorient. Leur présence est un clin d'oeil bien sympathique; le bagad fait ses répétitions dans un local situé de l'autre côté du mur du chantier FR Nautisme où Tara Tari s'est réparé... Ils ont accompagné la remise en forme et sonnaient en ce dimanche, le début d'une belle histoire.
Le temps de partager un peu avec les personnes présentes, et puis le vent s'est un peu levé. Je monte sur le bateau, Corentin est sur le ponton, tient l'amarre dans ses mains. Pierre Marcel, caméra à l'oeil, filme la scène. Corentin largue l'amarre que je récupère, émue. Et je pars.
Je suis seule à bord pour la première fois. Petite émotion. Je me souviendrais longtemps de ce regard un peu intimidé vers le ponton qui devenait de plus en plus petit, avec Corentin debout entrain de nous regarder partir avec Tara Tari.
Pierre et Corentin montent à bord du zodiac mené par Maxime et me rejoignent. C'est aussi la première fois que Corentin voit son bateau partir sans lui. Beaucoup de symboles aujourd'hui. Il monte à bord, Pierre fait quelques images d'exterieur et monte à bord à son tour, il nous filme encore avant de remonter sur le zodiac pour rentrer au port.
Nous sommes devant la citadelle, tous les deux à bord avec notre émotion commune. Une bouteille de cidre que l'on ouvre, peu de mots mais un grand partage. Nous rentrons vers la Cité de la Voile, heureux, vraiment heureux de cette belle journée.
Petit événement symbolique, un baptême de bateau est un rituel marin important avant tout départ de longue durée. Habituellement, on casse une bouteille de champagne sur l'étrave du voilier, mais pour Tara Tari, pas de champagne, ce sera au lait d'une noix de coco! Corentin a accepté d'être le parrain de mon aventure et du bateau. Lien logique, son soutien est nécessaire pour la réussite de cette traversée, indispensable même.
Il est 11h30, et quelques amis arrivent pour nous aider à préparer le petit buffet. Pas de table, nous demandons au restaurant Quai Ouest qui nous en prête une, quant à la nappe nous prenons de la toile de jute (évidemment) et disposons les quelques bouteilles de cidre et autres terrines et biscuits salés. Peu à peu, le ponton se remplit. Voir ces visages amis venus pour accompagner ce moment symbolique fait chaud au coeur. François Robert, Olivier, Jeremy, Stéphane, amis du chantier FR Nautisme sont là, famille, et amis comme Tanguy de Lamotte, Samantha Davies et Romain Attanasio venus avec leur petit bébé qui fait son premier tour sur un ponton, Emmanuel Poisson-Quinton, Gaia Coretti, Aurel Jacob, Maxime Dreno, Laurent Bourgues et Sarah Philippe etc. Au total, une quarantaine de personnes est présente. Le réalisateur Pierre Marcel est là lui aussi, filme l'événement. Il est midi et nous nous lançons pour quelques mots.
Je n'avais pas vraiment préparé mon texte, mais en gros voilà ce que j'ai voulu dire:
" Aujourd'hui est un jour plein de symboles. J'étais blessée et le bateau affaibli, et nous avons passé un petit moment en chantier et voilà, trois mois plus tard, le bateau est à l'eau et moi je suis debout. Thérapie réussie grâce à l'aide précieuse de François Robert, d'Olivier Blin et de Jeremy, au chantier. Le bateau a été mis à l'eau hier, et c'est une nouvelle étape qui commence. Le projet est de partir de là où est arrivé Corentin pour ensuite tenter de traverser l'Atlantique, en solitaire à bord de Tara Tari. En allant au bout de son aventure, Corentin a prouvé deux choses: que la fibre de jute tient bon et aussi que la philosophie de navigation qui souffle dans les voiles de ce petit voilier a encore une place dans nos vies. Une philosophie de vie respectueuse de valeurs simples et pures, telles que celles portées avant par Bernard Moitessier. Aujourd'hui, Corentin se concentre sur ses recherches sur la fibre de jute, et il me semble important de continuer à faire vivre ce petit bateau, dans le même esprit. En partant de la Ciotat, de là où est arrivé Corentin, je procèderai ensuite par étapes, pour tenter d'arriver à Miami, aux Etats-Unis, où nous souhaiterions pouvoir parler des recherches sur la fibre de jute. Ce baptême à Lorient, capitale de la course au large et de la technologie océanique me fait un peu sourire, car Tara Tari fait de récup', de matériaux naturels, de rouille et de beaucoup d'entre-aide, se retrouve sur le même ponton que les trimarans dernière génération MOD70. Tout est là. Il faut de tout, il ne faut pas oublier qu'avec peu de choses, on peut arriver à quelque chose d'important. A commencer par rêver. Pas de gadget, pas de superflu, Tara Tari va à l'essentiel. Corentin a commencé quelque chose, et Tara Tari doit continuer, doit naviguer... "
Et puis Corentin a aussi dit quelques mots, content de voir le bateau en état, content que Tara Tari reparte pour de nouvelles aventures, et toujours dans le même esprit. Un jour Corentin m'a envoyé un mail du Bangladesh dans lequel il me disait : " il faut continuer à diffuser l'esprit qui souffle dans les voiles de TaraTari! Il faut continuer le boulot des Moitessier, réveiller des rêves, faire naviguer l'homme de la rue, lui montrer que l'horizon est beaucoup plus bas et plus loin que le haut des immeubles de son quartier."
Et nous sommes montés à bord. Corentin a ouvert la noix de coco sur l'étrave du bateau et nous avons chacun pris une moitié. Quelques sourires et hop, nous avons jeté ces petites coques de coco à l'eau, comme pour confier à la mer l'aventure à venir. Instant heureux.
Et le biniou et la cornemuse des deux amis, membres du Bagad de Kemperlé, ont retenti sous le soleil de Lorient. Leur présence est un clin d'oeil bien sympathique; le bagad fait ses répétitions dans un local situé de l'autre côté du mur du chantier FR Nautisme où Tara Tari s'est réparé... Ils ont accompagné la remise en forme et sonnaient en ce dimanche, le début d'une belle histoire.
Le temps de partager un peu avec les personnes présentes, et puis le vent s'est un peu levé. Je monte sur le bateau, Corentin est sur le ponton, tient l'amarre dans ses mains. Pierre Marcel, caméra à l'oeil, filme la scène. Corentin largue l'amarre que je récupère, émue. Et je pars.
Je suis seule à bord pour la première fois. Petite émotion. Je me souviendrais longtemps de ce regard un peu intimidé vers le ponton qui devenait de plus en plus petit, avec Corentin debout entrain de nous regarder partir avec Tara Tari.
Pierre et Corentin montent à bord du zodiac mené par Maxime et me rejoignent. C'est aussi la première fois que Corentin voit son bateau partir sans lui. Beaucoup de symboles aujourd'hui. Il monte à bord, Pierre fait quelques images d'exterieur et monte à bord à son tour, il nous filme encore avant de remonter sur le zodiac pour rentrer au port.
Nous sommes devant la citadelle, tous les deux à bord avec notre émotion commune. Une bouteille de cidre que l'on ouvre, peu de mots mais un grand partage. Nous rentrons vers la Cité de la Voile, heureux, vraiment heureux de cette belle journée.
Mise à l'eau à Lo
Samedi 15 Octobre, il est 8h du matin et avec Corentin, nous sommes à Lorient, prêts pour la mise à l'eau de Tara Tari. La nuit commence à s'éclaircir, l'humidité et l'air frais du matin piquent un peu les joues. A moins que ce ne soit l'émotion. La dernière fois que le bateau était à l'eau, c'était en juin, lors de la Semaine du Golfe. Tout est calme ce matin. Stéphane et Sylvie, qui retapaient leur bateau à côté de moi au chantier sont là, ils nous ont apporté des pains au chocolat, et prennent quelques photos. La manutention va pouvoir commencer. Mais Corentin est dans le bateau, s'empresse de fixer le presse étoupe histoire d'éviter au bateau de prendre l'eau trop vite. Nous passons les sangles sous la coque. Un pas en arrière, Tara Tari décolle du sol. Le coeur bat fort. Tara Tari est dans les airs, s'approche de la rive. Corentin et moi tenons l'avant et l'arrière du bateau par des bouts. Instant délicat et un peu émouvant, forcément. La mer est calme, sereine. Tout semble parfait pour la mise à l'eau.
La Cité de la Voile Eric Tabarly nous a gentiment proposé d'amarrer le bateau au pied de sa tour des vents. Tara Tari n'a pas encore touché l'eau, Corentin monte à bord et la grue descend encore un peu. Ça y est. Tara Tari est à l'eau!
Je ne peux m'empêcher de sourire. Bravo petit voilier! Corentin se sert du bambou pour rejoindre le ponton. La scène est superbe. Je tiens dans ma main un bout qui me relie au bateau, je le lance et file vers le ponton. Je suis tellement contente.
Avec Corentin, nous avions fait une petite liste de choses à faire pour le bateau pendant la matinée. Mais à peine 5 minutes après la mise à l'eau, nous avons largué les amarres, pressés d'aller naviguer!
Les voiles sont hissées et nous profitons de la brise matinale pour filer. "De la base des sous marins à la citadelle de Port-Louis, juste une petite nav', pour voir". Mais nous étions si heureux de voir Tara Tari sur l'eau que nous passons la citadelle et continuons dans la rade, enchainons quelques virements.
"J'ai mal aux joues!". Sourire un peu idiot, mélange de sentiments joyeux, tout est parfait et Tara Tari est magnifique. L'eau glisse sur sa coque, nous sommes certains que le bateau est heureux de se dégourdir les dérives dans l'eau salée. Corentin est à l'intérieur du bateau, nous sommes à hauteur de la Tourelle des Trois Pierres et je barre. Quand il ressort, Corentin s'étonne de me voir poursuivre vers le large "Ah! Tu ne veux pas rentrer?!" me demande-t-il en souriant. Nous sourions encore, quel bonheur. Mais on doit nous attendre, ce serait bien de rentrer peut-être. Allez, demi-tour, cap vers la Cité de la Voile. Mon téléphone m'indique un message, j'écoute "Capucine, nous savons que le bateau devait être mis à l'eau ce matin, mais nous ne le voyons pas et nous sommes un peu inquiets... rappelle moi". C'est Céline, de la Cité de la Voile. Il est déjà 14h (oups) et je la rappelle: "Désolée Céline, nous n'avons pas pu nous empêcher d'aller faire un petit tour, nous n'avons pas vu l'heure..." Au bout du fil, Céline est amusée, "ça ne m'étonne pas, j'espère que vous profitez bien!"
La mise à l'eau a été un grand moment, cette première petite navigation aussi. Elle nous a permis de vérifier quelques réparations et surtout de savourer le plaisir de revoir Tara Tari sur la mer.
dimanche 16 octobre 2011
sortie de chantier
Aujourd'hui est un grand jour pour moi car il va marquer le début d'une nouvelle aventure. Opérée début janvier, hospitalisée jusqu'en juillet, l'année 2011 a été un peu compliquée. Deux jours après ma sortie de Kerpape, je suis allée accueillir un petit voilier qui était lui aussi un peu affaibli. Ce petit voilier c'est Tara Tari, le premier voilier construit avec un composite à base de fibre de jute. Corentin de Chatelperron, papa du bateau, a navigué du Bangladesh à la France pendant 6 mois. Depuis son arrivée en France en août 2010, le bateau a fait une tournée dans tout le pays pour rencontrer des partenaires pour le projet de recherches que Corentin, qui vit au Bangladesh, mène sur la fibre de jute. En juillet, le bateau est arrivé à Lorient, au chantier FR Nautisme et je me suis lancée dans la rénovation du bateau.
Vider le bateau, piquer la rouille, utiliser scie sauteuse, sableuse, meuleuse, ponceuse, se mettre à la strat pour colmater les fuites, peinture, sika et tout ce qui fait le charme du bricolage d'un bateau ont été au programme des trois derniers mois. Thérapie de groupe pour Tara Tari et moi réussie : nous nous sommes retapés en même temps et nous sommes aujourd'hui en pleine forme.
Corentin est arrivé en France il y a quelques jours, Tara Tari était exposé à la Cité de la Voile Eric Tabarly, à Lorient, à l'occasion de la fête de la Sciences. Nous avons mis le bateau à l'eau hier matin, samedi 15 octobre, et nous sommes aussitôt partis naviguer quelques heures. Vérification des réparations, le constat est bon et le bateau est prêt pour de nouvelles aventures. Quel bonheur de voir l'eau glisser sous la coque de Tara Tari!
Aujourd'hui, dimanche, nous vous donnons rendez-vous à midi au ponton de la Cité de la Voile, pour le baptême du bateau et l'annonce de mon projet. Petit événement simple et convivial. Corentin a accepté d'être le parrain du bateau pour ma tentative de traversée de l'Atlantique à bord de Tara Tari.
Départ prévu le 13 novembre de la Ciotat (là où Corentin était arrivé), en direction du Cap Vert. Et puis une fois que les alizés seront bien établis, cap vers les Antilles et Miami!
A très bientôt,
Capucine
Vider le bateau, piquer la rouille, utiliser scie sauteuse, sableuse, meuleuse, ponceuse, se mettre à la strat pour colmater les fuites, peinture, sika et tout ce qui fait le charme du bricolage d'un bateau ont été au programme des trois derniers mois. Thérapie de groupe pour Tara Tari et moi réussie : nous nous sommes retapés en même temps et nous sommes aujourd'hui en pleine forme.
Corentin est arrivé en France il y a quelques jours, Tara Tari était exposé à la Cité de la Voile Eric Tabarly, à Lorient, à l'occasion de la fête de la Sciences. Nous avons mis le bateau à l'eau hier matin, samedi 15 octobre, et nous sommes aussitôt partis naviguer quelques heures. Vérification des réparations, le constat est bon et le bateau est prêt pour de nouvelles aventures. Quel bonheur de voir l'eau glisser sous la coque de Tara Tari!
Aujourd'hui, dimanche, nous vous donnons rendez-vous à midi au ponton de la Cité de la Voile, pour le baptême du bateau et l'annonce de mon projet. Petit événement simple et convivial. Corentin a accepté d'être le parrain du bateau pour ma tentative de traversée de l'Atlantique à bord de Tara Tari.
Départ prévu le 13 novembre de la Ciotat (là où Corentin était arrivé), en direction du Cap Vert. Et puis une fois que les alizés seront bien établis, cap vers les Antilles et Miami!
A très bientôt,
Capucine
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