vendredi 2 décembre 2011

Olivia familia Barcelona

Samedi 26 novembre. Il doit être 16h30 environ et Tara Tari arrive à Barcelone.
A Barcelone, où j'ai grandi, à Barcelone où vit toujours l'un de mes trois frères.

Tara Tari arrive à Barcelone, le 26 novembre 2011
Mon frère justement, et ma belle soeur attendent un petit bébé. La naissance est prévue pour le 16 décembre, un peu dommage car à quelques semaines près, j'aurais pu la connaître. Mon frère, Jérôme, pensait venir m'accueillir à mon arrivée ici, mais mon téléphone n'a plus de batterie et je ne le vois pas sur le quai. Le temps de remplir les papiers d'arrivée, et de ranger le bateau, je profite d'une prise inoccupée sur le port pour recharger un minimum mon téléphone. Je l'appelle, et il me dit en décrochant "Capucine! Le bébé est né! il y a à peine 3 heures, à 16h30! Tu es arrivée quand"  "Il y a trois heures moi aussi"

Tara Tari est arrivé à l'heure où ma petite nièce est née. La petite Olivia était certainement pressée de voir Tara Tari - je la comprends. Et Olivia a vu Tara Tari. Aujourd'hui, alors qu'elle n'a que 6 jours, Olivia a fait sa première sortie au grand air de la vie, et c'était pour venir voir le bateau....

Née le 26 novembre, Olivia, petite aventurière a rencontré Tara Tari, à l'âge de 6 jours
Tara Tari et Olivia auront une date en commun, merci aux parents!
Voilà. Ce petit mot pour remercier la vie et les belles 'ondes' de Tara Tari qui ont rendu cela possible. Cette escale restera un superbe souvenir, émouvant et familial. Entourée de mes parents, de mon frère et ma belle soeur, je me suis préparée à la suite de l'aventure que je vais vivre en solitaire désormais.
Mon père m'a offert un couteau, mon frère un harmonica... me voilà bien équipée! Et mes autres frères,  au téléphone, heureux, ont été vraiment touchants.
En me disant au revoir ce matin, ma mère m'a dit, émue mais sereine et souriante "alors on se revoit bientôt! enfin, un jour.. quelque part! et d'ici là, sois heureuse!" Elle avait un si joli sourire.
Promis, maman.

Ponton d'émotions et de tendresse. Elle super top ma famille.
Il y a plein de choses à raconter de cette escale barcelonaise, mais le plus fort restera l'arrivée de ce tout petit bébé qui pèse 2.3kg et qui aura commencé sa vie auprès de Tara Tari. Quelle heureuse coïncidence. C'est fou, quand on y pense.
Belle vie à toi, petite Olivia!

Je repars de Barcelone demain matin, soit samedi 3 décembre. Je profite d'une bonne fenêtre météo qui devrait me permettre de filer direct vers Alicante. En solitaire cette fois. ETA dans 6 jours, si tout va bien.

Merci la vie, merci Tara Tari *
Capucine

jeudi 1 décembre 2011

Pétole, la contre attaque. Marseille - Barcelone.

Vendredi 25 novembre. "C'était top, Tara Tari a surfé une bonne partie de mon quart! magique!" le soleil se lève à peine et mon quart se termine. Je transmets les infos cap, vitesse et position à Maxime qui prend la relève. Le Cap Creus passé dans la nuit, il n'y a plus qu'à descendre le long de la côte pour arriver à Barcelone. Demain si tout va bien. Une heure et demi de sommeil plus tard, je me réveille. Dehors, j'entends Maxime râler. Il affale la GV, râle encore. "ça ne va pas?" je sors un peu inquiète. "Le vent est tombé cinq minutes après le début de mon quart, on n'a pas avancé, ça me rend dingue. Surtout que tu m'as passé la barre en me disant que tu avais passé deux heures à surfer!" En même temps je comprends. ça fait plusieurs fois déjà que j'ai du vent pendant mes quarts alors que Maxime n'en a pas. J'avais proposé à Maxime d'embarquer car je le savais très calme et patient - ce qu'il est très important de savoir être à bord de Tara Tari - et le sentir arriver aux limites de sa patience me fait un peu culpabiliser. Entre deux flop flop des voiles à l'amure indécise, Maxime me confie"j'en ai fait des navs, mais là, c'est vraiment éprouvant cette pétole". Il disparaît dans le bateau, s'endort, las. Flop flop, fait le foc. Vite, il faut que je trouve la parade.

Maxime
Raconter une nav, c'est sympa, mais j'imagine qu'au bout de cinq récits de description de la force du vent, de l'état de la mer et de mes compliments plein de superlatifs dédiés au bateau, ça va peut-être devenir lassant. Pas simple, de tenir un blog de récit de mer. Il faut que je procède autrement, par thème peut-être. Je pourrais parler de la Costa Brava, des thons qui sautent par centaines autour du bateau, ou encore de l'odeur des pins de la côte qui arrivait à bord, mais non. La pétole sera le thème de cette arrivée espagnole. Quoi que la pétole, il n'y a pas grand chose à en dire. C'est assez unanime. Elle est usante, fatigante et manque très nettement d'intérêt. "Débat stérile!" reprocherait-on si la pétole était abordé lors d'un face à face politique.
Oui, mais non. Le truc, c'est que comme pour tout ce qui énerve - et la pétole énerve - il faut arriver à se maîtriser et ne pas perdre ses moyens. En ayant une autre approche de la chose, la pétole peut même devenir un moment de récréation à bord du bateau. Quelques exemples de contre attaque, vécus à bord de Tara Tari.

Outre les activités classiques de type lire un livre, manger un bout de mimolette (j'adore la mimolette), coudre un pavillon, dormir, il y a :

1 - La boîte à pompe

Offerte et conçue par Guillaume et Anaïs à Marseille, la Boîte à pompe est une occupation de rêve. Elle permet de se muscler le bras, puis l'autre bras si on veut changer de temps en temps, tout en vidant l'eau du bateau. Un bout du tuyau dans le bateau, l'autre vers la mer, la pompe aspire l'eau située dans le bateau et la rejette vers la mer l'activité est simple et sympa (mais attention à ne pas inverser les tuyaux). Sur l'illustration ci-dessus, on note que je mets ma main gauche en appui mais l'opération marche aussi en calant son pied - et de fait sa pompe - dans le boîtier de support. Pratique, la boîte à pompe est légère et peut être utiliser à différents endroits. En cas de pétole de plus de 48h, possibilité de se défouler en plaçant les deux embouts du tuyau dans la mer.

2 - Ombre chinoise
j'ai essayé de représenter Tara Tari avec mes mains
Sympa à faire quand le soleil brille et que l'on a la possibilité d'ouvrir un peu la grand voile. Enfin c'est sympa quand on est deux sur le bateau. Seule, se sera plus compliqué.
Quand je me suis cachée derrière le mât et que j'ai demandé à Maxime de deviner ce qu'il voyait en ombre derrière la GV, il a d'abord rigolé, puis a tenté de deviner. Il a trouvé le "papillon" ou plus difficile encore un "oiseau qui s'est pris un hauban en vol" et a eu l'oeil de reconnaître Tara Tari que j'ai tenté de représenter entrain de naviguer - il a juste ajouté à sa réponse un "sauf que tu le fais avancer là, le bateau" à voix basse que j'ai entendu.
Le jeu des ombres est sympa, classique mais indémodable. Possible les jours ensoleillés.


3 - Preum's risée
le premier qui voit la risée a gagné
Voici un petit jeu qui demande de la vivacité et un sens de l'observation bien développé. Le principe est simple, il faut que les participants surveillent attentivement la surface de la mer lisse. Le premier qui voit l'eau froissée par un souffle de vent doit dire "Risée!" et gagne un point. Le vainqueur est celui qui obtient le plus grand nombre de points. Ce jeu a la qualité de faire vivre l'espoir de voir le vent revenir pour de bon. Se joue à plusieurs mais aussi solitaire.

4 - Dames solaires

jeu de dames improvisé sur un panneau solaire
Idéal à deux, ce jeu de dames solaires a été un super moyen d'oublier la panne de vent. Mais il faut attendre le coucher du soleil pour pouvoir y jouer, c'est à dire l'heure ou le panneau ne bosse plus trop. Le panneau solaire est quadrillé, alors je me suis dit que c'était parfait pour jouer aux échecs, mais par facilité, nous avons choisi de jouer aux dames. Dans le bateau, je n'ai pas une boîte pleine de vieux boutons comme il y avait chez ma grand-mère, mais il y a une boîte pleine de visserie dans laquelle je trouve mon bonheur. Maxime, tu prends les grosses vis rouillées, et moi les petites qui ont de la peinture orange. Nous délimitons la surface de jeu, et voilà, le tour est justement joué. Nous nous sommes lancés dans une super partie... que j'ai gagné de justesse. Les règles ne sont pas très compliquées. La seule difficulté se trouve au moment d'empiler les deux vis, quand on arrive chez l'adversaire; on comprend alors le choix des inventeurs qui ont préféré utiliser des jetons plats.

5- Flou de nuit
tentative la mieux réussie
Ce jeu de nuit est assez difficile. Le concept: prendre la photo la moins floue possible d'un bateau croisé la nuit. Les ferrys sont les bateaux les plus rigolos à photographier, car plein de lumières. Il ne faut pas passer trop loin de l'élément à photographier histoire de mettre toutes les chances de son côté. Il y a de nombreux bateaux du genre aux alentours de la touristique Barcelone, donc le cadre se prête parfaitement à ce jeu. Il faut de la patience et une harmonie totale avec la houle qui ne facilite pas le truc. Les règles stipulent que l'on a le droit à trois essais chacun. Et vendredi soir, c'est Maxime qui a gagné en réalisant le cliché ci-dessus, à une trentaine de milles de Barcelone.

6 - Remorque moi si tu peux


Alors là, on change de catégorie. Cette activité en 3D fait appel à de nombreux sens et est très utile quand on ne veut pas passer la nuit à 500 mètres de l'entrée du port. 1- Arriver à croiser un voilier qui veut aussi entrer dans le port, mais sans utiliser la VHF, car si le voilier ne s'arrête pas, il faut ramer. 2- demander dans la langue du pays s'ils peuvent nous aider (castillan ou catalan au choix). 3- Faire de belles pattes d'oie et bien nouer les bouts au niveau des supports de dérives pour ne pas tout arracher lors du remorquage. 4- Bien barrer pour suivre le bateau remorqueur. Tout un programme.

Voilà... et comme ça, l'air de rien, nous sommes arrivés à Barcelona!

Merci Maxime pour ta compagnie, bravo pour ta patience. Bon retour en France!
Voici une petite chanson que nous avons chanté pendant de lononononongues heures devant Sète, en souvenir de notre plan de contre attaque - pétole!




Viva Barcelona!!
Capucine

mercredi 30 novembre 2011

Caresser le Lion. Marseille - Barcelone

Mardi 22 novembre. Belle escale, beau départ. Jusqu'au dernier moment Marseille aura fait les choses en grand et en beau. Mais j'avoue, je suis contente de repartir en mer. Les 15h de nav entre La Ciotat et Marseille ont eu un goût de trop peu, de trop court qui rend ce nouveau départ grisant. La météo dicte mes escales et il m'a fallu attendre quatre jours ici. Gérald et Bernard, mes routeurs, sont ok, la fenêtre est bonne et le départ possible. Sur l'eau, 15 - 20 noeuds de vent de secteur Nord Nord Est. Parfait. Tara Tari s'éloigne, file fièrement laissant derrière lui, la ville grouillante, les cigales qui ne chantent pas l'hiver, l'huile d'olive, l'OM, le romarin et l'archipel du Frioul.

départ de Marseille le mardi 22 novembre 2011
Cap à l'Ouest. A l'Ouest, oui, et non pas au Sud-Ouest. Bien que la fenêtre semble correcte, les dégradations surprises sont une réalité trop réelle et représentent un risque trop risqué. Longer la côte et contourner le Golfe du Lion; ce n'est pas la route la plus courte mais certainement le chemin le plus prudent pour arriver jusqu'à Barcelone. Et puisqu'il s'agit de partir en sécurité, pour ce passage délicat, nous serons deux à bord; Maxime Dreno m'accompagnera jusqu'à la ville catalane.

Le Golfe du Lion. Rien qu'au nom, on comprend que l'on n'est pas là pour rigoler. La comparaison avec l'animal ne date pas d'hier. A l'époque où l'on parlait latin on l'appelait déjà Mare Leonis. Cette comparaison est due au fait que cette partie de la mer est aussi dangereuse qu'un lion, car elle connaît des vents violents et soudains qui menacent les bateaux. Je n'invente rien, c'est ce que l'on peut lire dans le dictionnaire français de noms de lieux de Deroy et Mulon ou encore dans l'Encyclopédie française de Diderot et Alembert. C'est dire!
Tout le monde m'a mis en garde sur cette partie de mer "Ne cherche pas à le traverser même si tu penses que c'est bon". N'ayant jamais dompté de fauves, je ne vais pas commencer maintenant. Voici la route prévue et parcourue à bord de Tara Tari :

de Marseille à Bacelone, attention au Golfe du Lion
La tempête des derniers jours a soulevé la mer. Poussé par la grosse houle venue du Sud, Tara Tari ne mérite pas les incessantes petites claques des vagues du Nord-Est et de surface qu'il se prend dans la coque. C'est pénible. On aurait dû lui dire, à la Med, que le jeu c'est "mots croisés", et non pas "mer croisée". Ce phénomène connu, n'est pas très intéressant à vivre. La houle pousse dans un sens mais la mer est, en surface, recouverte de petites vagues qui vont, elles, dans le sens opposé. Concept artistique. Mais là, bord d'un petit voilier de pêche comme Tara Tari, je n'ai pas envie de jouer les artistes. Chevauchée maritime, j'espère que la bateau ne souffre pas trop. Chère Méditerranée, s'il te plaît, cesse ta croisade.

L'eau est plus chaude que la terre, alors à l'heure où les terriens dorment, une brise nocturne s'installe. Une autre habitude du coin, je prends note de ces phénomènes, bons repères pour les jours de mer à venir. La brise, en digne gardienne de nuit, a le mérite de nous faire parcourir des milles sans trop de difficulté. Nous fonctionnons pas quart de deux heures. Il est 3h du matin quand je viens relayer Maxime, le bateau est un peu trop sur la tranche à mon goût et je prends un ris dans la grand voile. Prendre un ris, c'est à dire réduire un peu la toile, permet de gagner un peu en stabilité sans pour autant perdre en vitesse. Tout va bien à bord. La Camargue est bien sombre, sans pollution lumineuse dans cette nuit noire. L'obscurité est un bon moyen de jauger la présence humaine sur ces morceaux de nature sauvage. La lune se lève timidement, montre un petit croissant tout fin vers 4h du matin. 4h du matin, déjà. La nuit se passe bien, se passe vite. Le vent soutenu a porté Tara Tari vers le 270° à bonne allure.. au petit matin, nous avons déjà parcouru près de 70 milles! Excellent! Bravo petit bateau!
Le soleil levé commence à me réchauffer, le ris libéré, Tara Tari avance doucement et ce matin, la barre dans une main, je tourne, de l'autre, les pages d'un bon petit livre. Et je savoure ce temps en mer.


Nous sommes en Med, et comme la légende n'en est pas une, le vent passe du tout au rien. Il est 9h du matin et le vent tombe. Mais tombe vraiment. Genre même pas un petit soupir de rien du tout. La mer s'est endormie. Lisse, elle s'efface au profit du grand ciel bleu qui se reflète en surface. Jeunesse de la journée, pas une ride sur l'eau. Tara Tari est là, se tient sagement sur ses dérives et ne bouge plus. A trois milles de Sète, c'est la pause. Les heures passent, pas la pétole.

La pétole. Autre concept artistique maritime. La pétole, c'est le mot que l'on donne à l'absence totale de vent... Et l'absence de vent, à bord d'un bateau à voile, c'est assez éprouvant. Les voiles sont lasses. Le bateau tourne en rond, au gré d'on ne sait quoi. Parfois il vaut mieux affaler, attendre que ça passe. Ne pas relever que l'étrave pointe vers la direction opposée. Parfois aussi, certains allument le moteur pour se dépatouiller de cette glue naturelle. Le moteur. Sujet encore un peu tabou à bord. (je n'arrive toujours pas à le démarrer..) Aux grands maux, grands moyens: Et si je sortais les rames offertes par les gars du port de Marseille?! Allez, j'essaie.
Maxime se réveille d'une sieste, rigole, prend l'autre rame et aussi le GPS portable, pour voir si notre vitesse augmente. Yes! ça marche. 1 noeud indique le GPS complaisant, l'étrave vers l'Ouest, nous sommes à fond. En tout cas nous l'étions, au début.
panne de vent au large de Sète
12h. Sans rire. 12h de pétole à ne pas avancer. Test de patience. Englués devant Sète, nous chantons pour nous distraire et rythmer les coups de pagaies. Quelques chansons de Georges Brassens qui est enterré à Sète, notre manière à nous de lui rendre hommage. Enfin j'espère qu'il l'aura pris comme ça, parce que les chansons de Brassens sont dures à chanter. Mais ce qu'il y a de bien, au large de tout, c'est que tu as le droit de chanter faux sans que cela ne gêne qui que ce soit. Soupir. Nous rions, car là encore l'humour est un bon remède. La nuit tombe et il n'y a toujours pas de vent. Je commence à en avoir plein les bras, moi, de ramer. Sous ses airs de kayak, Tara Tari n'en est pas un, et n'avance pas super vite.

La nuit arrive et normalement, si tout est logique, elle devrait avoir le vent pour compagnon de virée nocturne. Mais la lumière est éteinte et toujours pas de vent. Tour d'horizon. Quelle étrange ambiance. Le ciel, marron foncé, est au loin, tout noir. L'eau est toujours aussi lisse. Il n'y a pas un bruit, et une petite brume fait de ce décor, le cadre parfait d'un tournage de film de pirates. Il se passe quelque chose. Quelque chose de menaçant. Rien qui ne m'inspire l'envie de chanter encore. Même pas peur mais bon, le calme est trop calme. Je décide d'envoyer un petit message à Gérald lui expliquant la situation. Gérald me répond aussitôt... "le vent va se lever. Force 7". Ok, merci de l'info, "je file me mettre à l'abri à Sète alors". Le vent est revenu, et nous enchainons les virements pour entrer au port. Mais un nouveau petit message de Gérald arrive "si tu es vraiment devant Sète alors c'est bon, ça bastonne un peu plus au sud, tu devrais pouvoir passer". Je réfléchis, lis le message à Maxime. "C'est trop bête de s'arrêter à Sète, je suis d'avis de continuer, en restant près de la côte, on pourra toujours aller s'abriter plus loin, au Cap d'Agde ou à Valras Plage" Maxime est ok. "Alors on continue!" je suis ravie et préviens aussitôt Gérald. Et c'est ainsi que nous poursuivons notre route. Le vent est fort, la mer courte et croisée mais la navigation est cependant tout à fait praticable. Un ris dans la GV et Tara Tari prend sa revanche sur la journée passée à l'arrêt.

Nuit et jour, on file au portant jusqu'au moment où il a fallu mettre le clignotant à gauche, vers le Sud, car à force d'aller vers l'Ouest, Tara Tari est arrivé aux pieds des Pyrénées. C'est super de voir ainsi, les montagnes enneigées.
dessert paradoxal au pied des Pyrénées
10-15 noeuds prévus pour les trois prochains jours, et au portant: les conditions rêvées pour passer le redouté Cap Creus. Gérald me confirme que c'est ok pour continuer vers Barcelone. youpi!

Le Cap Creus est le premier passage un peu chaud de mon périple. Il s'agit du point le plus à l'Est de la péninsule ibérique. Promontoire abrupt et rocheux de 672 m d'altitude, le Cap Creus a inspiré le peintre Salvador Dali de l'un de ses tableaux, « Le Spectre du sex-appeal » (1934), mais n'inspire en revanche toujours pas les marins, qui redoutent les grosses vagues et le vent fort qui caractérisent le passage du dit Cap. "Creus" signifie Croix en Catalan, ça a peut-être un rapport.


Nous passons Creus de nuit, alors je n'aurais vu de lui qu'une silhouette de roches et le feu de son phare qui se trouve à plus de 87 m d'altitude, et dont la lumière peut être perçue à une distance de 34 milles. Par chance, les conditions sont bonnes, et nous passons sans difficulté ce passage clé. Quelques empannages et hop, le cap est passé. Tara Tari glisse désormais au portant le long des côtes espagnoles. Le soleil se lève, la Costa Brava est superbe. Le bonheur.

Tara Tari arrive en Espagne
L'Espagne. Il est temps de penser au "pavillon de courtoisie" qu'il faut hisser à tribord. Il s'agit du pavillon des eaux territoriales dans lequel se trouve le bateau, c'est une règle obligatoire en mer et ça sent donc l'atelier couture à bord de Tara Tari. Dans le petit sac en coton plein de pavillons, je prends le pavillon Roméo qui devrait faire l'affaire.

Le pavillon "R" Roméo signifie, seul, "Reçu" ou encore "j'ai reçu votre dernier message"


un peu de couture
et voilà!
Perfecto tout ça! Et il n'y aura qu'à découdre pour retrouver Roméo. Rien ne se perd, rien ne se créé tout se transforme, disait notre ami Antoine de Lavoisier. C'est valable aussi pour les pavillons.

 Après 3 jours de mer, il ne reste plus que quelques milles pour arriver à Barcelona. C'est une belle étape de faite. Comme quoi, il ne faut pas tenter l'impossible. Ne pas provoquer le Lion, le caresser, dans le sens du poil et passer ainsi sans péril. En l'abordant ainsi, le Golfe du Lion aura eu des airs de Lionceau. De ceux qui vous chante "Akunamatata... tu vivras ta vie, sans aucun souci...."

Encore 2 jours le long de la Catalogne, pour une ETA samedi. Tout va bien à bord, l'ambiance est au top et Tara Tari n'a pas un petit bobo à soigner!

A très vite pour la suite du récit!
Capucine

lundi 28 novembre 2011

Heraclitus - rencontre à Marseille

Lundi 21 novembre. Tout est prêt et je vais reprendre la mer demain puisqu'une fenêtre météo semble favorable. J'aurais aimé avoir le temps de connaître mieux Marseille et de profiter encore, mais la seule chose qui me tienne vraiment à coeur avant de partir est d'aller à la rencontre de l'équipage de cet étrange bateau, amarré lui aussi au vieux port, et que j'avais remarqué le matin de mon arrivée.
Ce bateau s'appelle " R.V. Heraclitus", R.V. pour Research Vessel. Une sorte de jonque sortie tout droit d'un pot de pâte à modeler, un bateau qui a de la "gueule". Une bonne bouille qui évidemment m'attire.

R.V. Heraclitus
Les gars du port m'ont aidé à traverser, et j'arrive devant cette jonque si belle, si toute pourrie, et si attachante. A côté de ce bateau, Tara Tari fait très neuf et luxueux, pense-je en approchant. En silence sur le ponton j'observe l'engin. Une tête sort d'un hublot tout rond. J'ai l'impression d'être dans un film type Charlie et la chocolaterie, c'est assez surréaliste. Il s'agit de la tête d'une fille espagnole qui m'explique qu'ils lavent les fonds du bateau, qu'elle ne peut pas trop sortir. De toute façon, à ce moment là, je dois rester concentrer sur ma mission de la matinée: aller aux douanes. Je regarde cette petite tête brune et bouclée qui sourit et lui dis que je repasserai d'ici lundi. "Parfait! A bientôt!" me dit-elle en refermant le hublot tout rond.

Quand je dis que le bateau semble avoir été fait avec de la pâte à modeler, ce n'est pas tout à fait faux. Le navire à la forme d'une jonque, mais en apparence, tout est arrondi, irrégulier et inhabituel. Heraclitus a été fabriqué avec un matériaux qui s'appelle le ferro-ciment. Ce qui lui donne cet aspect de pâte à modeler.
Heraclitus, jonque en ferro-ciment
Le ferro-ciment implique un type de construction dont les principes d'architectures sont proches d'une coque bois, mais les matériaux employés et leur mise en œuvre très différents. La construction repose sur une ossature d'armature métallique (quille, couples, varangues) constituée d'armature béton d'un diamètre assez important et mise en forme au gabarit de la coque. Leur section varie selon la résistance attendue, les liaisons sont particulières aux coques de bateau pour ne pas créer de sur-épaisseur. Sur ces armatures sont tendues des nappes de grillage treillis très dense, dont le nombre varie selon la solidité, donc l'épaisseur de coque à atteindre. Le liant, à base de ciment à granulométrie et dosage très bien maîtrisés, est très souvent complété par une résine. L'application du liant se fait directement sur l'armature et les couches de grillage qui jouent du coup aussi le rôle de ce que l'on appelle un moule perdu. L'application du liant est pour ce type de construction comme pour presque toutes les autres méthodes, déterminante sur la résistance et la qualité du résultat final. La coque terminée pèse le poids qu'une coque en bois. Les caractéristiques mécaniques du ferro-ciment sont très proches de celles de l'acier, l'élasticité en moins. Ce sont donc des coques plutôt très solides qui ne se déforment pas. Le principal avantage de ce mode de construction est de pouvoir faire des coques en forme, solides et durables sans moule. Le ferro-ciment a mauvaise réputation en France, car, si je résume, on dit que c'était un procédé de construction amateur et approximatif. Pourtant, il encore utilisé à l'échelle industrielle dans l’hémisphère sud.
Heraclitus a été construit aux Etats-Unis en 1975 à Oakland, en Californie, par The Institute of Echotechnics, toujours armateur et porteur des projets du bateau. Ce voilier, immatriculé au Belize (quand j'ai vu ça, Rodolphe, toi qui vis là-bas, j'ai bien pensé à toi! :) a la forme d'une jonque, et lorsque ses voiles sont hissées... Heraclitus est un fier navire, jonque de ferro ciment qui navigue avec un esprit bien particulier.

R.V. Heraclitus en mer
Assez facilement, j'arrive à prendre contact avec l'équipage. Kristin est chef d'expedition, nous nous donnons rendez-vous à bord de sa jonque, lundi. Il fait nuit. La jonque n'est pas collée au ponton, alors à l'aide d'un grand bout monté sur palan, elle rapproche le ponton. Sur l'aussière, une sorte de freezbe. C'est pour empêcher les rats de monter à bord. Bonne astuce. Les pieds sur ce pont rouge, j'entre dans le bateau. Kristin est Allemande, nous parlons anglais. Elle m'invite à bord. Le carré est dépourvu de banquette et de mobilier. Il n'y a rien, c'est superbe. Par terre des tapis et quelques coussins en tissu, les lumières sont tamisées, orangées. premiers ressentis qui me portent au Maroc ou dans ces pays où l'on prend le temps de partager un thé autour d'un plateau familial. Claus, capitaine du bateau, lui aussi Allemand épluche quelques légumes. Il s'arrête vient m'embrasser. Zénitude absolue à bord de cette étrange jonque. Kristin m'entraîne pour une visite complète. Une grande barre à roue est située à l'intérieur, un mur en bois sert de table à carte. C'est magnifique. Le barreur reçoit à l'intérieur des informations d'un veilleur toujours à poste, sur le pont. Nous parlons un long moment dans cette pièce sans pareil. Pas d'ordi, pas de technologie. Il y a des livres bien rangés et des cartes de tous les coins du monde, bien ordonnées dans des tiroirs en bois, sous le haut tabouret de barre. Il y a ici accroché au dessus de la table à carte verticale une représentation de Bouddha, à côté une figurine chrétienne et encore d'autres de différentes religions. Il y a des objets et pourtant un ordre parfait. Pas une poussière, pas un bibelot qui traîne. C'est étrange ce mélange des genres. Un souk ordonné, ce n'est plus la même chose, mais cela apaise, rempli le lieu d'un esprit libre et épuré.

Kristin and Capucine.. "women of the sea" commente Kristin
Quelques bannettes sont entourées de rideaux en tissus d'ailleurs dans le monde. La seule visite du bateau est un voyage autour du monde. Entre la cuisine 'américaine' du carré et la Bibliothèque, il faut passer par une petite pièce. Krisitin me montre un placard: "This is the magic room". Elle ouvre la porte en bois, et une montagne de déguisements brille et sintille. C'est que l'équipage s'amuse parfois, joue des petites pièces de théatre, et parfois aussi de la musique. Saltimbanques voyageurs, cet équipage poursuit une belle mission. Nous poursuivons avec Kristin, je suis fascinée par la Bibliothèque, je me perds dans la lectures des titres des livres.... Il y a en a tant, tous chargés d'histoires et de mélanges de culture. J'aime les livres et je suis vraiment fascinée. Nous parlons encore, a voix presque basse. Le lieu impose calme et respect, rien ne vient froisser la tranquillité reine.
Kristin n'a pas d'âge. Elle me dit qu'elle vit à bord du bateau depuis plus de 20 ans. Claus pareil, voire plus encore. "Un autre a tenté de vivre autre chose après 15 ans de vie à bord d'Heraclitus. Il est revenu au bout d'un an. Heraclitus, c'est un engagement pour la vie" me dit-elle avec un touchant sourire.
Et nous retournons dans le carré, parlons de Tara Tari, et de mon projet de traversée. Claus me pose de nombreuses questions... Et puis sur la carte du monde affichée, Claus me montre un endroit où il y a des îles qui jamais n'ont été marquées sur des cartes. "C'est un secret que je te révèle" me dit-il en me regardant dans les yeux, "il faut que tu ailles un jour voir cet endroit encore caché du monde".

Nous sommes là, assis sur les tapis et parlons de philosophie de vie en mer, de la quête de la simplicité. Ils naviguent en équipage, et je me lance dans une traversée solitaire. Nous partageons. L'échange est riche. Se sentir si vite en accord avec des personnes que l'on ne connaît que depuis quelques minutes, c'est assez fascinant. Cette rencontre hors du temps dure un peu. Et je repars au bateau avec l'une des équipières, Johanna vient d'Alaska, sur le chemin, elle me parle de sa région, des lacs et des pêcheurs, des cabanes en bois et m'invite à venir chez elle, là bas, quand nous serons toutes deux prêtes à mettre pied à terre. Devant Tara Tari, elle me pose des questions. Une interview particulière, pour une radio d'Alaska. Et pour ses dossiers de recherches menées sur le bateau Heraclitus.

une photo de l'équipage en 2010. Chercheurs, témoins d'ailleurs.
Parce qu'Heraclitus est un bateau de recherches. Depuis la mise à l'eau du bateau et depuis donc plus de trente ans, la jonque a parcouru plus de 250 000 milles sur les mers du monde. La mission menée par The Institute of Ecotechnics est simple. Aller à la rencontre des hommes partout dans le monde, afin de prendre connaissance de toutes les habitudes et traditions ancestrales des hommes et de l'eau et de s'en servir pour l'avenir. Prendre note de ce qu'il se fait, de ce qu'il se faisait, et comprendre ainsi comment "avant" les hommes arrivaient à vivre en accord avec la nature.
A bord, l'équipage a toutes les nationalités. Ces chercheurs sont hors norme, à moitié marin, à moitié hippie. voire complètement marins, et complètement hippies aussi. Heraclitus a construit un petit hospice avec une communauté Tibétaine, regroupant différentes cultures du Népal, et permettant des échanges faciles avec des Américains et des Anglais... Mais il y a tant d'histoires et tant à raconter sur la longue, longue épopée d'Heraclitus. Trente ans de mer et de rencontres...

Et aujourd'hui, la mer m'a permis de rencontrer Heraclitus. Une belle rencontre.
Mardi matin. Je me prépare pour le départ, j'arrive sur le ponton, et tout l'équipage est là! Nous parlons du jute, je leur présente Tara Tari, leur parle de Watever et des recherches de Corentin. Il est temps de partir. On se sert dans les bras. Très fort. Kristin me dit qu'ils ont parlé de moi toute la soirée, et qu'il se sont mis d'accord, ils veulent m'aider. Elle me tend un billet. "Quelques euros de la part de l'équipage" me dit-elle en anglais. Je suis très touchée. Kristin est émue. Et Claus aussi. Dernières embrassades. Comme si nous nous connaissions depuis toujours.

Et puis les amarres sont larguées. Ils repartent à bord de leur petite annexe métallique. Le temps de sortir du vieux port à la voile, ils sont tous à bord de leur jonque. Je barre de l'avant du bateau et pointe l'étrave devant eux, pour les saluer. Ils sont tous sur le pont. "Bon voyage!" me lance Johanna d'Alaska.
"Bon voyage!" me lance Johanna
une jonque pas comme les autres

Et Tara Tari quitte Marseille sous l'oeil bien veillant d'Heraclitus.

Départ de Marseille, le mardi 22 novembre 2011

.. un petit bruit de moteur. C'est Claus! il est venu avec sa petite barquette métallique, accompagné d'un jeune de l'équipage. Claus accompagne Tara Tari sur quelques bords, comme pour prolonger cette rencontre. "See you my friend! Take Care!" me lance-t-il en me saluant une dernière fois.

Thanks again dear friends from R.V. Heraclitus.
Et maintenant, cap à l'Ouest à bord de Tara Tari. L'aventure continue!
Capucine


ps: la route d'Heraclitus est à suivre sur le site : http://www.rvheraclitus.org

dimanche 27 novembre 2011

j'avais tout faux - Marseille

Vendredi 18 novembre. "Il y avait des vagues de plus de dix mètres, et le vent soufflait à 70 noeuds. Oh, Bonne Mère! c'était l'enfer, je te le dis moi!" Sur le ponton, trois hommes se racontent leurs aventures martimes. Ils me réveillent avec leurs voix rauques, et me font sourire avec tous leurs superlatifs ponctués de "Oh Bonne Mère". Les yeux encore globuleux après cette très courte nuit, emmitouflée dans mon duvet chilien, je les écoute, les imagine en train de mimer les vagues de dix mètres, les bras déployés. "Des murs gigantesques" ajoute une nouvelle voix, avec ton grimaçant l'exploit réalisé, et l'accent d'ici bien prononcé. Je me marre toute seule. Ici, c'est Marseille. Sans exagérer. Du tout.

La Bonne Mère veille sur Marseille

Marseille est bordée par la Méditerranée à l'Ouest, et est entourée de petites montagnes. Il y a le massif de l'Estaque et le massif de l'Etoile au Nord, le Garlaban à l'Est, le massif de Saint-Cyr et le mont Puget au Sud-Est et le massif de Marseilleveyre au Sud. Marseille s'étend sur plus de 240 km², ce qui en fait la 5è plus grande commune de France, mais avec près de 852 000 habitants intra-muros, Marseille est la deuxième plus grande ville du pays! Et comme Tara Tari a déjà été montrer sa belle coque à Paris, en bon bateau mondain qui se respecte, c'était sympa de passer ici. On appelle Marseille "cité phocéenne", car la ville a été fondée vers 600 avant JC par des marins grecs originaires de Phocée, en Asie Mineure. Son nom était alors 'Massalia'. Aujourd'hui, Marseille est le premier port français et méditerranéen (devant Gênes) et le quatrième port européen. C'est aussi le port de ma première escale.

Procéder par priorités. La première: prendre une douche. ça fait du bien. La deuxième: voir les douanes. Alors après ma douche, les cheveux encore dégoulinants, je profite d'être à la capitainerie pour demander une "port clearance" attestant de l'arrivée en France du bateau (à La Ciotat on m'avait gentiment expliqué que c'était à Marseille qu'il fallait voir ça). Là, les deux hommes rigolent, me charrient à propos du bateau "Mais il flotte, là, votre bateau?" ton rieur, sourire en coin. Ça chambre sec à la capitainerie du vieux port. "Vous voulez voir les papiers?" demande-je avec le petit air sage de celle qui veut bien faire. "Vous êtes sure que vous ne voulez pas plutôt un petit café?" me dit alors l'un quand l'autre tend une chaise. Bon, et bien, nous allons nous poser une minute le temps d'un café. Une bonne petite papote plus tard, et ils nous traversons le port. Les douanes se trouvent sur l'autre rive. Avec Maxime, nous tournons autour d'un bâtiment ancien, très joli. Sur la façade, une indication nous fait penser que nous sommes au bon endroit.


Aucune porte ne semble vouloir s'ouvrir. "Pardon monsieur, je cherche les douanes... " Le petit monsieur aux cheveux blancs rigole "ça fait deux siècles qu'il ont fermé ici!" Il rigole et reprend "Allez venez, je vous dépose au bon endroit!" Et nous voilà dans la vieille espace de ce gentil monsieur qui ressemble à Pernoud. Il n'arrête pas de rire et de parler, mais avec Michel Drucker à fond sur RTL, je ne comprends rien à ce qu'il me dit. Tant pis. Les Douanes. je m'attache les cheveux, ça fera plus soignée. Accueil ni chaleureux ni froid. Un accueil des douanes, quoi. "Sur votre gauche, les portes grises et au fond du couloir". Nous  suivons les indications. Un bateau est dessiné sur une feuille A4 collée sur un des guichets, j'imagine que c'est là. "C'est pourquoi?!" Une petite dame, les cheveux encore frisés des années 80 et les boucles d'oreilles dorées qui vont avec, semble ne pas s'être levée du bon pied. "Bonjour Madame" J'explique le bateau, le parcours et tout et tout, avec l'envie d'être réglo. Elle tient dans ses mains les papiers du bateau qu'elle regarde, dubitative. "Et qu'est ce que vous voulez que je fasse avec ça?! Vous êtes là de passage, vous allez au ponton visiteurs du port et vous repartez! c'est simple non? pourquoi vous venez là?" euh... Bon. Désolée, je ne savais pas, merci. ok. Rien à voir, circuler, d'après les douanes tout est en règle alors nous repartons vers le port. Je retrouve mes deux "potes" de la capitainerie. "Un petit verre de rosé?!" Non merci, je repasse tout à l'heure. Prenant un cahier d'écolier, je décide d'en faire un passeport de Tara Tari, sur lequel les capitaineries estampilleraient la présence du bateau "Il faut la date d'arrivée et un tampon, les administrations aiment bien les tampons". Toujours avec ce même regard malicieux, l'agent retrousse ses manches, prend sa plus belle écriture "Bienvenue à Marseille" il date et appose trois tampons - tous ceux qu'il avait sous la main. Nous rions. Je sens que tout cela va être drôle. Sincèrement gentils, ils me proposent un coup de main pour le bateau. je paie ma place de port et eux m'offrent des rames échouées, qu'ils me dédicacent. "Ne le dites à personne" - d'accord, mais à presque personne alors.


C'est grâce à Cécile, qui m'avait si bien accueillie à La Ciotat, que j'ai rencontré Maguelonne. Lors de notre petit pot de départ à La Ciotat, Maguelonne était venue et m'avait dit "si tu passes par Marseille, viens dîner à la maison, un bon veau à la moutarde t'attend!" Et voilà. Le veau à la moutarde a peut-être aidé à me convaincre de m'arrêter à Marseille.

Maguelonne Turcat Martin-Raget, à Marseille
Marseillaise depuis au moins treize générations, Maguelonne connaît tout de Marseille et m'accueille comme si je faisais partie de sa famille. C'est incroyable, un tel accueil. Maguelonne me permet de rencontrer Bernard Amiel, président de la Société Nautique de Marseille. Il nous invite à nous amarrer au ponton de la "Nautique" comme on dit ici. Et c'est ainsi que Tara Tari se retrouve dans le même bassin que de fabuleux voiliers classiques, des plus beaux de Méditerranée.


Après une bonne nuit de sommeil chez Maguelonne, dans les hauteurs d'Endoume, je passe un moment pour raconter la première nav sur le blog, et nous partons au bateau. Gérald Bibot m'a offert une VHF fixe avec AIS que je récupère au vieux port. Encore merci Gérald! Et puis Maguelonne qui a pour amis de grands journalistes passe quelques coups de fil. En début d'après midi, je me retrouve au bateau, au micro de Laurent Gauriat, pour un sujet sur France Info et France Inter (diffusé le dimanche 20 novembre après midi & à 19h) "ça me change des drames quotidiens, ça fait du bien de belles histoires comme celle de Tara Tari" me confie le journaliste à la fin de notre rencontre.

Au micro de Laurent Gauriat - France Info / France Inter.
Point météo avec Bernard, mon routeur Great Circle. Il y a un BMS jusqu'à mardi. Le vent d'Est souffle fort et la houle du Sud entraîne une mer courte et croisée, bien mauvaise. BMS veut dire Bulletin Météo Spéciale, mais aussi et surtout "Reste à l'abri avec Tara Tari".

Bricolage sur le bateau, et puis petite promenade dans les Calanques - de jour - avec Anaïs et Guillaume, tous deux officiers de marine marchande, et amis de Maxime. C'est assez fascinant cet endroit. Tout est immense, et j'imagine les voiles oranges de Tara Tari passer devant ces superbes Calanques. Si grandes, si sauvages. La nature a du caractère et ça fait du bien de la voir ainsi. Je respire le bon air frais.

Tara Tari est passé devant ces jolis cailloux
Le mot calanque vient du provençal « calanco », « escarpé » et désigne une vallée creusée par une rivière, puis récupérée par la mer. Les Calanques sont au coeur de grands débats politiques dans le coin car elles vont certainement devenir "parc national" l'année prochaine je crois, et d'après les discussions animées entendues à ce sujet, cela changerait beaucoup des choses pour les marseillais habitués aux lieux. Elles seraient le premier parc national périurbain d'Europe, ce n'est pas rien. Afin de réempoissonner les eaux, certaines zones du futur parc seront interdites à la pêche pour servir de nurseries naturelles. C'est la première fois que je viens ici, et c'est peut-être la dernière fois que j'ai la possibilité de me promener ainsi, sans les interdictions des parcs. L'endroit est extrêmement propre, c'est assez rassurant de sentir que chacun se sent concerné par un endroit encore préservé. Pas de déchet ni de tag, les promeneurs sont silencieux, respectueux.

Le mari de Maguelonne, Gille Martin-Raget, est un grand photographe, très connu dans le monde de la voile. Il a photographié avec délice les belles Calanques. Son ouvrage est un coup de coeur et comme je suis toujours accueillie chez Maguelonne et Gilles, je passe une partie de la soirée, plongée dans ces belles photos...
"Calanques si proches, si lointaines" Ed. Cres, photos G. Martin-Raget
Lundi, je ne me sens pas très efficace au bateau. Mais j'ai une raison valable. Maguelonne a pris des rendez vous avec des journalistes, et il y a donc une équipe de France 3 qui vient et avec qui je passe la fin de la matinée à parler des recherches que mène Corentin sur le jute. J'ai embarqué un gros morceau de toile de jute, c'est assez pratique pour illustrer la fabrication de Tara Tari et aussi l'importance d'arriver à trouver un bon maillage, plus serré et plus résistant que celui des sacs de pommes de terre pour développer une fibre technique qui serait utilisable en construction navale au Bangladesh. Et puis il y a aussi un journaliste de "La Provence" qui vient pour un bel article en page "mer", paru samedi 26 novembre. Et c'est aussi aujourd'hui que je découvre dans Voiles & Voilers du mois de décembre, l'article concernant le projet... Toute cette presse ne me met pas forcément à l'aise. C'est un peu crier victoire avant d'avoir réussi à aller jusqu'au bout, alors j'essaie lors des interviews d'insister plus sur ce qu'a fait Corentin et sur ses recherches, sur l'action menée par Watever et quant à mon expédition, j'insiste sur le chantier, l'aide reçue des amis et sur l'esprit de navigation avec lequel je pars, de la "simplicité volontaire" à bord de Tara Tari. Bref, du coup pas trop de pression, il faut avancer par étapes pour que l'ensemble soit cohérent.

Point météo. Une fenêtre s'ouvre demain mardi. L'idée est de ne pas traverser le Golfe du Lion, difficile voire dangereux à cette période de l'année et longer la côte afin de trouver un abri en cas de dégradation surprise. C'est son truc, ça à la Med, les dégradations surprises.

Bricolage terminé, j'ai eu des petites choses à faire et me retrouve à 20h près de Tara Tari avec une journaliste d'Alaska qui me pose des questions pour une radio de là-bas... c'est assez surréaliste mais excellent. Et puis je retrouve Maxime, Anaïs et Guillaume au Shamrock, un pub en face de la Nautique. "Shamrock" veut dire "trèfle", symbole de l'Irlande. Là, Guillaume et Anaïs me font un beau cadeau qu'ils ont fabriqué de leurs mains. Guillaume me fait une démo, et me révèle le nom de cet objet unique: La Boîte à Pompe.

Guillaume & Anaïs m'offrent"la Boîte à Pompe"
La Boîte à Pompe est un objet qui va vite devenir indispensable à bord de Tara Tari. Il s'agit d'une petite pompe pour virer l'eau qui se trouve à l'intérieur du bateau. Guillaume a monté la pompe sur un support en bois bien pensé, dans lequel on peut caler son pied pour pomper de n'importe où. Je ferai une démo en mer, ce sera plus facile à expliquer. Mais c'est top et ça me permettra aussi de me muscler le bras, ce qui me permettra du coup et certainement de démarrer le moteur un de ces jours.

Pleine d'a priori sur Marseille, j'imaginais qu'il fallait impérativement coller un autocollant "Allez l'OM" sur le bateau si je ne voulais pas que l'on raye la coque de Tara Tari, et cela n'a pas été le cas (je n'ai pas collé d'autocollant et la coque n'a pas été rayée) j'imaginais qu'il n'y avait pas de baleines dans le coin et pourtant dans le journal il parlait de ces deux rorquals vus devant le chateau d'If, à l'entrée du vieux port, j'imaginais que les cigales chantaient toute l'année et ce n'était pas le cas... bref, j'avais tout faux. Les Marseillais que j'ai rencontré ont été adorables, accueillants. Ils sont nombreux à s'être arrêtés devant le bateau, à avoir posé de nombreuses questions sur le jute et sur l'histoire du bateau. A le trouver beau sans exagérer alors que pourtant l'exagération fait partie de la réputation du Marseillais. Marseille est une belle ville où l'on ne fait pas que "piquer des scooters" (La Provence a titré son journal du samedi 18 "On est champion du vol de deux roues"). Alors encore Merci Maguelonne, Dominique et Marie, Bernard Amiel de la Société Nautique de Marseille, Guillaume et Anaïs, les gars de la capitainerie....

Ah et puis, avant la douche et les douanes, lors de mon premier réveil à Marseille, j'ai tout de suite remarqué un bateau, juste en face de Tara Tari.
On dirait une jonque, il va falloir que j'aille voir ça de plus près.

Il y a des bateaux qui annoncent de belles rencontres...
Et je suis allée voir ce bateau. Une rencontre improbable... L'aventure a vraiment commencé, et la magie des escales opère. A très bientôt, donc, pour vous raconter 'la rencontre' de Marseille.
Capucine

samedi 19 novembre 2011

C'est parti! La Ciotat - Marseille

Jeudi 17 novembre. La Ciotat. Il est 6h du matin, le réveil sonne et n'a pas tout à fait la même tonalité que les autres jours. Peut-être parce que aujourd'hui, c'est le départ. Le bateau doit être mis à l'eau à 8h et il faudra partir dans la foulée. J'imaginais qu'un matin de départ en mer, l'émotion pouvait prendre le pouvoir au gouvernement de l'Etat d'âme. Mais non. En fait, le matin du départ, je n'ai fait que penser à être efficace et faire les choses méthodiquement pour que tout se passe bien; c'est à dire gérer les clefs de l'appart de Cécile & Rémi qui ne sont pas là, passer à la capitainerie, manger un petit pain au chocolat, ranger tout le "chantier" (pot d'antirouille, kit de strat, pot de peinture, outils, perçeuse...) dans le coffre du camion de Maxime. Tiens, un parapluie dans la poubelle de la zone de carénage, je l'embarque, ça me servira de parasol, parfait. Alors qu'il y a encore quelques bricoles à faire, je m'écarte une petite minute, grimpe sur les blocs de pierre de la digue. Quel tableau. Le soleil se lève au dessus de là où arrivait Corentin. Le ciel est bleu et pur. Et la mer, quelle est belle cette mer aujourd'hui accueillante. Conversation secrète avec la Méditerranée. J'ai le sourire, je respire profondément. Je me sens bien et j'ai hâte d'aller naviguer!

Beau temps belle mer. jeudi 17 novembre 2011, jour du départ
Il est 8h, tout est prêt et ok, je suis à côté du bateau, prête pour la mise à l'eau. MAIS j'oubliais : nous sommes dans le Sud. Et hier, quand la petite dame de la capitainerie m'a dit "attention soyez à l'heure: à 8h précises on met le bateau à l'eau!" avec un "sinon je vais me fâcher très fort" sous entendu que j'ai pourtant bien entendu - et bien, en fait, cela voulait dire "on met le bateau à l'eau dans la matinée - après un petit café ". C'est le sud ici, les cigales chantent tout l'été alors le 17 novembre, forcément on y va tranquilou. Ce matin, il fait super beau et à 10h, le bateau qui se trouve sur la zone de carénage, est donc mis à l'eau deux mètres plus loin.... dans le bassin des Capucins !

Départ du port de La Ciotat
Rigolo. 'Bassin des Capucins', on se demande ce qui viennent faire là, ces capucins, pour avoir un quai et un bassin à leur nom dans le port de la Ciotat!? Un capucin est un petit singe, étrange tout ça. "C'est un signe!" m'explique Corentin à qui je raconte par téléphone l'amusante découverte. Singe ou signe, prédestination ou pas, maintenant il va falloir y aller. La manut' se passe bien, quelques personnes assistent à la mise à l'eau. Je pensais partir le 13, mais en lot de consolation, je largue les amarres à 13h.

Il n'y a plus personne sur le quai et cela me va très bien. je suis contente, tout simplement contente. Pas d'euphorie, pas de stress, je ressens un bonheur profond mais sans émotion démesurée. ça y est c'est parti. Pieds nus sur le bitume je pousse le bateau joyeusement et m'installe près de la barre. Tout semble si naturel, qu'il n'y a pas de question à se poser. Les voiles sont hissées et le bateau prend un peu de vitesse..."A l'aventure, Tara Tari!"
sortie du port, entrée dans l'aventure maritime
 

Bon temps belle mer. Enfin pétole et mer calme. Et quand il y a un filet d'air, c'est dans le nez. Il y a une vingtaine de milles nautiques entre La Ciotat et Marseille, j'espère faire un meilleur temps que lors de mon Concarneau Lorient. L'idée est de passer entre l'île verte et le Bec de l'Aigle et de progresser ensuite le long des calanques, jusqu'à Marseille. Maxime est à bord pour cette première petite étape. Il nous faudra mille ans (façon de parler) pour arriver à nous extirper de la baie de La Ciotat et passer l'île Verte. Et le soleil éclaire désormais la route qui me mènera vers l'Ouest.

Passer entre l'île verte et le Cap de l'Aigle
Quelques virements de bords plus tard. Nous arrivons enfin à l'île verte après 5h de pétole. Je n'ai pas d'instrument, mais il n'y a pas 5 noeuds de vent.

bord vers l'île Verte
L'ïle verte. Il y a en plein des "vertes", au moins 7 îles portent ce nom en France. Une dans l'archipel de Bréhat, une autre au sud de Trégunc en Bretagne mais celle-ci est la seule de Méditerranée. Elle est inhabitée et sa surface est d'environ 13 hectares. Elle mesure 430m de long et 260m de largeur (toujours avoir un mètre dans son sac à main). Cette jolie petite île porte bien son nom car sa végétation dense est une richesse; c'est la seule île boisée du département des Bouches du Rhône. Quand je vois cette île verte.... je pense forcément un peu au Cap Vert. tout cela va être magique!

Les lumières dorées sur la pointe rocailleuse de l'île verte, le passage au pied des falaises du Bec de l'Aigle, et Tara Tari devant les calanques! quel spectacle! On ne va pas vite (du tout) mais tant pis!

pointe ouest de l'île verte

bord vers le Bec de l'Aigle

Le Cap Canaille se dresse alors devant l'étrave de Tara Tari. Ce cap est, après Slieve League en Irlande, l'une des plus hautes falaises maritimes d'Europe et est la plus haute falaise de France, plus haute encore que les falaises d'Etretat. La Grande Tête du Cap Canaille est haute de 399 mètres au-dessus du niveau de la mer. Bien que la lumière de la fin du jour éclairait de manière un peu rouge cette belle falaise, la roche est par nature un peu rougeâtre, car elle est composée de calcaires détritiques.
 Cap Canaille
J'oublie vite la ville, les pots d'échappements, la foule et le bruit. Il n'y a rien ici. Seulement le petit chant de l'eau qui glisse sur la coque, quelques pêcheurs au pied des falaises avec leurs barques que l'on appelle des pointus, et voilà. Il n'y a rien que ça, et c'est immense. L'eau si plate semble bien agitée vers l'avant tribord, je regarde mieux, un grand banc de poissons à la surface, sautille et se tortille. je tourne la tête vers les petites barques des pêcheurs "faites attention les poissons, un peu de discrétion ou vous allez finir dans une assiette! Ils vous cherchent!". J'apprends un peu plus tard que ces petits poissons sont des sardines! Des sardines en liberté! heureuses petites bêtes qui ne naissent pas toutes dans des boites. Et Tara Tari continue son doux départ. Quel décor, je découvre les Calanques.

...
Tout est très calme. Le soleil s'est couché, et nous allons bientôt longer les Calanques avec les dernières lumières du jour. C'est le moment parfait pour fêter le départ! Je me glisse dans le bateau, dans la caisse à outils en bois, il reste une bouteille de cidre du baptême, parfait. Un peu de mimolette et de pain frais, nickel. J'ouvre la bouteille avec un peu d'euphorie car je réalise que ça y est, je pars. Le bouchon saute. Avant tout, je verse un peu d'eau à la mer "parce que c'est elle la plus forte, c'est elle qui décide" dis-je à voix haute, et puis je regarde vers le ciel avec la bouteille, pour demander aux vents d'être un peu cléments avec moi, et vient le tour de Tara Tari, une petite goutte sur le pont et une petite tape amicale tout en prenant à mon tour une gorgée, "c'est parti!" 

cidre breton devant les calanques, rencontre de deux régions
Et la nuit arrive. Il faut s'y préparer. Cirés, bottes, frontales, lampe étanche, inspection du gréement et de tout et c'est bon la nuit, tu peux éteindre la lumière. Nous sommes deux, et décidons de fonctionner par quart de deux heures. Le vent est instable ou plutôt indécis, oscille tant en force qu'en direction. Près, grand largue puis re près et serré cette fois.. un vrai cocktail d'allures! On s'adapte. ça permet de manœuvrer un peu et de régler les voiles, dans ce vent qui passe de 3 à 10 noeuds environ, puis 15 plus tard dans la nuit, grâce à la brise nocturne. 


Il y a 20 milles nautiques entre La Ciotat et Marseille. Je partais sur 10h de mer, mais avec la pétole du départ nous avons finalement mis 15h. Nous avons longé les falaises, et avons laissé l'île Riou à babord (un nom de marin, ça, "Riou") passé le Cap Croisette (bien un truc du Sud, ça, "croisette"!)avant d'entrer dans la rade de Marseille, laissant l'île d'If à babord pour entrer dans le vieux port.

La nuit en mer s'est très bien passée, avec 10 - 15 noeuds, il y a de quoi s'amuser. Malgré la nuit noire, la silouette des Calanques se dessinait grâce à la lumière de la lune et du ciel orangé plus loin, au dessus de Marseille. C'est très impressionnant de voir une côte si sauvage la nuit. Pas une petite loupiotte, rien. Le premier matin du monde. Pas une trace de vie humaine visible. C'est rare. C'est assez grandiose. Je regrettais un peu de passer de nuit devant les Calanques, mais finalement ce passage de nuit est assez fou. Je fais alors le voeu qu'aucun randonneur n'oublie un jour une lampe frontale sur les sentiers, afin qu'en mer, ces falaises restent aussi brutes qu'un bon cidre.

La nuit comme le jour, c'est important de bien observer le décor. Je remarque la lumière orange au dessus de Marseille, les incessants 'va et vient' des avions qui vont et s'en vont de Marseille. cela donne quelques repères. Parfois aussi, cela permet quelques surprises. Alors que je suis de quart, je vérifie sous le vent si tout est bien clair. Tout est clair, pas de bateau. Quelques minutes plus tard, je recommence, vérifie sous le vent. Quand soudain, un feu est là, tout proche! Olala d'où sors-tu voilier-surprise?! Je me concentre, tente de comprendre sa trajectoire, il n'a ni feu vert, ni feu rouge.... C'est bon, j'ai compris. C'est un avion qui fait demi tour, très bas dans le ciel! je souris et reprends mon cap. Cela me fait penser à une anecdote rigolote. C'était il y a deux ans je crois, j'étais en mer avec Philippe Chapel et Jacques Caraës sur le voilier de direction de course de la Solitaire du Figaro, et nous allions de Dingle (Irlande) à Dieppe. J'étais seule sur le pont pour mon quart, et je me souviens avoir bondi, appellant Chacha (Philippe) " Nous sommes en route de collision directe avec un bateau!!!" Chacha a regardé, rigolé de bon coeur en me disant "bon je repars dormir, fais gaffe il y a plein d'autres bateaux dans le ciel!". Selon mes observations nous allions entrer en collision avec une étoile (!). Chacha était redescendu dans sa bannette, mais avant, il avait pris la VHF pour raconter ma crainte sur le canal de course, il n'arrivait plus à arrêter de rire. L'entendre m'a fait bien rigoler aussi, surtout quand en retour, certains figaristes avouaient aussi se bagarrer avec cette étoile d'août qui brille bas sur l'horizon et très fort, et que l'on prend facilement pour un feu de mât. Enfin voilà, quelques souvenirs plus tard, je passe le Cap Croisette.

la lune, que je n'ai jamais pris pour un feu de mât

Le vent est plus soutenu. Tara Tari file vite vers l'île d'If. La côte ressemble à un immense tapis de braise. C'est la première fois que j'arrive à Marseille par la mer... le chateau d'If et les falaises, c'est absolument superbe. Nous approchons de l'entrée du port, je réveille Maxime et lui confie la barre. Je vais joindre la capitainerie du vieux port, annoncer notre arrivée. Pauvre gardien que je vais réveiller à 4h du matin. Assez vite, un homme arrive en zodiac. Gentil comme tout, il nous escorte, et nous permet de passer la nuit devant la capitainerie du vieux port, où nous nous amarrons.

Première escale. Nous rangeons le bateau, ficelons les voiles, et au dodo!
Bonne nuit Tara Tari!

Capucine