jeudi 15 décembre 2011

Journée Mondiale de la Fenêtre Ouverte

Barcelone, jeudi 15 décembre. Le vent siffle un match sans fin. Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. C'est un peu pénible, ce vent fort. Cela fait plusieurs jours maintenant que je suis à Barcelone en attente d'une météo plus favorable qui ne semble pas pressée d'arriver. Barcelone est une ville que j'aime beaucoup mais j'avoue avoir hâte de m'en aller. Nous sommes en plein hiver, les nuits sont longues, froides et humides, mais qu'importe, en mer à bord de TaraTari je me sens tellement bien...
Aujourd'hui, la ville est soufflée par le vent qui fait tomber les pots de fleurs, voler les poubelles et les chapeaux, et pourtant dans ce grand tourbillon, je n'ai qu'une envie, celle de repartir.

Conditions d'arrivée en Espagne: vent et mer plate, l'idéal existe.
Il y a quelques jours, j'ai essayé mais je suis revenue après 24 heures de navigation dans une mer trop démontée et depuis, pas de répit. Le vent souffle fort, très fort et creuse la mer entre Barcelone et Valence. Je pensais repartir hier, mais au petit matin, les fichiers météo annonçaient un nouveau coup de vent violent prévu demain. La tempête qui touche l'Atlantique ces jours-ci doit avoir envoyé quelques troupes de forces spéciales le long des côtes espagnoles. La Méditerranée et ce passage devant Taragonne sont assez redoutables au mois de décembre. Ici, on dit que c'est la période fatale. Le terme fait froid dans le dos. Il faut notamment que je me méfie du "Garbi", un vent local assez méchant qui souffle dans une sorte de couloir entre Barcelone et Valence (d'où les vagues toutes pourries). Un maximum de prudence s'impose. Et comme en ce moment rester à l'abri est une nécessité, je fais le nécessaire et reste au port.


Tara Tari est au vieux port et d'ici, je vois la statue de Christophe Colomb. Statue emblématique. Il doit avoir mal au bras, à force, le pauvre Cristobal et il pourrait en avoir marre de me montrer la direction, mais non, il tient bon. Mmmm mmm mm mmm mmm mmm mmm mmm mm j'ai l'air de la musique du film dans la tête et je le fredonne toute la journée. Assise sur le pont, mes pensées filent dans tous les sens. Je n'ai plus envie de regarder la main, mais le large que celle-ci pointe du doigt. Cette statue, cet air entraînant appellent au départ. Mais nous sommes là, amarrés, immobiles.

Je ressors la carte, mon carnet et un crayon et identifie pour la millième fois les abris possibles sur la côte. Avec TaraTari nous travaillons sans relâche sur notre prochaine mission, que nous avons appelée Salto de Pulga (traduction facile..). Nous irons de port en port et tenterons de privilégier les navigations diurnes et éviter ainsi la brise nocturne problématique. D'un point de vue extérieur, on pourra croire que nous jouons au jeu "1 2 3 soleil" puisque nous allons avancer, nous arrêter, avancer, nous arrêter etc, mais en fait pas du tout. ça n'a rien d'un jeu. Cette technique semble être la plus efficace pour poursuivre, ni vus ni connus, la descente vers le Sud, le long des côtes espagnoles sans perdre plus de temps pour rallier Gibraltar. MAIS pour que le plan se déroule sans encombre, nous avons besoin d'un petit coup de main (voire de poignet).

objectif de la mission Salto de Pulga; progresser vers le sud.

La météo est mauvaise et dans le jargon marin, on dit qu'il faut attendre une "bonne fenêtre" pour partir en mer. On s'en doute mais cette fenêtre est l'image de la petite période de météo plus clémente, qui rendra la navigation praticable. "Bon vent belle mer" comme on dit en Bretagne, ou "le pied" comme on peut le dire aussi, plus familièrement, dans toutes les régions. Une bonne fenêtre en tout cas, c'est exactement ce dont nous avons besoin, avec Tara Tari.

             - une fenêtre -                  

Alors voilà. Je me disais qu'avec l'aide d'un peu tout le monde, nous pourrions peut-être changer les choses en nous mobilisant lors d'une "Journée Mondiale de la Fenêtre Ouverte". Les journées à thème ont pour but d'attirer l'attention sur des enjeux internationaux importants (c'est le cas), portées par des ONG, des associations ou des petits bateaux en jute (c'est le cas) et largement suivies par le monde. Aussi je me suis renseignée, le 11 décembre était la "Journée Mondiale de la Montagne", le 20 décembre sera la "Journée Mondiale de la Solidarité", alors entre les deux, on pourrait peut-être dédier une journée à la Fenêtre. Flattée par une telle considération, elle pourrait alors revenir sur sa position, s'ouvrir et donc nous laisser passer, TaraTari et moi.

Pendant cette journée il faudra ouvrir une fenêtre en pensant fort fort fort à Tara Tari.
Dans un appart', une maison, une yourte, une voiture, dans une cabane, un train, en haut d'un phare ou dans un sous-marin euh mauvaise idée, un chalet, une tente quechua, etc... n'importe quelle fenêtre, tant que le coeur y est. Je sais, c'est la tempête en ce moment, et on doit dire partout de fermer fenêtres et volets mais si tout le monde ferme tout, nous ne passerons jamais, nous. En ouvrant la fenêtre sous le vent ça devrait ne pas faire trop de dégât ou alors on attend que la grosse tempête soit passée... A voir. Mais il est important de n'ouvrir qu'une fenêtre à la fois par foyer pour éviter les courants d'air, néfastes au bon déroulement de l'opération Salto de Pulga.
Cela marche aussi avec les vélux et les baies vitrées. Le truc, c'est juste qu'il faut laisser la fenêtre ouverte un bon petit moment pour que l'on ait le temps de passer : Tara Tari mesure 9 mètres et nous n'allons pas très très vite. Nous pourrions nous casser le nez à cause d'une fermeture trop rapide. Cela n'arrangerait probablement rien.

Depuis qu'il s'est pris une fenêtre fermée, le Sphinx de Gizeh n'avance plus.

Quelques personnes qui ont eu vent de cette initiative ont commencé à se mobiliser en ouvrant des fenêtres un peu partout en pensant à TaraTari. c'est vraiment sympa - quelques photos ci-dessous.

La Méditerranée au mois de décembre... difficile de faire pire. Mais c'est comme ça. On ne va pas s'arrêter là. Et du coup, avec Tara Tari, on a besoin de vous pour ouvrir la fenêtre !

si ça marche, ça navigue. j'ai hâte!
Merci beaucoup pour votre aide, 
Capucine









etc.

PS: de notre côté, hublot ouvert! Prêts à partir!
Hublot de la descente ouvert à bord de TaraTari

vendredi 9 décembre 2011

le jour où Djian Dong m'a dit 是

Mardi 6 décembre. Aujourd'hui est un jour férié à Barcelone, mais ce n'est pas une raison pour se tourner les pouces. Il est plus utile de tourner la manivelle. Je farfouille dans mon sac. Mon petit cahier est un peu corné et encore trempé. Page "A faire à La Ciotat, à Marseille, à Barcelone, à Alicante "... que je barre pour réécrire" à Barcelone". Soupir. Ce n'est pas gagné tout ça. Je parcours la liste. Mes yeux s'arrêtent sur la ligne redoutée: "- Démarrer le moteur (enfin réessayer)".

Aujourd'hui, 6 décembre 2011, je vais donc ré-ré-ré-ré-essayer de démarrer le petit moteur. Je dois avoir une notice quelque part. La voilà.

Comprendre Djian Dong, Part One

Djian Dong est un des héros de "L'aventure de Tara Tari"(ed. La Découvrance) écrit par Corentin. Personnage chinois, capricieux, plusieurs fois mort et ressuscité, souvent malade et/ou en grève...Djian Dong est aussi un moteur un peu misogyne. Lors de notre navigation de Lorient à Concarneau, avec Corentin, mes différentes tentatives de démarrage étaient toutes restées vaines. Je n'ai eu le droit qu'à un petit toussotement de rien du tout quand Corentin réussissait lui, du premier coup, à le faire rugir. Un chouillat frustrant après des heures de tentatives. Mais que voulez-vous. Djian Dong n'est pas un moteur facile. Il ne se laisse pas démarrer pas comme ça, par n'importe qui, n'importe quand. "Laissons-nous un peu de temps, Djian Dong" lui avais-je alors proposé, arrangeante.

Sur le papier, comme ça, ça semble simple. Mais en fait pas du tout. Il faut commencer par trouver la bonne position car Djian Dong vit planqué sous le plancher de la descente et l'espace intérieur est comment dire, assez intimiste. Ensuite, il faut s'emballer la main droite pour les droitiers dans un chiffon, et vraiment bien ficeler l'ensemble. Gare à l'imprudent qui laisserait à nu un petit morceau de peau, une phalange ou pis encore, un pouce entier. Avec la main bien emballée dans le tissu, il faut tenir la manivelle. L'autre main doit se glisser sur le côté gauche de l'engin, et avec le pouce, il faut pousser le décompresseur. Le décompresseur censé faciliter le démarrage et permettant de franchir plus facilement la compression. Tu parles, d'une facilité. L'auteur de cette brillante déclaration, a-t-il essayé ne serait-ce qu'une fois de démarrer Djian Dong?! 

Et pendant que tu te fais mal au pouce gauche à pousser le petit truc du décompresseur, il faut tourner la manivelle avec la main droite. Mais elle est mobile, la manivelle. C'est à dire qu'il faut appuyer en même temps que tu tournes. Il arrive que, et alors que la bonne position et l'énergie pour lancer les tours de manivelle sont enfin trouvées, et bien le petit chiffon se déballe. Opération ratée. Il faut tout recommencer. Ne surtout pas croire que la manoeuvre est possible sans le chiffon autour de la main. Non, non, non. Corentin a insisté et il a eu raison. Une seule tentative sans chiffon.. et j'ai compris, je ne ferai plus l'impasse.

Quelques tours de manivelle demandent déjà un bon état d'esprit, de l'énergie et du temps libre. Il faut tourner, tourner, tourner, tourner, tourner encore, pas moins d'une bonne dizaine de fois, mais avec un peu de malchance - fréquente à cette étape - la manivelle ripe. D'où le truc du chiffon héhé. De manière assez systématique, le haut de la main vient s'éclater contre le dessous du plancher. Au bout de 5 ripages de manivelle, même sans se faire mal, une pause est obligatoire. Il faut alors souffler un peu, ne pas trop râler et recommencer avec tout autant d'énergie. C'est aussi à ce moment là, que l'on enlève un pull.

Quelques nouveaux tours de manivelle plus tard, vient le moment fatidique où il faut lâcher le petit bidule métallique qui s'est déjà à moitié incrusté dans le pouce gauche, et continuer à tourner la manivelle avec la main droite, toujours minutieusement emballée. C'est en effet là que tout se complique. Car le décompresseur ne décompresse plus. Normal, puisqu'il faut que la compression soit rétablie dès que le point dur a été franchi, sous peine de ne pas pouvoir démarrer. Sous peine de - tu parles. Au tribunal des moteurs, j'ai dû prendre la peine maximum: le moteur ne démarre ja-mais. Combat à armes inégales. Bras de fer perdu à tous les coups contre Djian Dong.
"Hé, Djian Dong, tu dis comment "faut se détendre" en chinois?!"
Pas de réponse.
pff. je bloque toujours au même moment. Au moment où je retire mon deuxième pull et commence à souffler comme un bison fuyant Buffalo Bill. "J'en ai plein le bras, moi!" - je sors prendre l'air sur le pont. Une pause s'impose.

A quoi ressemble Djian Dong? Hier encore, j'aurais dit à une murène. Sale bête.

Retour à l'intérieur du bateau. Par discrétion, je vais me cacher derrière la bouilloire pour le photographier. Les photos, ce n'est pas trop son truc, à Djian Dong. Il préfère les schémas. Dans ses affaires, pas un album de famille mais des collections entières de notices, avec des schémas sur toutes les pages.

c'est lui, là..  le planqué, sous le plancher.

Une murène. Gros poisson qui ne bouge jamais de son trou et qui fait le méchant pour un rien. Djian Dong, une murène. Pas très flatteur Mais bon. Il l'a cherché.

Comprendre Djian Dong ; Part Two
Comparons.

Murène :
- Biotope: fonds rocheux, crevasses, anfractuosités.
- Description: corps anguilliforme, robuste et légèrement comprimé latéralement, surtout dans sa partie postérieure. La tête est courte, massive, à profil bombé. Les dents sont longues et pointues. Les nageoires pectorales et ventrales sont absentes. La peau, dépourvue d'écailles, est lisse et épaisse.
- Alimentation: Poissons, poulpes. Sa morsure n’est pas venimeuse mais n’en est pas moins douloureuse. Une morsure de murène peut s'infecter sérieusement car leurs dents sont garnies de bactéries et de germes.
- Comportement : Agressive, elle peut mordre si elle se sent menacée. Animal isolé et territorial.

Djian Dong :
- Biotope : Planqué sous le plancher de la descente.
- Despcription: corps djiandongiforme, robuste et légèrement oxydé, surtout dans sa partie inférieure. La tête est plate et massive, de couleur métallique. Manivelle mobile qui provoque des égratignures fréquentes sur les mains. Les nageoires pectorales et ventrales sont absentes. La peau, dépourvue d'écailles, est lisse et épaisse.
- Alimentation: Gazole, diesel. Ses écorchures ne sont pas venimeuses mais n’en sont pas moins douloureuses. Une égratignure de Djian Dong peut s'infecter sérieusement car les zones d'impact contiennent généralement un peu de rouille et autres substances mystérieuses.
- Comportement : Agressif, il peut mordre s'il se sent menacé. Moteur isolé et territorial.

 - Djian Dong -
Reprenons.
Tentative vaine. Suivante.
- "Tentative numéro Quarante trois mille six cents vingt deux! approchez"
La bonne.

Il faut dire que j'ai remplacé le petit tuyau d'arrivée d'eau de refroidissement. Ce n'est pas que l'ancien était moche, mais c'est que je l'ai perdu en mer, dans le Golfe du Lion. Un beau tuyau tout beau tout neuf, acheté à Barcelone, c'était Noël avant l'heure pour Djian Dong. ET ce n'est pas tout. Un peu de diesel tout frais tout neuf "Gran Reserva".

Tout s'est passé très vite. J'ai inspiré profondément. j'étais concentré sur l'objectif. j'ai lâché le petit bitonio à gauche et j'ai tourné fort fort fort la manivelle avec ma main bien emballée dans un tissu pourtant plein de rouille, quand soudain un petit pop pop pop m'a donné de l'espoir. Son petit pot a crachouillé puis craché plus franchement. J'ai tout de suite compris que c'était bon.

Emue, j'ai regardé Djian Dong : "Est-ce vrai? As-tu accepté, pour de vrai, de démarrer avec moi ?"
Et Djian Dong, imperturbable, m'a répondu " 我想是的 "

C'était le 6 décembre 2011, à Barcelone.
Et je fais la promesse de ne plus jamais traiter Djian Dong de murène.

Capucine

lundi 5 décembre 2011

Baston Labaffe. Barcelone - Alicante

Samedi 3 décembre. A bientôt Barcelona ! Mon frère qui était à bord pour la sortie du port est reparti. Il est 16h et me voilà seule avec Tara Tari, en route pour de nouvelles aventures.
départ de Barcelone, samedi 3 décembre.
De Barcelone à Alicante, il y a deux passages délicats, le Delta de l'Ebre au sud de Tarragone et le Cap de la Nao, au nord d'Alicante. Les fichiers météo semblent indiquer qu'une petite fenêtre s'est ouverte et me permet de partir dans un vent n'excédant pas 25 noeuds. Selon mes routeurs, je pourrais être à Alicante dans 5 ou 6 jours. Top. Un de mes principes de navigation pour la descente de la Méditerranée est de rester le long de la côte, et tant pis si cela allonge la route.
Le chemin vers Alicante est long, alors j'entre d'abord dans mon gps, Valence comme premier 'waypoint' d'arrivée, qui se situe à 163 milles nautiques de Barcelone.


Il y a environ dix noeuds de vent quand je quitte la capitale catalane et Tara Tari progresse à une vitesse stable de 4 noeuds. La mer, plate, rend la navigation bien agréable. Nous - TaraTari & moi - traversons le parking nautique des cargos. Ces gros bateaux m'impressionnent, je les regarde un moment. Bien contente qu'ils soient à l'arrêt. 
Tara Tari, dès qu'on en voit un comme ça, en mer, on l'évite, ok?
Le soleil commence sa descente sur l'horizon et je savoure ce début d'intimité avec Tara Tari. Le pilote fonctionne alors je lui fais confiance et m'installe tout à l'arrière, assise sur les anciennes voiles, à ma "place de princesse" comme dit Corentin. Et pendant une heure, je joue de l'harmonica, offert par mon frère, à Barcelone. Je ne sais pas très bien jouer de l'harmonica, mais je vais avoir le temps d'apprendre - sans casser les oreilles des voisins - en mer. Alors je m'essaie à quelques airs de Moriarty: Cottonflower, Jimmy, Enjoy the Silence etc. Je ne sais pas si c'était très ressemblant (enfin je crois que je sais que non, ...) mais j'ai passé un super moment!

Une amie qui navigue, Sandrine Bertho, m'a dit un jour qu'en mer en solitaire, il ne faut pas attendre d'être fatiguée pour aller dormir, comme ça "on ne se met pas dans le rouge" comme disent les marins. Alors j'observe bien l'horizon à 360°, vérifie que le pilote tient bien le cap demandé et branche le Mer Veille - offert par Ciel et Marine. Tout est ok et je m'allonge sur la couchette - mousses bien confortables, d'origine et signées Jeremy Bertaud - pour me reposer 20 minutes. Le Mer Veille est un petit instrument super pratique qui détecte les cargos et autres bateaux; dès qu'il reçoit un signal radar, une alarme se déclenche et un petit voyant lumineux m'indique si le navire approchant est dans le quart avant ou arrière, tribord ou babord de Tara Tari. Un précieux outil!

L'antenne du Mer Veille montée sur une béquille d'Olivier Blin
L'alarme sonne. Ces 20 minutes m'ont fait du bien. Je fais chauffer de l'eau. Au menu, ce soir, un petit plat de nouilles chinoises. Un classique à bord. Trop bon. Tout se passe bien pour cette première soirée avec Tara Tari. La nuit tombe, j'allume les feux de mât et me prépare: bonnet, lampe frontale vissée sur la tête, lampe étanche à portée de main. C'est bon la nuit, tu peux venir, nous sommes prêts. 

D'après les fichiers, la nuit devait se passer relativement calmement, avec 13 - 15 noeuds de vent, et demain matin, dimanche, le vent devait tomber à 8, voire moins. Mais c'est une autre histoire qui démarre. La nuit est maintenant bien sombre et le vent tourne. J'observe ce qui m'entoure. Au dessus de ma tête la lune est brumeuse, les étoiles cachées par quelques nuages et le ciel bien noir tout au fond, au Sud... là où je vais. La mer se creuse. Bon. Tout cela m'indique que la nuit va certainement être plus sportive que je ne le pensais. A l'intérieur, je vérifie rapidement que tout est bien arrimé et puis je ressors, éclaire le mât, les barres de flèches (feu mes béquilles), les haubans, l'étai et le pataras, les cales en bois des dérives bref, un peu tout. Le vent souffle de plus en plus fort. Sud Sud Ouest, je l'ai en pleine figure. Le bateau est de plus en plus sur la tranche, je prends un ris. Bien calée au vent, je tiens bon la barre de Tara Tari. "Courage petit bateau, je sais que ces vagues ne sont pas agréables pour toi".

Samedi soir, surprise-party des vagues. On ne m'a pas dit, désolée. je ne voulais pas m'incruster à votre boum. Les vagues sont super courtes et super hautes. De vrais jeysers! Long de neuf mètres, Tara Tari tient plutôt bien. Genre Edgar Grospiron, version "mer", sauf qu'à la différence d'Edgar, Tara Tari ne peut pas plier les genoux sur ce champs de bosses. L'étrave se lève haut et retombe sur une nouvelle vague qui relève l'avant alors que l'arrière n'est pas encore redescendu de la vague précédente. Compliqué à expliquer, mais c'est un peu le bazar tout ça. Sans parler des vagues parasites qui claquent le côté du bateau juste pour nous en mettre plein la figure. une heure, deux heures.. le rythme est soutenu. Je suis très concentrée à la barre et éclaire régulièrement le gréement histoire d'identifier un éventuel début d'avarie. Tout à l'air de bien tenir. Un point sur la carte. Il est 3 heures du matin, j'ai déjà parcouru 40 milles. Belle perf. Mais le vent souffle de plus en plus fort et les vagues sont de plus en plus hautes. ça déferle et je n'aime pas vraiment ça. "Personne ne vous a traité de vaguelettes, ça suffit les bêtises, laissez nous tranquilles maintenant".

1992, Edgar Grospiron devient le 1er champion olympique des bosses.

2011, Tara Tari devient le premier voilier de pêche champion du monde des vagues. Hommage.

Une vague est dite déferlante lorsque l'onde de force transportée par la houle se transforme en rouleau, ce que l'on repère bien même la nuit car il y a de l'écume sur la crête de la vague, et elle fait un gros buit. Comment décrire le bruit d'une déferlante. Ah je sais. Il faut prendre de vieilles feuilles de papier, format A4 ok, comme par exemple celles qui se situent dans le petit carton poubelle à côté de la photocopieuse, ou dans la poubelle à côté de l'imprimante - il y a toujours plein de feuilles abandonnées, imprimées en trop à côté des photocopieuses. Et maintenant il faut déchirer ces feuilles, les unes après les autres. il faut les déchirer franchement, sans timidité. Et bien, ça fait à peu près ça comme bruit, une déferlante. Les décibels et l'eau dans la figure en plus.

Il n'y a pas de hauts fonds là où je suis, cette nuit les vagues déferlent à cause du vent violent, et cela signifie sur l'échelle de Beaufort, que l'on se situe au dessus de 6. Je me prends des tonnes d'eau dans la figure. J'avais déjà entendu parler par des marins de cette image de "lance d'incendie" utlisée par les pompiers pour éteindre un feu, pour décrire des paquets d'eau qu'on se prend parfois en mer. Je crois que là, c'est bon, je visualise bien le truc de la lance d'incendie. On peut arrêter la démo, merci.

en avant les histoires, ok. mais attention: TaraTari n'a pas 4 ans.

Et soudain, bam! encore une saleté de grosse vague qui frappe la coque. "C'était quoi ce bruit?!" Je bondis. La tête dans la descente, j'éclaire l'intérieur du bateau avec ma frontale. Le quart de seconde qu'il me faut pour allumer ma petite lampe et me pencher dans le bateau me semble interminable. Sous la puissance de la vague, un des gilets de sauvetage qui se trouvait sur la couchette s'est percuté tout seul. Le gilet - confié par l'association Watever - est gonflé mais je souffle quand même de soulagement "bouhh, j'ai eu peur que ta coque se soit percée petit TaraTari, mais tu es fort! tiens bon!" Toute la nuit sur le pont, je me rends compte que c'est aussi une peu la guerre civile dans le bateau. Il y a de l'eau, et quelques objets ont volé comme des bouteilles d'eau et les jumelles, et aussi un sac  d'avitaillement que j'avais oublié de nouer au vent. Je vide régulièrement l'eau mais ma priorité est de rester bien accrochée à la barre, pour gérer au mieux le franchissement des vagues qui ne cessent de déferler.

aménagement intérieur à 4h du matin. sans trucage ni photoshop.
Avec tout ça, nous avançons malgré tout à vive allure. Je regarde régulièrement le gps portable que je range dans la poche de mon ciré. 6,8 noeuds puis une pointe à 7 noeuds! Record battu pour le bateau! "Trop fort Tara Tari, et en plus au près!" Bon mais entre les vagues, le gilet de sauvetage qui se percute tout seul et les nouveaux records de vitesse, tout cela me semble un peu exagéré. On va peut-être calmer le jeu.

Un nouveau point sur la carte, me voilà en approche de Vilanova i La Geltru, au nord de Tarragone. "Vilanova i Geltru" drôle de nom. Je n'aimerais pas habiter là. En fait, je suis un peu fâchée avec Vilanova i La Geltru. Il y a devant ce port, une ferme pisicole. Une ferme piscicole. Je l'avais vu sur la carte, mais quand même. Un immense parc de poissons me bloque donc la route. La nuit, l'immense "ferme" est indiquée par des feux, mais c'est nul, car je dois la contourner par le large, et ça, çe ne me tente pas du tout : au large, le ciel est encore plus noir, il y a trois bateaux de pêche, et pour y aller, ça veut dire que je prends les vagues complètement de côté. "Quelle idée de mettre une ferme dans la mer?!" Les fermes, c'est pour les poules et les cochons, et ça se passe dans la campagne "tu ne trouves pas TaraTari? C'est du grand n'importe quoi cette histoire".
voilà à quoi ressemble de jour une petite ferme de poissons, en pleine mer.
Bon. Il est évident que je n'ai pas très envie d'aller naviguer 2 ou 3 milles au large de ma position pour contourner la ferme et en même temps, je ne vais pas chercher à couper au milieu. bien que la perspective de devenir une grande libératrice de poissons en captivité soit tentante, je doute que cela n'amuse beaucoup les fermiers de Vilanova i la Geltru. quel nom bizarre franchement. Reste l'option de passer par la côte. Mais je ne suis pas convaincue: vagues de côté etc. Bof. En fait, à partir du moment où je décide de ne pas aller plus au large, je me dis que c'est assez idiot de continuer vers le Sud alors que le vent et les vagues ne se calment pas et que tout cela vient du secteur sud sud ouest justement. Cette ferme me barre la route, et est peut-être un signe. Quoi qu'il en soit. Il est 5h17, il fait encore nuit et je décide de faire demi tour. Si ça craint au Sud, alors je remonte vers le Nord. Je note ma décision sur le livre de bord du bateau.

Ce n'est pas agréable de faire demi-tour. Mais c'est très clair dans ma tête; je ne suis pas là pour me mettre en danger ni pour abîmer le bateau. vendredi soir Tanguy m'a dit "il y a de l'instabilité et des orages, tu devras te fier à ton sens marin pour prendre les bonnes décisions" et là, mon petit sens marin me dit qu'il vaut mieux se mettre à l'abri. Il y a quelques ports sur la côtes. Mais je sais aussi qu'il y a un gros coup de vent dans deux jours, alors autant remonter jusqu'à Barcelone et attendre là-bas, une meilleure fenêtre météo. Je connais bien Barcelone, rentrer me semble être le meilleur choix. A 8h du matin, le jour est de retour, j'ai déjà bien avancé et je fais cap au Nord, au 0° tout rond.

J'appelle mon frère: "je vais bien, mais je rentre vers Barcelone. là je suis au niveau des collines du pratt. ça souffle encore fort, je préfère donc que l'on sache où je suis et quelles sont mes intentions de navigation". Il prend note et prévient le port. J'envoie aussi un message à Anna (Corbella) pour la prévenir aussi de ma position et intention de navigation. Le vent souffle toujours très fort, c'est un peu pénible. Mais je suis au portant maintenant, et aussi poussée par les vagues, donc c'est un peu plus confortable qu'au près.

"Navigation très calme" m'avaient annoncé les routeurs. Mouai. Je ne dirais pas "très calme". Mais bon, c'est comme ça. C'est la Méditerranée. On le sait. La réalité n'a pas toujours, voire rarement, rapport avec ce qu'annonçaient les fichiers. Les phénomènes météo se créent rapidement. Les nuages noirs que je voyais en étaient un signe. Surprise, suprise, voici la tempête. T'as pas le temps de partir, et bien tant pis, tu fais avec! "Salut Gérald! C'est Capucine. La nuit a été un peu plus rock'n'roll que prévu" je lui décris les conditions de la nuit "est-ce que tu vois quelque chose ce matin, j'aimerais rentrer à Barcelone, mais ça ne se calme pas vraiment là". Il n'en revient pas. "Il y a un BMS annoncé plus sud, tu as dû te le prendre... les fichiers n'indiquaient pas ça du tout, rentre vite à Barcelone car il y a une grosse cartouche mardi. Tiens moi au courant. Je vais voir avec Christian (Dumard) et Marcel (van Triest) et on refait un point quand tu seras au chaud." me dit Gérald avant de finir par un "Fais gaffe à ta peau".

Le vent est fort, et ne me laisse pas beaucoup de répit, mais pour le moment ça va. Je suis contente que le jour revienne. A part pendant la demi seconde où j'ai entendu le bruit du gilet qui s'est ouvert à l'intérieur du bateau, je n'ai pas eu trop le temps d'avoir peur. En fait, dans une situation un peu tendue, il faut tout anticiper encore plus que quand tout va bien, et il faut être 'dessus' tout le temps, pas le temps d'avoir peur ou d'être inquiète, il me fallait bien agir et prendre les bonnes décisions. Je vide une dizaine de sceaux d'eau du bateau qui est désormais sec et un peu mieux rangé. Le pilote tient la barre, mais je barre autant que possible pour préserver les batteries. L'écoute du foc se libère du taquet, pas de temps à perdre, je m'approche de la dérive, pour récupérer le bout au niveau de la poulie. Pour plus de stabilité, je suis allongée sur le pont, récupérer l'écoute sous le vent n'est pas pratique, mais bon on s'adapte. A bord, je suis toujours attachée, la longe est reliée à la ligne de vie. Lors d'un déplacement de contrôle, j'ai oublié que j'étais accrochée et j'ai failli me casser la figure en voulant aller à l'avant du bateau, car la longe passe sous la dérive et se bloque au niveau du support de dérive, un auto croche patte, ça aurait été rigolo ça aussi. Cette longe est top, mais il faut toujours bien se placer car on a vite fait de s'emmêler les jambes dedans pendant les manoeuvres. Tout cela me réchauffe un peu mais je suis trempée, ce serait tout même sympa, si le vent se calmait un peu.

Un peu.. et bien non, beaucoup. Le vent tombe d'un seul coup et à 10h je relâche le ris. "quand on dit tout ou rien, tu ne fais pas semblant, chère Med!". Le soleil me réchauffe un peu, ce qui fait du bien. Je branche le pilote et m'installe tout à l'arrière, je m'endors tout en restant en veille, bercée par la houle qui pousse le bateau. Quelques minutes de sommeil qui me font du bien, une bonne petite sieste réparatrice. Un peu de pain et un carré de chocolat, je n'ai pas très faim, mais un peu de sucre ne me fera pas de mal.

A 12h30, je reçois un appel de Paris. Au bout du fil, Olivier Avram, président de la classe mini me pose quelques questions, pour une vacation en direct du salon nautique de Paris. ça me fait plaisir de l'entendre et de parler de mini. Peu avant mon départ, on m'a proposé d'être "marraine" de l'édition 2012 de la course Les Sables Les Açores Les Sables, du circuit mini6.50. - Article à lire ici - et j'ai accepté avec plaisir.

Ce petit coup de fil m'a fait penser au salon. ça fait exactement un an que j'ai rencontré TaraTari, un an aussi que l'on a pris un petit café avec Corentin en parlant de cette idée de "poursuivre l'aventure". Et voilà, aujourd'hui, je suis à bord du bateau, en route pour dessiner un sourire sur l'Atlantique! Je suis super contente. Du coup, pour fêter ça je ressors l'harmonica, et joue un petit air complètement inventé, qui ne ressemble à rien, mais super joyeux quand même!

Il est 13h, et le vent tourne, et après cette petite pause de trois heures, il se regonfle et souffle tout ce qu'il peut. Il doit vraiment avoir mal aux joues, à souffler comme ça. Et peut-être même mal à la tête. c'est l'effet Barbecue. Quand on souffle fort sur les braises, on a toujours la tête qui tourne, ça doit être pareil pour le vent. Un coup Sud, un coup Nord. ça tourne.

toute ressemblance avec un playmobil...
Allez, je remets ma veste encore trempée et reprends un ris dans la gv. C'est notre tenue de combat. Et Tara Tari file, surfe sur la houle qui nous pousse vers Barcelone. C'est excellent! Je prends vraiment du plaisir. Belles sensations de glisse, bien que cela soit un peu sportif. Il est 16h et je rentre enfin à Barcelone. Une heure de virements de bords dans le port plus tard, je passe le pont du Port Vell à 17h.

24h en mer.. pendant lesquelles j'ai fait la connaissance d'un "phénomène" que j'ai appelé "Baston Labaffe". Parce que dans le jargon des marins une tempête se dit "baston" et que je me suis pris autant de baffes que de coups de poings par les vagues que si j'étais allée chercher des ennuis auprès d'une bande de loubards. - Et je sais ce que je dis en parlant de loubards, j'en suis, j'ai une arcade sourcilière en pleine cicatrisation pour le prouver. Enfin pour en revenir à notre ami Baston, il est aussi huluberlu que le personnage de bd qui s'appelle Gaston, tout aussi inconscient qui lui, des conséquences de ses actes pour son entourage. Baston Labaffe est lui aussi un éléctron libre qui n'en fait qu'à sa tête, qui est intelligent et invente toujours de nouvelles astuces qui surprennent tout le monde. Baston Labaffe vit en Méditerranée et ne prévient jamais avant d'intervenir pour chambouler vos plans. Sociable, il n'oublie jamais de saluer toute personne croisée sur son passage. Point faible de son caractère, il postillonne. Le mieux est donc de rester un peu à l'écart.

Du coup après ces 24h de rodéo, je suis de retour à Barcelone! En attente d'une fenêtre plus douce pour descendre vers Alicante. Tant pis pour le retour au port, je suis contente d'avoir pris cette décision et contente de voir que Tara Tari n'a finalement pas trop souffert lors de cette rencontre avec Baston Labaffe. J'ai pu ramener le bateau et le 'bonhomme' au port, et tout le monde va bien, c'est le principal. Quand ça ne passe pas, ça ne passe pas. Il faut savoir être patient, c'est aussi ça la vie en mer.

Mon frère m'a préparé un bon repas, bien chaud, et j'ai dormi 13h dans un bon lit, bien au chaud.
Le bonheur.

Capucine

Départ de Barcelone

Samedi 3 décembre. Cap sur Alicante! La fenêtre météo est courte mais semble bonne pour passer et continuer la descente le long des côtes espagnoles. Il est 15h et je vais quitter Barcelone dans des conditions bien agréables. Tout va bien, tout va mieux.

Tara Tari au vieux port de Barcelone
Je dis tout va mieux parce qu'hier soir, j'avais le ventre un peu noué. C'est un peu la même chose avant tout départ du ponton. Un petit stress certainement utile. "Est-ce que j'ai fait tout ce que je devais faire?" je lis et relis la liste des choses "à faire à La Ciotat"  - enfin le La Ciotat est barré au crayon par un "Marseille" lui même raturé au profit d'un "Barcelone". Bref, je sens que la liste va me suivre un moment, car je note "Alicante" dans le coin de la page.

Un point avec Gérald et Bernard, mes routeurs, un autre avec Tanguy Leglatin, mon entraîneur en mini qui est toujours de bons conseils. J'ai passé la soirée à préparer ma nav. Identification sur la carte des ports qui pourraient être de bons abris en cas de dégradation météo, ou encore des obstacles qui se trouvent sur la route, et puis petit tour d'inspection du bateau. Tout est ok mais je n'ai pas très bien dormi. La nuit a été froide dans le bateau, et bruyante aussi. Un vendredi soir à Barcelone, même en décembre, il y a toujours des touristes alcoolisés qui sautent dans l'eau du port à 3h30 du matin en criant le froid et l'ivresse.

Ce matin, mon amie la navigatrice Anna Corbella vient me dire au revoir sur le ponton, c'est super sympa de la voir. Nous avons déjà pas mal navigué ensemble, en mini mais surtout lors du Mondial40, en juillet 2010, à Gijon, en Espagne. Anna est la première femme espagnole à avoir fait la mini transat, et aussi à avoir fait le tour du monde à la voile et en course. C'était il y a un an, lors de la Barcelona World Race. Depuis, Anna est une vraie star ici. Mais elle est toujours la même, simple, sympa et rigolote. Nous discutons un peu. Elle se prépare pour une saison en figaro et une transat ag2r. Aussi, je lui explique que je ne me sentais pas très bien hier soir et que je me suis demandée quatorze mille fois dans la nuit si "j'étais capable de faire tout ça". Elle me rassure en m'expliquant qu'à chaque fois qu'elle part en mer, il lui arrive la même chose, que c'est tout à fait normal de ressentir cela. "Partir trop confiant ne serait pas bon, tu ne crois pas?" me dit-elle avec le sourire réconfortant de la bonne copine. De toute façon ça ira mieux une fois partie, c'est toujours comme ça. "Disfruta!" (savoure!) me dit-elle en me disant au revoir.

Anna Corbella, star de la voile espagnole, accueille TaraTari à Barcelone
Mes parents ont du repartir hier, mais ce samedi matin mon frère et Alejandro, le papa de sa femme, m'accompagnent pour les dernières préparations d'avant départ. Et c'est Noël avant l'heure, Jérôme qui a déjà sponsorisé une partie de mon avitaillement m'offre ce matin une VHF portable de compét' pour remplacer la mienne, défaillante, ainsi que des cartes marines. Tout est prêt et nous déjeunons rapidement tous les trois au "Maritim" qui m'accueille comme si j'étais membre du Club. Et puis nous partons tous les trois sur l'eau.
Merci à Alejandro y Clara pour leur aide et leur accueil!

"Je viens d'être papa, donc ce n'est pas possible là, mais j'aurais bien aimé t'accompagner sur une étape!" me dit mon frère qui est avec moi à bord de Tara Tari pour la sortie du port. Moi aussi j'aurais bien aimé! C'est super de voir mon frère à bord: il a un sourire grand comme ça! Il faut dire que des aventures et des expéditions, on en a vécu de belles, ensemble, en montagne. Jérôme a fait le tour du monde avant de poser son baluchon à Barcelone... Tara Tari le fait rêver, et nous nous promettons de vivre bientôt une prochaine aventure du genre.
Jérôme partage avec moi ce premier bord et puis voilà, la suite, c'est en solo. On se sert fort dans les bras et il repart à bord du zodiac du Maritim.
Et je me retrouve seule avec TaraTari, heureuse et détendue... cap sur de nouveaux horizons!
Merci Jérôme pour ces quelques images!


qu'il est beau, ce petit voilier qui s'éloigne....
Capucine

vendredi 2 décembre 2011

Olivia familia Barcelona

Samedi 26 novembre. Il doit être 16h30 environ et Tara Tari arrive à Barcelone.
A Barcelone, où j'ai grandi, à Barcelone où vit toujours l'un de mes trois frères.

Tara Tari arrive à Barcelone, le 26 novembre 2011
Mon frère justement, et ma belle soeur attendent un petit bébé. La naissance est prévue pour le 16 décembre, un peu dommage car à quelques semaines près, j'aurais pu la connaître. Mon frère, Jérôme, pensait venir m'accueillir à mon arrivée ici, mais mon téléphone n'a plus de batterie et je ne le vois pas sur le quai. Le temps de remplir les papiers d'arrivée, et de ranger le bateau, je profite d'une prise inoccupée sur le port pour recharger un minimum mon téléphone. Je l'appelle, et il me dit en décrochant "Capucine! Le bébé est né! il y a à peine 3 heures, à 16h30! Tu es arrivée quand"  "Il y a trois heures moi aussi"

Tara Tari est arrivé à l'heure où ma petite nièce est née. La petite Olivia était certainement pressée de voir Tara Tari - je la comprends. Et Olivia a vu Tara Tari. Aujourd'hui, alors qu'elle n'a que 6 jours, Olivia a fait sa première sortie au grand air de la vie, et c'était pour venir voir le bateau....

Née le 26 novembre, Olivia, petite aventurière a rencontré Tara Tari, à l'âge de 6 jours
Tara Tari et Olivia auront une date en commun, merci aux parents!
Voilà. Ce petit mot pour remercier la vie et les belles 'ondes' de Tara Tari qui ont rendu cela possible. Cette escale restera un superbe souvenir, émouvant et familial. Entourée de mes parents, de mon frère et ma belle soeur, je me suis préparée à la suite de l'aventure que je vais vivre en solitaire désormais.
Mon père m'a offert un couteau, mon frère un harmonica... me voilà bien équipée! Et mes autres frères,  au téléphone, heureux, ont été vraiment touchants.
En me disant au revoir ce matin, ma mère m'a dit, émue mais sereine et souriante "alors on se revoit bientôt! enfin, un jour.. quelque part! et d'ici là, sois heureuse!" Elle avait un si joli sourire.
Promis, maman.

Ponton d'émotions et de tendresse. Elle super top ma famille.
Il y a plein de choses à raconter de cette escale barcelonaise, mais le plus fort restera l'arrivée de ce tout petit bébé qui pèse 2.3kg et qui aura commencé sa vie auprès de Tara Tari. Quelle heureuse coïncidence. C'est fou, quand on y pense.
Belle vie à toi, petite Olivia!

Je repars de Barcelone demain matin, soit samedi 3 décembre. Je profite d'une bonne fenêtre météo qui devrait me permettre de filer direct vers Alicante. En solitaire cette fois. ETA dans 6 jours, si tout va bien.

Merci la vie, merci Tara Tari *
Capucine

jeudi 1 décembre 2011

Pétole, la contre attaque. Marseille - Barcelone.

Vendredi 25 novembre. "C'était top, Tara Tari a surfé une bonne partie de mon quart! magique!" le soleil se lève à peine et mon quart se termine. Je transmets les infos cap, vitesse et position à Maxime qui prend la relève. Le Cap Creus passé dans la nuit, il n'y a plus qu'à descendre le long de la côte pour arriver à Barcelone. Demain si tout va bien. Une heure et demi de sommeil plus tard, je me réveille. Dehors, j'entends Maxime râler. Il affale la GV, râle encore. "ça ne va pas?" je sors un peu inquiète. "Le vent est tombé cinq minutes après le début de mon quart, on n'a pas avancé, ça me rend dingue. Surtout que tu m'as passé la barre en me disant que tu avais passé deux heures à surfer!" En même temps je comprends. ça fait plusieurs fois déjà que j'ai du vent pendant mes quarts alors que Maxime n'en a pas. J'avais proposé à Maxime d'embarquer car je le savais très calme et patient - ce qu'il est très important de savoir être à bord de Tara Tari - et le sentir arriver aux limites de sa patience me fait un peu culpabiliser. Entre deux flop flop des voiles à l'amure indécise, Maxime me confie"j'en ai fait des navs, mais là, c'est vraiment éprouvant cette pétole". Il disparaît dans le bateau, s'endort, las. Flop flop, fait le foc. Vite, il faut que je trouve la parade.

Maxime
Raconter une nav, c'est sympa, mais j'imagine qu'au bout de cinq récits de description de la force du vent, de l'état de la mer et de mes compliments plein de superlatifs dédiés au bateau, ça va peut-être devenir lassant. Pas simple, de tenir un blog de récit de mer. Il faut que je procède autrement, par thème peut-être. Je pourrais parler de la Costa Brava, des thons qui sautent par centaines autour du bateau, ou encore de l'odeur des pins de la côte qui arrivait à bord, mais non. La pétole sera le thème de cette arrivée espagnole. Quoi que la pétole, il n'y a pas grand chose à en dire. C'est assez unanime. Elle est usante, fatigante et manque très nettement d'intérêt. "Débat stérile!" reprocherait-on si la pétole était abordé lors d'un face à face politique.
Oui, mais non. Le truc, c'est que comme pour tout ce qui énerve - et la pétole énerve - il faut arriver à se maîtriser et ne pas perdre ses moyens. En ayant une autre approche de la chose, la pétole peut même devenir un moment de récréation à bord du bateau. Quelques exemples de contre attaque, vécus à bord de Tara Tari.

Outre les activités classiques de type lire un livre, manger un bout de mimolette (j'adore la mimolette), coudre un pavillon, dormir, il y a :

1 - La boîte à pompe

Offerte et conçue par Guillaume et Anaïs à Marseille, la Boîte à pompe est une occupation de rêve. Elle permet de se muscler le bras, puis l'autre bras si on veut changer de temps en temps, tout en vidant l'eau du bateau. Un bout du tuyau dans le bateau, l'autre vers la mer, la pompe aspire l'eau située dans le bateau et la rejette vers la mer l'activité est simple et sympa (mais attention à ne pas inverser les tuyaux). Sur l'illustration ci-dessus, on note que je mets ma main gauche en appui mais l'opération marche aussi en calant son pied - et de fait sa pompe - dans le boîtier de support. Pratique, la boîte à pompe est légère et peut être utiliser à différents endroits. En cas de pétole de plus de 48h, possibilité de se défouler en plaçant les deux embouts du tuyau dans la mer.

2 - Ombre chinoise
j'ai essayé de représenter Tara Tari avec mes mains
Sympa à faire quand le soleil brille et que l'on a la possibilité d'ouvrir un peu la grand voile. Enfin c'est sympa quand on est deux sur le bateau. Seule, se sera plus compliqué.
Quand je me suis cachée derrière le mât et que j'ai demandé à Maxime de deviner ce qu'il voyait en ombre derrière la GV, il a d'abord rigolé, puis a tenté de deviner. Il a trouvé le "papillon" ou plus difficile encore un "oiseau qui s'est pris un hauban en vol" et a eu l'oeil de reconnaître Tara Tari que j'ai tenté de représenter entrain de naviguer - il a juste ajouté à sa réponse un "sauf que tu le fais avancer là, le bateau" à voix basse que j'ai entendu.
Le jeu des ombres est sympa, classique mais indémodable. Possible les jours ensoleillés.


3 - Preum's risée
le premier qui voit la risée a gagné
Voici un petit jeu qui demande de la vivacité et un sens de l'observation bien développé. Le principe est simple, il faut que les participants surveillent attentivement la surface de la mer lisse. Le premier qui voit l'eau froissée par un souffle de vent doit dire "Risée!" et gagne un point. Le vainqueur est celui qui obtient le plus grand nombre de points. Ce jeu a la qualité de faire vivre l'espoir de voir le vent revenir pour de bon. Se joue à plusieurs mais aussi solitaire.

4 - Dames solaires

jeu de dames improvisé sur un panneau solaire
Idéal à deux, ce jeu de dames solaires a été un super moyen d'oublier la panne de vent. Mais il faut attendre le coucher du soleil pour pouvoir y jouer, c'est à dire l'heure ou le panneau ne bosse plus trop. Le panneau solaire est quadrillé, alors je me suis dit que c'était parfait pour jouer aux échecs, mais par facilité, nous avons choisi de jouer aux dames. Dans le bateau, je n'ai pas une boîte pleine de vieux boutons comme il y avait chez ma grand-mère, mais il y a une boîte pleine de visserie dans laquelle je trouve mon bonheur. Maxime, tu prends les grosses vis rouillées, et moi les petites qui ont de la peinture orange. Nous délimitons la surface de jeu, et voilà, le tour est justement joué. Nous nous sommes lancés dans une super partie... que j'ai gagné de justesse. Les règles ne sont pas très compliquées. La seule difficulté se trouve au moment d'empiler les deux vis, quand on arrive chez l'adversaire; on comprend alors le choix des inventeurs qui ont préféré utiliser des jetons plats.

5- Flou de nuit
tentative la mieux réussie
Ce jeu de nuit est assez difficile. Le concept: prendre la photo la moins floue possible d'un bateau croisé la nuit. Les ferrys sont les bateaux les plus rigolos à photographier, car plein de lumières. Il ne faut pas passer trop loin de l'élément à photographier histoire de mettre toutes les chances de son côté. Il y a de nombreux bateaux du genre aux alentours de la touristique Barcelone, donc le cadre se prête parfaitement à ce jeu. Il faut de la patience et une harmonie totale avec la houle qui ne facilite pas le truc. Les règles stipulent que l'on a le droit à trois essais chacun. Et vendredi soir, c'est Maxime qui a gagné en réalisant le cliché ci-dessus, à une trentaine de milles de Barcelone.

6 - Remorque moi si tu peux


Alors là, on change de catégorie. Cette activité en 3D fait appel à de nombreux sens et est très utile quand on ne veut pas passer la nuit à 500 mètres de l'entrée du port. 1- Arriver à croiser un voilier qui veut aussi entrer dans le port, mais sans utiliser la VHF, car si le voilier ne s'arrête pas, il faut ramer. 2- demander dans la langue du pays s'ils peuvent nous aider (castillan ou catalan au choix). 3- Faire de belles pattes d'oie et bien nouer les bouts au niveau des supports de dérives pour ne pas tout arracher lors du remorquage. 4- Bien barrer pour suivre le bateau remorqueur. Tout un programme.

Voilà... et comme ça, l'air de rien, nous sommes arrivés à Barcelona!

Merci Maxime pour ta compagnie, bravo pour ta patience. Bon retour en France!
Voici une petite chanson que nous avons chanté pendant de lononononongues heures devant Sète, en souvenir de notre plan de contre attaque - pétole!




Viva Barcelona!!
Capucine

mercredi 30 novembre 2011

Caresser le Lion. Marseille - Barcelone

Mardi 22 novembre. Belle escale, beau départ. Jusqu'au dernier moment Marseille aura fait les choses en grand et en beau. Mais j'avoue, je suis contente de repartir en mer. Les 15h de nav entre La Ciotat et Marseille ont eu un goût de trop peu, de trop court qui rend ce nouveau départ grisant. La météo dicte mes escales et il m'a fallu attendre quatre jours ici. Gérald et Bernard, mes routeurs, sont ok, la fenêtre est bonne et le départ possible. Sur l'eau, 15 - 20 noeuds de vent de secteur Nord Nord Est. Parfait. Tara Tari s'éloigne, file fièrement laissant derrière lui, la ville grouillante, les cigales qui ne chantent pas l'hiver, l'huile d'olive, l'OM, le romarin et l'archipel du Frioul.

départ de Marseille le mardi 22 novembre 2011
Cap à l'Ouest. A l'Ouest, oui, et non pas au Sud-Ouest. Bien que la fenêtre semble correcte, les dégradations surprises sont une réalité trop réelle et représentent un risque trop risqué. Longer la côte et contourner le Golfe du Lion; ce n'est pas la route la plus courte mais certainement le chemin le plus prudent pour arriver jusqu'à Barcelone. Et puisqu'il s'agit de partir en sécurité, pour ce passage délicat, nous serons deux à bord; Maxime Dreno m'accompagnera jusqu'à la ville catalane.

Le Golfe du Lion. Rien qu'au nom, on comprend que l'on n'est pas là pour rigoler. La comparaison avec l'animal ne date pas d'hier. A l'époque où l'on parlait latin on l'appelait déjà Mare Leonis. Cette comparaison est due au fait que cette partie de la mer est aussi dangereuse qu'un lion, car elle connaît des vents violents et soudains qui menacent les bateaux. Je n'invente rien, c'est ce que l'on peut lire dans le dictionnaire français de noms de lieux de Deroy et Mulon ou encore dans l'Encyclopédie française de Diderot et Alembert. C'est dire!
Tout le monde m'a mis en garde sur cette partie de mer "Ne cherche pas à le traverser même si tu penses que c'est bon". N'ayant jamais dompté de fauves, je ne vais pas commencer maintenant. Voici la route prévue et parcourue à bord de Tara Tari :

de Marseille à Bacelone, attention au Golfe du Lion
La tempête des derniers jours a soulevé la mer. Poussé par la grosse houle venue du Sud, Tara Tari ne mérite pas les incessantes petites claques des vagues du Nord-Est et de surface qu'il se prend dans la coque. C'est pénible. On aurait dû lui dire, à la Med, que le jeu c'est "mots croisés", et non pas "mer croisée". Ce phénomène connu, n'est pas très intéressant à vivre. La houle pousse dans un sens mais la mer est, en surface, recouverte de petites vagues qui vont, elles, dans le sens opposé. Concept artistique. Mais là, bord d'un petit voilier de pêche comme Tara Tari, je n'ai pas envie de jouer les artistes. Chevauchée maritime, j'espère que la bateau ne souffre pas trop. Chère Méditerranée, s'il te plaît, cesse ta croisade.

L'eau est plus chaude que la terre, alors à l'heure où les terriens dorment, une brise nocturne s'installe. Une autre habitude du coin, je prends note de ces phénomènes, bons repères pour les jours de mer à venir. La brise, en digne gardienne de nuit, a le mérite de nous faire parcourir des milles sans trop de difficulté. Nous fonctionnons pas quart de deux heures. Il est 3h du matin quand je viens relayer Maxime, le bateau est un peu trop sur la tranche à mon goût et je prends un ris dans la grand voile. Prendre un ris, c'est à dire réduire un peu la toile, permet de gagner un peu en stabilité sans pour autant perdre en vitesse. Tout va bien à bord. La Camargue est bien sombre, sans pollution lumineuse dans cette nuit noire. L'obscurité est un bon moyen de jauger la présence humaine sur ces morceaux de nature sauvage. La lune se lève timidement, montre un petit croissant tout fin vers 4h du matin. 4h du matin, déjà. La nuit se passe bien, se passe vite. Le vent soutenu a porté Tara Tari vers le 270° à bonne allure.. au petit matin, nous avons déjà parcouru près de 70 milles! Excellent! Bravo petit bateau!
Le soleil levé commence à me réchauffer, le ris libéré, Tara Tari avance doucement et ce matin, la barre dans une main, je tourne, de l'autre, les pages d'un bon petit livre. Et je savoure ce temps en mer.


Nous sommes en Med, et comme la légende n'en est pas une, le vent passe du tout au rien. Il est 9h du matin et le vent tombe. Mais tombe vraiment. Genre même pas un petit soupir de rien du tout. La mer s'est endormie. Lisse, elle s'efface au profit du grand ciel bleu qui se reflète en surface. Jeunesse de la journée, pas une ride sur l'eau. Tara Tari est là, se tient sagement sur ses dérives et ne bouge plus. A trois milles de Sète, c'est la pause. Les heures passent, pas la pétole.

La pétole. Autre concept artistique maritime. La pétole, c'est le mot que l'on donne à l'absence totale de vent... Et l'absence de vent, à bord d'un bateau à voile, c'est assez éprouvant. Les voiles sont lasses. Le bateau tourne en rond, au gré d'on ne sait quoi. Parfois il vaut mieux affaler, attendre que ça passe. Ne pas relever que l'étrave pointe vers la direction opposée. Parfois aussi, certains allument le moteur pour se dépatouiller de cette glue naturelle. Le moteur. Sujet encore un peu tabou à bord. (je n'arrive toujours pas à le démarrer..) Aux grands maux, grands moyens: Et si je sortais les rames offertes par les gars du port de Marseille?! Allez, j'essaie.
Maxime se réveille d'une sieste, rigole, prend l'autre rame et aussi le GPS portable, pour voir si notre vitesse augmente. Yes! ça marche. 1 noeud indique le GPS complaisant, l'étrave vers l'Ouest, nous sommes à fond. En tout cas nous l'étions, au début.
panne de vent au large de Sète
12h. Sans rire. 12h de pétole à ne pas avancer. Test de patience. Englués devant Sète, nous chantons pour nous distraire et rythmer les coups de pagaies. Quelques chansons de Georges Brassens qui est enterré à Sète, notre manière à nous de lui rendre hommage. Enfin j'espère qu'il l'aura pris comme ça, parce que les chansons de Brassens sont dures à chanter. Mais ce qu'il y a de bien, au large de tout, c'est que tu as le droit de chanter faux sans que cela ne gêne qui que ce soit. Soupir. Nous rions, car là encore l'humour est un bon remède. La nuit tombe et il n'y a toujours pas de vent. Je commence à en avoir plein les bras, moi, de ramer. Sous ses airs de kayak, Tara Tari n'en est pas un, et n'avance pas super vite.

La nuit arrive et normalement, si tout est logique, elle devrait avoir le vent pour compagnon de virée nocturne. Mais la lumière est éteinte et toujours pas de vent. Tour d'horizon. Quelle étrange ambiance. Le ciel, marron foncé, est au loin, tout noir. L'eau est toujours aussi lisse. Il n'y a pas un bruit, et une petite brume fait de ce décor, le cadre parfait d'un tournage de film de pirates. Il se passe quelque chose. Quelque chose de menaçant. Rien qui ne m'inspire l'envie de chanter encore. Même pas peur mais bon, le calme est trop calme. Je décide d'envoyer un petit message à Gérald lui expliquant la situation. Gérald me répond aussitôt... "le vent va se lever. Force 7". Ok, merci de l'info, "je file me mettre à l'abri à Sète alors". Le vent est revenu, et nous enchainons les virements pour entrer au port. Mais un nouveau petit message de Gérald arrive "si tu es vraiment devant Sète alors c'est bon, ça bastonne un peu plus au sud, tu devrais pouvoir passer". Je réfléchis, lis le message à Maxime. "C'est trop bête de s'arrêter à Sète, je suis d'avis de continuer, en restant près de la côte, on pourra toujours aller s'abriter plus loin, au Cap d'Agde ou à Valras Plage" Maxime est ok. "Alors on continue!" je suis ravie et préviens aussitôt Gérald. Et c'est ainsi que nous poursuivons notre route. Le vent est fort, la mer courte et croisée mais la navigation est cependant tout à fait praticable. Un ris dans la GV et Tara Tari prend sa revanche sur la journée passée à l'arrêt.

Nuit et jour, on file au portant jusqu'au moment où il a fallu mettre le clignotant à gauche, vers le Sud, car à force d'aller vers l'Ouest, Tara Tari est arrivé aux pieds des Pyrénées. C'est super de voir ainsi, les montagnes enneigées.
dessert paradoxal au pied des Pyrénées
10-15 noeuds prévus pour les trois prochains jours, et au portant: les conditions rêvées pour passer le redouté Cap Creus. Gérald me confirme que c'est ok pour continuer vers Barcelone. youpi!

Le Cap Creus est le premier passage un peu chaud de mon périple. Il s'agit du point le plus à l'Est de la péninsule ibérique. Promontoire abrupt et rocheux de 672 m d'altitude, le Cap Creus a inspiré le peintre Salvador Dali de l'un de ses tableaux, « Le Spectre du sex-appeal » (1934), mais n'inspire en revanche toujours pas les marins, qui redoutent les grosses vagues et le vent fort qui caractérisent le passage du dit Cap. "Creus" signifie Croix en Catalan, ça a peut-être un rapport.


Nous passons Creus de nuit, alors je n'aurais vu de lui qu'une silhouette de roches et le feu de son phare qui se trouve à plus de 87 m d'altitude, et dont la lumière peut être perçue à une distance de 34 milles. Par chance, les conditions sont bonnes, et nous passons sans difficulté ce passage clé. Quelques empannages et hop, le cap est passé. Tara Tari glisse désormais au portant le long des côtes espagnoles. Le soleil se lève, la Costa Brava est superbe. Le bonheur.

Tara Tari arrive en Espagne
L'Espagne. Il est temps de penser au "pavillon de courtoisie" qu'il faut hisser à tribord. Il s'agit du pavillon des eaux territoriales dans lequel se trouve le bateau, c'est une règle obligatoire en mer et ça sent donc l'atelier couture à bord de Tara Tari. Dans le petit sac en coton plein de pavillons, je prends le pavillon Roméo qui devrait faire l'affaire.

Le pavillon "R" Roméo signifie, seul, "Reçu" ou encore "j'ai reçu votre dernier message"


un peu de couture
et voilà!
Perfecto tout ça! Et il n'y aura qu'à découdre pour retrouver Roméo. Rien ne se perd, rien ne se créé tout se transforme, disait notre ami Antoine de Lavoisier. C'est valable aussi pour les pavillons.

 Après 3 jours de mer, il ne reste plus que quelques milles pour arriver à Barcelona. C'est une belle étape de faite. Comme quoi, il ne faut pas tenter l'impossible. Ne pas provoquer le Lion, le caresser, dans le sens du poil et passer ainsi sans péril. En l'abordant ainsi, le Golfe du Lion aura eu des airs de Lionceau. De ceux qui vous chante "Akunamatata... tu vivras ta vie, sans aucun souci...."

Encore 2 jours le long de la Catalogne, pour une ETA samedi. Tout va bien à bord, l'ambiance est au top et Tara Tari n'a pas un petit bobo à soigner!

A très vite pour la suite du récit!
Capucine