samedi 31 décembre 2011

bon vent, comme on dit...

A l'abri, dans un tout petit port de pêche,
TaraTari est amarré au pied d'un olivier.
Une tempête a décidé de réveillonner au Delta de l'Ebre. 
Capucine.


nav jusqu'au Delta de l'Ebre

24-25-26-27 décembre 2011. En mer.
De Vilanova à je ne sais pas encore où, la descente vers le Sud se poursuit enfin sans encombre. Ni tempête ni armée de pêcheurs, ni champs de bosses ni slalom spécial: la navigation ressemble étrangement à une navigation. Paisible plaisir. Ce 25 décembre est, depuis mon départ de La Ciotat, ma plus belle journée en mer. Un anticyclone, situé au dessus de l'Espagne, m'offre de belles conditions, avec environ 10-15 noeuds de vent et une mer plate, TaraTari et moi longeons les côtes à 4 noeuds et mangeons deux clémentines pour fêter ça.


C'est Noël, ça doit être un petit cadeau du vent. A propos de Noël, le journal Ouest France m'a demandé d'envoyer un petit texte et une photo sur laquelle je dois souhaiter un joyeux noël en breton. (lire l'article) Au coeur de la Catalogne, j'écris en breton à bord d'un bateau bangali. Rien de plus normal.

joyeux noël en mer et en breton

Et ce n'est pas tout. En ce 25 décembre, une autre surprise, venue d'un autre pays s'invite à bord! Nicolás, qui était mon voisin de ponton à Barcelone, est Argentin, il sait à peu près vers où je dois me trouver car je donne toujours quelques nouvelles aux personnes quittées à la dernière escale. Nico a pris le train, un train qui longe la côte et à repéré les jolies voiles oranges de TaraTari, un peu plus au sud de Vilanova. Je reçois un texto "Te veo desde el tren". Au début je ne comprends pas vraiment, et ne réponds pas. Deux heures plus tard, alors que je suis tranquillement entrain d'avancer, je vois un gros semi rigide venir de la côte. Il se dirige vers mon étrave et en quelques minutes l'embarcation arrive à ma hauteur. "Sorpresa!" c'est Nicolás et son accent argentin! Il me demande s'il peut monter à bord un petit moment. J'hallucine complètement. Comment a-t-il fait pour me retrouver et arriver ainsi? Je ne sais pas mais je trouve ça bien sympa. Petits morceaux de fromage, de jambon serrano, olives et berberechos, nous improvisons un petit apéro de noël, et passons un agréable moment à discuter. A bord, il téléphone à son père, à sa grand-mère qui sont en Argentine, et leur dit avec un sourire grand comme ça "vous ne devinerez jamais d'où je vous appelle! je suis à bord de Tara Tari!!" il leur raconte l'histoire du bateau, le décrit enchanté. Et c'est ainsi qu'en Argentine, une famille entière suit désormais l'aventure d'un petit voilier de pêche du Bangladesh. Cette visite surprise a été tout aussi surprenante que sympathique. Nico rêve de traverser l'Atlantique sur son voilier pour rentrer dans son pays et aujourd'hui il décide de se donner un an pour se préparer et partir.
Tara Tari a touché l'Amérique du Sud.


Bien que les conditions de la nuit restent agréables, il fait vraiment froid. Je passe le Cap de Salou en pleine nuit. Comme tout passage de cap, il faut être très attentif et vigilant, car un cap veut souvent dire qu'il y a plus de vent et plus de vagues. Effets de site, comme on dit. En effet, plus de vent et plus de vagues, mais le phare du Cap de Salou est désormais derrière. Et malgré l'heure tardive, je propose à TaraTari une petite assemblée générale extra ordinaire : "mon cher bateau, je crois que nous devons revoir notre stratégie et essayer d'arrêter de passer tous ces périlleux caps de nuit. La réunion se passe bien et après nous être tous les deux exprimés sur le sujet, nous décidons d'écrire un courrier au syndicat du bureau de représentation la Mer Méditerranée.

"Madame, Monsieur,
Nous, sous-signés TaraTari & Capucine, souhaitons vous remercier pour votre accueil.
C'est avec toute notre bonne volonté que nous essayons de naviguer discrètement le long des côtes depuis plus d'un mois maintenant mais les conditions rencontrées ne sont pas toujours évidentes. Nous ne voulons pas vous déranger en cette période festive et familiale, mais serait-il possible d'envisager une rencontre et ainsi étudier ensemble la possibilité de réveiller le soleil à notre approche des caps, ou encore celle de déplacer ces derniers sur la côte en fonction de notre progression afin que nous puissions les passer aux heures ouvrables du soleil, soit entre 9h-17h30. 
Ce serait drôlement chic de votre part.
Nous restons à votre disposition et vous prions de croire en notre sincère motivation, 
Nous vous adressons, Madame, Monsieur, ainsi qu'à Madame Mer Méditerranée, nos meilleurs voeux pour l'année 2012,
Cordialement,
TaraTari et Capucine "

J'appose le tampon "Tara Tari", à côté de nos signatures.


Quand le jour se lève, c'est toujours une petite délivrance, car je sais que peu de temps après, le soleil va commencer à me réchauffer un peu. Il fait tellement froid la nuit. C'est assez éprouvant.

Il est 8h du matin et alors que je suis dans la cuisine en pleine préparation d'un thé, quelque chose me pousse à sortir la tête dehors. Au moment où je me tourne vers l'extérieur, je vois l'étrave rouge d'un bateau de pêche à deux mètres du derrière de TaraTari! Je bondis à l'extérieur!
A bord du bateau de pêche rouge qui est désormais juste à côté, trois hommes sont sur le pont. "Hola?!" je suis surprise et interrogative. Les hommes ont le sourire. L'un d'eux, le plus âgé, a les cheveux blancs et la barbe qui va avec, me dit qu'ils étaient surpris de voir un voilier par ici, et qu'en s'approchant ils n'ont vu personne à bord, ils voulaient savoir si tout allait bien... "Ah, c'est gentil, tout va bien! J'étais à l'intérieur pour me préparer un peu de thé car il fait bien froid!" Les hommes sourient, et me disent qu'il est vraiment rare de voir un voilier à cette saison et... encore plus mené par une femme. Un autre, plus jeune, s'amuse de me voir habillée avec mon ciré jaune et mon bonnet, "Tu es comme nous!"; C'est vrai, et je suis aussi à bord d'un bateau de pêche! Quelques mots bien gentils et nous nous souhaitons "Feliz Navidad!" et ils repartent vers le large. Je garderais toujours en tête le souvenir de cette apparition, de ces pères noël pêcheurs, à bord de leur joli bateau rouge.

Le vent est bon, la mer aussi. Nous continuons vers le Sud. TaraTari avance toujours à 3-4 noeuds. Tout va bien à bord.


L'approche du Delta de l'Ebre est délicate car il y a énormément de fermes piscicoles, de hauts fonds sableux et de rochers isolés. Et évidemment, il fait nuit quand nous arrivons là où tout se complique. Ce n'est jamais évident d'évaluer les distances la nuit. Parfois une bouée qui semble loin s'avère être tout près et une autre qui semble tout près est en fait très loin. D'où l'importance de faire très régulièrement le point sur la carte pour bien valider la position et le cap à suivre. C'est chaud car cette nuit le vent est plus fort, mais tout se passe bien.
Au pied du Delta de l'Ebre, le tout petit port de pêche de L'Ampolla, devient mon objectif. Et évidemment c'est en pleine nuit et à la voile, que j'arrive dans ce tout petit port. TaraTari amarré, les voiles rangées, je suis contente d'être arrivée après cette superbe nav.
Mais je suis frigorifiée. Je prends une douche chaude à la capitainerie, je me couvre avec toutes les épaisseurs (humides...) que je peux, bois un peu de thé, mais je n'arrive pas à me réchauffer. Au port, un panneau lumineux indique qu'il fait 1°C. Je tremble de froid, mais de fatigue aussi. A bord de TaraTari, je me glisse toute habillée dans mon duvet, le bonnet vissé sur la tête et je m'endors en quelques secondes seulement. C'est impressionnant, cette capacité qu'à le corps à faire face au froid et à la fatigue en mer, alors qu'une fois à terre, tout se relâche si vite.

C'était une belle, très belle navigation. A part un problème de pilote (souci de connexion du calculateur d'angle de barre etc), je suis contente: toujours aucune avarie à bord de TaraTari, si ce n'est que je ne peux toujours pas me servir du moteur. Il faudrait que je le démonte pour nettoyer les filtres, vérifier le piston et tout et tout.. Pour le moment et depuis la Ciotat, c'est du 100% à la voile.



Là je suis à l'Ampolla et c'est la tempête.
Nous sommes à l'abri, au pied du Delta de l'Ebre, mais cet endroit est très dangereux... C'est ici, au cap de Tortosa, que Bernard Moitessier avait fait naufrage. Nous allons faire attention et attendre le bon moment pour repartir.

Bonne année 2012 à tous,
Capucine

vendredi 30 décembre 2011

le ciel et le métro

24 -25- 26- 27 décembre 2011. En mer.
C'est Noël, et je suis toute seule à bord de TaraTari. Les lumières sont complètement dingues ce soir. Enfin je dis ce soir, mais il n'est que 17h30. Le soleil se couche avec les poules - façon de parler car je ne sais pas à quelle heure vont se coucher les poules.
Enfin, bref, la lumière est belle. Et il n'y pas de photoshop dans la nature.

et en vrai c'était encore plus beau
C'est superbe. Cela ne dure que quelques instants, et je me régale.
La nuit sombre tombe froidement.
L'humidité, le vent, le froid, l'obscurité.... le package nocturne a moins de charme.
J'enchaîne les manoeuvres à cause des caprices du vent. Le froid me glace les joues.

et en vrai il faisait encore plus froid

Je n'ai pas très faim ce soir. Enfin comme tous les soirs, en fait. je ne mange pas beaucoup à bord. Quelques clémentines, bananes, amandes, figues séchées et du thé ... voilà en gros à quoi ressemblent mes menus. En plus de ces grignotages, j'essaie de prendre un repas chaud pendant la nuit, mais je n'arrive pas à manger la moitié d'un sachet lyophilisé, par manque d'appétit et parce qu'au bout de trois cuillères, le plat est froid. Il ne fait jamais plus de 5°, c'est peut-être pour cela.

Je regarde la côte au loin. Les lumières des villes scintillent. Guirlande géante. Les phares, les bouées qui clignotent. Vers le large, quelques cargos et ferries lumineux. Non, vraiment, pas besoin de sapin.

Quand le vent change de direction, la soufflerie fait une petite pause. C'est un rythme que nous commençons à connaître avec TaraTari. C'est agréable de commencer à prendre quelques repères dans ces nuits si sombres. Ces petits moments plus calmes me laissent un peu de temps pour regarder le ciel et les étoiles. Pas forcément pour la contemplation, mais plutôt pour observer les mouvements de la terre, et apprendre peu à peu à me repérer. Navigation astronomique au programme.


Je descends dans le bateau, et vais dans la bibliothèque (porte de droite au fond du couloir, après la cuisine).  J'ai apporté avec moi un petit livre qui va m'aider à m'y retrouver dans toutes ces constellations.

A la lumière de ma frontale, je tourne les pages du petit guide.
Carte générale du ciel que l'on peut observer dans l'hémisphère nord...


Je tourne les pages, concentrée.
De constellation en constellation, je sillonne ce ciel de papier glacé.


Quelques pages encore...



Et je referme vite le petit guide.

Ces cartes... ces petits points reliés, ces noms improbables.
J'ai soudain l'impression d'avoir déjà vécu cette scène.
C'était dans un couloir plein de courants d'air.
Vision désolante. L'angoisse.


Monsieur l'auteur de ce plan du ciel, rendez leur liberté à Hercule, Lyre, Andromède, Cassiopée, Pégase et les autres; qu'ils retournent en paix, à leur mythologie.
Le petit livre est rangé et je ressors sur le pont.

Soulagée, je regarde le ciel.
Les étoiles.
Petits points de lumière,
simples et jolis.
Et finalement cette nuit,
être des étoiles,
c'est tout ce que je leur demande,
aux petites étoiles.

Capucine

Le message passe - Vilanova

23/12/2011. En fait, le truc du "Dehors quelqu'un m'appelle" de mon dernier petit récit, c'était surtout pour mettre un peu de suspense dans le déroulement de l'aventure. j'avoue.
Reprenons. On m'appelle dehors. Ce sont les gars de la capitainerie. "Il faut payer!" Pas de problème, mais on commence par se dire bonjour ou pas du tout ? Vraiment pas très aimables ces gens-là. Ils ont dû avoir froid ce matin en me faisant des signes avec leur lampe de poche et du coup ils sont de mauvaise humeur. Heureusement, il y a, à Vilanova, des personnes super sympas et cette petite escale prend une belle tournure, de belles rencontres et d'émouvants témoignages. Ah... TaraTari.... tu as le chic pour toucher les gens, toi.
 

Ces trois heures de sommeil réparateur m'ont fait du bien. Dehors ça parle assez fort et j'entends des "Hola?! Hola!?" qui semblent m'être adressés. Je sors, les yeux encore un peu lourds de fatigue. Des hommes sont sur le ponton. Ils ont tous des bateaux et m'indiquent un à un lequel est à qui. Avec leurs grosses voix rauques ils commencent à me féliciter pour ma manoeuvre de port matinale. Ils étaient là, ils ont vu et n'en reviennent pas. J'ai l'impression que ce qui les marque le plus c'est que je sois une jeune femme... ils répètent au moins dix fois "Una mujer... sola !" Alors que certains me posent des questions, d'autres arrivent, vont et reviennent. Tous sont choqués par l'attitude des gars de la capitainerie. L'antipathie des uns et l'incroyable accueil des autres. Contraste en effet assez énorme.
Vincente m'offre un café, me raconte ses navigations et contacte un ami mécano "si je peux faire quelque chose pour que ton moteur fonctionne...". Le mécano vient. "Je n'ai jamais vu un moteur comme ça! mais il est bon pour la poubelle!!"  - Pauvre DjianDong, ne l'écoute pas. Les visites se succèdent devant TaraTari, je ne comprends pas tout ce qu'il se passe mais je me retrouve avec un parbat flambant neuf, un gros fromage, des bouteilles de Cava, du vin, des boîtes de conserve, une couverture polaire, deux bonnets, des bouts et même un calendrier 2012 de la Caixa... je croule sous les cadeaux des navigateurs de Vilanova i la Geltru. En main propre ou déposés à bord. C'est Noël avant l'heure!


Parmi ces généreux marins, il y a Amadeu, 46 ans, qui me raconte lui aussi ses plus beaux moments en mer, et les coups durs. Amadeu navigue autant qu'il le peut, et depuis toujours. Autour d'un bon café, il m'explique qu'il y a deux semaines, il y a eu une méchante tempête, ici.
-"Dans la nuit du 3 au 4 décembre?"
-"Oui, c'est ça!"
-"je vois de quoi tu parles, j'étais en mer, et j'ai du faire demi-tour devant la ferme piscicole, là-bas"
-"Non?! sérieusement?! tu étais en mer pendant cette tempête?!" Il n'en revient pas.
Je lui demande si c'est fréquent, ce type de tempête surprise qui n'était pas du tout prévue sur les fichiers météo. Il m'explique qu'il est rare que ce soit si fort et si soudain mais qu'en général, il y a un gros nuage noir qui annonce le phénomène. "Un gros nuage noir", c'est justement ce que je décrivais ici, à mon retour à la case "Barcelone". Ok, alors je vois. Il continue:
-"Le nuage noir veut dire : vite faire demi tour ! C'est la seule option!"
-"C'est ce que j'ai fait... un peu tard, mais je suis rentrée à bon port, sans abîmer le bateau".
Cet échange est bien intéressant. Je note sur mon cahier ses bons conseils. Il me fait visiter son bateau, m'offre Cava et un super fromage et me dit qu'il m'enverra par mail les cartes précises des entrées des ports tout au long de ma descente vers Gibraltar. Amadeu est un marin. Un vrai, un dur à cuire. La mer est sa passion et sa vie. Son grand père était pêcheur, son père aussi. Il me dit tout le respect qu'il a pour mon mode de navigation "sans ordi, sans artifice, et tout ça en plein hiver" "ça fait réfléchir" dit-il enfin. Il me dit que désormais il suivra TaraTari. Amadeu est très mécontent de l'attitude des gars du port "Ils n'ont rien compris. Un bateau comme le tien mérite d'être tellement bien accueilli, ils ne connaissent rien à la mer, rien à la navigation et ne pourront jamais rien comprendre à ce que tu fais.... je suis désolé" regrette-t-il.


Et puis il y a Uri et Laia. Ils ont à peu près mon âge et viennent voir TaraTari. Uri a mis toutes ses économies dans un voilier  "Senyera", qui est devenu sa maison. Ils sont absolument adorables. Uri est fasciné, m'explique que voir TaraTari lui fait du bien "A Vilanova, il y a beaucoup de voiliers très grands, très chers, qui appartiennent à des gens qui ne naviguent pratiquement jamais. Quand je vois Tara Tari, je me dis que c'est toi qui a raison, qu'avec peu, on peut y arriver quand même. C'est génial, merci pour ce que tu fais, c'est très fort et ça me motive à réaliser mes propres rêves de navigation".  Il y a quelque chose de fort dans le ton de sa voix, je le sens ému, et profondément touché par Tara Tari. Je leur propose de monter à bord, ravis, ils me posent de nombreuses questions. "tu as vu les barres de flèches, Laia, ce sont des béquilles!!" Ils regardent le bateau avec un joli sourire. Uri est désormais convaincu qu'un jour il ira, lui aussi, vers la réalisation des ses rêves. "Tu me prouves que c'est possible. Ne serait-ce que parce que tu essaies. Et avec si peu de moyens."


TaraTari dévoile son message, au fil des milles et des rencontres. A bord de leur voilier, Uri m'installe sur mon petit ordi un logiciel de cartes marines. "Tu as désormais tous les ports du monde!" Quel cadeau! Merci! Ce n'est pas un logiciel de navigation, car je ne navigue qu'avec des cartes papiers et un petit gps portable, mais c'est super car mes cartes papiers ne sont pas toutes très détaillées et cela va m'aider à préparer mes navs. Laia me tend des boîtes de conserve de thon et d'ananas, et puis ils m'offrent aussi le pavillon catalan, qu'ils ont signé. Je leur offre la bouteille de vin blanc que l'on m'a offert une heure plus tôt (ça ne se fait pas d'offrir un cadeau, mais je tiens à les remercier et je n'ai pas grand chose à offrir pour le moment).

Assez vite, je trouve un endroit pour me connecter à Internet et regarder la météo. Tout près du port, Cristian a 35 ans, a quitté Barcelone pour se rapprocher des vagues et ouvert un petit hôtel. Son truc c'est le surf. Il a le look. Et du coup nous parlons surf et aventure. Sur son grand ordinateur, je lui montre les petits films de "Des Iles Usions", le trip de "sruf et de survie" d'Aurel Jacob, Ewen Le Goff et Ronan Gladu, qu'il ajoute à ses 'favoris'. A découvrir ici. Ici, au coeur de la Catalogne, la bande son du film des trois Bretons s'entend dans tout l'hotel, restau et terrasse. Les quelques clients semblent surpris, et cela nous amuse. Nous parlons un bon moment de cette conception de vie, d'aventure, de vagues, de surf et de lointains horizons, plus purs et plus sauvages. Cette discussion est surréaliste, au milieu des guirlandes de Noël.


Petit coup d'oeil aux fichiers météo; ça passe, je me prépare à repartir. Il n'y a pas beaucoup de vent, et je ne peux pas compter sur l'aide de la capitainerie pour sortir de ce port, Uri se propose de me remorquer avec son voilier. Deux bouts fixés au support de dérives, et un long bout, la sortie du port s'annonce bien mais un gars de la capitainerie râle encore "Tu dois payer pour ta présence ici!!" - ça faisait au moins 45 minutes que l'on ne me l'avait pas dit - "Bonjour Monsieur, c'est fait et ça fait 4000 fois que vous me l'exigez, je suis en règle, j'ai payé ce que je devais." L'homme ne me croit pas et me demande la preuve du paiement, ce qui m'énerve car nous sommes en pleine manoeuvre de port. Il file faire sa photocopie et revient. "Désolé mais j'ai des consignes!" dit-il en bougonnant."Au revoir, monsieur, et joyeux noël.."

Je libère le bout de remorquage, Uri et Laila font quelques photos et je me retrouve enfin en mer. Je repense à cette escale si courte et si forte. Dans ce port au nom improbable, Tara Tari a réussi a surmonter une tempête, à faire face à une ferme piscicole, et à se faufiler parmi 37 bateaux de pêches croisés à l'entrée du port. Mais ici, à Vilanova i la Geltru, TaraTari aura surtout réussi en quelques heures à toucher le coeur de marins et réveiller leurs rêves. C'est fou, le pouvoir de petit voilier.

Et TaraTari et moi sommes repartis en mer, pour poursuivre sans attendre, notre aventure en mer.

départ de Vilanova i la Getlru. photo:Uri
Gracias por todo, Vincente, Cristian y sobre todo a vosotros Amadeu, Uri y Laia.
Bona Proa, amigos! Seguimos en contacto!



Cap au Sud, Sud Ouest...
Capucine

mercredi 28 décembre 2011

Et enfin repartir

Mercredi 22 décembre. Désagréable sensation de stagner. Il faut changer l'eau des fleurs, pour de l'eau plus pure. J'ai envie et besoin de partir. La décision de ne pas partir dans un vent trop fort était l'option la plus raisonnable, mais j'ai l'impression que chaque journée passée au port m'éloigne un peu de mon aventure. Le safran et les dérives se sont laissés pousser une petite moustache d'algues et d'attente que je nettoie dans l'eau froide du port. Il est temps de partir. Et le temps me laisse enfin repartir.

bon départ de Barcelone
Ciao Barcelona, cette fois-ci je pars pour de bon. Enfin je l'espère. Les conditions sont enfin favorables et les amarres larguées me replongent aussitôt dans mon périple. Je vis ce nouveau départ comme une délivrance. Je m'éloigne de Barcelone, range quelques bouts. Tout va bien, mais pour être franche, je ressens quelque chose d'un peu particulier. La dernière fois que je suis partie de Barcelone, je me suis retrouvée assez vite dans une bonne tempête et si sur le moment j'avais géré sans prendre peur, l'expérience m'a marqué et je crois que cela m'impressionne encore un peu. Inconsciemment, je redoute de me retrouver de nouveau dans la marmite. Je respire profondément et me rassure en regardant la mer dont la surface, plate, évoque plus de douceur que de violence. "ça va bien se passer" me dis-je à voix haute. Et puis un voilier s'approche. Excellent! C'est mon ami Nico, Argentin expatrié, qui vit sur son bateau et qui rêve de traverser l'Atlantique sur son voilier pour rentrer dans son pays. Voisins de ponton au Maritim, nous avons bien sympathisé. Nicolás a souhaité m'accompagner pour quelques bords vers le large. Nico m'a dit que cette rencontre avec Tara Tari lui donnait l'envie et le courage de croire qu'il arriverait lui aussi un jour, à trouver les ressources pour traverser l'Atlantique à bord de son voilier. Une chouette rencontre. C'est adorable de venir saluer mon départ à bord de son bateau. Le vent se renforce assez vite, au niveau du port de commerce. Tara Tari file à 4,5 noeuds et s'échappe loin de la ville. Salut les amis! Un dernier signe de la main, Nico et Pepe repartent. Les craintes cachées d'éventuelles tempête s'envolent elles aussi. Avec TaraTari, nous sommes désormais seuls sur l'eau, et retrouvons une douce sérénité.

slalom spécial
A cette époque de l'année, les gens vont plus souvent skier que naviguer. Et bien nous, n'avons ni les skis ni la neige, mais nous avons les piquets et les bosses. Aujourd'hui TaraTari a eu son étoile, et mieux encore, une médaille au "Slalom spécial". Hop, hop, hop. nous avons enchaîné les virements de bord en nous faufilant au milieu des petits piquets flottants. Il y en a plein. Le parcours est parfois vicieux, avec des portes suprises (piquets à moitié sous l'eau). Mais nous marquons le meilleur temps de notre catégorie - voilier de pêche fabriqué avec du jute - et hissons ainsi le Bangladesh sur la première marche du podium. Trop fort Tara Tari. Et c'est ainsi que devant les montagnes du Garaff nous prenons notre revanche sur le parcours de bosses et les perfs d'un Edgar Grospiron.

L'intensité du vent semble mollir, et je bouquine tranquillement, une main sur la barre. Mais au loin, une sorte de baleine géante arrive à fond les ballons. Je pose mon bouquin et fronce les sourcils. C'est quoi ce truc. Une étrave noire arrive un petit peu trop rapidement à mon goût. Pas de doute, elle me fonce dessus. Je pousse la barre en grand, change nettement de cap, comme pour sortir du viseur de ce gros machin. Mais le gros machin en question change de trajectoire et je me retrouve encore dans son viseur. Non, mais, c'est quoi ce bateau?! L'angoisse. Je ne peux rien faire. Un rapide tour d'horizon, pas un autre bateau aux alentours. Je ne sais pas de quoi il s'agit, mais je vais devoir me débrouiller. En 4 secondes, le bateau arrive et fait une sorte de gros dérapage dans mon tableau arrière, du coup je vois le navire de côté. Tara Tari, je crois que nous allons faire une rencontre d'un nouveau genre.


La Guardia Civil. Police militaire espagnole.
Ils s'approchent. Et avec leur gros bateau, ils sont désormais à deux mètres de TaraTari. Cinq hommes sont sur le pont. "Hola messieurs". Là, je suis contente de parler couramment espagnol.
- "Bonjour, vous venez d'où?"
- "Là? euh de Barcelone"
- "Tu es d'où?'
- "Je suis Française"
- "Et le bateau, il vient d'où ?"
- "Du Bangladesh"
- "C'est quoi ça, le drapeau du Japon?"
- "euh... non... celui du Bangladesh" (tu n'as qu'à demander aux élèves de 5è5 si tu ne sais pas...)
- "Tu es seule ?"
- "Oui"
Je n'aime pas trop ce questionnaire et décide de prendre les devants, craignant de les voir monter à bord et fouiller dans mes affaires à la recherche de je ne sais quoi.
" Vous voulez voir les papiers du bateau ?"
- "Attends" me disent-ils d'un ton assez autoritaire.
Non, vraiment, je n'aime pas trop tout ça.
- "J'ai fait quelque chose de mal?" demande-je alors avec une naïveté un peu improvisée.
- Non.
Ils se tiennent debout sur la passerelle, les jambes un peu écartées, les mains sur le ceinturon, genre cowboys des temps modernes. Ils m'interrogent encore:
"Mais tu viens d'où et tu vas où ?"
- "Je viens de France, de La Ciotat et je vais..."- je réfléchis une seconde, si je réponds "Miami" la conversation va durer, je trouve autre chose, de plus plausible, de plus vague - "je descends vers le Sud".
- "Mais tu t'arrêtes dans quel port ensuite ?"
- "Et bien, ça va dépendre du vent... j'aimerais arriver à Valence ou Alicante, mais j'imagine que je vais m'arrêter avant car les nuits sont longues et c'est fatiguant. - je tente la carte de la sensibilité.
- "Ah, vale vale".
Et les hommes se parlent, sourient.
- "Tu étais au ponton du Maritim, à Barcelone, non? " me demande l'un d'entre eux.
- "Oui."
- "Ah, j'avais vu ton bateau. Il est beau, mais encore plus beau sous voiles."
Cette remarque me soulage. je souffle et comprends que leur visite n'est que curiosité.
- "C'est le plus joli voilier du monde!" lance-je fièrement.
Ils rigolent.
- "On peut faire une photo ? "
- "Avec plaisir!"
Et les cowboys dégainent les téléphones portables, et nous mitraillent de photos.
- "Nous n'avons vraiment pas l'habitude de voir ce genre de bateau, (tu m'étonnes John) et encore moins l'habitude de rencontrer une jeune femme comme toi, qui navigue seule en plein mois de décembre ici! C'est fou!"
Je souris. Et nous discutons un peu. Enfin, le un peu dure bien 15 minutes.
- "Bon voyage!" me dit le pilote, en français
Les autres enchaînent "Bon vent!" "Sois prudente!" "Bon courage!"
Et celui qui avait repéré le bateau à Barcelone, me demande encore :
- "Mais si je comprends bien, cette navigation, ce bateau... c'est un mode de vie?"
- "C'est un peu ça. Il y a un but, mais qui se vit au quotidien et dans la simplicité.
- "Et bien, tu es bien courageuse!" me lance-t-il plein de respect.
- "Merci, à bientôt!"
Quelques signes de la main, et les voilà partis vers Barcelone. 

Oufff. Fin de l'épisode Guardia Civil. Je tire la barre et reprends mon cap. "Et bien Tara Tari, voilà encore une étonnante rencontre!" Le soleil se couche et nous retrouvons notre calme.


Cette soirée a quelque chose de particulier. Je ne sais pas vraiment comme l'expliquer. Je suis sous le charme des couleurs et de la mer. En fait, je sais. je crois que je suis super heureuse d'être repartie. Mais vraiment. Je m'accorde quelques instants de contemplation. Le ciel devient rose. Je regarde TaraTari qui devient tout rose lui aussi. "Pas très viril, mon gars!" plaisante-je avec lui.
Je descends dans le bateau, sors l'harmonica, et joue un air léger, celui des Mystérieuses Cités d'Or.

♪ ♫ ♪♪ ♫♫
"Enfant du soleil, tu parcours la terre, le ciel, cherche ton chemin, c'est ta vie, c'est ton destin..."
"Enfant du soleil, ton destin est sans pareil, l'aventure t'appelle, n'attends pas et cours vers elle "
L'air de ce dessin animé que je regardais petite, ne me quitte pas de la soirée. 

Tout va bien ce soir à bord. Sincèrement.

La nuit tombe. Et le vent se renforce. "Comme d'hab!". Mais heureusement, le vagues sont praticables et la soirée ayant été plutôt paisible, je me sens d'attaque. J'ai l'impression de revenir un peu sur les lieux du crime de la tempête. Peur de me retrouver face à face avec le méchant de l'histoire.

La nuit est usante. Prendre un ris, le lâcher, prendre encore un ris, le lâcher et rebelotte. Je change de configuration de voile toute les heures. Et la nuit dure plus de 14h. Toutes ces manoeuvres réchauffent, mais c'est fatiguant. Et je n'ai pas vraiment le choix, car les calmes sont trop calmes pour laisser la voile arrisée, et les coups de vent trop forts pour laisser la voile haute.

Il fait froid, c'est rude de naviguer la nuit, fin décembre. En tout, je m'accorde deux siestes de cinq minutes, mais pas plus. Il y a quelques bateaux de pêche et puis, je redoute une rébellion surprise des vagues. On ne sait jamais, par ici. Les catalanes sont rebelles.

Il est 5h du matin, et j'arrive devant Vilanova i la Geltru (à une trentaine de milles de Barcelone). Je suis vraiment fatiguée par la nuit qui a été glaciale et fatigante avec toutes ces manœuvres nécessaires. "Qu'est-ce que je fais?" je réfléchis à voix haute. "Tu en penses quoi, Tara Tari ? On s'accorde une petite pause, ça te va?"

La nuit est encore bien sombre et je m'approche doucement du port. Il est 6h30 et je ne suis plus qu'à quelques longueurs du feu vert de l'entrée du port. Quand soudain un bateau de pêche sort du port à fond les ballons, puis un deuxième et un troisième..... C'est quoi cette histoire?! A la queue leu-leu, les bateaux de pêche de Vilvanova sortent comme des fusées; j'en compte 37!!
J'hallucine complètement, c'est la guerre ou quoi ?! Pauvres poissons! Aux abris! ai-je envie de leur crier. Mais je préfère éclairer mes voiles avec la lampe. Car si les feux de mât fonctionnent, je préfère être trop vue que pas assez. Je surveille de tous les côtés.
Les bateaux ont des lumières rouges et vertes qui permettent de savoir, la nuit en mer, dans quelle direction va le bateau. Par exemple, si je vois le feu vert du bateau, cela signifie que je vois son côté tribord, inversement, si je vois une loupiote rouge, c'est que je vois le côté babord. Le problème, c'est que quand on voit feu rouge ET le feu vert, cela signifie que le bateau nous fonce dessus. Et là, il ne faut pas réfléchir beaucoup et vite changer sa trajectoire pour éviter la collision. Surtout que ces bateaux vont très vite.

      Feu rouge, ok. Feu vert par là, ok. Ah: feux rouges et verts, vite il faut que l'un de nous change sa route! J'ai l'impression d'être dans un jeu vidéo. Quel stress! Ils déboulent à toute allure et Tara Tari et moi serons les fesses, passons entre tous ces fous furieux.  "Heureusement que tu as décroché ta médaille en slalom spécial hier, TaraTari! cela nous est d'une précieuse aide!"
J'essaie de démarrer le moteur. Impossible. Ce n'est pas un problème de démarrage ou de compression. Il y a un point dur. La manivelle ne bouge pas d'un millimètre, exactement comme à Marseille. Bon je vais faire sans. Je continue de surveiller les feux, et éclaire mes voiles, je fais un petit tour pour ne pas me retrouver juste devant la sortie du port. Je prends la VHF portable. Canal 9, celui qui permet de joindre le port. Je préviens de ma présence, espérant que les pêcheurs sont eux aussi à l'écoute.
Je préviens la capitainerie de mon arrivée... à la voile.


Le jour arrive doucement, et j'arrive dans ce grand port, au près dans le petit temps. Au près, donc j'enchaîne les virements de bords. Il n'y a plus beaucoup de vent et je ne dois donc pas faire de manque à virer car je dois garder un peu de vitesse pour rester manoeuvrante. Les gars de la capitainerie sont très désagréables me disent de me dépêcher car les deux gars qui m'indiquent avec une lampe de poche l'emplacement que je dois prendre "ont froid". Pauvres biquettes.
Un emplacement étroit, perpendiculaire au ponton, entre deux bateaux sur pendilles. Je n'ai jamais fait une telle manoeuvre de port à la voile. Mais visiblement ici personne n'a très envie de m'aider, alors je gère comme je peux et je réussis ma manoeuvre. Je suis exténuée mais fière d'avoir réussi, heureuse de ne pas être à Barcelone, soulagée d'être enfin repartie. J'amarre le bateau, fait revenir la pendille au support de dérive pour ne pas avoir a tirer trop sur la ferrure du pataras. Prendre soin du bateau, c'est le principal; je fais un petit tour d'inspection générale, et range bien les voiles. Tout est ok. Je me refuge au creux de TaraTari, m'allonge et m'endors en une minute.

Trois heures plus tard, je me réveille. Dehors, quelqu'un m'appelle.
...
la suite, très vite ; )
Capucine

samedi 24 décembre 2011

Joyeux Noël !

24/12/2011. Après un bon départ de Barcelone, Tara Tari et Capucine ont fait petite escale à Vilanova, à une trentaine de milles au sud de Barcelone, pour se reposer un peu avant de repartir vers le sud. La navigation assez éprouvante car les nuits durent plus de 14h et sont très froides. Le vent est fort mais la mer plutôt peu agitée. Tout va bien à bord. Tara Tari et Capucine sont repartis en mer, prochaine escale prévue à Valence d'ici quelques jours. Et apparemment de nombreuses petites anecdotes à lire bientôt ici.

petit message du bord :

" Noël ce sont de doux partages en famille, des moments souvent heureux et des histoires à lire, à raconter, à partager au coin du feu après un bon repas. Le Père Noël, grande intrigue des enfants, les cadeaux, le sapin, et encore de bons repas... Heureuses journées!
Lors des deux dernières 'éditions' de Noël, j'étais à l'hopital, opérée des jambes, mais entourée par ma famille. Cette année, c'est différent, je suis en mer...
Les rêves, parfois, se réalisent.

Il y a, à bord, un peu de tous ceux qui ont aidé à donner naissance à ce bateau, au Bangladesh, et ceux qui ont aidé Corentin et Watever à faire naviguer TaraTari jusqu'en France. Il y a aussi un peu de ceux qui ont participé au chantier de remise en forme chez FR Nautisme, un peu de ceux qui m'ont aidé à Lorient et Portlaf, à La Ciotat, à Marseille, à Barcelone, à Vilanova i la Geltru... et aussi un peu de tous ceux qui m'ont envoyé des messages de soutien. Cela fait du monde à bord!
TaraTari est un petit voilier magique, un super compagnon de voyage. Et tellement plus encore. Tous les deux, nous vivons une agréable solitude et avançons à notre rythme.
 
La nuit est froide, mais le thé est chaud alors tout va bien.
bonheur simple.

ce soir, je pense fort à mes parents, mes frères et à ma chère grand-mère.
à mes amis de Kerpape.
et aussi à ceux qui sont ou se sentent seuls.

Vive les rêves, les étoiles, et les petits bateaux en jute! Et le thé chaud.
Mille bonheurs à tous, il faut s'accrocher, oser, les rêves peuvent parfois se réaliser. 
Joyeux Noël!

TaraTari & Capucine "
 

lundi 19 décembre 2011

Questions

Barcelone, lundi 19 décembre. "Des milliers de fenêtres ouvertes dans le monde entier!" selon les organisateurs, "des centaines de fenêtres, mais surtout de nombreux rideaux et volets " selon une source proche de l'IMFO (Inspection Mondiale des Fenêtres Ouvertes)... Les chiffres révélés par la presse parlent d'eux-même. La première édition de la Journée Mondiale de la Fenêtre Ouverte est un succès. La fenêtre que nous attendions avec TaraTari s'entrouvre enfin et nous pouvons donc partir aujourd'hui. Quelle efficacité. Merci à tous!


Bons plans shopping de Noël au Corte Inglés? Bonnes adresses de bar tapas? Horaires de visite de la Sagrada Familia? Résultat du dernier match Barça/Madrid au Camp Nou? Avant de partir de Barcelone, il m'a fallu répondre à quelques questions.

Mais rien à voir avec celles-ci.

Questions de partage. Pendant mon escale, je suis régulièrement allée à l'école, au Lycée Français de Barcelone où j'ai grandi comme une petite Espagnole de la 6è à la Terminale, afin de rencontrer les élèves, leur parler de Tara Tari et répondre à leurs nombreuses questions.
Les palmiers, le soleil, les perruches vertes en liberté et les amis... j'avoue, c'était plutôt sympa comme cadre de scolarité. Je suis bien contente de revenir ici.

le hic: collections de marrons impossibles.


Jean-Cédric Walkowiak est prof d'Histoire Géographie. Il avait été mon professeur et m'invite à venir rencontrer les élèves de 5è5. Le thème de l'année des 5è est "le développement durable", et cela tombe plutôt bien.
Il y a une carte du monde, accrochée sur le mur de la classe et en la regardant je pose une question que je ne pensais pas forcément des plus fastoches."Savez-vous où se trouve le Bangladesh?"
"Làààà!!, à droite de l'Inde!" Balaises, les élèves de 5è5. Ils ont travaillé sur le projet d'une ONG, en Inde, qui recycle des sacs plastiques et n'ont donc eu aucun problème à situer le pays de naissance de Tara Tari. Au tableau, je parle du projet de Corentin, du jute et des recherches en cours, et puis du bateau et de l'aventure que je commence.

Pour ceux qui n'étaient pas en 5è ce matin-là, voici un petit film de présentation très bien fait par l'Associtation Watever, sur les recherches sur le jute menées par Corentin au Bangladesh :

Association Watever - Jute Project from Videaux on Vimeo.


Les doigts lèvent quelques questions. L'échange commence. Au tableau, j'essaie de répondre le plus pertinemment possible. Ce partage est génial. Les premières questions d'élèves de 12 ans sont spontanées et très terre à terre...

Les questions de garçons :
- Tu as la télé à bord de Tara Tari ?
- Tu emportes quoi comme jeu vidéo ?
- Mais si t'as ni télé, ni jeux vidéos tu dois d'ennuyer à mourir en mer ?!
Les questions de filles :
- Tu as déjà vu des dauphins ?
- Ta famille ne te manque pas trop ?
- Tu fais comment pour te laver les cheveux ?
Les questions / remarques les plus dramatiques :
- Tu vas faire comment pour recevoir les cadeaux, à Noël ?
- Quand j'y pense, je n'arrive pas à croire que tu n'aies pas de télé.
Les questions des futurs Bac Scientifique :
- Quelles sont tes sources d'énergie à bord ?
- Combien d'énergie solaire consommes-tu par jour ?
Les questions des futurs Bac Littéraire :
- Tu emportes quoi comme livres?
- Quels sont tes auteurs préférés ?
La question la plus philosophique :
- Que se passe-t-il quand le vent tourne ?
La question visiblement la plus importante
:
- Tu manges quoi en mer ?
La question la plus hors sujet :
- Ils s'appellent comment tes frères?

La remarque la plus développement durable (d'un petit garçon de 12 ans qui a tout compris:) : 
- "Avant il y avait du bois, ils ont fait des bateaux en bois et maintenant il n'y a plus de bois. Maintenant il y a du jute, ils vont faire des bateaux en jute et donc après il n'y aura plus de jute. Si je peux me permettre, il faudra faire attention à l'exploitation de cette plante avant de faire trop de bateaux"

La question qui a provoqué un fou-rire général de 17 minutes :
- Tu fais comment pour aller aux toilettes ?
                  .. et la réponse.
La cloche sonne au milieu des rires.

Et puis j'ai eu le plaisir d'être invitée à l'antenne de Planète Radio, la radio du Lycée Français. Animateurs du "Café des Sports", Carlo et Thibault ont vraiment du talent. Avec Anne, qui gère la radio, ils ont préparé leur interview comme des pros. Il faut dire qu'ils ont de l'expérience. Ils ont déjà reçu dans leur émission les navigateurs Alex Pella (lui aussi ancien élève du LFB) et Jean-Pierre Dick, à l'occasion de la Barcelona World Race. Thibault est un passionné. Un virus familial puisqu'il a passé une année en bateau avec sa famille, quand il avait 5 ans. Son papa, prof de Maths au Lycée, est lui aussi un mordu de bateaux et a créé une page entièrement dédiée à TaraTari sur la page web de la radio du LFB.

au micro gîté de Carlo et Thibault
Mon escale se prolonge, alors à la demande des élèves, je reviens pour un nouvel échange et de nouvelles questions. Ces nouvelles questions portaient sur la navigation, la sécurité et sur le développement durable. Difficile de les lister, il y en a eu une soixantaine.
Cependant, en voici une : "Que se passe-t-il si tu as un problème grave à bord?" Question à laquelle j'ai répondu qu'avant tout, la meilleure façon d'éviter un problème était de l'anticiper, de prendre les précautions nécessaires pour que le problème n'arrive pas. Mais quand un problème arrive malgré tout, alors il faut garder son sang-froid, analyser la situation pour agir vite et bien, par ordre de priorité : mettre le bateau en sécurité, prévenir les secours etc.

Anticiper c'est une clef du développement durable et nous en parlons avec les élèves.
Cette semaine, je ne suis pas d'humeur très joyeuse parce que juste à côté de chez moi, en Bretagne, un cargo s'est échoué sur une plage. C'est nul. Ça suffit les bêtises. Il y avait une grosse tempête d'annoncée et pourtant le cargo a quitté le port. Lui, il n'a pas anticipé. Résultat, une immense pollution dans un petit coin de Bretagne qui n'a rien demandé à personne et qui se retrouve tout mazouté. Anticiper, c'est valable aussi pour les cargos: on ne part pas en mer quand une énorme tempête est annoncée, point.
 
17 déc: le cargo TK BREMEN s'échoue sur une plage, à Etel (56). photo: Plisson
Enfin voilà pour l'actu crève-coeur. Communiqué et photos à voir ici.

Si tout va bien, je quitte Barcelone aujourd'hui. Contente de partir. Je ne peux attendre plus longtemps ici, si je souhaite être à l'heure pour mon rendez-vous avec les alizés qui me permettront de traverser.

Les échanges avec les élèves et les professeurs ont été très intéressants. Merci beaucoup à Madame Emorine, proviseur du Lycée Français de Barcelone, à Valérie Cazaubon, Olga Tugues, Jean-Cédric Walkowiak, Jean-François Lecarpentier, Anne Reboul et tous les élèves, pour leur accueil. Je sais que TaraTari est suivi ici... merci!

Pour combien de temps je pars? je ne le sais pas vraiment, les conditions sont instables. Les nuits sont très longues et très froides. Avec 3°C max la nuit, même avec un bon bonnet, je suis assez vite gelée, et je me mettrai à l'abri dans un port si je suis trop fatiguée. Il semblerait par ailleurs que la fenêtre reste ouverte quelques jours:  "Le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB) estime que la durée de vie moyenne d’une fenêtre ne peut pas excéder 30 ans." - ça me laisse un peu de marge - C'est en tout cas ce que j'ai pu lire dans un article intéressant intitulé "Comment bien choisir ses fenêtres?"

Avant de partir, je voulais aussi partager avec vous la question que j'ai préférée, posée par une des élèves de 5è, à la fin de l'heure :
- "Et tu veux faire quoi quand tu seras grande ?"

j'ai adoré.
C'est chouette de partager. A part le mazout.

A bientôt,
Capucine