mercredi 7 mars 2012

Aguilas, mystère et boule de gomme

Aguilas. au port.

Du Cap de Palos au Cap de Gata, faire route directe était une idée qui me plaisait bien. Couper un peu pour réduire la distance et progresser plus vite vers le sud, c'était tentant. Mais tout ne se passe pas comme prévu, il fallait s'y attendre. Dans le vent fort depuis le passage du Cap de Palos, la nav' n'est pas facile voire éprouvante et vers 7h du matin, voyant que le vent ne faiblit pas, je décide de me rapprocher de la côte pour me mettre à l'abri. Cap sur Aguilas, petit port caché dans les falaises, situé pile dans l'Ouest de ma position.


Aguilas, c'est l'arrêt imprévu. Je me dirige désormais vers ce petit point sur la carte qui veut dire "Aigles".  Normal, après avoir dansé le rock dans les vagues, d'aller voir The Eagles.
Aguilas, Aigles, Eagles... Hotel California..
Bon d'accord, elle est un peu nulle ma remarque.
Mais je suis fatiguée. Je me suis pris une tempête dans la figure, là.
Circonstances atténuantes, nan?
En tout cas, penser à ça là, fatiguée et trempée, ça me fait sourire, c'est toujours ça.

Dans le vent fort, travers au vent, je suis super fière de TaraTari qui file direct vers la position du port. ou plutôt en direction de cette avancée de falaise qui protège la petite ville.
En approche, je contacte le port par VHF pour annoncer mon arrivée - à la voile. Mais le port me dit
- "non vous ne pouvez pas entrer, pas de place pour vous ici".
- "Ah bon. Mais vous êtes surs que vous voulez me refuser d'entrer? Il y a beaucoup de vent, là..." ('manquait plus que ça!)
- "Il y a une autre marina, un peu plus au sud, vous verrez, ce n'est pas loin"
- "Je ne la vois pas sur la carte, vous pouvez me donner sa position?"
- "Elle est nouvelle, c'est pour ça. La position? je ne l'ai pas, mais vous verrez le port!"
Ok. bah je vais me débrouiller alors. Merci.

Entrée du port trouvée.
Les jumelles, quelle belle invention.
TaraTari est ainsi amarré à la Marina Juan Montiel.

avec Tara Tari, nous venons tout là-bas-là-bas au loin, pas mal hein?
Juan Montiel n'était ni écrivain ni joueur de foot. Juste riche. Il s'est payé un port à son nom et la moitié de la ville. Après tout, pourquoi pas. Dans cette marina flambant neuve, la réaction des marineros est d'abord "oulala c'est quoi ce bateau?!?!" Après vérification des papiers et de mon passeport dans la capitainerie, je repars vite au bateau. Amarrer TaraTari, parfois, ça relève autant de l'exploit que de naviguer en pleine tempête. En Med', dans les ports ils utilisent un système de pendilles pour amarrer les bateaux. TaraTari n'est pas fait pour ça, et je n'aime pas ça du tout.

La pendille. Il y aurait de quoi écrire un livre entier sur ces fichues pendilles.
Ce système consiste à amarrer le bateau perpendiculairement au quai. La pendille est une amarre qui a pour but de retenir le bateau pour ne pas qu'il tape dans le quai, mais ce n'est pas si simple. Une extrémité de l'amarre est attachée au quai, l'autre, à une grosse chaine ou corps mort au fond de l'eau, à quelques mètres du quai. Il faut donc choper le gros cordage tout marron, plein de vase et de berniques qui coupent les doigts, qui prolonge la chaine et l'amarrer au bateau. Seulement voilà, les bateaux un peu plus normaux ont des taquets ou des étraves plus adaptées que TaraTari. Alors il faut que je fasse revenir le gros cordage tout vaseux et coupant jusqu'aux supports de dérives, points d'attache les plus costauds du bateau. et je dis bien auX dériveS. soit double manip', car si je n'utilise qu'une pendille, TaraTari ne sera pas perpendiculaire au quai et risquerait de foncer dans le ciment du quai.

Heureusement, le port est vide, on ne me dira rien si j'en utilise 2. Pas fastoche de nouer ces énormes cordages aux supports de dérives. En général, on les bloque dans des taquets. Et je n'en n'ai pas, de taquets. Et je suis fatiguée. Un tour mort et deux demi-clefs. ça tient. mais je n'ai plus de bras. Et j'ai les mains écorchées par ces grosses cordes toutes vaseuses. Et je ne sais pas trop comment descendre de là, maintenant. Soupir. Si je rencontre celui qui a inventé la pendille, rappelez moi de ne pas le remercier. Une fois à terre, j'assure l'amarrage au quai, grâce à un bout que je fais revenir des deux côtés de la cadène d'étai. Tout ça me prend facile vingt minutes mais TaraTari est nickel, là. Plus facile de garer une trotinnette, je suis sure. pfiou. c'est bon, je peux arrêter de râler. Fichue Méditerranée. 

La pendille: concept méditerranéen que je ne suis pas certaine d'AdOrer.
Un peu de repos.
Mais je suis gelée et trempée. Le repos sera pour plus tard. j'ai froid, tellement froid.
Une douche à la capitainerie, ça va me faire du bien.

Pieds nus sur le carrelage frigorifié, je tremble, grelotte.
Je m'avance pour appuyer sur le gros bouton de la douche.
C'est toujours l'angoisse: l'eau sera-t-elle chaude?
Un jet glacé tombe du pommeau suspendu.
AAAARGGGHHHH. C'est froid. :(
J'essaie d'éviter l'eau gelée sans toucher non plus le mur en carrelage encore plus froid. j'appuie une deuxième fois sur le bouton que je tourne vers le rouge. rien ne bouge. c'est gelé. :(
Une main pour vérifier.
Ne pas oublier de respirer.
Mes pieds nus sur le sol sont blancs, violets.
Et puis l'eau chaude arrive. 
On dit parfois de personnes peu futées qu'elles n'ont pas inventées l'eau chaude.
Là, sous ma douche tiède, savourant cette eau ruisselante sur mon visage, je pense à celui qui l'a inventé, l'eau chaude. Je me dis qu'un jour il faudra le remercier.
- "De l'eau chaude!" certainement tiède en vrai mais qu'importe cette sensation de chaleur est tellement bonne. j'en pleure presque de bonheur.
Je reste un long moment sous le filet tiède.
Des vêtements secs et chauds. que c'est bon.
je retourne au bateau et me repose enfin.

Aguilas. Je me promène.
Escale surprise. Découverte.


Il y a près de la falaise, un petit chantier naval. Enfin un atelier serait un terme plus adapté. Un grillage pas droit. 25 chats sauvages perchés sur de vieilles épaves et autres morceaux de tôle rouillée. Quelques tags bleus sur un mur en béton brut. L'endroit a le charme de l'authentique.

Et au milieu de ce désordre certainement organisé des chantiers, un "truc" attire mon regard.


Un truc sur tréteaux. On dirait un petit bateau, une petite coque en tout cas.
Il est tout petit et à une forme bien particulière.
Je m'approche tant que je peux.
Il a la forme de.. de... de TaraTari!!!!!!

mini TaraTari ??
Je cherche..  personne dans le coin.... je fais trois fois le tour de l'atelier, contourne le grillage pas droit, demande aux 25 chats sauvages perchés sur de vieilles épaves et autres morceaux de tôle rouillée. Non, personne, pas un chat pour me renseigner. Quelle est cette petite coque qui, a quelques détails près, ressemble comme trois gouttes d'eau salée à TaraTari? ça m'intrigue.

Le trésor d'Aguilas restera une énigme.
Mystère et boule de gomme.

De retour au village, la fatigue et le froid me font trembler.
La tempête, le froid et ce soleil qui ne réchauffe rien du tout. je me sens fatiguée et j'ai mal partout.
Je vais essayer de trouver un petit 'hostal' pour passer une nuit au chaud.
Il n'y a qu'un petit hôtel ouvert.


"Hotel Madrid".
Tiens, c'est marrant. ce n'est pas raccord.
j'aurais imaginé "Hotel California" plutôt.

A Aguilas.... Aigles... Eagles... Hotel California...
Nan? Toujours pas?
Bon allez, ok ma "boutade" pourrie et moi, on va se coucher.

En musique mais pas de panique ce n'est pas moi qui chante
Aguilas... such a lovely place...
mais en ce qui concerne l'inventeur de la pendille, l'inventeur de l'eau chaude, en ce qui concerne le pourquoi du comment de cette étrange petite maquette, ou encore la raison pour laquelle l'hotel d'Aguilas s'appelle Madrid et non pas California, le mystère reste entier. Et la boule de gomme aussi.
L'enquête est ouverte. et pour de vrai, je vais me coucher maintenant.

Capucine

mardi 6 mars 2012

Submarine Exercise Area

En mer. du Cap de Palos à Aguilas. Espagne.

TaraTari est sur la tranche. Les rafales claquent, couchent le bateau qui, vaillant, se redresse et encaisse.  Comme toujours dans le vent fort, les vagues surexcitées s'agitent sans souffler, elles. Hautes, courtes, inconfortables. Fichues vagues. ça déferle. je m'en prends plein dans la figure. pas trop le temps de se lamenter, il faut réduire la toile. J'avais déjà pris un ris dans la grand voile, mais pas le choix, je l'affale entièrement. je suis plutôt contente de moi, car la voile est plutôt proprement pliée et bien ficelée et puis ça réchauffe, il faut voir le bon côté des choses.

GV en rôti, à 3h du matin

Mais le vent s'enflamme sur cette mer agitée, et il faut que j'aille à l'avant pour prendre un ris dans le foc. A Alicante, j'avais changé la drisse du foc et laissé un peu de longueur histoire de pouvoir couper un peu en cas d'usure. Harnais d'escalade, longe de compét', me voilà au pied de mât. Pas de taquet pour retenir la drisse du foc hissée, mais une boucle et un bon noeud. Je défais le noeud tout en retenant la drisse, vraiment sous tension dans ce vent est très fort, pour ne pas que la voile ne tombe trop vite ni dans l'eau. Mais la longueur en rab' en pied de mât s'emmêle les pinceaux, bloque le coulissement. Je dégage vite fait tout ça avec ma main droite, car la main gauche retient la drisse. Et c'est d'ailleurs comme ça que j'ai découvert que mon bras gauche était peut-être un super héros. Retenir le foc hissé à la seule force du bras, ce n'était pas gagné. 'Bras gauche le fortiche' a vraiment assuré sur ce coup-là. Tout cela a duré deux ou trois minutes. Pas de problème. Et pour ne pas se retrouver complètement bloqué au moment d'affaler une voile, il y a une bonne astuce à savoir. En lançant la drisse à l'eau, elle file, défile et permet de ne pas faire de noeud dans les taquets au moment d'affaler. C'est une technique que l'on pratique souvent en Mini6.50, et ça évite de se retrouver dans des situations compliquées. Enfin voilà, en quelques minutes, TaraTari se retrouve Gv affalée et foc arrisé. Nous progressons au travers, puis en "fuite", au portant. Record absolu de distance parcouru en 1h établi entre 4h et 5h, au large de Cartagena.

Dans la nuit noire, Eole a fait nuit blanche.
Le vent est levé depuis des lustres,
et le soleil va se lever enfin. 
Le jour est là, découvre la mer, en pleine forme.

mer en pleine forme
Pendant des heures, Tara Tari file dans ces montagnes salées. La navigation n'est pas simple, plusieurs fois le bateau se couche mais toujours, il se redresse. L'eau est froide, transperce mon ciré et peut-être aussi un peu mes os. Il n'y a absolument rien de confortable. Les vagues sont si grosses qu'il faudrait en avoir peur. Mais c'est étrange parce que malgré l'humidité, le froid, la fatigue, le vent fort, les claques des vagues etc etc et bien au bout de quelques heures, c'est la sérénité qui l'emporte sur tous les autres états d'âme.

rosée du matin, tout va bien
Je sens que le bateau tient bon le rythme imposé par les éléments, et assise, là avec Tara Tari, je me sens vraiment bien. Ce vent, cette mer, et le bateau qui glisse. Tout semble être en harmonie. C'est enivrant. C'est beau, superbe même. Malmenée depuis le début de la nuit, c'est certainement le prix à payer pour assister à "cela". Les photos, les films ne rendront jamais compte de la réalité. Assister à un concert ou à un match, c'est toujours mieux pour ressentir l'ambiance, que regarder ça à la télé ou d'écouter les copains en parler. L'ambiance d'un stade, ça ne rend pas grand chose en récit. Alors désolée les amis, c'est égoïste, mais je m'en suis pris plein la figure pour être là. Ce concert-là restera privé.

Le vent fait un bruit assez assourdissant, les vagues qui déferlent aussi, et je ne sais pas si c'est la fatigue qui provoque cela, mais j'entends des voix. Certainement des sifflements du vent. Comme si une radio musicale était branchée. Comme des échos. La mer. Fascinante. Je ne comprends pas grand chose à ce qu'elle me dit, à ce qu'elle chante. J'écoute. Je me sens bien. Je me sens ivre. J'oublie tout.
C'est peut-être ça l'adrénaline. Un vertige de sensations fortes qui attire. Ce matin je suis en chute libre au dessus des séracs alpins,  je suis en pleine glisse d'un versant vierge et fraîchement enneigé, je bois de l'eau fraîche au milieu du Sahara, je viens d'atteindre le sommet de l'Aconcagua, je m'envole avec des oies sauvages vers de nouveaux horizons. Euphorie. être si minuscule dans la grandeur de la nature, quelle ivresse. drogue dure des moments intenses de partage avec la nature.

il s'en passe des choses dans la tête d'une capuche orange
Mais je ne pers pas les pédales pour autant. Toutes les trente minutes je descends faire un point dans mon cahier de bord et sur la carte. J'ai repéré un petit port, Aguilas, dans lequel je peux aller me mettre à l'abri. Il faut donc faire de l'Ouest, et pour cela je continue travers au vent, ce qui signifie aussi travers aux vagues. Les vagues et le vent me font dériver un peu, je repars donc à l'avant pour libérer le foc arrisé. TaraTari sera plus manoeuvrant. Et à l'intérieur, je matosse tout ce que je peux, c'est à dire que je mets les sacs et autres trucs qui pèsent un peu du côté qui se situe au vent. Dehors, je m'installe également au vent. Le bateau file à 5 noeuds, c'est super agréable, et le spectacle continue.

Tara Tari à la montagne

Enfin super agréable. ce n'est peut-être pas le mot.
je suis trempée.
Ah mais suis-je bête! A Vilanova, un petit monsieur m'avait fait un cadeau qui devrait faire l'affaire! je descends dans le bateau, farfouille et me marre en sortant de là, The perfect truc en cas "d'emergency". Au gros temps, gros moyens.


Mais naan, je plaisante. je vais pas mettre ça, ça pourrait servir de spi une prochaine fois.

Bon, je tente de filmer un peu. Et je refais un point.
Aaaahhh mais tu m'étonnes que TaraTari et moi sommes trempés! 


"Submarine Excercise Area"....!! j'aurais dû m'y attendre.
Tara Tari a voulu se la jouer sous marin. petit comique.
Bon, ça y est? fini de barboter dans l'eau, le bateau?
Nous arrivons à Aguilas. Le vent se calme un peu. La mer aussi. Tara Tari aussi. Et moi aussi.

Aguilas. Petit port tranquilou. Je m'annonce à la vfh.
Il est 11h, et Tara Tari est amarré à la marina Juan Montiel. Premier réflexe : inspection minutieuse du bateau... Aucune avarie! Bravo Tara Tari! Tu es le plus fort!

Les marineros sont super accueillants.

arrivée à la Marinera Juan Montiel - Aguilas
J'apprends qu'il y avait 40 noeuds dehors.
Mais un sous marin n'a pas peur du vent, hein TaraTari?!

Bienvenidos a Aguilas,
et maintenant: dodo!
Capucine

Pour regarder la vidéo, cliquer sur le VENT

dimanche 4 mars 2012

c'est biolumineux, tout ça.

En Mer.  d'Alicante au Cap de Palos.

Ils ont dû halluciner, les poissons. Et pourtant, ce n'est pas une hallucination. je n'ai pas collé de néons bleus sous la coque, mais le sillage de TaraTari est fluo! Et comme on file à belle allure, les poissons du coin ont dû nous prendre pour une soucoupe volante extraterrestre, ou plutôt pour saucière flottante extramarine. Il fait nuit et Tara Tari file bonne allure depuis Alicante. un vrai plaisir. La lune se lève vers 4h du matin, et les étoiles sont jolies alors comme d'hab, je lève le nez vers le ciel pour observer un peu les loupiottes de l'espace. Mais cette nuit le spectacle se passe surtout dans l'eau, sous la coque blanche de Tara Tari. Le phénomène est assez fabuleux. Il est 5h du matin et je vis un grand moment. Un moment de poésie bleu fluo. Entre l'aurore polaire et le salon du tuning.

sillage by night
Un ris dans la GV, et le nez vers le safran. Le vent monte mais pour le moment, il n'y a que cette étrange lumière qui me turlupine. Accrochée à l'arrière du bateau, j'observe le fabuleux phénomène.

Le sillage créé par les dérives et le safran devient une longue traîne scintillante. C'est absolument superbe. Parmi les organismes qui créent le plancton, certains peuvent briller dans le noir, on appelle ça, la "bioluminescence" (du grec bios vie, et du latin lumen lumière). Et visiblement ici, ces microscopiques petits trucs créent une lumière bleue verte. Une lumière dite 'froide' car elle ne produit pas beaucoup de chaleur. Et j'ai pensé à mes petites nièces qui auraient trouvé cela très joli, certes, qui auraient comparé le sillage de TaraTari à la traîne d'une robe de princesse, évidemment, mais qui auraient surtout demandé "Mais pourquoi ça brille ?". Une bonne question, auxquelles des scientifiques ont répondu. En gros ce n'est pas juste pour faire joli. Voici les principales théories. 1/ Pour se protéger des méchants : le zooplancton utilise la bioluminescence comme une défense contre les prédateurs. Si un poisson essaie de les attaquer, il sera dérouté par le flash de lumière qu’il va essayer d’attraper. Le zooplancton aura ainsi le temps de s’échapper. Le plancton se sert de la bioluminescence comme le calamar se sert de l'encre. 2 / Pour attirer (voire même, pour draguer) : les microorganismes composant le plancton utilisent la bioluminescence pour être mieux vus des poissons; le poisson, attiré par ses lumières arrive et les avale. Ce qui arrange le plancton se reproduit plus vite dans l'abdomen du poisson que dans l'eau alentour (présence de bactéries, température plus élevée, etc) - quel romantisme. Et puis c'est aussi une technique de drague. Malins séducteurs, certains petits organismes du plancton font les beaux en envoyant de la lumière à l'âme soeur au moment de la reproduction... et ce serait scientifiquement prouvé. En gros le plancton sous ses airs de petit machin microscopique, en fait, est super intelligent et super romantique.




Le plancton bioluminescent se trouve dans des eaux propres, donc souvent près de réserves naturelles, ce qui est notre cas, cette nuit, avec Tara Tari.

Après le "Dis Pourquoi?", place au "Le Saviez-vous?"

Comme nous parlons plancton, propreté, et puisque nous sommes partis d'Alicante, il me semble intéressant de préciser que c'est ici, près d'une cimenterie, à Alicante, qu'a été ouverte, il y a tout juste un an, la première usine au monde de biocarburant à base d'algues. C'est Bio Fuel Systems qui s'est lancé dans ce pari fou de remplacer le pétrole par des algues. Et ça marche, avec du CO2, du phytoplancton et un bon ensoleillement. Le procédé pensé par un ingénieur français, Bernard Stroïazzo-Mougin, expatrié à Alicante est simple: il s'agit de capter le CO2 émis par les industries polluantes et d'en nourrir des micro-algues placées dans des tubes verticaux exposés à la lumière pour favoriser la photosynthèse. Le nombre de ces micro-algues, sélectionnées avec l'aide des universités de Valence et d'Alicante pour leurs caractéristiques, double en vingt-quatre heures. Chaque jour, la moitié des tubes est prélevée et centrifugée et une partie de ce liquide très concentré est extrait et filtré, permettant l'obtention d'une biomasse, qui produira le biopétrole.

pétrole dit 'bleu'. plutôt vert pour être 'bleu'.

Pour une fois que l'on peut féliciter les algues pour quelque chose de plutôt bien, qui ne soit ni une thalasso thérapie ni une soupe. En bateau, on déteste retrouver les algues bloquées dans le safran, ça ralentit. Mais là, il semblerait que le plancton fasse avancer les choses. C'est chouette. Ah, et si les ingénieurs veulent des algues, je me permets de leur dire qu'en Bretagne, on a tout plein d'algues vertes dont on ne sait pas trop trop quoi faire.

Enfin voilà pour l'ambiance biolumineuse de ces nuits en mer après Alicante. Je ne suis pas super fan des méduses, mais je dois avouer, que dans ce sillage fluorescent, les centaines de petites méduses biolumineuses étaient vraiment super jolies.

Oups. Fin de la contemplation. Le vent monte sérieusement.
il va falloir que j'arrête de me la jouer 'ce n'est pas sorcier' et que j'aille réduire encore la toile.
Capucine

mardi 21 février 2012

le vent

en mer. février 2012.

En attendant le récit de la navigation au départ d'Alicante, voici quelques images et quelques embruns de Tara Tari dans le vent. C'était en mer, au sud du Cabo de Palos. Après une nuit et une matinée dans le vent fort, nous avons trouvé abri dans le petit port d'Aguilas. Il y avait 40 noeuds de vent selon les organisateurs, enfin je veux dire selon les personnes du port. Aucune avarie, Tara Tari a tenu bon et moi aussi. Mais j'étais contente de me reposer et de sécher un peu...
C'était magnifique à vivre.
La mer est belle, dure mais belle.
Capucine

voir la video

Life at the other Extreme

Alicante. 2 février 2012. Escale.

Non, vraiment. Vraiment pas fastoche de trouver prise électrique ET wi-fi au même endroit. A la marina d'Alicante c'est plutôt grand luxe, car en plus de la prise ET de la connexion, il y a : un canap' ET du chauffage. La grande classe. Ça fait 4 choses top confort et pourtant il y a un hic*. (*hic: de la locution latine "hic est quaestio". nom commun masculin. principale difficulté d'une affaire.) Un hic assez redoutable, un hic en cuir, un hic tout jaune et qui a la forme d'un canapé. A chaque fois que je me suis assise dans ce hic, enfin je veux dire dans ce canapé en cuir jaune et mou, il m'a semblé qu'une force surnaturelle cherchait à m'avaler toute crue dans ses coussins. Le canap' de la marina, le voilà, le hic. C'est un piège. Un piège auquel le chauffage n'arrange rien. Mais vraiment rien. Je dirais même qu'il est complice. Le canapé et son complice m'ont fait écrire des choses complètement incohérentes. Un petit moment de faiblesse, et hop, sans rien comprendre à ce qu'il s'est passé, j'ai découvert quelques instants plus tard trois lignes de "kperjaepkjrpakjekajpejadnnnnbbvcccccckjsdnoaherkajndoaennnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn" au milieu de mes explications de fabrication du loch. Complètement incohérent. J'ai relu quatre fois. Mais non, je crois que cela ne veut rien dire du tout. Ce confort jaune et mou, mi canap' mi glouton, ce caracajou snobinard et ses 25°C m'ont valu de m'endormir deux fois en pleine écriture. Scandaleux. Par souci d'efficacité et de peur que les choses surnaturelles ne deviennent plus inquiétantes, il m'a fallu changer de 'bureau'. Grâce aux circonstances et aux rencontres, j'ai changé de bureau. Et c'est ainsi que je me suis ainsi retrouvée sous 18kg de parmesan (j'aurais préféré la mimolette mais bon).


Le 'QG' de la Volvo Ocean Race est à Alicante. Et c'est là, dans la cafèt' de la plus grande course des plus gros voiliers du moment que l'aventure de Tara Tari s'est installée quelques jours. Après mon passage sur le plan d'eau de la Coupe de l'America, je me retrouve au coeur de l'organisation de La Volvo Ocean Race. La volvo, course si extrême, si lointaine à mon aventure. Et pourtant l'accueil est aussi grand que ces impressionnants bateaux. J'avais découvert le monde de la VOR il y a quelques années, en 2009 j'avais été invitée à Singapour pour l'escale locale de ces géants autour du monde.


Ces monstres m'impressionnent. Ou plutôt ce qu'endure les marins à bord. En quelques photos, en quelques images on comprend le choix de "Life at the extreme" comme slogan de la course. D'un extrême à l'autre, Tara Tari au coeur de la Volvo Ocean Race. Et malgré cet immense décalage, la grande famille VOR m'a ouvert grand les bras (et la machine à café et la connexion wi-fi) à Alicante.


Tara Tari est le voilier le plus opposé à un VOR. Les seuls points communs seraient : voiliers monocoques; ont été à Alicante; ont prévu d'aller à Miami au mois de mai. Pas grand chose d'autres. Ah si, Knut Frostad en a trouvé une autre! Car Knut, directeur général de la course a pris le temps de parler un peu avec moi. Il m'a expliqué que les gars avaient tous un sextant à bord des VOR70. Knut a été très réceptif à la philosophie de mon aventure. Tout comme Gonzalo Infante, responsable de la salle de contrôle et météorologue de la course, qui m'a fait un super briefing météo. - thanks again Gonzalo!

Gonzalo Infante, météorologue de la Volvo Ocean Race
La salle de contrôle de la Volvo est assez impressionnante. Une pièce dans laquelle on entre avec un badge spécial et qui ressemble à une cellule de crise d'une série américaine depuis laquelle on gèrerait une attaque terroriste. Dans cette pièce assez sombre, il y a des images de la course en haut des murs qui défilent sur plusieurs écrans. Au coeur de la pièce, un cercle d'écrans d'ordinateurs: sur quelques uns s'affichent des mails, sur d'autres, des cartes et la progression des bateaux. Et alors qu'il surveille ce qu'il se passe en mer de Chine, Gonzalo ouvre un petit ordi, affiche la zone d'Alicante à Gibraltar. C'est excellent et surréaliste : les VOR70 et la mer de Chine, et à 2cm de ces écrans-là, Tara Tari et la mer Méditerranée. Gonzalo me dit que les Volvo et moi prenons le même chemin, il m'indique quelques petits trucs à savoir sur les courants et les vents. Des petits trucs qu'il a expliqué aux équipages avant leur départ d'Alicante. TaraTari et les VOR, même combat pour la sortie de la Med! à quelques détails près, car si les monstres allaient chercher le vent et la pression, moi je cherche à l'éviter un peu. Le cours dure presque deux heures. Gonzalo m'aide vraiment sur ce coup-là.

Retour dans mon bureau-cafèt'. Toujours sous 18kg de parmesan et avec un bon café au lait, je discute avec Sidney sur skype. La Volvo, il connaît bien. Et ici, il y a son copain Rick Deppe qui était media man sur Puma et qui est à la direction de la com' dans l'orga maintenant. Bref, grande famille cette volvo et ces voileux en général. Ce n'est pas nouveau mais c'est toujours sympa, ces connexions. A bord de Puma, lors de la dernière édition, Sidney Gavignet avait accepté de devenir le parrain de mon projet de mini 6.50 (projet perturbé par mes problèmes de santé). Sidney, qui prépare la mise à l'eau de son MOD70 Oman Sail, m'aide, me met en contact avec des amis à lui qui sont à Gibraltar et au Maroc. j'ai été très touchée en voyant que Sidney évoquait mon aventure sur son site (sidneygavignet.com). Tout s'organise petit à petit et grâce à l'aide de tous. - Encore merci, Sidney!

Sidney Gavignet - Oman Sail

Alors voilà, à Alicante, malgré le froid, la pluie, la neige à quelques kilomètres et tout ça, j'ai trouvé un accueil bien chaleureux. Agathe Armand, rédactrice française pour le site de la course m'a même prêté son canap' (un gentil canap' cette fois, le genre de canap' qui n'est pas en cuir jaune) pour passer les nuits glaciales au chaud. Agathe a été super et c'est amusant de se dire que des amitiés peuvent démarrer ainsi, un peu au hasard des circonstances dans une ville d'Espagne, car nous ne nous connaissions pas avant. Cette journaliste a fait un joli texte sur l'escale de Tara Tari a Alicante : à lire ici. J'ai pu voir le déroulement de ses journées de suivi course assez instenses et j'ai même pu écouter en "live" sa conversation pro avec Yann Riou, à bord de Groupama! C'était super sympa d'entendre Yann, en approche de la Chine. tout ça et plus encore c'était top! Encore merci, Agathe !

En quelques jours, je me suis donc familiarisée avec l'équipe de l'organisation de la course, dans des discussions qui mélangeaient l'anglais et l'espagnol. Juste avant mon départ, j'ai reçu un joli cadeau.
2,5 kg de poulet lyophilisé pour ma traversée, de la part du bateau Telefonica! Wouaou! Ces boîtes confiées à l'orga pour le musée volvo changent de bateau et embarquent pour une nouvelle aventure. J'avais rencontré Iker Martinez, le skipper de Telefonica, sa femme et ses amis, il y a un peu plus d'un an, nous étions à la même table, dans la crêperie de Marie, à Portlaforêt. Du coup en regardant les boîtes de poulet, j'ai une minute de nostalgie en pensant aux crêpes au chocolat de Marie, mes préférées. Normal de penser à une crêpe au chocolat en regardant du poulet séché.

 Je passe du temps à bichonner Tara Tari. Faire sécher les cartes et mes affaires sur le ponton, et bricoler...  toujours quelques choses à faire.


A Lorient, Remi m'avait présenté Cécile qui, à La Ciotat, m'a fait connaître Gérald qui, de Bruxelles,  m'a mis en contact avec Pierre, à Alicante. Pierre a demandé mon numéro à Rick Deppe, l'ami de Sidney et du coup j'ai rencontré Pierre et sa femme, Iris. Pierre et Iris ont été géniaux avec moi. C'est aussi grâce à eux, à Teresa et Helena que je suis intervenue à l'OHMI, (antenne espagnole de la commission européenne, située à Alicante). Tout ça pour dire que c'est comme ça que je suis passée dans la même journée de "bricoleuse", là (-dans l'eau et la rouille) :


à "conférencière", là (- dans les prestigieux locaux de OHMI) :


Il faut savoir s'adapter à tout. C'était grandiose ce moment de partage. Presque 3h à parler de l'aventure, à répondre aux questions des uns et des autres... Parler des doutes, des moments heureux... c'était super chouette et émouvant aussi, car nous avons évoqué mes problèmes de santé et tout ce que l'aventure représentait pour moi. En plus de la conférence, un relais de l'aventure a été mis en ligne sur l'intranet de l'OHMI. - encore Merci! Iris, Teresa et Helena!


Et en fin d'après midi, je retournais sous les 18kg de Parmesan pour répondre via Skype à l'interview de Thibault et Carlo, élèves du Lycée Français de Barcelone, pour un point sur l'aventure dans leur émission radio "Café des Sport". - encore Merci Thibault et Carlo!


Et puis je suis retournée au bateau, ranger les boîtes de poulet lyophilisé.
Ah. Mais que vois-je ?
Sur les boîtes, une date de péremption.
"A consommer avant fin 2034 ".
mouai.
Je sais que je n'avance pas vite, mais tout de même.
Remarque, ça me laisse 22 ans pour arriver aux Antilles avec du poulet encore bon.

Capucine

dimanche 12 février 2012

Puisque l'on ne peut planter la mer...

Alicante. 27 janvier 2012.

Il aura fallu environ une nuit et quatorze milles virements de bords pour passer de la baie de Campello à l'entrée du port d'Alicante. Quelques cargos, du près et du froid... l'arrivée à Alicante a semblé interminable.


5 jours et 6 nuits en mer. Après la tranquillité, la vue des immeubles est presque agressive. Quel décalage. On se déshabitue tellement vite à la vie trop rapide de la ville. Aucune arrivée de port ne se ressemble, et celle-ci est pleine de surprises. D'abord il y a ce truc, que je voyais de loin qui n'est pas un ferry; je pense que je me suis demandée au moins vingt fois "mais qu'est ce que c'est que ce truc?!" en regardant dans les jumelles ce gros machin lumineux, avant de comprendre qu'il s'agissait d'un château, juste au dessus d'Alicante. Il y a aussi eu ce cargo qui, visiblement n'arrivait pas à se 'garer' dans l'aire de mouillage et qui a tourné en rond, marche avant, marche arrière, pendant de longues heures sans que j'arrive à comprendre le but de sa manoeuvre. Rien de grave, me direz-vous, tant qu'il ne termine pas échoué sur une plage bretonne. Enfin voilà, une nuit de virements de bords plus tard, TaraTari entre enfin dans le port et toujours la voile. Il fait un froid glacial. Sur le quai qu'il faut longer pour atteindre la marina, il y a un enregistrement de cris de goélands qui résonne, un TP52 et surtout un VOR70, à quelques mètres seulement de là où je peux amarrer Tara Tari.


Il est 7h, il fait nuit et je m'endors, gelée dans le bateau. Et en me réveillant quelques heures plus tard, il me faut quelques minutes pour comprendre où je suis.

- sauf que les VOR70 ont remplacé les caravelas -
Un vrai château de dessin animé qui - pour résumer - a été construit par des gens il y a très très longtemps, puis pris par des méchants, repris ensuite par les gentils, repris peu après par d'autres méchants, avant de se faire en partie démolir par d'autres gentils pour faire partir les méchants qui sont finalement partis et qui ont donc permis aux premiers gentils de récupérer le château un peu démoli. A la fin de l'histoire, le château porte le nom un peu ringard de Santa Barbara, est éclairé par des lumières vertes et jaunes la nuit, et se retrouve dessiné sur les plaques d'égouts de la ville. - pour résumer.


En même temps, je comprends tous ces crêpages de chignons pour récupérer le château. La vue est sympa de là-haut.

Enfin, comme souvent, tout dépend du point de vue que l'on choisit.
Car de là-haut, la vue, ça peut aussi être ça :


Aussi, là haut, après avoir dit "oh, cette vue, que c'est joli" on peut s'amuser à faire la présentatrice météo pour tenter de montrer où se trouve TaraTari dans le port.


Et voilà, pour résumer la visite du truc à visiter quand on est à Alicante.
ok, je reconnais, je ne suis pas très inspirée.

L'inspiration est ailleurs.
Dans un citron.
Ou plutôt dans un citronnier.

je ne suis pas une bonne touriste. je n'ai jamais vraiment aimer la foule et puis je ne peux pas passer des heures à piétiner dans ces endroits vus et revus. A la visite d'Alicante, je préfère l'escapade dans les montagnes qui entourent cette ville qui fourmille. 

Yannick, un ami venu me voir pendant ses vacances, à trouver un petit moyen de locomotion et nous sommes donc partis en exploration des montagnes qui se trouvent un peu plus loin de la ville. La brume, le froid et les odeurs des montagnes me transportent loin de la mer, le temps d'une journée. C'est la première fois que je passe autant d'heures loin de Tara Tari et cela me fait un peu bizarre. Yannick pense que m'éloigner un peu du port et des passants qui m'interrogent sans cesse me fera du bien.

Quelque part au milieu de ces montagnes, au milieu de ce nul part qui sent bon les arbres et la sève, je m'émerveille devant l'organisation des cultures des différents versants. Une organisation par paliers qui semble inspirée de l'intelligente méthode des Incas du Machu Picchu. Ici, ce n'est pas le Pérou, puisque nous sommes à quelques kilomètres d'Alicante, mais c'est assez impressionnant. Quelques rares âmes qui vivent rassemblées dans de rares villages d'altitude et un nombre infini d'arbres fruitiers. Orangers, clémentiniers, cerisiers et aussi citronniers vivent en bons voisins. Quel endroit. Une planète à part. Celle des agrumes. Paradis de fruits et de vitamines dans ces cailloux et dans ces roches peu accueillantes. Ici, même les moutons se nourrissent d'oranges et de clémentines.



Je passerais des heures, béate au milieu de ces arbres fruitiers qui me fascinent autant qu'un passionné d'art s'extasie devant un tableau de Van Gogh. Question d'impressions, d'impressionnisme. Et de vitamines aussi. Tous ces petits fruits oranges et jaunes colorent la vie dans ces roches fades et tristes.

Et au milieu de beaucoup d'autres citronnier, il y a eu ce citronnier.
Aussi incomprise que le passionné qui, dans le musée, s'émerveille devant une toile que personne d'autre que lui ne semble remarquer, je reste en silence devant ce citronnier. Il n'avait rien de plus que les autres, ce citronnier. Rien de moins non plus. C'était un citronnier parmi tant d'autres et pourtant il avait quelque chose de particulier. Yannick est allé voir d'autres arbres et je ne le vois plus. Seule à côté de ce citronnier, je m'émerveille en secret. les yeux levés vers l'arbre fruitier.


Des citrons aussi beaux que des étoiles.
Qui peut comprendre, la beauté des arbres.
Les arbres, de vrais artistes. 

C'est une chose qui manque à la mer, ça, les arbres fruitiers.
La mer et les arbres fruitiers partagent pourtant la même simplicité, la même vie plus ou moins rude selon les saisons. Les inventeurs devaient être de bons copains. L'un a fait la mer qui offre des poissons et l'autre a fait un arbre qui offre des citrons. C'est assez compatible, finalement, d'aimer la mer et les arbres fruitiers, d'aimer le poisson et le citron.

Il est difficile de planter la mer pour obtenir des poissons, mais il est relativement facile de planter un arbre pour avoir un citron. Et même plusieurs citrons. C'est une bonne chose de planter un arbre. On ne le fait pas assez souvent dans la vie et pourtant, ce n'est pas très compliqué.


Les citronniers aiment le soleil et craignent le vent. L'arbre, robuste, peut vivre 80 ans en donnant de bons fruits toute l'année, sur un sol bien drainé. Et de jolies petites fleurs aussi. Même s'il fait moins 5°C, le citronnier travaille. S'il pleut trop, le risque, c'est d'obtenir une limonade. Pas très grave.

Quand je serai grande, - parce qu'une petite fille m'a posé la question à Barcelone - je ne sais toujours pas ce que je ferai ni où je serai, mais j'espère pouvoir planter des arbres fruitiers dans une terre encore un peu épargnée. Entendre l'arbre pousser, et trouver ça joli. L'idée me plaît. Et puis, ma chère maman trouvera ce projet certainement plus calme et reposant à suivre.

La nuit va tomber. Quelques mots au citronnier après ce partage jaune et vert.
Il est temps de retourner à bord de Tara Tari et de changer la drisse du foc, qui semble un peu fatiguée. Qu'il soit voilier ou arbre fruitier, l'important est de bien en prendre soin.
Capucine

samedi 4 février 2012

atelier bidouille : le loch

Alicante. 26 janvier 2012.

A bord de TaraTari, on avance à fond les ballons et pourtant on compte la vitesse en noeuds, pas en ballons. En fait, on compte en noeuds à bord de tous les bateaux parce qu'avant il n'y avait pas d'instrument électronique qui affichait la vitesse, comme ça tout seul sans rien demander à personne.

Du coup, on utilisait un loch (il faut prononcer lok) pour obtenir la vitesse de déplacement du bateau sur l'eau, en surface. "Loch" vient du néerlandais log qui signifie bûche ou morceau de bois. Les premiers lochs étaient de petits flotteurs en forme de triangle de bois appelé bateau. Celui-ci était lesté pour s'enfoncer perpendiculairement au sens d'avancement du navire et relié à une ligne dont les graduations étaient constituées par des noeuds espacés de 14,40m si le bateau était anglais et 18,52m pour les autres. Le flotteur était lancé à la mer par l'arrière et on laissait filer la ligne. Les marins déclenchaient un sablier en observant le défilement des noeuds: le temps de défilement donnait alors la vitesse. Et connaître la vitesse, c'est très important pour pouvoir naviguer à l'estime.

Alors aujourd'hui, je me suis amusée à fabriquer mon propre loch pour calculer la vitesse de TaraTari! C'est facile à faire et ça occupe dans le petit temps :)

Cette méthode est valable quand il n'y a pas trop de courant (de fond ou de marées) et il faut simplement savoir que 1 noeud = 1 mille nautique par heure, ce qui correspond à 1852 mètres en 3600 secondes. Petite démo en vidéo :




Étapes de fabrication d'un loch :

Matériel :
*  un bout d'environ 25 mètres
*  une main
*  une bouteille en plastique sans étiquette
*  un petit bout d'environ 25 cm



1 - Attacher la bouteille au bout du bout
Pour que la bouteille tienne bien, un noeud de cabestan + un petit noeud de buttée suffisent. Noeud de cabestan:

+ petit noeud de butée et voilà le résultat :

3 -  Le premier noeud :
Il faut laisser quelques mètres entre la bouteille et le premier noeud que l'on fait sur le bout. Je laisse 4 mètres, et je fait un premier noeud 'tout bête'.

 4 - le 2ème noeud.
Il doit se trouver à 18,52 mètres du premier noeud. (parce que je n'ai pas de bout qui mesure près de 2km..). Pour compter les mètres de bout, j'utilise ma main car je sais qu'elle fait 20cm.

très pratique de savoir combien mesure sa main

20cm + 20cm + 20cm + 20cm + 20cm
Quand on a compté 1 mètre de bout grâce à sa main, il suffit de replier le mètre le long du bout et répéter la manip 18 fois. On obtient 18 mètres.


Ensuite, je me sers de ma main et d'un bout plus petit pour trouver les 52cm manquants. Je fais un noeud sur le petit bout et une petite marque 20cm plus loin, je le replie et trouve donc 10cm, je le replie encore et trouve 5cm et encore et j'ai 2,5cm... j'estime que le pli fait 0,5cm et je fais une marque là où je pense avoir 2cm. je vérifie avec la règle Jean Cras (indispensable à bord!) et - héhé - ma marque est bien située à 2cm.


Maintenant que j'ai trouvé les 18,52cm, je fais le 2ème noeud 'tout bête'.


5 - Remplir la bouteille
Pour assurer la flottabilité de la bouteille, il faut la remplir mais laisser un peu d'air quand même dedans. L'eau de mer fait l'affaire.


6 - Prendre la pose.
Tout est prêt pour la démo. Il faut enlever bonnet et ciré (car maintenant le soleil réchauffe) et prendre la pose : sourire de couverture de magazine télé, pour le côté glamour de la fabrication du loch.

7 - Tournage
Profitez de la venue d'un ami breton en vacances - ici Yannick Le Clech - pour filmer la démo en une seule prise.

8 - Féliciter très fort Tara Tari, qui a tenu le premier rôle dans cette histoire.

Et voilà!
L'atelier bidouille du jour est terminé avec, comme récompense, un loch qui ne tombera pas en panne :)

Capucine