dimanche 18 mars 2012

Because I am a Girl

Journée des filles, je ne sais plus quel jour.

Avec les filles du milieu de la course au large, nous formons une belle équipe, connue sous le nom de "Aux filles de l'eau", et participons à différentes épreuves sportives en portant les couleurs d'associations qui ont besoin de soutien et de visibilité. Le plus souvent, nous naviguons pour le programme "Because I Am a Girl" de l'ONG Plan. Ce programme vise à défendre et faire respecter les droits des petites filles du monde. Car dans beaucoup d'endroits où la vie est dure, les petites filles sont encore moins bien loties que les petits garçons. L'action de l'association Plan est belle et mérite d'être soutenue, par le biais de dons ou de parrainages.

en espérant que ce soit en mieux... ;-)
Début Mars, les filles de l'eau participaient à la Women Cup, une régate féminine en J80 pour soutenir le programme "Because I am a Girl". L'année dernière, malgré mon hospitalisation et le fauteuil, j'étais allée à Pornichet, pour encourager les copines. C'était ma première sortie, parce que je trouvais que c'était important de se mobiliser ainsi, entre filles, pour des petites filles, et aussi parce que cela me changeait les idées à un moment assez compliqué à vivre pour moi. J'avais pu venir grâce à Sam Davies qui a su trouver les mots, grâce à Ronan Deshayes, qui a fait taxi de Kerpape à Pornichet, et grâce à Sandrine Bertho qui a pris soin de moi tout le week-end et m'a redéposée à Kerpape. Ce week end de mars 2011, je ne suis pas prête de l'oublier. Enfin voilà, tout cela, c'était il y a un an et jamais je n'aurais cru être en état de vivre mon aventure un an plus tard. Mais j'y suis parvenue, et du fin fond de l'Andalousie, bien loin de Pornichet, j'ai passé mon week end au couleur de Because I am a Girl, comme pour soutenir à distance les copines qui formaient deux équipages à Pornichet, et aussi parce qu'à bord de Tara Tari, petit voilier de pêche du Bangladesh, je suis contente de porter les couleurs du programme "Because I am a Girl".

à bord de Tara Tari, mars 2012
Pour soutenir l'action de Plan, vous pouvez aller sur le site www.droitsdesfilles.fr et acheter ce t-shirt rose ou autres petits objets, vous pouvez aussi faire un don à l'association, ou encore mieux, parrainer une petite fille. La démarche est simple et chouette.


J'ai passé beaucoup de temps au Burkina Faso, construit une école là-bas et je sais que l'accès à l'école est toujours plus compliqué pour les petites filles. Bien que des efforts soient sans cesse fait pour donner des chances d'avenir aux petites filles, les petits garçons sont souvent prioritaires pour l'éducation et les loisirs. Voici une photo que j'avais faite dans ma petite école de brousse au Burkina Faso (rien à voir avec Plan) mais, j'ai re-regardé une photo histoire de voir si cette réalité était vraie dans cet endroit que je porte dans mon coeur. Il s'agit de la petite ardoise de présence de la classe de CE1, une journée de juin 2005. C'est plutôt pas mal. Mais dans beaucoup d'endroits, ce n'est pas ça.



Alors voili, ce petit mot pour encourager tout le monde à soutenir le programme "Because I am a Girl" et aussi pour dire aux copines que je suis à fond avec vous, notamment dans votre prochain défi : "Glisse en coeur".

24h de ski non-stop et de collecte de dons au profit d'une autre bonne cause... Toutes les infos sur la page facebook des Filles de l'eau ici

Allez les filles! On farte les skis et go!
je suis loin, mais de tout coeur avec vous,

Capucine

Que sont-ils devenus ?

Garrucha. le 17 mars 2012.

Cela fait 4 mois que nous sommes partis de La Ciotat. 4 mois de vie avec TaraTari, ce n'est pas rien. Notre petit couple se porte bien. Et je profite d'un vent de secteur Sud Est très enquiquinant pour vous donner quelques nouvelles des uns et des autres, à bord ou ailleurs.

-  Djian Dong, le petit moteur.
Djian Dong dit la Murène
Toujours planqué sous le plancher.
Toujours en hivernage.
Rien n'a changé, si ce n'est peut-être sa bouille, encore plus pleine de rouille.
Depuis La Ciotat, Djian Dong, le petit moteur chinois, n'aura jamais voulu m'aider à avancer.
Le bon côté: il m'aura fait faire des économies (pas de frais d'essence) et puis, c'est mieux pour la planète.
Message privé pou Djian Dong: "Ma petite murène préférée, si tu lis ces quelques lignes, sache que tu nous manques et que nous aurions bien besoin de toi, avec Tara Tari. Tu as ta place à bord, tu le sais. Je t'en prie, Djian Dong, viens nous aider!"
relire l'épisode " Le jour où Djian Dong m'a dit 是 "

- Roméo, le pavillon de courtoisie.

L'opération s'était bien passée, dans le Golfe du Lion. Quelques points de suture plus tard, et le pavillon Roméo s'était transformé en pavillon de courtoisie espagnol. Malheureusement, au fil des coups de vent, le pavillon espagnol hissé sur le hauban tribord a eu du mal à survivre. Une tempête dans le port de Valence a tout décousu, et Roméo était revenu à son état originel. Je me suis donc remise à la couture. Malgré ce petit air décousu - recousu, TaraTari reste courtois avec l'Espagne.
relire l'épisode " Marseille - Barcelone; Caresser le Lion "

- Coco, je parle de la noix.
Lorient, le 16 octobre 2011
C'était le 16 octobre 2011, devant la Cité de la Voile Eric Tabarly, à Lorient. Avec Coco, nous avions baptisé TaraTari avec une noix de coco, et jeté tous les deux une moitié à la mer. Une moitié aurait été vue par un cargo à 127 milles au sud des Açores. D'après le rapport de mer, il semblerait que la petite coque profite agréablement des alizés pour rejoindre les Antilles. L'option départ de Bretagne s'avère donc être plus efficace et rapide qu'un départ de Méditerranée (je retiens pour la prochaine fois). Quant à l'autre moitié, elle serait restée en Bretagne. D'après le témoignage du voisinage, elle aurait été recueillie par un petit garçon sur une plage du golfe du Morbihan et passerait désormais ses jours à jouer les bateaux de pirates dans une baignoire. Après 4 mois de mise à l'épreuve dans la baignoire, il semblerait que la petite coque, en fibre de coco, naturelle donc, soit plus résistante que les bateaux en plastique amarrés dans la même salle de bain. De bonne augure pour l'aventure, ces coques de noix de coco du baptême!
relire l'épisode "Baptême à la noix de coco"

- Béquilles, les barres de flèche.

Ma petite touche revancharde. A la mise à l'eau de Tara Tari, à Lorient, mes béquilles de flèche avaient créé l'événement. ça faisait sourire. Une moitié de sourire très amicale pour le symbole que cela représente pour moi, et une autre partie de sourire relativement teintée de scepticisme. Le genre de sourire qui dit "Elle exagère quand même. La récup' ok, mais là, les béquilles c'est too much". Et bien, Amis sceptiques, après 4 mois de navigation dans un hiver assez rude en Méditerranée, les béquilles de flèche vont super bien! Elles ont tenu malgré les coups de vent violent :). Et ouai.
Partout où je passe, mes béquilles continuent à susciter des "Ooohh!" indignés et des "Olala, chéri, tu as vu les barres de flèche, ce sont des béquilles, elle est vraiment folle cette petite Française!".
Mes béquilles m'ont aidé à marcher, et m'aident désormais, bien qu'un peu perchées, à naviguer. bien qu'un peu perchée ;-) 
relire l'épisode "Qui voit Groix, voit sa joie"

- Greenwich, le méridien

Toujours fidèle au poste. Il n'a pas bougé, sépare, enfin, lie toujours l'Est et l'Ouest.
Selon une source proche du méridien, il rêverait en secret de voyager et, pourquoi pas, de changer de secteur : son ambition, faire le lien un jour entre le Sud et le Nord.
Avec Tara Tari, toujours un peu à l'Ouest, nous lui souhaitons d'aller au bout de son rêve.
relire l'épisode "Un peu à l'Ouest"

- Héraclitus, la jonque.
Heraclitus à Marseille, novembre 2011

C'était une des belles rencontres faites à Marseille. Héraclitus, navire de recherche américain, jonque en ferro-ciment. Je suis toujours en contact avec Christine, la chef d'expédition, Allemande. Heraclitus est en ce moment à Sète. Oui, oui, à Sète... tout près de Marseille. :)
Enfin un bateau qui ne va pas beaucoup plus vite que nous!
suivez ce bateau atypique!
relire l'épisode Heraclitus

- Rhum et Horn, mes jambes.
tout va bien !
2010, je suis dans le bloc opératoire. le docteur Gihr va me 'refaire' ma jambe droite juste avant que je tombe dans le sommeil de anesthésie générale, il me regarde et me dit "on va faire ça bien, et tu verras, un jour cette jambe-là fera la Route du Rhum". En 2011, bis repetita; je suis dans le bloc opératoire pour ma jambe gauche. Sur le point de m'endormir, le docteur Gihr me dit "on va faire ça bien, et tu verras, un jour cette jambe-là passera le cap Horn". Et voilà, en 2012, mes deux jambes n'ont encore fait ni Rhum ni Cap Horn, mais elles ont navigué tout l'hiver en mer Méditerranée. Merci beaucoup docteur Gihr pour ces opérations salvatrices.
Aujourd'hui, mes jambes vont bien. Je souffre, c'est certain, mais je navigue, alors je suis heureuse. Lorsque j'arrive d'une nav', j'éprouve toujours le besoin de me "déplier" un peu, je dois passer 24h allongée et soulage la douleur avec la morphine. Mais je ne prends aucun médicament en mer, afin de rester lucide et de pouvoir bien jauger ma douleur. Je profite de ces quelques lignes pour remercier Didier Gihr (clinique Ambroise Paré, à Neuilly sur Seine), Thierry Charland et tous les soignants de Kerpape (56) qui ont cru en mon aventure et m'aident à la vivre.
Bilan après 4 mois: Le fauteuil flottant est bien plus sympa que le fauteuil roulant.

- Olivia, le porte bonheur.
Olivia, porte bonheur de mon aventure
Olivia est le petit bébé de mon frère et ma belle soeur Espagnole. Elle est née à Barcelone, le 26 novembre. Naissance "Même jour même heure " que l'arrivée de TaraTari à Barcelone. C'était une grande émotion. Née un peu en avance sur le planning initial, elle a fait sa première sortie dans la vraie vie à l'âge de 6 jours, pour venir voir Tara Tari. Elle pesait un peu plus de 2 kilos, le genre de coéquipière de rêve, qui ne prend pas de place à bord :) Aujourd'hui, âgée de bientôt 4 mois, Olivia est en pleine forme et ses sourires que j'ai pu voir en photo font venir l'été un peu plus tôt que prévu sur le planning.
relire l'épisode "Olivia familia Barcelona"

- Cassiopée, Andromède et les autres, les étoiles.
Toujours là, les étoiles.
Mais début février, il y a eu une alerte à la comète sur la ligne La Polaire - Markab.
Les étoiles filantes ont été momentanément interrompues, entre les stations Sxheat - Markab, dans les deux sens.
relire l'épisode "le ciel et le métro"


- RBS, mon arcade sourcilière

C'est l'histoire d'une apprentie aventurière, qui la veille de la Coupe du Monde de Rugby, s'est pris la bome de TaraTari dans la figure. Aujourd'hui, en plein Tournoi des VI nations, mon arcade sourcilière revient à la mode, et cicatrise enfin! J'ai toujours un oedème résiduel (si il y a une houle résiduel, il doit bien y avoir un oedème résiduel ?!), mais la cicatrice n'est pas trop moche, planquée sous les sourcils. Tara Tari et moi sommes frères de sang pour de vrai et j'en garde une belle trace. Heureusement, l'expérience bome dans la figure n'a pas été renouvelée et je nous en félicite.
Pour les inquiets, pas de panique, la bome, elle, ne s'était pas fait mal.
relire l'épisode "Le bonheur est dans la soupe - du père Jaouen"

- Christophe, le Colomb.
Toujours à Barcelone.
Toujours pas bougé d'un pouce.
- Tiens bon Christophe, on y va, on y va, vers l'Amérique!
Avec Tara Tari nous allons solliciter une deuxième journée mondiale de la fenêtre ouverte.
je vous tiens au courant.
relire l'épisode "Journée Mondiale de la fenêtre ouverte"

- Sud Est, le vent.
Toujours là, le vent de secteur Sud Est.
Tout va bien pour lui.
Il n'a pas bougé d'une girouette.
Et nous bloque le passage du Cap de Gata.


à bientôt pour plein d'autres nouvelles,
Capucine

relire tous les épisodes sur www.whereistaratari.blogspot.com  ;-)

vendredi 16 mars 2012

c'est rien à côté d'Iguaçu

Aguilas - Garrucha. En mer.

Hasta luego Aguilas!
Je ne sais pas ce que j'ai aujourd'hui, mais je suis à fond! L'adrénaline de la tempête, la beauté des falaises vue de la mer, de bonnes nuits de repos à Aguilas. Je suis de super bonne humeur et je ne sais pas, je suis à fond. Tara Tari aussi. Nous partons vite et bien. Tout va bien.

super départ d'Aguilas! attention ça vire, le sud c'est de l'autre côté
10-15 noeud de vent de secteur Nord Est. C'est tout simplement super. Le vent va nous porter. Dans ma tête le prochain arrêt, ce sera Gibraltar! On peut toujours rêver, après tout pourquoi pas, ça fait du toujours du bien de rêver! D'Alicante à Aguilas, nous avons parcouru plus de 100 milles en 48h. ça rend assez plausible mon ambition d'arriver à Gibraltar en quelques jours. TaraTari peut le faire. Franc 'croquage' de pomme pour fêter ça. Assez vite, le vent monte et il me faut prendre un ris dans la grand voile. Le vent est toujours de secteur Nord Nord Est, ce qui est absolument idéal pour progresser vers le Sud Ouest. Et puis le vent fait une courte pause, le temps pour lui de changer de sens et, pour moi, de lâcher le ris. Il est désormais de secteur Sud. Ce qui n'est absolument pas idéal pour progresser vers le Sud. En quelques minutes il repart à fond les ballons et il me faut vite reprendre un ris. On commence à connaître la chanson méditerranéenne: prendre un ris, le lâcher, le reprendre. That's life. TaraTari avance désormais au près, gîté sur tribord. La nuit tombe, et le phare de la Punta de la Media Naranja est mon repère pour progresser vers le Sud.

Nuit sans lune. Tout est sombre. Les étoiles sont là, mais l’humidité de l’air a embrumé le ciel, et trouble désormais la vision. Le vent souffle, a pris de l’élan depuis que le soleil s’est en allé. Il fait froid et humide. Cette nuit ressemble aux autres nuits. j’enchaîne quelques manœuvres pour adapter les réglages des voiles en fonction des nombreuses variations du vent. Finalement, ce sera Sud Est. Tara Tari avance bien, au près, à 3,5 nœuds malgré le ris pris dans grand-voile.

Gîté sur tribord, je passe beaucoup de temps à l’intérieur, à écoper l’eau qui rentre en abondance. J’ai coupé en deux une bouteille - vide - d’eau minérale. La partie du bas me sert d’écope. Mes gestes répètent le même mouvement, j’écope, verse tout ça dans le sceau. Je vide des seaux de 10 litres en continu. C’est impressionnant toute cette eau. Avec la pompe offerte à Marseille par Guillaume et Anaïs, je n’arrive pas à vider suffisamment rapidement. Le débit est trop rapide et comme il n’y a pas de robinet, quand je suis fatiguée de remplir puis vider les sceaux, je choque un peu la grand voile pour changer l’angle de gîte du bateau. Mettre un peu plus à plat Tara Tari, ça ralentit mais cela m'offre un peu de répit, réduit le débit. 

C’est épuisant tous ces seaux d’eau à vider, pourtant je sentais d'attaque. A l’intérieur, l’espace de vie est assez petit, on ne tient ni debout ni assis. Accroupie, malmenée par les vagues, j’écope et je tends les bras pour vider les seaux dans le cokpit. Cela aura au moins le mérite d’être un bon exercice de musculation pour les bras et le dos. Mais cela me prend une énergie folle. Parfois une vague claque le bateau et bouscule mon mouvement, le sceau se cogne contre le contour du hublot, et je me reprends l'eau dans la figure. Trop sympa.

 Je n'ai jamais trop osé en parler jusqu'à maintenant. Les problèmes d'incontinence de Tara Tari ne regardent que nous. C'est délicat de parler de ces choses-là. Mais bon tant pis pour le secret médical, je balance. Voici un petit aperçu de la source-chute d'eau secrète de Tara Tari.


 Le problème de l’eau qui entre dans le bateau n’est pas nouveau mais il est un peu plus important qu’avant. Il me semble que cela vienne du tube d’étambot, mais je ne suis pas complètement sure. La géolocalisation de l’accès mer-bateau est un mystère sur lequel j’enquêtais déjà lors du chantier, à Lorient. L’eau entre quelque part, remplit le caisson étanche fait le tour du bateau alors quand le bateau gîte la flottaison arrive au niveau du trou fait pour passer des câbles électriques et par un tout petit trou au niveau de la cuisine. J’ai protégé le tube qui conduit les câbles aux batteries, pour que l’eau ne puisse pas couler le long des gaines de câbles…  je fais ce que je peux pour éviter les courts-circuits. Visiblement ma protection marche car jusqu'à maintenant, pas de court-circuit ni d’eau dans le bac des batteries. 

Aux escales, j’enlève la plaque et les 10 pains d’aciers qui servent de ballasts dans le fond du bateau, afin d’accéder à la petite vis qui sert d’accès caisson étanche – intérieur du bateau. Le caisson étanche arrière ouvert, cela me permet de vidanger l'ensemble. L'eau entre aussitôt, mais au moins pendant quelques heures, TaraTari a les fesses un peu moins dans l'eau. J’ai essayé de naviguer avec le caisson étanche ‘ouvert’, mais le débit est trop dur à suivre quand le vent souffle fort et que nous gîtons beaucoup. Puisque je ne fais pas encore de très longues traversées, je préfère vidanger lors des escales.

Retour en nav'. Entre deux seaux d’eau, je fais une pause pour vérifier que tout va bien dehors. Rituel de veille : tour d’horizon pour repérer d’éventuels feux de navigation ou bouées de pêche, vérification la direction du vent afin d’adapter les réglages des voiles, et enfin faire un point sur la carte et tenir le journal de bord.

Tiens, un petit feu vert, devant. Dans l’obscurité, je scrute la petite gommette verte. C’est étrange, elle semble se rapprocher, mais reste petite et l’intensité de sa lumière ne s’intensifie pas. Je ne comprends pas trop de quoi il s’agit. La petite lumière est maintenant tout près, je prends la barre pour modifier un peu ma trajectoire : c’est une bouée de pêche. C’est peu malin de mettre des lumières vertes sur les bouées de filets de pêche. Les filets sont évités, je redescends pour vider l’eau. Tara Tari va assez vite… le débit d’eau est toujours plus important quand on prend de la vitesse. Bientôt près de 30 seaux d’eau bien remplis, soit déjà 300 litres d’eau vidés pendant la nuit! Et les vagues tapent encore sur la coque. Saletés de vagues. Impossible de dormir.

Au Sud, je vois trois lumières blanches. Au début je crois que ce sont trois pêcheurs. En fait c’est un cargo qui va au port de Garrucha. Je suis épuisée, et je décide de m’y arrêter car le vent se renforce et il n’y a plus vraiment d’abri après. Il fait nuit et il m’est impossible de repérer le phare pourtant indiqué sur la carte, ni même le feu vert qui marque l’entrée du port. Je tire des bords pour me rapprocher de la plage, et tente de suivre des yeux le cargo qui se rend au même endroit que moi. Tant pis pour le phare et l’entrée du port, je me sers de la position GPS pour m’orienter.

Le jour arrive. Sur la ligne d’horizon, à l’Est, trois formes se dessinent. Je pense que ce sont deux cargos et peut-être un pêcheur. Je vais surveiller très attentivement ces navires. Le soleil va bientôt se lever. Le ciel est rose, et je souris, car l’un des cargos a pris la forme d’un champignon de Paris, le deuxième, celui d’une girolle, quant au pêcheur, il ressemble à une petite fraise des bois. Je souris, me passe la main sur le visage, bois une gorgée d’eau. Ce sont des nuages! 
- "Reste cool, Capucine, tout va bien!" je me moque de moi.

Je me sens vraiment fatiguée. Même si ma petite chute d'eau dans le bateau n'est rien comparé aux chutes du Niagara, ça fait un bon débit. Les gens aiment bien se dire, pour se rassurer "Il y a pire, tu sais". Mes petits problèmes de fuite, c'est vrai que c'est de la gnognotte à côté de Victoria ou d'Iguaçu.
Bon j'avoue je ne suis jamais allée voir de grandes chutes d'eau lointaines. Plus la peine, j'ai les même à la maison. en petit. Pas de drame, juste de la fatigue. 

Les chutes d'Iguaçu
J’arrive enfin au port. Manœuvre à la voile, nickel malgré ma fatigue. J’amarre Tara Tari, fière de ma manœuvre. Rituel d’arrivée : je plie les voiles, et file aussitôt remplir les papiers. De retour au bateau je m’assois sur le quai, et grave erreur, je m’allonge et m’endors. Je suis réveillée par une voix qui me souhaite "bienvenue à Garrucha" J’ouvre un œil, éblouie par le soleil, c’est un des marineros qui me parle. Je vois sa tête, en contre jour au dessus de la mienne. Où suis-je? 

Garrucha

Allongée je regarde les nuages qui filent comme des pelotes de laine se débobinent.
C'est joli.
Je repense aux cargos mi champignons - mi fraise des bois. Quelle nouille je suis!
Et je pense aussi à toute cette eau de mer qui transite par Tara Tari, depuis des mois.
Quel intérêt pour la mer?

On ne peut pas tout comprendre dans la vie.
Avoir une source dans sa maison, ça donne de la valeur au domaine, il paraît.
C'était usant, cette nav.

Capucine


vendredi 9 mars 2012

essayez avec cette orthographe

Aguilas. en escale.

- "Un cafe con leche por favor" après une bonne nuit de sommeil, un bon bol de café et un peu de lait, de quoi bien attaquer la matinée. Enfin quand je dis attaquer, c'est une façon de parler. Pauvre matinée, elle n'a rien demandé. Dans ce café, il y trois bonshommes - je parle de l'endroit, pas de mon bol. Hier soir déjà, ils étaient là avec d'autres gaillards, en pleine répèt' musicale. Guitares, chants et clap clap avec les mains. Musiques andalouses. Il se passe quelque chose à Aguilas, c'est sûr. Je demande au camarero. "Ils répètent pour le carnaval!". Le carnaval d'Aguilas, c'est Rio en version village espagnol. "Reconnu événement touristique d'intérêt national depuis 1997" me précise-t-on fièrement. Je comprends mieux certaines curiosités de la ville. Comme cette petite maison garage du club des petits amis de blanche neige. Super rigolote. C'est pour le très célèbre carnaval d'Aguilas.

Aguilas
Rapide coup d'oeil sur les fichiers météo en évitant de renverser mon bol sur mon petit ordi. Oh mais c'est que ça à l'air pas mal du tout tout ça! Dernières gorgées de café cul sec, je prends mon sac et file vers le port. Hasta luego les musicos!
- "Tu ne restes pas pour le carnaval?"
- "J'aimerais bien, mais la météo est bonne, je dois y aller!"
- "Adios Capitana!" 

Depuis que je suis en Espagne, et partout où je passe, les hommes m'appellent "Capitana". Certainement parce qu'ils n'ont pas l'habitude de voir une femme naviguer en solitaire, pas l'habitude non plus de voir une femme 'capitaine' de bateau. Marins pêcheurs ou plaisanciers, ils m'appellent tous pareil, et c'est toujours dit avec beaucoup d'affection.

A la marina Juan Montiel, les marineros viennent à ma rencontre et dans le petit bureau, Luis me tend un feutre. Il a développé une grande photo, genre poster, un portrait immense de ma petite tête. Je me sens rougir. Il m'explique:
- "J'ai été sur Internet, c'est incroyable. Au début en te voyant sur ce bateau, je n'ai pas compris, c'était surréaliste de te voir sortir de la tempête, et arriver comme ça à la voile. Et tu semblais tellement fatiguée en arrivant. C'est fou ce que tu fais!" dit-il en encadrant ma photo et en l'accrochant au mur. ça me fait tout bizarre. On ne s'habitue pas à ces choses-là. Et puis des personnes arrivent. Un journaliste de la radio de Murcia (la grande ville de la région). Et une autre personne de l'EFE (l'AFP espagnole). Valencia, Alicante, Aguilas.. A chaque escale, les journalistes arrivent, prévenus je ne sais pas trop comment de ma présence. Itw rapide, la météo est bonne et je tiens à partir le plus vite possible pour profiter de la lumière du jour. Après quelques photos avec l'équipe du port, il n'est pas 10h, les amarres sont larguées et les voiles, hissées. Plus tard, lors de l'escale suivante, en découvrant les articles, j'ai compris le pourquoi de cet engouement médatique.
Exemple avec cet article du journal "La Verdad" (>> La vérité) :

CLIQUER ICI POUR LIRE L'ARTICLE

La dizaine d'articles évoque la présence de "Crochet" à Aguilas.
Je ne savais pas que le méchant capitaine était de retour. 
Hum. Il y a peut-être confusion.
D'abord on m'appelle "Capitana", maintenant "Crochet".
Pourtant, j'ai beau regarder :

James, de son ptit nom

La ressemblance n'est pas frappante. Et je ne participe pas au grand carnaval d'Aguilas.
Ok je boite un peu, j'ai des cicatrices et aussi des jumelles (on s'adapte à son temps) mais je n'ai pas de moustache, de chapeau à plume ni de manteau rouge.
: /
En même temps. Je me mets à la place du journaliste qui aurait voulu en savoir plus sur moi. Réflexe Internet... Et pourquoi pas Wikipedia. On se sait jamais. Selon des amis, tout viendrait de là.
Wikipedia. Recherche: "capucine trochet".
Rien.
Enfin si. 
Une suggestion. "Essayez plutôt avec cette orthographe".
Je n'invente rien; la preuve : CLIQUER ICI POUR VOIR SI CAPUCINE DIT DES BETISES

C'est certainement pour ça que le marinero a dit "J'ai été sur Internet. C'est incroyable!"


Quelques clics et hop voilà, mon identité est révélée.
Descendante du plus méchant des pirates imaginaires.
A votre place, j'aurais peur.

Capucine... Trochet ;)

mercredi 7 mars 2012

Aguilas, mystère et boule de gomme

Aguilas. au port.

Du Cap de Palos au Cap de Gata, faire route directe était une idée qui me plaisait bien. Couper un peu pour réduire la distance et progresser plus vite vers le sud, c'était tentant. Mais tout ne se passe pas comme prévu, il fallait s'y attendre. Dans le vent fort depuis le passage du Cap de Palos, la nav' n'est pas facile voire éprouvante et vers 7h du matin, voyant que le vent ne faiblit pas, je décide de me rapprocher de la côte pour me mettre à l'abri. Cap sur Aguilas, petit port caché dans les falaises, situé pile dans l'Ouest de ma position.


Aguilas, c'est l'arrêt imprévu. Je me dirige désormais vers ce petit point sur la carte qui veut dire "Aigles".  Normal, après avoir dansé le rock dans les vagues, d'aller voir The Eagles.
Aguilas, Aigles, Eagles... Hotel California..
Bon d'accord, elle est un peu nulle ma remarque.
Mais je suis fatiguée. Je me suis pris une tempête dans la figure, là.
Circonstances atténuantes, nan?
En tout cas, penser à ça là, fatiguée et trempée, ça me fait sourire, c'est toujours ça.

Dans le vent fort, travers au vent, je suis super fière de TaraTari qui file direct vers la position du port. ou plutôt en direction de cette avancée de falaise qui protège la petite ville.
En approche, je contacte le port par VHF pour annoncer mon arrivée - à la voile. Mais le port me dit
- "non vous ne pouvez pas entrer, pas de place pour vous ici".
- "Ah bon. Mais vous êtes surs que vous voulez me refuser d'entrer? Il y a beaucoup de vent, là..." ('manquait plus que ça!)
- "Il y a une autre marina, un peu plus au sud, vous verrez, ce n'est pas loin"
- "Je ne la vois pas sur la carte, vous pouvez me donner sa position?"
- "Elle est nouvelle, c'est pour ça. La position? je ne l'ai pas, mais vous verrez le port!"
Ok. bah je vais me débrouiller alors. Merci.

Entrée du port trouvée.
Les jumelles, quelle belle invention.
TaraTari est ainsi amarré à la Marina Juan Montiel.

avec Tara Tari, nous venons tout là-bas-là-bas au loin, pas mal hein?
Juan Montiel n'était ni écrivain ni joueur de foot. Juste riche. Il s'est payé un port à son nom et la moitié de la ville. Après tout, pourquoi pas. Dans cette marina flambant neuve, la réaction des marineros est d'abord "oulala c'est quoi ce bateau?!?!" Après vérification des papiers et de mon passeport dans la capitainerie, je repars vite au bateau. Amarrer TaraTari, parfois, ça relève autant de l'exploit que de naviguer en pleine tempête. En Med', dans les ports ils utilisent un système de pendilles pour amarrer les bateaux. TaraTari n'est pas fait pour ça, et je n'aime pas ça du tout.

La pendille. Il y aurait de quoi écrire un livre entier sur ces fichues pendilles.
Ce système consiste à amarrer le bateau perpendiculairement au quai. La pendille est une amarre qui a pour but de retenir le bateau pour ne pas qu'il tape dans le quai, mais ce n'est pas si simple. Une extrémité de l'amarre est attachée au quai, l'autre, à une grosse chaine ou corps mort au fond de l'eau, à quelques mètres du quai. Il faut donc choper le gros cordage tout marron, plein de vase et de berniques qui coupent les doigts, qui prolonge la chaine et l'amarrer au bateau. Seulement voilà, les bateaux un peu plus normaux ont des taquets ou des étraves plus adaptées que TaraTari. Alors il faut que je fasse revenir le gros cordage tout vaseux et coupant jusqu'aux supports de dérives, points d'attache les plus costauds du bateau. et je dis bien auX dériveS. soit double manip', car si je n'utilise qu'une pendille, TaraTari ne sera pas perpendiculaire au quai et risquerait de foncer dans le ciment du quai.

Heureusement, le port est vide, on ne me dira rien si j'en utilise 2. Pas fastoche de nouer ces énormes cordages aux supports de dérives. En général, on les bloque dans des taquets. Et je n'en n'ai pas, de taquets. Et je suis fatiguée. Un tour mort et deux demi-clefs. ça tient. mais je n'ai plus de bras. Et j'ai les mains écorchées par ces grosses cordes toutes vaseuses. Et je ne sais pas trop comment descendre de là, maintenant. Soupir. Si je rencontre celui qui a inventé la pendille, rappelez moi de ne pas le remercier. Une fois à terre, j'assure l'amarrage au quai, grâce à un bout que je fais revenir des deux côtés de la cadène d'étai. Tout ça me prend facile vingt minutes mais TaraTari est nickel, là. Plus facile de garer une trotinnette, je suis sure. pfiou. c'est bon, je peux arrêter de râler. Fichue Méditerranée. 

La pendille: concept méditerranéen que je ne suis pas certaine d'AdOrer.
Un peu de repos.
Mais je suis gelée et trempée. Le repos sera pour plus tard. j'ai froid, tellement froid.
Une douche à la capitainerie, ça va me faire du bien.

Pieds nus sur le carrelage frigorifié, je tremble, grelotte.
Je m'avance pour appuyer sur le gros bouton de la douche.
C'est toujours l'angoisse: l'eau sera-t-elle chaude?
Un jet glacé tombe du pommeau suspendu.
AAAARGGGHHHH. C'est froid. :(
J'essaie d'éviter l'eau gelée sans toucher non plus le mur en carrelage encore plus froid. j'appuie une deuxième fois sur le bouton que je tourne vers le rouge. rien ne bouge. c'est gelé. :(
Une main pour vérifier.
Ne pas oublier de respirer.
Mes pieds nus sur le sol sont blancs, violets.
Et puis l'eau chaude arrive. 
On dit parfois de personnes peu futées qu'elles n'ont pas inventées l'eau chaude.
Là, sous ma douche tiède, savourant cette eau ruisselante sur mon visage, je pense à celui qui l'a inventé, l'eau chaude. Je me dis qu'un jour il faudra le remercier.
- "De l'eau chaude!" certainement tiède en vrai mais qu'importe cette sensation de chaleur est tellement bonne. j'en pleure presque de bonheur.
Je reste un long moment sous le filet tiède.
Des vêtements secs et chauds. que c'est bon.
je retourne au bateau et me repose enfin.

Aguilas. Je me promène.
Escale surprise. Découverte.


Il y a près de la falaise, un petit chantier naval. Enfin un atelier serait un terme plus adapté. Un grillage pas droit. 25 chats sauvages perchés sur de vieilles épaves et autres morceaux de tôle rouillée. Quelques tags bleus sur un mur en béton brut. L'endroit a le charme de l'authentique.

Et au milieu de ce désordre certainement organisé des chantiers, un "truc" attire mon regard.


Un truc sur tréteaux. On dirait un petit bateau, une petite coque en tout cas.
Il est tout petit et à une forme bien particulière.
Je m'approche tant que je peux.
Il a la forme de.. de... de TaraTari!!!!!!

mini TaraTari ??
Je cherche..  personne dans le coin.... je fais trois fois le tour de l'atelier, contourne le grillage pas droit, demande aux 25 chats sauvages perchés sur de vieilles épaves et autres morceaux de tôle rouillée. Non, personne, pas un chat pour me renseigner. Quelle est cette petite coque qui, a quelques détails près, ressemble comme trois gouttes d'eau salée à TaraTari? ça m'intrigue.

Le trésor d'Aguilas restera une énigme.
Mystère et boule de gomme.

De retour au village, la fatigue et le froid me font trembler.
La tempête, le froid et ce soleil qui ne réchauffe rien du tout. je me sens fatiguée et j'ai mal partout.
Je vais essayer de trouver un petit 'hostal' pour passer une nuit au chaud.
Il n'y a qu'un petit hôtel ouvert.


"Hotel Madrid".
Tiens, c'est marrant. ce n'est pas raccord.
j'aurais imaginé "Hotel California" plutôt.

A Aguilas.... Aigles... Eagles... Hotel California...
Nan? Toujours pas?
Bon allez, ok ma "boutade" pourrie et moi, on va se coucher.

En musique mais pas de panique ce n'est pas moi qui chante
Aguilas... such a lovely place...
mais en ce qui concerne l'inventeur de la pendille, l'inventeur de l'eau chaude, en ce qui concerne le pourquoi du comment de cette étrange petite maquette, ou encore la raison pour laquelle l'hotel d'Aguilas s'appelle Madrid et non pas California, le mystère reste entier. Et la boule de gomme aussi.
L'enquête est ouverte. et pour de vrai, je vais me coucher maintenant.

Capucine

mardi 6 mars 2012

Submarine Exercise Area

En mer. du Cap de Palos à Aguilas. Espagne.

TaraTari est sur la tranche. Les rafales claquent, couchent le bateau qui, vaillant, se redresse et encaisse.  Comme toujours dans le vent fort, les vagues surexcitées s'agitent sans souffler, elles. Hautes, courtes, inconfortables. Fichues vagues. ça déferle. je m'en prends plein dans la figure. pas trop le temps de se lamenter, il faut réduire la toile. J'avais déjà pris un ris dans la grand voile, mais pas le choix, je l'affale entièrement. je suis plutôt contente de moi, car la voile est plutôt proprement pliée et bien ficelée et puis ça réchauffe, il faut voir le bon côté des choses.

GV en rôti, à 3h du matin

Mais le vent s'enflamme sur cette mer agitée, et il faut que j'aille à l'avant pour prendre un ris dans le foc. A Alicante, j'avais changé la drisse du foc et laissé un peu de longueur histoire de pouvoir couper un peu en cas d'usure. Harnais d'escalade, longe de compét', me voilà au pied de mât. Pas de taquet pour retenir la drisse du foc hissée, mais une boucle et un bon noeud. Je défais le noeud tout en retenant la drisse, vraiment sous tension dans ce vent est très fort, pour ne pas que la voile ne tombe trop vite ni dans l'eau. Mais la longueur en rab' en pied de mât s'emmêle les pinceaux, bloque le coulissement. Je dégage vite fait tout ça avec ma main droite, car la main gauche retient la drisse. Et c'est d'ailleurs comme ça que j'ai découvert que mon bras gauche était peut-être un super héros. Retenir le foc hissé à la seule force du bras, ce n'était pas gagné. 'Bras gauche le fortiche' a vraiment assuré sur ce coup-là. Tout cela a duré deux ou trois minutes. Pas de problème. Et pour ne pas se retrouver complètement bloqué au moment d'affaler une voile, il y a une bonne astuce à savoir. En lançant la drisse à l'eau, elle file, défile et permet de ne pas faire de noeud dans les taquets au moment d'affaler. C'est une technique que l'on pratique souvent en Mini6.50, et ça évite de se retrouver dans des situations compliquées. Enfin voilà, en quelques minutes, TaraTari se retrouve Gv affalée et foc arrisé. Nous progressons au travers, puis en "fuite", au portant. Record absolu de distance parcouru en 1h établi entre 4h et 5h, au large de Cartagena.

Dans la nuit noire, Eole a fait nuit blanche.
Le vent est levé depuis des lustres,
et le soleil va se lever enfin. 
Le jour est là, découvre la mer, en pleine forme.

mer en pleine forme
Pendant des heures, Tara Tari file dans ces montagnes salées. La navigation n'est pas simple, plusieurs fois le bateau se couche mais toujours, il se redresse. L'eau est froide, transperce mon ciré et peut-être aussi un peu mes os. Il n'y a absolument rien de confortable. Les vagues sont si grosses qu'il faudrait en avoir peur. Mais c'est étrange parce que malgré l'humidité, le froid, la fatigue, le vent fort, les claques des vagues etc etc et bien au bout de quelques heures, c'est la sérénité qui l'emporte sur tous les autres états d'âme.

rosée du matin, tout va bien
Je sens que le bateau tient bon le rythme imposé par les éléments, et assise, là avec Tara Tari, je me sens vraiment bien. Ce vent, cette mer, et le bateau qui glisse. Tout semble être en harmonie. C'est enivrant. C'est beau, superbe même. Malmenée depuis le début de la nuit, c'est certainement le prix à payer pour assister à "cela". Les photos, les films ne rendront jamais compte de la réalité. Assister à un concert ou à un match, c'est toujours mieux pour ressentir l'ambiance, que regarder ça à la télé ou d'écouter les copains en parler. L'ambiance d'un stade, ça ne rend pas grand chose en récit. Alors désolée les amis, c'est égoïste, mais je m'en suis pris plein la figure pour être là. Ce concert-là restera privé.

Le vent fait un bruit assez assourdissant, les vagues qui déferlent aussi, et je ne sais pas si c'est la fatigue qui provoque cela, mais j'entends des voix. Certainement des sifflements du vent. Comme si une radio musicale était branchée. Comme des échos. La mer. Fascinante. Je ne comprends pas grand chose à ce qu'elle me dit, à ce qu'elle chante. J'écoute. Je me sens bien. Je me sens ivre. J'oublie tout.
C'est peut-être ça l'adrénaline. Un vertige de sensations fortes qui attire. Ce matin je suis en chute libre au dessus des séracs alpins,  je suis en pleine glisse d'un versant vierge et fraîchement enneigé, je bois de l'eau fraîche au milieu du Sahara, je viens d'atteindre le sommet de l'Aconcagua, je m'envole avec des oies sauvages vers de nouveaux horizons. Euphorie. être si minuscule dans la grandeur de la nature, quelle ivresse. drogue dure des moments intenses de partage avec la nature.

il s'en passe des choses dans la tête d'une capuche orange
Mais je ne pers pas les pédales pour autant. Toutes les trente minutes je descends faire un point dans mon cahier de bord et sur la carte. J'ai repéré un petit port, Aguilas, dans lequel je peux aller me mettre à l'abri. Il faut donc faire de l'Ouest, et pour cela je continue travers au vent, ce qui signifie aussi travers aux vagues. Les vagues et le vent me font dériver un peu, je repars donc à l'avant pour libérer le foc arrisé. TaraTari sera plus manoeuvrant. Et à l'intérieur, je matosse tout ce que je peux, c'est à dire que je mets les sacs et autres trucs qui pèsent un peu du côté qui se situe au vent. Dehors, je m'installe également au vent. Le bateau file à 5 noeuds, c'est super agréable, et le spectacle continue.

Tara Tari à la montagne

Enfin super agréable. ce n'est peut-être pas le mot.
je suis trempée.
Ah mais suis-je bête! A Vilanova, un petit monsieur m'avait fait un cadeau qui devrait faire l'affaire! je descends dans le bateau, farfouille et me marre en sortant de là, The perfect truc en cas "d'emergency". Au gros temps, gros moyens.


Mais naan, je plaisante. je vais pas mettre ça, ça pourrait servir de spi une prochaine fois.

Bon, je tente de filmer un peu. Et je refais un point.
Aaaahhh mais tu m'étonnes que TaraTari et moi sommes trempés! 


"Submarine Excercise Area"....!! j'aurais dû m'y attendre.
Tara Tari a voulu se la jouer sous marin. petit comique.
Bon, ça y est? fini de barboter dans l'eau, le bateau?
Nous arrivons à Aguilas. Le vent se calme un peu. La mer aussi. Tara Tari aussi. Et moi aussi.

Aguilas. Petit port tranquilou. Je m'annonce à la vfh.
Il est 11h, et Tara Tari est amarré à la marina Juan Montiel. Premier réflexe : inspection minutieuse du bateau... Aucune avarie! Bravo Tara Tari! Tu es le plus fort!

Les marineros sont super accueillants.

arrivée à la Marinera Juan Montiel - Aguilas
J'apprends qu'il y avait 40 noeuds dehors.
Mais un sous marin n'a pas peur du vent, hein TaraTari?!

Bienvenidos a Aguilas,
et maintenant: dodo!
Capucine

Pour regarder la vidéo, cliquer sur le VENT

dimanche 4 mars 2012

c'est biolumineux, tout ça.

En Mer.  d'Alicante au Cap de Palos.

Ils ont dû halluciner, les poissons. Et pourtant, ce n'est pas une hallucination. je n'ai pas collé de néons bleus sous la coque, mais le sillage de TaraTari est fluo! Et comme on file à belle allure, les poissons du coin ont dû nous prendre pour une soucoupe volante extraterrestre, ou plutôt pour saucière flottante extramarine. Il fait nuit et Tara Tari file bonne allure depuis Alicante. un vrai plaisir. La lune se lève vers 4h du matin, et les étoiles sont jolies alors comme d'hab, je lève le nez vers le ciel pour observer un peu les loupiottes de l'espace. Mais cette nuit le spectacle se passe surtout dans l'eau, sous la coque blanche de Tara Tari. Le phénomène est assez fabuleux. Il est 5h du matin et je vis un grand moment. Un moment de poésie bleu fluo. Entre l'aurore polaire et le salon du tuning.

sillage by night
Un ris dans la GV, et le nez vers le safran. Le vent monte mais pour le moment, il n'y a que cette étrange lumière qui me turlupine. Accrochée à l'arrière du bateau, j'observe le fabuleux phénomène.

Le sillage créé par les dérives et le safran devient une longue traîne scintillante. C'est absolument superbe. Parmi les organismes qui créent le plancton, certains peuvent briller dans le noir, on appelle ça, la "bioluminescence" (du grec bios vie, et du latin lumen lumière). Et visiblement ici, ces microscopiques petits trucs créent une lumière bleue verte. Une lumière dite 'froide' car elle ne produit pas beaucoup de chaleur. Et j'ai pensé à mes petites nièces qui auraient trouvé cela très joli, certes, qui auraient comparé le sillage de TaraTari à la traîne d'une robe de princesse, évidemment, mais qui auraient surtout demandé "Mais pourquoi ça brille ?". Une bonne question, auxquelles des scientifiques ont répondu. En gros ce n'est pas juste pour faire joli. Voici les principales théories. 1/ Pour se protéger des méchants : le zooplancton utilise la bioluminescence comme une défense contre les prédateurs. Si un poisson essaie de les attaquer, il sera dérouté par le flash de lumière qu’il va essayer d’attraper. Le zooplancton aura ainsi le temps de s’échapper. Le plancton se sert de la bioluminescence comme le calamar se sert de l'encre. 2 / Pour attirer (voire même, pour draguer) : les microorganismes composant le plancton utilisent la bioluminescence pour être mieux vus des poissons; le poisson, attiré par ses lumières arrive et les avale. Ce qui arrange le plancton se reproduit plus vite dans l'abdomen du poisson que dans l'eau alentour (présence de bactéries, température plus élevée, etc) - quel romantisme. Et puis c'est aussi une technique de drague. Malins séducteurs, certains petits organismes du plancton font les beaux en envoyant de la lumière à l'âme soeur au moment de la reproduction... et ce serait scientifiquement prouvé. En gros le plancton sous ses airs de petit machin microscopique, en fait, est super intelligent et super romantique.




Le plancton bioluminescent se trouve dans des eaux propres, donc souvent près de réserves naturelles, ce qui est notre cas, cette nuit, avec Tara Tari.

Après le "Dis Pourquoi?", place au "Le Saviez-vous?"

Comme nous parlons plancton, propreté, et puisque nous sommes partis d'Alicante, il me semble intéressant de préciser que c'est ici, près d'une cimenterie, à Alicante, qu'a été ouverte, il y a tout juste un an, la première usine au monde de biocarburant à base d'algues. C'est Bio Fuel Systems qui s'est lancé dans ce pari fou de remplacer le pétrole par des algues. Et ça marche, avec du CO2, du phytoplancton et un bon ensoleillement. Le procédé pensé par un ingénieur français, Bernard Stroïazzo-Mougin, expatrié à Alicante est simple: il s'agit de capter le CO2 émis par les industries polluantes et d'en nourrir des micro-algues placées dans des tubes verticaux exposés à la lumière pour favoriser la photosynthèse. Le nombre de ces micro-algues, sélectionnées avec l'aide des universités de Valence et d'Alicante pour leurs caractéristiques, double en vingt-quatre heures. Chaque jour, la moitié des tubes est prélevée et centrifugée et une partie de ce liquide très concentré est extrait et filtré, permettant l'obtention d'une biomasse, qui produira le biopétrole.

pétrole dit 'bleu'. plutôt vert pour être 'bleu'.

Pour une fois que l'on peut féliciter les algues pour quelque chose de plutôt bien, qui ne soit ni une thalasso thérapie ni une soupe. En bateau, on déteste retrouver les algues bloquées dans le safran, ça ralentit. Mais là, il semblerait que le plancton fasse avancer les choses. C'est chouette. Ah, et si les ingénieurs veulent des algues, je me permets de leur dire qu'en Bretagne, on a tout plein d'algues vertes dont on ne sait pas trop trop quoi faire.

Enfin voilà pour l'ambiance biolumineuse de ces nuits en mer après Alicante. Je ne suis pas super fan des méduses, mais je dois avouer, que dans ce sillage fluorescent, les centaines de petites méduses biolumineuses étaient vraiment super jolies.

Oups. Fin de la contemplation. Le vent monte sérieusement.
il va falloir que j'arrête de me la jouer 'ce n'est pas sorcier' et que j'aille réduire encore la toile.
Capucine