vendredi 13 avril 2012

tout va bien!

La Linea de la Concepcion. vendredi 13 avril.

"ça bricole, ça navigue et ça bricole encore et avec tout cela, ça de ne donne pas beaucoup de nouvelles!" m'a fait remarquer un ami par email. Pas toujours facile d'être devant l'ordi, je passe plus de temps à tapoter sur DjianDong que sur le clavier.
Nous sommes le 13 avril... Il y a 5 mois, le 13 novembre c'était la date du départ prévu de La Ciotat. A cause d'un mauvais coup de vent nous étions partis le 17. Et tout a été comme ça. Jamais trop rien comme prévu, car c'est le vent qui décide. L'aventure n'est pas terminée, bien qu'une belle page se tourne avec la sortie de la Méditerranée, et s'il y a des millions de petites choses à raconter, je ressens aujourd'hui un bonheur immense. Elle est géniale à vivre cette aventure!
Oubliés les coups de vent désagréables et les petits problèmes!
Avis de grand beau dans ma petite tête: le moral est au top!


Avec Tara Tari, nous sommes toujours en baie de Gibraltar. Sur la zone de carénage de la Alcaidesa Marina où encore une fois nous recevons un accueil incroyable, je bricole pour tenter de réparer les problèmes d'entrée d'eau. Ce n'est pas de la tarte à l'abricot, cette réparation, mais ça avance!


Il faut que j'arrive à prendre un petit peu de temps pour raconter le passage de Gibraltar sous spi, les belles surprises et l'avancée du bricolage à bord... La pluie et le vent fort dans la baie, mais comme on m'interroge, et bien sachez qu'en bref tout va super bien :)

Départ prévu en début de semaine prochaine: Cap sur Tarifa, traversée perpendiculaire (enfin on va essayer) du détroit de Gibraltar et glissade le long des côtes Africaines!

à très bientôt!
Capucine

mardi 3 avril 2012

A Gibraltar!! Bravo Tara Tari ! L'aventure continue!

lundi 2 avril 2012.

Pour ces bientôt 5 mois d'Aventure,
de vie simple, intense, dure mais toujours belle,


Merci la mer !
Merci le vent !
Merci la vie !
et Merci Tara Tari !
                                             ***

Du 100% à la voile tout le temps et par tous les temps
+ 3h de triche avec des roulettes sur la route (le fameux plan B) ;)

Enfin voilà nous sommes enfin arrivés en baie de Gibraltar !!!!!
Bravo Tara Tari d'avoir si bien tenu, ce long hiver en med.

La Linea de la Concepcion - Gibraltar, le 3 avril 2012
Merci à tous pour vos si gentils messages qui sont la plus chaleureuse bouillotte du monde!

Le printemps arrive et une nouvelle étape commence avec la traversée du Détroit de Gibraltar et l'arrivée de Tara Tari en Atlantique! Cap sur le Maroc, les Canaries et le Cap Vert....
Mais avant cela: petit chantier nécessaire Gibraltar. 

En avant, les rêves et la vie!
L'aventure continue !
Capucine

jeudi 29 mars 2012

Itinéraire bis

20 mars 2012.

Elle est peut-être là, la solution. Dans le wd 40?! Le marchand m'avait dit "dès que ça coince, un peu de wd 40 et hop, plus de problème!". J'avais alors noté qu'il avait ajouté une petite phrase, pour conclure sa redoutable argumentation: "ça marche pour tout". J'étais alors tout à fait convaincue.
Quelques mois plus tard, je tente donc cette nouvelle option; mets tous mes espoirs dans ces deux lettres et ce chiffre 40.


Bon. Bah, visiblement, ça ne marche pas pour tout. J'ai eu beau faire "pschit" plusieurs fois sur le Cap de Gata. Rien ne bouge. Nous sommes toujours coincés et contraints à faire demi-tour. Déception.
Encore une.
Questions- réponses.

Quel est le problème ?
A l'approche du cap, le vent se renforce et la mer se soulève. Tout cela très fort et à chaque fois, nous avons eu le vent de face et les vagues contre nous. Depuis La Ciotat, j'ai fait face à des coups de vent très rudes et violents, mais là c'est la lutte depuis le Cap de Palos. Et ce fichu cap de Gata, j'ai essayé de le passer, mais je n'ai pas réussi. Toutes ces tentatives sont éprouvantes. Physiquement mais aussi moralement. Moralement, car j'imagine toujours que les fichiers météo disent vrai et je me réjouis parfois de voir un vent annoncé favorable.. la réalité sur le terrain, différente, ne surprend plus mais déçoit. un peu à chaque fois. Sans moteur, quand il n'y a pas de vent, nous stagnons, et quand le vent souffle c'est systématiquement très fort et nous progressons sous foc seul, au près ou au portant et parfois sous foc arrisé. Les vagues, le noeud de courant au niveau du cap nous poussent vers le Nord Est. Rentrer au port, une fois, deux fois... six fois, c'est dur. Et puis physiquement, je ne dors pas beaucoup voire pas du tout, je mets toute mon énergie à vider à coups de seaux, toute l'eau qui entre, et mes jambes me font mal. C'est dur pour moi, toute seule.

Naviguer en solitaire, c'est bien, mais cela ne signifie pas ne pas avoir besoin des autres, et j'ai donc essayé de me faire aider pour passer ce fichu cap. Mais ici, les gens ne naviguent pas. Aucun voilier à l'horizon. Enfin si, j'en ai vu passer un, au moteur devant San Jose. Je l'ai contacté par VHF, il m'a ignoré, j'ai insisté, il a fini par répondre et par venir. Un immense voilier de luxe. Pavillon îles Caïmans. Ils sont désormais tout près:
- "Bonjour Messieurs, pourriez-vous m'aider en me remorquant 10 minutes jusqu'au petit port de San Jose? Il n'y a pas de vent, je ne peux pas avancer sans moteur et je sais qu'une tempête arrive." En voyant le bateau arriver j'ai même préparé un petit sac avec un fromage que l'on m'a offert, pour les remercier. J'étais certaine qu'ils m'aideraient.
Un gros plein de soupe, cigare au bec et le ventre rempli de whisky, me répond en me coupant la parole :
- "Tu as de l'eau et de la nourriture?"
-"oui"
- "alors nous allons continuer notre route, nous avons un cocktail à 19h à Carthagène..."
Et les gentlemen sont partis.
Et j'ai rangé le fromage
et ma naïveté.

J'ai appelé le port de San Jose, leur expliquant mon problème, leur demandant un peu d'aide. Mais ils m'ont dit sèchement "si tu es en danger, tu appelles les sauveteurs en mer".
"Ok, ça ira, ne les dérangeons pas, je vais me débrouiller". merci pour votre compréhension.
Le port de Carboneras (commerce et pêche): personne ne répond.
Sans moteur trop dangereux de m'aventurer vers l'entrée. Le retour à Garrucha est la solution la plus raisonnable, et avec Tara Tari, usés pas ce cap et par notre déception, nous tentons de faire au mieux.
 
Par gros temps, même les bateaux de pêche rentrent se mettre à l'abri, ici, ou ne sortent pas. Pas une coque qui flotte. Au ponton d'attente à Garrucha, je surveille les voiliers qui viendraient faire le plein d'essence. Trois ou quatre gros catamarans Lagoon, flambant neufs sont passés. J'ai essayé de parler avec eux, pour qu'ils m'aident à passer le cap. Mais les équipages anglais emmènent au moteur les gros cata vers la Croatie et la Grèce. Impossible de nous aider. Et tous me confirment que les vagues et le vent étaient "redoutables", là-bas. Quant aux gens du coin, ils m'encouragent tous avec des "tu n'y arriveras jamais! laisse tomber!" ou encore "une femme doit être à la maison, et tu ferais bien de rentrer chez toi". Et ils ne plaisantent pas.

Un matin, nous avons encore tenté. Le vent n'était pas du tout ce qui était annoncé, et une succession de petites choses commencent à grignotter mon moral déjà bien entamé quand je découvre le message d'un ami qui m'annonce que les conditions vont être bien plus sportives que prévues même si annoncées au portant.. N'ayant pas Internet au port et comme je suis partie avant le lever du jour, je n'ai pas vu les derniers fichiers. Son message est la goutte d'eau en trop. J'éclate en sanglots.
"J'en ai marre, j'aimerais tellement que nous réussissions à quitter cet endroit, TaraTari"

Alors après 5 semaines de vent fort et de mer agitée, je commence à craquer, il faut que je fasse quelque chose. Syndrome de la stagnation portuaire. Au téléphone, mes parents me disent qu'il faut que je m'accorde deux jours sans regarder la direction du vent et que j'aille dormir au chaud pour me changer les idées deux minutes. C'est vrai que je n'ai pas cessé de regarder le vent et l'état de la mer et tous les jours, toutes les heures et à tout instant, c'est le même constat: un constat rongeur de moral. J'ai pris mon baluchon et je suis allée au seul petit hotel du village. 1 étoile, le vieil homme en pantoufles, cigarette au bec s'étonne de me voir là et me regarde de travers en me montrant une chambre : "tu es qui? qu'est ce que tu fais là? donne moi ton passeport". Il a fini par être gentil, mais, cela n'a pas été très chaleureux.

Les solutions.
Pour tout ça et pour tout le reste, pour de vrai, il est vraiment temps de partir.
J'ai besoin que les choses bougent et se décoincent: il faut que cela avance. Or les choses ne bougent pas toutes seules. Il faut prendre les choses en main. Je ne veux plus user ma santé et mon énergie ici. J'ai le sentiment de stagner. Alors je pris une décision : mettre un pschit de wd40 sur le cap de Gata. ça n'a rien changé. Ensuite, j'ai pris une autre décision: sortir Tara Tari de l'eau. Cela n'a pas été simple, mais grâce à l'aide de la direction du port et de Jose Luis en charge des manutentions, Tara Tari sort de l'eau. Inspection de la coque, et bricolage, je suis super heureuse car les choses bougent

Et puis j'essaie de parler avec le port, avec les capitaines des cargos : pourquoi ne pas charger Tara Tari sur un cargo pour atteindre Gibraltar? Les cargos passent un à un ici, faire le plein de gypse (comme du plâtre), principale activité du port et unique raison du passage des cargos. Mais ces cargos-là font le plein et s'en vont aux quatre coins du monde.. sans s'arrêter. Et puis il y a les papiers, les accords des armateurs etc. L'option cargo, n'en est plus une. Je vais trouver autre chose.

C'est génial de réfléchir aux solutions, aux alternatives.
Je pars vers le port de pêche, parle avec les pêcheurs qui m'expliquent qu'ils doivent être rentrés à 17h pour la criée, bref, c'est trop compliqué. L'option remorquage par un pêcheur n'en est plus une. Je vais trouver autre chose.

Contourner le cap par la route. Après tout, pourquoi pas. Je m'en veux de penser à cette option car je voulais tout faire à la voile. Mais si je voulais tout faire à la voile, je voulais aussi et surtout, tout faire en "sécurité". J'essaie de me souvenir: quand il n'y avait pas de vent ou quand la situation était critique, Corentin utilisait le moteur ou se faisait remorquer. Ici aucune de ces deux options n'est possible. Alors finalement, passer par la route, c'est utiliser un moteur... et des roulettes. Je ne sais ni comment ni quand cela sera possible, mais cela me semble une bonne option et j'ai donc décidé de continuer mon aventure stagnante en contournant le cap de Gata par la route. Tant pis pour le "j'aurais tout fait à la voile", j'opte pour le "j'aurais tout fait pour être toujours le plus en sécurité".

J'ai pris une décision, et depuis je me sens beaucoup mieux. Quel que soit le choix, bon ou mauvais, prendre une décision fait du bien, fait avancer les choses. Je mets désormais tout en oeuvre pour rendre cette option possible, sans beaucoup de moyens. Des regrets de ne pas passer le Cap de Gata à bord de Tara Tari, je n'en n'aurai pas: j'ai essayé, je n'ai pas réussi, et j'ai vu à quel point cela pouvait devenir dangereux. Tara Tari est un petit voilier qui ne va pas vite mais qui tient bon; nous avons fait ce que nous avons pu, et tout n'est pas de sa faute: j'ai mes limites physiques, mes articulations si douloureuses, l'eau que je dois vider par centaines de litres, la nav à bord de ce petit voilier que j'aime mais qui est dure, la fatigue. Enfin voilà, je n'ai pas envie de faire d'idioties, mais j'ai besoin d'avancer. Alors je retiens l'option route pour pouvoir poursuivre.

Il y a mille choses à raconter sur ce que je vis ici. Trop nombreuses pour être racontées comme il le faut ici, mais l'une des choses importantes que je retiens, est que prendre une décision fait du bien, soulage.
L'aventure continue. Autrement au niveau du cap de Gata, mais cela me va tout à fait.

Etre entêtée c'est bien, mais il ne faut pas être trop têtue. Savoir accepter que les choses ne se passent pas comme prévues, accepter ses limites et trouver la parade... c'est un peu l'histoire de la vie, ça. Alors moi, Visage Rouillé demande à Bison Futé, la possibilité d'emprunter l'Itinéraire bis. Celle de l'alternative sage.

Capucine

lundi 26 mars 2012

aspiration

En mer. toujours au même endroit.

Parfois quand on marche, on se sent suivi.
En navigant, parfois, c'est pareil.
Et là, avec TaraTari, nous sentons bien que nous sommes suivis.
Instant d'inquiétude, je me retourne.
En effet: nous sommes suivis.



Des petits poissons.
Ils sont là, juste derrière nous.

Personne n'aime être suivi dans la rue et en mer, c'est pareil. On a eu envie de leur proposer de doubler mais finalement avec Tara Tari, nous avons compris qu'avec ces petits poissons nous pouvions nous aider mutuellement.

Bien groupés derrière le safran de Tara Tari, ces petits poissons sont des petits malins. Ils profitent de notre aspiration pour économiser leurs efforts. L'aspiration est un phénomène physique qui consiste à se placer derrière un costaud (enfin un solide, c'est pareil ;) lors d'un déplacement, en général à une vitesse élevée (c'est notre cas, c'est bien connu ;) afin de diminuer sa propre résistance aux fluides présents dans l'environnement. L'aspiration est fréquemment utilisée en courses, car cela permet d'économiser l'énergie fournie dans l'effort, tout en maintenant une bonne vitesse. Un truc de sportifs, ça l'aspiration! Ces petits pescaditos doivent être copains avec le cycliste Miguel Indurain ou avec le pilote de F1 Fernando Alonso. Malins, ces Espagnols.

Celui qui est devant fournit l'effort, alors de temps en temps, nous demandons aux petits poissons de passer devant. En cyclisme, on parle de "tourniquet belge" pour parler de ce changement en tête du petit groupe. C'est une méthode qui permet d'atteindre de très bonnes vitesses. Et nous la mettons en pratique avec nos petits amis les poissons.

La nature a su bien avant les cyclistes, coureurs de fond et autres pilotes F1, utiliser ce phénomène physique pour économiser de l'énergie. Chez les oiseaux les cormorans utilisent le phénomène, mais aussi et surtout les oiseaux migrateurs, comme les oies sauvages.


Les oies migratrices m'ont toujours fascinée. Elles volent en V tout autour de la terre.
Certains cétacés aussi fonctionnent en V pour se déplacer tout autour de la mer.
Dans le ciel, les oies volent en V car cela permet d'améliorer l'aérodynamisme du groupe, mais cela a aussi un lien avec le phénomène d'aspiration: toutes les oies du groupe, sauf celle de tête, bénéficient d'une petite amélioration de portance due à l'aspiration créée par l'oie située un peu devant dans le V. Les oies effectuent des rotations, afin que chacune puisse se reposer ou mener le V. Economie d'effort et gain de rentabilité; elles vont vite et très loin sans trop se fatiguer. La nature est bien maligne.

En mer, au pied des montagnes de la Sierra Cabrera,
avec Tara Tari et les petits poissons qui se reposent derrière le safran,
inspirée par cette aspiration naturelle,
mon esprit s'évade avec un envol imaginaire d'oies sauvages migratrices.
je me sens bien.

Capucine

vendredi 23 mars 2012

♪ je vois la vie en rouille ♪ ♫ ♪♪ ♫♫

A quai.

Qui dit "Tara Tari", dit "bricolage et autres bidouilles".
Alors de retour au port, je prends ma super trousse à outils, toute belle toute neuve du départ. Un dimanche après-midi comme un autre, de bricolage à la maison.


Jusque là, tout va bien. 
J'ouvre ma trousse à outils.

Et puis..


Et puis...

Garrucha, mars 2012
Voilà, l'histoire de la vie de mes outils à bord de Tara Tari.
Toutes les semaines, c'est le même constat rouillé.
Assez vite après Barcelone, j'ai ajouté une ligne à la "to do" liste hebdomadaire :
"vider l'eau de la trousse à outils".

Garrucha, mars 2012
La rouille et moi on se connaît bien.
On était en colloc' ensemble, pendant 3 mois à Lorient,
j'ai grattouillé la rouille de Tara Tari avec des brosses, du sable, avec une meuleuse et aussi un marteau. On se connaît par coeur.

 Gratouillage de rouille. Lorient, juillet 2011.

Mais loin des yeux, loin du coeur, elle a dû avoir peur que je ne l'oublie.
Alors elle revient.
Doucement, surement.
Que voulez vous

A nager dans le bonheur,
on finit par voir la vie en rouille.

Capucine

Dérive, la contre attaque.

En mer. en approche du Cabo de Gata.

Nous sommes donc là.
Encore et toujours là.
Toujours sous la pluie.
Toujours un peu collés sur l'eau.
Toujours en approche du cap de Gata.
Le moral est bon: derrière nous, le phare de la Media Naranja est de plus en plus petit.

le phare de la pointe Media Naranja, passé depuis belle lurette
Quelques heures plus tard, la pluie cesse enfin et le soleil perce les nuages. 
Le vent d'Est tombe, et c'est bien dommage car après plus de 50 heures sous la pluie, je pensais que nous serions récompensés par un vent favorable qui nous laisserait enfin passer le cap de Gata.
Mais non.

Après une matinée de pétole, le vent de secteur Sud Ouest se lève violemment. Je vois le truc venir et prends un ris. "Tara Tari, ça va souffler fort! préparons-nous!" je file dans le bateau, vérifie que tout est bien amarré, déplace ce qui pourrait se casser la figure et ressors aussitôt sur le pont. En quelques minutes, les vagues se soulèvent et le vent siffle un air strident. Une rafale un plus costaude nous couche sur l'eau. Tara Tari se redresse. Je prends un deuxième ris, mais nous sommes toujours trop toilés.
- "Voyons bonhomme, c'est quoi ces manières? on ne se tient pas vautré comme ça dans cette maison!" je plaisante avec TaraTari, en espérant que le vent va mollir un peu.
Mais non. Au contraire. ça monte, et j'affale vite la grand voile.

Pendant trois heures, nous tirons des bords inutiles. J'ai pris des repères sur la côte, il me semble que nous reculons. Il faut dire que je n'arrive pas à virer. Dès que Tara Tari se retrouve face au vent, les vagues l'empêchent de changer d'amure. Je reste calme, et essaie plusieurs fois. Relancer le bateau en reprenant un peu de vitesse et hop, on vire. Mais non, ça ne passe pas. Tant pis, j'empanne. Et empanner quand on veut avancer au près, ça n'aide pas. C'est la lutte. Les vagues sont toujours aussi désagréables, courtes, hautes. ça déferle dans tous les sens.

Le problème c'est qu'avec la pluie et la pétole, je n'ai pas dormi du tout depuis 48h et je me sens donc un peu fatiguée. Les vêtements toujours trempés, je me sens fatiguée. Je regarde la mer qui n'a pas l'air de vouloir se calmer, et le vent non plus. Je remarque aussi que nous dérivons vers l'Est.
"Avec ce vent fort du Sud Ouest, nous n'arriverons pas à passer, Tara Tari. On tente encore quelques bords, et on avise. Mais je sens que ça va encore être un retour au port."

Par Vhf, je contacte le petit port de San Jose. Sans moteur dans ces conditions, il est impossible d'aller s'y abriter et eux n'ont rien pour nous remorquer. "Si vous avez besoin d'aide, appelez les Sauveteurs en Mer". San Jose est a une trentaine de milles de là où je viens. Je suis désolée de ne pas pouvoir entrer dans le port. Mais pas le temps de se lamenter. J'empanne mais cette fois pour faire route vers le Nord. Par VHF toujours, je contacte le port de Carboneras. Petit port attaché à une centrale thermique, pas vraiment fait pour les voiliers, à 10 milles au sud de Garrucha. Personne ne répond et vu les conditions de mer, je préfère ne pas m'y aventurer.

La fatigue ne m'aide pas à réfléchir intelligemment. Je ne sais plus si être contente de ma décision de jouer la sécurité, déçue de ne toujours pas passer le cap. bref, c'est un peu confus dans ma tête. Porté par le vent, surfant les vagues, Tara Tari est stable. Alors, attachée, assise au dessus de la descente, je regarde le Cap de Gata s'éloigner. Je ferme les yeux et m'accorde quelques secondes réparatrices.

où sont le vent et les vagues? exemple d'une photo qui ne parle pas d'elle même
Sous foc seul, nous avançons désormais au portant, vite, très vite vers le Nord. Je n'ai pas l'habitude de voir le paysage défiler si vite. Je branche le petit GPS: qui m'indique notre vitese : 6,8! je n'ai jamais été aussi vite! 7,1!! oulala. ça va trop vite, ce n'est pas bon pour Tara Tari ça! Je vais à l'avant pour prendre un ris dans le foc. Mais nous dérivons beaucoup vers l'Est, et cela va vite devenir un problème, car si je ne fais rien, d'ici quelques heures nous serons à Cartagena ou même à Barcelone! Je relâche le ris du foc et passe à l'action. Quelques mois après "pétole, la contre attaque" voici "dérive, la contre attaque"!


Je file dans le bateau, note sur ma main la position du port de Garrucha et prends le GPS. Je regarde notre position, surveille le cap indiqué par le GPS, et attends 5 minutes. Au bout de 5 minutes, je relève notre position. 5 minutes plus tard, je recommence. Et 5 minutes plus tard, encore. Cela me permet de voir à quelle vitesse nous dérivons vers l'Est. En effet, il est urgent de faire quelque chose. Cap à l'Ouest. Je vise le début de la plage de Mojacar, situé à 5 milles au Sud de Garrucha. Normalement ça devrait être bon. Assez vite, et parce que nous nous rapprochons de la côte, les vagues sont moins désagréables, et le vent un peu moins fort car les falaises nous protègent. Bonne option! Et avec les jumelles, je repère l'entrée du port: "Super, Tara Tari! Nous allons réussir! youpi!"


Et voili. Nous avons réussi.

Retour au port n°5.
ça pourrait être le nom d'un parfum,
senteur d'amertume.

Next time, peut être.
Capucine

jeudi 22 mars 2012

L'orage

Deuxième nuit en mer depuis le départ de Garrucha.

- "flop" dit la grand voile
Nous sommes collés, le long des falaises. Aussi collés sur l'eau que mes vêtements le sont sur moi. Il fait nuit et une brume épaisse et humide s'écrase lourdement sur nous. Le vent est nul - dans tous les sens du terme. La brume est si épaisse que je ne vois presque plus le phare de la pointe de la Media Naranja.
- "flop flop" répète la grand voile

Il pleut. Je suis trempée, j'ai froid et je râle parce que nous n'avançons pas d'une méduse.
Évidement le pilote automatique raymarine non plus n'aime pas la pluie et le vent faible.
- "bip bip bip bip" râle-t-il pour annoncer qu'il ne bosse plus.
- "flop flop" se plaint la grand-voile qui se sent inutile.

Le pilote NKE soigneusement rangé pour le garder tout frais tout neuf pour la traverser de l'Atlantique, je débranche raymarine, et prends à la barre. De toute façon je suis déjà trempée, et je n'ai beaucoup d'options alors je me dis "ce n'est que de l'eau et a le mérite d'être allégée en sel ".

- "Flooooop flop" insiste la grand voile.
- "C'est bon, j'ai compris la GV! moi non plus je ne me sens pas très utile, alors prends sur toi!"
- "flop" me dit l'insolente.

Insolente, car dans ce dernier "flop", la GV a dépassé les bornes en me faisant une farce.
Alors que la pluie s'est calmée, je me reprends une averse. C'est exactement la même sensation, quand, à terre, après une averse, on marche sous un arbre dont les branches sont encore pleines d'eau. Un souffle de vent, juste au moment où vous passer sous l'arbre. Les branches bougent un peu. Juste un peu. Juste ce qu'il faut pour que l'eau des branches vous tombe sur la tête! Et voilà, vous êtes trempés. Et bien c'est pareil. La gv a secoué ses branches et hop. Je me suis pris toute l'eau sur la figure!
Mais... même pas mal, j'étais déjà trempée.

La pluie revient, plus forte qu'avant. J'entends le tonnerre, et je vois les éclairs en lumière diffuse dans les nuages un peu plus au Sud Est. C'est impressionnant. Le tonnerre raisonne, tout autour de nous. Nous sommes cernés par les éclairs. Il ne manquerait plus que l'on se prenne la foudre!

Accroupie, la main sur la barre, trempée jusqu'aux os, je lève la tête vers le haut du mât, regarde les éclairs, tout autour et réfléchis. Je repense avec affection à mes années de louvettes, à Bruxelles, pendant lesquelles nous mettions des pommes de terre sur le haut de nos tentes, pour nous protéger de la foudre. Mais je n'ai pas de pomme de terre à bord. Je peux éventuellement essayer de monter en haut du mât pour y 'installer' de la purée de pommes de terre en poudre, mais j'ai un doute sur l'efficacité du procédé. Sous la pluie, ce souvenir d'enfance me fait sourire.
Pour ne pas m'endormir à la barre, je chante à voix haute.

Après plusieurs heures de spectacle, le ciel prend enfin la couleur de l'aube.
La délivrance.
Le vent est un peu revenu et je tente d'aller chercher un peu de pression en bordure des nuages, ça fonctionne et je rebranche le pilote qui, après une nuit de repos, est ok pour fonctionner lui aussi.
Je ne suis plus qu'à quelques milles du Cap de Gata. Le bonheur malgré la bruine.



Et le nouveau jeu de la matinée a des airs de problèmes mathématiques. Voici l'énoncé.
Sachant que la terre tourne autour du soleil, que le vent tourne sans logique, que les grains se déplacent, que la houle nous pousse vers l'Ouest, que nous voulons aller vers le Sud et que le temps passe à une vitesse supérieure à notre avancée: Où Tara Tari doit-il se placer pour voir le soleil se lever ?

un grain mouvant
hop, hop. Quelques manoeuvres plus tard, nous rendons notre copie.
hum, hum. Quelques minutes, Jupiter, Neptune et Elole vont dévoiler leur verdict.
hé, hé. Soleil dévoilé! Nous avons eu bon :)


Le vent tourne et nous aussi,
Et nous avons vu le soleil.


C'était super beau.

La question que l'on se pose alors, ne doit pas être "que faire, en cas d'orage, pour voir le soleil ?" Mais plutôt "quelle chanson chanter en cas d'orage, pour enfin voir le soleil ?"
Chanter l'orage heureux. Voilà notre méthode.

"L'orage" de Georges Brassens. Une histoire amusante qui m'a permis de tenir toute la nuit. Si vous avez trois minutes, ça vaut le coup d'écouter les paroles.



-"flop, flop" acquiesce la grand voile.
Le vent est retombé.
A 3 milles du Cap de Gata.

Capucine