jeudi 24 mai 2012

Cogitation et décision: départ de Gibraltar.

Gibraltar. mois d'avril 2012.

Nous étions en plein chantier, en face du caillou de Gibraltar. Et plus précisément, il me semble que c'était là,


devant de bons petits pulpitos cuisinés pendant qu'il bricolait le moteur, que j'ai parlé à Corentin de mes différentes réflexions quant à la suite de mon aventure.

Pour traverser l'Atlantique, il y a une saison à respecter. Les tempêtes tropicales vont bientôt commencer à s'amuser sur l'océan. Les cyclones tourbillonnent sur l'Atlantique du mois de juin au mois de novembre, ce qui signifie que pendant les 6 prochains mois, il me faudra rester du côté Est de l'océan. Cela fait 6 mois que je vis "TaraTari". Cette vie épurée, en simplicité, m'a fait éplucher au fil du temps mes véritables besoins. Grâce à ce mode de vie, mes dépenses auront été limitées au strict nécessaire: frais de port, outils et autres besoins pour prendre soin de Tara Tari, factures téléphone et nourriture. Mais étant partie sans beaucoup de moyens et malgré la générosité de tous, aujourd'hui, la tirelire est vide. 6 mois de ce côté de l'Atlantique et plus un sou en poche: telles sont les deux données de mes cogitations d'avril. Il me faut trouver un travail, c'est certain; mais je ne veux pas mettre fin à l'aventure et réfléchis donc à la meilleure solution: rester à Gibraltar et travailler ou poursuivre l'aventure et rester un peu ailleurs pour travailler. Ecrire sur les endroits où je me trouve et vendre mes papiers.. ou faire tout autre chose, qu'importe. Ma seule certitude, ma vie de nomade commence vraiment.
*

A la marina, à la Linea, j'ai ensuite parlé de tout cela avec Esteban, un des chefs du port devenu bon ami; il me dit qu'avec l'aide de Sam, kite-surfer français qui a une voilerie là-bas et que j'ai eu l'occasion de rencontrer, il serait assez facile de trouver un petit boulot à Tarifa. Et puis grâce à Ludo, j'ai rencontré le Consul de France de Gibraltar qui m'a proposé une solution rêvée: un travail certainement possible, à Gibraltar dans une société de paris sportifs en ligne. Je n'imaginais pas que les recherches soient si fructueuses, les solutions si rapides. Il aurait été facile d'accepter, mais pourtant, j'ai voulu réfléchir encore. Dans ces tous premiers jours du mois de Mai, j'éprouve le besoin de poursuivre, de partir sur une traversée au large avant de prolonger l'escale.


Le 7 mai. Il fait nuit et je suis seule à bord de Tara Tari. Je regarde le caillou de Gibraltar, éclairé par la pleine lune et je pense. Le vent d'Ouest souffle depuis plus de 5 semaines. Cette nuit, dans le silence, je pense au vent, c'est à dire à l'élément essentiel de mon aventure, et prends une décision: dès que le vent tournera et soufflera de secteur Est, j'en profiterai pour partir.

Le 8 mai. J'ai bien dormi, l'esprit soulagé par la décision enfin prise. Assez tôt, je pars vers le bureau d'Esteban, lui annoncer que je partirai dès que le vent tournera. Nous parlons un peu. A 11h du matin, en ressortant de son bureau, je regarde Tara Tari, esquisse un sourire aux nuages: le drapeau du Bangladesh ficelé au pataras flotte vers l'Ouest. Le vent a tourné. "Tara Tari, mon cher petit bateau, c'est décidé: nous partirons demain".

En marche vers Gibraltar, je pars retrouver Ludo pour le déjeuner. Ludovic est un Français installé à Gibraltar depuis des années. C'est grâce à Sidney (Gavignet) que je l'ai rencontré. Ludo est devenu un vrai marin très jeune, puisqu'il a embarqué et vécu "l'école en bateau". Un jour il s'est posé à Gibraltar, et n'en est plus reparti. Aujourd'hui marié et papa de petits enfants trop mignons, nous avons passé un long moment à parler des aventures en mer et de l'aventure à terre qui consiste à se poser, à construire autre chose, peut-être la plus belle aventure: une famille. C'était une des plus belles discussions, un des meilleurs échanges des six derniers mois. Je tenais donc à voir Ludo avant de larguer les amarres et nous partons déjeuner avec son partenaire de boulot.
- "c'est décidé, je pars demain.." annonce-je devant ma salade.
- "ah! excellente nouvelle! je suis bien content pour toi! s'exclame Ludo avec un grand sourire. Il a l'air vraiment content que je parte. Il poursuit: "Il y a tellement de personnes qui se disent 'je fais une halte à Gibraltar' et qui finalement jamais ne repartent. Si tu restais là quelques mois.... tu aurais fini par faire comme nous, tu resterais ici. C'est génial que tu poursuives ton aventure! Je suis soulagé pour toi."
Ludo a peut-être raison; Gibraltar est un endroit où la vie semble agréable, mais mon aventure m'appelle et c'est plus fort que tout, j'éprouve le besoin de partir et continuer.

Le déjeuner se termine. Ludo me demande :
-"tu es prête à partir ?"
- "plus ou moins: mon frère m'avait offert la carte marine du détroit mais je n'ai pas de cartes pour aller aux Canaries, c'est la mission de mon après-midi." Si je trouve les cartes, plus rien ne m'empêchera de partir dès demain. Mon instinct me dit que je fais bien.

En partant Ludo me donne une adresse, à deux pas de là où nous avons déjeuné. "Tu trouveras peut-être ce qu'il te faut".


*
Revenons à nos pulpitos.
Avec Corentin nous étions arrivés à différentes réflexions et différentes solutions.

- Réflexion n°1: Poursuivre l'aventure signifie s'adapter aux contraintes. Solution > Avancer avec Tara Tari, et trouver ici ou ailleurs un peu de travail. Commence alors ma vie de nomade.

- Réflexion n°2: Faire le choix d'une vie simple est un accès au bonheur et nous voulons tous les deux poursuivre dans cette voie. Solution > nous définissons les principes et lançons notre mouvement. Tara Tari doit continuer à porter ce message.

- Réflexion n°3: Il faut être à l'écoute de son instinct. En mer, c'est ce que l'on appelle le sens marin. Solution > je partirai de Gibraltar quand cela me semblera être la décision évidente. 

- Réflexion annexe: Que je cuisine pendant que Corentin répare le moteur est un effrayant cliché. Solution > le lendemain j'ai passé deux heures les mains dans l'huile de vidange pendant que Coco est allé prendre un café et parler chiffon avec Jeff le mécano anglais.
*

L'aventure continue.
Capucine

lundi 21 mai 2012

aux Canaries !

Lanzarote, le 21 mai 2012.

Bonjour les amis!

Merci pour vos messages et désolée pour ceux qui se sont inquiétés; tout va très bien! Après 11 jours en mer, nous sommes bien arrivés dans l'archipel des Canaries, finalement sur l'île de Lanzarote, ce matin 21 mai à l'aube. Décor lunaire, l'île est superbe.

Tara Tari au port Calero, Lanzarote le 21 mai.
La nav' s'est bien passée mais les conditions ont été assez éprouvantes pour Tara Tari mais aussi pour Maxime et moi: coup de vent violent dans le détroit de Gibraltar, pétole au Maroc (sans moteur...), du vent fort ensuite, et très fort encore après, et puis au large la houle Atlantique est bien grosse et bien haute vue du pont de Tara Tari!

En approche de l'archipel, cette nuit, le vent était trop fort pour aller sur l'île de Graciosa la rigolote, alors nous sommes allés un peu plus à l'abri, sous le vent de l'île de Lanzarote, au port de Calero. En remplissant les papiers à la capitainerie, j'ai découvert qu'il s'agissait du port d'entrainement des TP52 et ou encore des bateaux de la Volvo Ocean Race Groupama, Puma et Ericsson. Mon petit Tara Tari aime décidément glisser sur le plan d'eau des grands!

Mais l'endroit est surtout sauvage, désert et... vraiment joli.
je file me reposer un peu car j'avoue, je suis épuisée!
A bientôt pour le récit de l'aventure au large du Maroc, entre Gibraltar et les îles Canaries!
Capucine


mercredi 9 mai 2012

départ en mer : de Gibraltar aux Iles Canaries

Mercredi 9 mai 2012.


Le vent d'Est est arrivé et avec Tara Tari, nous larguons les amarres pour poursuivre notre aventure!

Départ de La Linea de la Concepcion (Gibraltar), traversée du détroit de Gibraltar et cap sur les îles Canaries! Une chouette traversée qui marquera l'arrivée de Tara Tari dans l'océan Atlantique :)

préparation de la navigation, hier.

Question météo, le vent sera Est pour sortir du détroit, donc plutôt bien... mais ce "levante" va être fort, puisqu'un coup de vent est annoncé pour ces prochaines 48h: on aura peut-être 40 noeuds mais comme il n'y a pas d'instrument à bord on ne le saura pas, et donc on n'aura pas peur du chiffre. J'ai un peu hésité, car cela fera beaucoup de noeuds dans mes cheveux, mais l'envie de partir a pris le dessus: ce vent fort sera bien pratique pour quitter le détroit rapidement, car ce sera au portant et cela permettra d'avancer malgré le courant qui, au centre du détroit, nous poussera fortement vers l'Est.

Ensuite, ce sera principalement du portant jusqu'aux îles Canaries.

La super surprise du jour, c'est que Maxime, mon équipier du Golfe du Lion, arrive dans quelques instants à Gibraltar! Il embarque donc pour la sortie de la Med, et cela me va bien, car la prise du pilote automatique est défaillante et comme je n'en ai pas trouvé de rechange ici pour la remplacer, j'avais peur de tomber vite en panne de pilote. Et puis notre nav en novembre s'était bien passée, je suis sure que cela se passera bien cette fois-ci encore. Nous serons deux à bord de Tara Tari, à surfer les vagues du détroit de Gibraltar, ça s'annonce sport mais sympa :)

Je n'aurais pas les moyens de donner des nouvelles (sauf si vous êtes à portée VHF), et il n'y a pas non plus de dispositif qui permette de suivre Tara Tari à la trace. Du coup pas d'inquiétude : ce sera silence radio pendant quelques jours, jusqu'à l'arrivée aux Canaries.

Il y a plusieurs îles dans l'archipel et je ne sais pas encore quel sera le port d'arrivée. Pendant la traversée je ferai ma route vers l'île Graciosa, simplement parce que je trouve ce nom "île Rigolote" super chouette.

En préparant la navigation hier, les cartes me faisaient rêver (message pour Ludo, à Gibraltar: j'ai bien trouvé les cartes dans le petit bureau de Gibraltar charts! merci) et je me sens chanceuse de vivre cette vie de nomade en mer. Il va y avoir du vent dans le détroit, mais j'ai confiance en Tara Tari, et puis nous serons deux.

Je suis vraiment heureuse de repartir en mer...
à bientôt pour de nouvelles aventures!
Capucine





lundi 7 mai 2012

élue réparation de l'année 2012

La Linea. fin avril 2012. suite du chantier de Gibraltar au varadero de la Marina Alcaidesa.

 
J'avais été un peu vite en écrivant  ici "nous rangeons les outils". Si DjianDong s'est refait une petite santé, il y a toujours ce problème d'incontinence aiguë et salée, qui fait souffrir ce brave Tara Tari - et mes petits bras, aussi.

Au rythme de 300 litres d'eau vidés en 5h, 24h/24, ces derniers mois, la situation s'est aggravée depuis le Golfe du Lion où écoper avec la super pompe fabriquée par Guillaume et Anaïs à Marseille était encore gérable. Mais depuis Valence, c'est par seaux de 10 litres que je peine à suivre le rythme du débit de la fuite mystère. Ok, j'ai gagné en muscu, mais j'ai aussi perdu pas mal d'énergie dans la bataille hivernale. je ne me suis jamais attardée trop sur le sujet de peur d'inquiéter ma chère maman, mais en vrai, la situation était assez pénible. Au-delà du confort, traîner des centaines de litres d'eau dans ses fonds, c'est très mauvais pour le bateau et il est évident que je ne peux pas continuer comme ça dans l'open space Atlantique.

Séance muscu dans Golfe du Lion - novembre 2011
10 jours après la sortie de l'eau de Tara Tari, je continuais à écoper l'eau qui se vidait des caissons étanches. Autant dire que ce petit détail n'a pas manqué de faire sourire mes amis du varadero qui me demandaient un peu inquiets "T'es sure que c'est normal?"

Le "petit problème" n'est pas nouveau: Corentin déjà, écopait des litres d'eau par heure. A priori cela semblait venir du tube d'étambot alors il y a six mois à Lorient, nous avions tenté une réparation dont nous étions super fiers, mais avec l'hiver, notre fierté a vite été se r'habiller. Le phénomène s'est aggravé au fil de mes mois en mer. Nous avons mené l'enquête et c'est pendant ce chantier de Gibraltar que nous pensons avoir plus ou moins réussi à clore l'humide dossier.

Enquête et réparation: retour sur ce qui aura été un vrai petit polar :

Etape n°1: Déposition des témoins.
 Témoin n°1 : Tara Tari
- "Bonjour Tara Tari. Dites nous tout: Vous êtes vendeur de rêve, pas porteur d'eau. Qui est responsable de tout ce trafic d'eau de mer, cachée dans vos caissons? Nous voulons un nom."
- "..."
- "Garder le silence ne vous aidera pas. Nous pourrions vous accuser de complicité: si vous acceptez de nous aider nous vous remettrons à l'eau dans les plus brefs délais. "
- "..."
Devant ce silence du pote qui ne veut pas balancer, nous avons fait le petit tour que font toujours les policiers dans les films, sur la scène de crime.
- "Inspecteur! là! Regardez!"
L'inspecteur Coco arrive. Sourcils froncés, il touche la surface brillante:
- "Voici qui est intéressant: de l'eau! Nous tenons un indice."

Témoin n°2: DjianDong
- "Bonjour DjianDong. Prenez place. Il paraît que vous étiez souffrant; désolés de vous déranger pendant votre convalescence, mais nous soupçonnons le tube d'étambot et nous pensons que vous avez pu être témoin de quelque chose..."
- " 我会说什么 "
L'inspecteur Coco me lance un regard qui veut dire "t'as compris?" auquel je réponds par un autre regard qui veut dire "absolument pas". Et alors que l'inspecteur Coco allait reprendre son interrogatoire, le témoin, tout pâle, fait un bruit étrange...


L'Inspecteur Coco garde son air sévère et constate alors:
- "Je crois que le témoin DjianDong a vomi".
De l'huile partout dans la salle d'interrogatoire!
- "On ne vous l'avait jamais faite, celle-là, Inspecteur!" je me pince les lèvres pour ne pas rigoler.
- "Détrompez vous, ce n'est pas la première fois que j'interroge l'insolent. Il me fait le coup à chaque fois! Inutile d'aller plus loin, il ne dira rien de plus."
(Aparté personnel: toujours d'une grande aide, celui-là).

Etape n°2 : Passer à l'action
Nous partons en ville acheter un tube en plastique long de 4 mètres du diamètre du tube d'étambot.  

Etape n°3: Attraper le coupable.
Nous retirons délicatement le safran, l'arbre d'hélice et aussi le super petit palier de ligne de l'arbre d'hélice en caoutchouc, que nous avions customisé il y a quelques mois avec de la chambre à air de camion et du sikaflex. Petit palier de ligne que nous regardons trois secondes avec un brin de perplexité: "il était pourtant bien notre bidule." La zone est claire et nous allons pouvoir tenter de piéger le responsable qui ne se doute pas encore de notre plan. Parce que ça y est, nous avons un plan.


L'Inspecteur Coco surveille ses arrières, c'est bon, la voie est libre. Les mains pliées en pistolet, il m'indique qu'il va monter sur le ber. Au pied de l'échelle, armée de la même manière, je le couvre dans son ascension. Pendant que l'Inspecteur ouvre la petite fenêtre témoin du caisson étanche, je remplis un bidon d'eau de 20 litres et lui donne. Pour les besoins de l'enquête nous allons remplir le bateau d'eau (je sais, après tous ces litres écopés... ) histoire d'être sûrs et certains de nos premiers résultats. A l'extérieur du bateau, j'enfonce une pinoche en bois dans le tube métallique, et en donnant quelques coups de marteau, j'oublie un instant mon rôle policier et m'adresse à Tara Tari:  "Mon pauvre Tara Tari! je suis désolée, ça ne doit pas être bien agréable cette pinoche..... désolée, vieux!".

De l'intérieur, l'Inspecteur Coco me dit qu'il commence à verser l'eau et puis il me demande un truc qui, écouté d'ici, était du genre " eschhuhusotkpmoalojh?" que je ne comprends pas trop mais auquel je réponds par un "oui oui" presque convaincu. J'imagine que la question était "c'est étanche, c'est bon?". Mais non ce n'est pas super étanche et j'emballe le tout dans du gros scotch gris qui sert souvent à tout sur le bateau. Un vrai petit bouchon étanche.


Nous en profitons pour vérifier qu'aucune autre gouttelette d'eau ne vienne perler comme ailleurs sur la coque du bateau. Tout va bien, aucune autre larme repérée. Retrait de la pinoche, pas si fastoche. Pauvre Tara Tari, il a dû serrer les fesses et maintenant la pinoche est bloquée! Chacun à notre tour essayons de lui retirer le bout de bois: avec une pince, avec un ciseau à bois, avec le tire bouchon du couteau suisse et même avec du Forlax. Il y a urgence, avec l'eau située de l'autre côté, le bois gonfle et plus nous attendons plus l'opération sera encore plus compliquée. Sincèrement désolés pour notre petit TaraTari, nous nous amusons malgré tout dans la manip' et finissons par réussir à lui retirer son petit bouchon. 

Nous poursuivons l'inspection quand soudain: le coupable! Nous découvrons que l'eau ne vient pas du tube d'étambot mais de son contour, entre le tube et la coque. Tout s'explique! Avec les vibrations dues à la navigation, la coque en fibre (et donc souple) bouge alors que le tube en métal (et donc dur) ne bouge pas. L'eau futée comme un renard en profite pour se glisser dans le minuscule petit jeu: peu de place, mais en se serrant les gouttes, hop, elle arrive à se glisser dans le bateau! Le petit jeu, le voilà notre coupable!

Ciseau à bois et marteau pour un déstratage complet du tube. Casser cette fibre est aussi agréable que de casser un mur d'une maison quand on sait que l'on aura plus de lumière ensuite. Là, nous savons que si nous réparons bien, il n'y aura plus d'infiltration d'eau! - ô joie! ô espoir!

Etape n°4: La peine:
Quelques points de soudure, de la strat', du caoutchouc et des menottes! Grâce à Paco, qui travaille au varadero, nous soudons des pièces métalliques dans la hauteur et créons un relief sur le tube pour que la fibre et la résine accrochent bien.


Il faut que le jute et l'écologie se bouchent les oreilles pour ce que je vais dire lors des deux prochaines lignes: nous stratons avec de la résine epoxy car elle tient mieux dans l'eau et avec de la fibre de verre bien posée.


Le lendemain, après une nuit de garde à vue et quand tout était bien sec, nous avons mis un morceau de tuyau en caoutchouc assez épais autour du tube afin qu'il absorbe les vibrations des prochaines navigations. Tube fixé avec deux bracelets métalliques très serrés. Le coupable menotté est désormais inoffensif! Nous nous félicitons pour cette enquête bien menée et enfin terminée et remettons en place notre super petit palier de ligne d'arbre d'hélice qui en fait tenait bien, l'arbre d'hélice et le safran.

Quant au tube de 4mètres? Il n'aura finalement servi à rien d'autres qu'à notre humour, à base de très sérieux "Tu veux un tuyau?" - lire bonne astuce- ou encore de très sérieux " Je crois qu'on tient le tube de l'été" - lire bon morceau de musique.

Après plusieurs jours de test en mer, je peux l'affirmer: la mission a été une réussite: plus de trafic d'eau salée dans les fonds de Tara Tari qui a enfin les fesses au sec!

 -la réparation du siècle des 6 derniers mois -
Alors je me dis que pour les réparations, ça devrait être comme pour le fromage,

on voit bien qu'ils ne connaissent pas la mimolette dans ce pays...
il devrait il y avoir un titre de "réparation de l'année " décerné.
la nôtre aurait été élue.

Départ mercredi pour 700 milles nautiques de test en pleine mer, avec deux tubes de 2 mètres en plastique. Leur future utilité? quelle question: 2 mètres de bonnes astuces et 2 mètres de bonnes musiques, ça sert toujours dans la vie. 
Capucine


mise à jour

La Linea. mai 2012.

Reprenons. Nous en étions là, en mer, à Gibraltar :

Le phare de Punta Europa - Gibraltar

Tara Tari enfin à l'eau après un bon gros chantier (répa moteur, répa entrée d'eau, et répa de certains des petits bobos de l'hiver en Med....), je me sens mieux et soulagée. Ce chantier était important car vu les tonnes d'eau qui entraient cela semblait compliqué de ne rien faire avant d'aller naviguer au large, en Atlantique. J'espère que les réparations tiendront...

Corentin est venu quelques jours et c'était top. Bien que tout le monde soit très gentil avec moi, je ne vois pas beaucoup de visages familiers depuis bientôt 6 mois, alors forcément ces quelques jours ont été vraiment agréables pour le moral.

Avec Tara Tari nous avons re-fait le taxi, cette fois-ci entre La Linea et Algeciras, d'où Coco repartait. Nous avons été un peu meilleurs que lors de notre trajet Lorient - Concarneau (pour ceux qui suivent depuis le début) (*) et Corentin n'a pas loupé l'heure du retour. Partis avec 2 ris dans la GV et un autre dans le foc, c'était assez sport, les gens de la zone de carénage ont d'ailleurs plaisanté en nous traitant de "crâneurs" en nous voyant manœuvrer dans de telles conditions. Navigation sympa, au milieu des vagues et des cargos. Un bloqueur d'écoute de foc a lâché, mais Coco a changé la vis pendant que je barrais, donc rien de problématique, et il a également tenté de démarrer le moteur.... qui a démarré et qui s'est arrêté au bout d'une petite minute. aïe aïe ce DjianDong alors.

 une seule petite sortie en mer à deux, mais top!

A Algeciras, situé au Sud Ouest de La Linea, j'ai été très bien accueillie par le Real Club Maritimo qui nous ont invité, TaraTari et moi, dans la petite baie de El Saladillo. Encore merci Pino, pour cet accueil.

A La Linea, personne ne s'attendait vraiment à ce que je revienne car cela me faisait revenir en arrière, plus au Nord Est. Mais je suis rentrée, car j'avais dit que je revenais et parce que la Marina Alcaidesa est l'endroit parfait pour préparer la suite de l'aventure. Tout se passe à merveille avec l'équipe du port, et ce cadre de confiance aide à bien tout préparer. Le trajet du retour a été assez rapide car le vent est comme d'hab ici, assez fort. Beaucoup de vent et de gros bateaux aussi! C'est de la folie le trafic, ici. Plus inquiétants que les cargos, les bateaux qui font la liaison avec le Maroc à toute allure sont impressionnants. Ceux qui ont eu l'idée de leur faire faire traverser le détroit en 35 minutes ne font visiblement pas de bateau à voile :) C'est assez effrayant de voir ces monstres vous arriver dessus si vite, mais comme pour beaucoup de choses, cela s'anticipe, et il n'y a donc pas eu de problème. La seule petite surprise du retour, c'est que le pilote automatique Raymarine n'a pas voulu travailler... et comme le capteur d'angle de barre du pilote NKE est cassé, j'ai dû faire sans pilote automatique. Tout à fait gérable sur une navigation si courte.

 Tara Tari, s'improvise voilier taxi en baie de Gibraltar
En 2h, j'étais rentrée à La Marina Alacaidesa et avec une gentille petite rafale qui va bien juste au moment d'arriver à la voile au ponton. Manoeuvre réussie, mais remarquée dans le port parce que le vent était fort et aussi parce que la drisse de GV était vrillée en tête de mât, ou je ne sais pas trop quel était le problème, et qu'il m'a donc été impossible d'affaler la grand voile avant d'arriver au ponton. Tara Tari amarré, j'ai fait le singe et réussi à affaler. Mais dans la manip', une nouvelle petite rafale a gonflé la voile au moment où la drisse s'est libérée, je tenais la voile dans les mains... Résultat: une jolie petite galipette sur le ponton! A la VHF, j'entendais Esteban éclater de rire et me féliciter pour ma figure acrobatique qu'il disait avoir vu depuis le varadero. :)

Tara Tari à l'eau, au ponton, au pied du légendaire caillou anglais; tout est parfait. Il me reste un peu de bricolage mais le gros est fait et peu à peu je retrouve mon petit rythme de vie, simple et tranquilou avec Tara Tari.

Le vent d'ouest ne cesse de souffler depuis un mois. et fort en plus. Et depuis le départ de Corentin, la pluie battante tombe sur Gibraltar. A bord de Tara Tari je m'organise, car l'eau trouve toujours un petit moyen de rentrer se mettre au chaud. Un de ses spots, c'est le pied de mât: un vrai robinet! mais les gouttes filent le long de la serre et tombent un peu partout. Alors avant d'aller isoler le problème à l'extérieur, j'ai fixé un petit bout à la source, l'eau coule tout autour et arrive dans ma petite casserole placée judicieusement en dessous. Eau de pluie récupérée sans bouger: c'est nickel pour la vaisselle.
l'eau de pluie récupérée sans effort dans la cuisine

Et comme l'eau de pluie goute aussi un peu à l'avant, je passe trois nuits à dormir dans le sens de la largeur, recroquevillée là où tout semble un peu moins humide. Et pendant ces longues journées de pluie, je m'occupe sainement dans mon petit antre de jute, avec un bon livre (L'expédition du Khon Tiki de Thor Heyerdahl), du thé, de quoi écrire et dessiner, mon harmonica et quelques fruits frais.

- kit d'activités en temps de pluie à bord -

Et Ernest dans tout ça? Avec un petit bout d'écorce de palmier, j'ai réussi à lui faire une attelle légère mais solide, et avec quelques poissons péchés dans le port, le petit goéland brun s'est refait une santé. L'attelle retirée, il a même réussi à voler un peu ce matin! Sa convalescence devrait encore durer, mais il peut se nourrir tout seul alors je laisse désormais la nature se débrouiller toute seule. Elle fera les choses bien mieux que moi. Et puis moi je dois m'occuper de Tara Tari et de la suite de l'aventure....

Une suite qui arrive vite puisque le départ de la Linea est fixé mercredi 9 mai! Le vent d'Est tant espéré arrive enfin! Navigation jusqu'à Tarifa, traversée du détroit de Gibraltar et cap sur les îles Canaries! une belle et longue traversée en perspective qui marquera l'arrivée de Tara Tari dans l'océan Atlantique...

Les amis de la Volvo Ocean Race arriveront à Miami avant Tara Tari et moi, mais nous risquons de croiser les amis de l'Europa Warm'Up, qui naviguent en Imoca en préparation du Vendée Globe. Ce serait rigolo.

voilà pour la petite mise à jour, il y aurait milles anecdotes mais ce sera pour une prochaine fois, car là, puisque je me prépare au départ: je n'ai qu'un mot à dire :
youpi :)
Capucine


dimanche 6 mai 2012

Tara Tari ramène sa fraise

Gibraltar. mai 2012, toujours à bord de Tara Tari.


On va tenter quelque chose, vous voulez bien ?
Il vous faut, pour cette expérience, prendre 3 minutes de votre temps.

Regardez attentivement cette image, pendant au moins une minute entière :

- à bord de Tara Tari, le 5 mai 2012 -

naaaan... la minute n'est pas passée.
hop hop hop: on se re-concentre sur l'image.

Et maintenant,
Regardez cette deuxième image, pendant au moins une autre minute entière :

 cinq fraises et un kiwi - toujours à bord de Tara Tari
Alors?
Petite envie de manger un fruit ?

héhé. je le savais.
c'est trop joli, un fruit. et en + c'est bon.
Il paraît que c'est une des bases du marketing, ça, de créer le besoin.

le monde a besoin de fruits. et nous aussi!

vive les fruits :)
Capucine


NB: On dit d'un bateau qu'il "ramène sa fraise" quand, dans une discussion, il intervient sans que le sujet ne le regarde vraiment ou sans qu'on lui demande son avis.

jeudi 3 mai 2012

A l'eau le bonheur

En Baie de Gibraltar, avec Corentin, avril 2012.


Un jour, la patience et l'impatience sont devenues un peu trop lourdes à porter,


alors nous avons eu une idée, et nous nous en sommes allés.


A l'eau, notre bonheur !


Que tu as fière allure, petit Tara Tari, dans ce vent, ces vagues et ce soleil!


Qu'on se le dise, être heureux est une bonne idée.

L'aventure continue !
Capucine