le 8 juin 2012. Lanzarote.
C'est aujourd'hui, la journée de "l'océan"... mais comme pour le reste, cela devrait être tous les jours.
Un peu partout, des associations et des institutions vont lancer de belles initiatives pour mieux connaître la mer, pour apprendre à la respecter. C'est important, l'action. Aujourd'hui aussi, nous pourrions prendre le temps de réfléchir. A l'avenir, à ce qu'il pourrait être si nous ne faisons pas plus attention. La prise de conscience passe aussi par la réflexion, afin d'être individuellement bien convaincu de l'importance d'entreprendre des actions durables. Bien qu'elles soient encore vraiment nécessaires, je suis certaine que si nous prenions tous un peu plus de temps pour y penser, nous n'aurions plus besoin de tant de campagnes de sensibilisation.
En plus des bonnes actions qui seront faites aujourd'hui, j'espère que chacun essaiera de prendre quelques instants, en silence et si possible au silence, pour réfléchir.
Bonne journée à tous les océans,
capucine
C'est l'histoire d'une jeune femme et d'un joli petit bateau. Ensemble, ils se sont soignés et ont décidé de partir s'amuser et voyager. Suivez les aventures Capucine et Tara Tari! Tout au long de son périple, Capucine Trochet va à la rencontre des personnes et des cultures, apporte son témoignage, apprend de ces échanges. Elle partage son expérience, sa simplicité et son idée que le bien-être est accessible à celui qui veut bien comprendre et prendre le temps.
vendredi 8 juin 2012
mercredi 6 juin 2012
et j'ai surfé à Famara
Lanzarote. mai & juin 2012.
Session surf.
Je suis une snowboardeuse mais pas une surfeuse, pourtant ce matin, à bord de Tara Tari, je me suis réveillée en écoutant une musique CLIQUER ICI POUR ECOUTER LA MUSIQUE DU REVEIL ça m'a donné la pêche: ALORS à grande forme grande résolution:
Direction le nord ouest de l'île: Let's go surfin'!
Ici sur l'île de Lanzarote,
il y a un spot. Il s'appelle Famara.
Déjà, la route, pour venir jusqu'ici, elle plante le décor. C'est comme dans les magazines, elle te vend du rêve: le désert qui tombe
dans la mer, le moulin à vent qui ne marche plus mais qui est là parce
que c'est le spirit, le sable que le vent a soufflé sur la route, le drapeau qui reste rouge
365 jours par an, le Mitch Buchannon local est là dans sa cabane en bois, avec sa planche, sa
bouée de sauvetage rouge, ses abdos, et son 4x4 jaune. Et puis il y a les vagues. Tu les vois de loin, les vagues de Famara.
Mais quand tu arrives à Famara, avant de sortir ta planche, tu t'approches de la mer, et tu regardes les vagues. Enfin, c'est comme ça qu'ils font ici, les 'vrais'. A côté de moi, deux surfeurs. Ils se tiennent debout, les bras croisés genre les mains sous l'aisselle opposée, ils froncent légèrement les sourcils, et regardent la mer en silence. Ils regardent la mer. Ils regardent la mer. L'un d'eux bouge un peu son pied dans sa tong mais ils continuent: ils regardent la mer. Et puis tout d'un coup, après peut-être 25 minutes d'observation de la mer, après trois clignements de paupières et après quatre remuages d'orteils gauches, l'un des deux gars regarde l'autre et lui dit avec une voix super zen mais toujours sans sourire et fronçant toujours un peu les sourcils, une phrase très éloquente :
- " 6'2"."
- "grave" répond l'autre.
Les gars bougent et moi je file au surfshop, dans ce petit bled-là -Caleta Famara- du côté ouest de la plage.
J'arrive au surfshop.
Là, le gars est entrain de se rouler sa cigarette.
Ambiance tong, short long et petit t-shirt qui va bien.
Il me regarde : 'surfing?"
je ne réponds pas, mais je souris, genre "yes man".
Et là, les choses se compliquent.
Il me regarde et me dit
- " 6'4" ?"
je fais genre celle qui sait de quoi elle parle:
- " les gars parlaient de 6'2" "
- " ouai, mais j'ai regardé ce matin, franchement je pense qu'un 6'4", c'est pas plus mal"
- " je vais partir sur un 6'6", si ça t'as ça...?"
- "yes, my friend" me dit-il en me tendant la board. "bon trip!" me dit-il encore.
Me v'là donc avec ma 6'6" sous le bras, devant les vagues de Famara.
Et quelque chose me dit que ça ne va pas être triste cette histoire.
Les deux gars arrivés sur zone en même temps que moi et sont là, eux aussi.
Ils ont leurs shortboards posées sur le sable et commencent les étirements.
En fait, ils étirent surtout les paupières en regardant "elle ": la fille qui était déjà en train de s'étirer quand on regardait tous la mer, il y a une heure maintenant.
En même temps, c'est important les étirements, avant d'aller surfer.
Et quand tu es une fille, visiblement, il faut s'étirer avec la combinaison à moitié enfilée. Toutes les autres filles de la plage - elles sont 2 - ont la combi à moitié enfilée quand les gars - ils sont 26- eux, moulent leurs pecs dans le néoprène noir. Va savoir pourquoi.
Il n'y a personne sur la plage de Famara.
Enfin, si: des surfeurs et deux surfeuses.
Les vagues appellent les planches.
C'est le perfect moment.
A l'eau.
Enfin, "à l'eau", c'est vite dit: déjà parce qu'avec une planche sous le bras, et bien c'est pas si facile d'avoir le style en allant dans l'eau. Plus t'es nul en surf, plus ta planche est longue, et plus ta planche est longue et plus la prise au vent est grande.... donc en gros: j'essaie de marcher tranquille vers l'eau et là, une rafale et hop là, un petit pas vers la droite et un autre en arrière... je pivote comme un girouette. - trop pas le style.
J'ai réussi à stabiliser ma planche sous le bras en avançant face au vent, mais il y a un autre problème: le sable et les galets sont si chauds que je me brûle les pieds. J'ai envie de sautiller. Mais sautiller, ça ne va pas non plus avec le style. Faut être zen, ou en tout cas en avoir l'air. Alors, je me pince les lèvres: "même pas mal", je marche du mieux que je peux avec ma planche sous le bras et avec les pieds qui me brûlent. Pas simple d'avoir le style, même pour se mettre à l'eau. Mais Gaia, ma bonne copine surfeuse & Italienne (> ça c'est +10 pour le style ;) m'a bien dit: "en surf, le truc, c'est le style". Pff. désolée Gaia: question style, j'ai fait ce que je pouvais, mais j'ai un doute sur le rendu.
Je suis désormais dans l'eau, je m'allonge sur la planche et je rame avec les bras.
Je ne risque pas de gêner les pros parce que je pars là où les vagues sont plus petites, là où il y a d'autres gens qui apprennent.
je rame, je rame, je rame...
A bord de Tara Tari, les vagues, tu t'en prends un peu dans la figure, mais là, c'est carrément un détartrage complet de la tête! ça fait du bien.
Une vague arrive et je me place, je rame en accélérant et hop, j'essaie de 1) me mettre debout, 2) tenir debout, 3) ne pas trop boire la tasse quand je tombe 4) de ne pas me prendre la planche sur la tête. Pfiou: 1) je ne me suis pas mise debout, 2) je n'ai donc pas tenu debout, 3) j'ai pris plein d'eau dans le nez, 4) même pas pris la planche sur la tête. - trop forte.
Il y a un an, je ne marchais plus et là j'essaie de me mettre debout sur la planche, et ça me fait assez mal. j'essaie encore, mais je ne peux pas m'appuyer sur les genoux, "Allez, les jambes! on y va, là!"
Nouvelle vague: nickel: 1)je me mets debout, 2) j'ai tenu quelques secondes, 3) même pas bu la tasse, 4) toujours pas pris la planche sur la tête.... - je me fais plaisir, je m'éclate, même.
En 4 heures de "surf", j'ai 'vraiment' surfé que quelques minutes mais je suis super fière de ma perf'.
Such a good vibration :)
Sur la plage, j'enlève la combinaison néoprène. Je pense sincèrement que retirer une combinaison néoprène mouillée est un acte super anti-glamour. Il y en a qui font ça avec du style. Moi j'ai juste galéré à faire passer la combi bloquée sur mon pied droit plein de sable. Passons.
j'ai réussi à surfer - sans le style et sans le talent - mais j'ai réussi et je suis super fière de mes jambes opérées et du chemin parcouru en un an! Merci à mes nouveaux potes pour les cours! nous avons bien rigolé et puis maintenant moi aussi je peux faire ma crâneuse en disant " j'ai surfé à Famara ".
Quant au surf, si vous voulez voir de VRAIS surfeurs, filez viiiite voir ou/et revoir les superbes images d'Aurel, Ewen et Ronan lors de leur trip surf & survie sur une île déserte : Des Iles Usions.
Malheureusement mes jambes ne vont pas si bien.... alors fini le surf pour le moment.
Capucine
Session surf.
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Direction le nord ouest de l'île: Let's go surfin'!
Ici sur l'île de Lanzarote,
il y a un spot. Il s'appelle Famara.
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| il paraît que la couleur du drapeau n'a pas été changée depuis 1974 |
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- " 6'2"."
- "grave" répond l'autre.
Les gars bougent et moi je file au surfshop, dans ce petit bled-là -Caleta Famara- du côté ouest de la plage.
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| Caleta Famara, le village des surfeurs de l'île |
Là, le gars est entrain de se rouler sa cigarette.
Ambiance tong, short long et petit t-shirt qui va bien.
Il me regarde : 'surfing?"
je ne réponds pas, mais je souris, genre "yes man".
Et là, les choses se compliquent.
Il me regarde et me dit
- " 6'4" ?"
je fais genre celle qui sait de quoi elle parle:
- " les gars parlaient de 6'2" "
- " ouai, mais j'ai regardé ce matin, franchement je pense qu'un 6'4", c'est pas plus mal"
- " je vais partir sur un 6'6", si ça t'as ça...?"
- "yes, my friend" me dit-il en me tendant la board. "bon trip!" me dit-il encore.
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| pas trop loin de Mitch: on ne sait jamais. |
Et quelque chose me dit que ça ne va pas être triste cette histoire.
Les deux gars arrivés sur zone en même temps que moi et sont là, eux aussi.
Ils ont leurs shortboards posées sur le sable et commencent les étirements.
En fait, ils étirent surtout les paupières en regardant "elle ": la fille qui était déjà en train de s'étirer quand on regardait tous la mer, il y a une heure maintenant.
En même temps, c'est important les étirements, avant d'aller surfer.
Et quand tu es une fille, visiblement, il faut s'étirer avec la combinaison à moitié enfilée. Toutes les autres filles de la plage - elles sont 2 - ont la combi à moitié enfilée quand les gars - ils sont 26- eux, moulent leurs pecs dans le néoprène noir. Va savoir pourquoi.
Il n'y a personne sur la plage de Famara.
Enfin, si: des surfeurs et deux surfeuses.
Les vagues appellent les planches.
C'est le perfect moment.
A l'eau.
Enfin, "à l'eau", c'est vite dit: déjà parce qu'avec une planche sous le bras, et bien c'est pas si facile d'avoir le style en allant dans l'eau. Plus t'es nul en surf, plus ta planche est longue, et plus ta planche est longue et plus la prise au vent est grande.... donc en gros: j'essaie de marcher tranquille vers l'eau et là, une rafale et hop là, un petit pas vers la droite et un autre en arrière... je pivote comme un girouette. - trop pas le style.
J'ai réussi à stabiliser ma planche sous le bras en avançant face au vent, mais il y a un autre problème: le sable et les galets sont si chauds que je me brûle les pieds. J'ai envie de sautiller. Mais sautiller, ça ne va pas non plus avec le style. Faut être zen, ou en tout cas en avoir l'air. Alors, je me pince les lèvres: "même pas mal", je marche du mieux que je peux avec ma planche sous le bras et avec les pieds qui me brûlent. Pas simple d'avoir le style, même pour se mettre à l'eau. Mais Gaia, ma bonne copine surfeuse & Italienne (> ça c'est +10 pour le style ;) m'a bien dit: "en surf, le truc, c'est le style". Pff. désolée Gaia: question style, j'ai fait ce que je pouvais, mais j'ai un doute sur le rendu.
Je suis désormais dans l'eau, je m'allonge sur la planche et je rame avec les bras.
Je ne risque pas de gêner les pros parce que je pars là où les vagues sont plus petites, là où il y a d'autres gens qui apprennent.
je rame, je rame, je rame...
A bord de Tara Tari, les vagues, tu t'en prends un peu dans la figure, mais là, c'est carrément un détartrage complet de la tête! ça fait du bien.
Une vague arrive et je me place, je rame en accélérant et hop, j'essaie de 1) me mettre debout, 2) tenir debout, 3) ne pas trop boire la tasse quand je tombe 4) de ne pas me prendre la planche sur la tête. Pfiou: 1) je ne me suis pas mise debout, 2) je n'ai donc pas tenu debout, 3) j'ai pris plein d'eau dans le nez, 4) même pas pris la planche sur la tête. - trop forte.
Il y a un an, je ne marchais plus et là j'essaie de me mettre debout sur la planche, et ça me fait assez mal. j'essaie encore, mais je ne peux pas m'appuyer sur les genoux, "Allez, les jambes! on y va, là!"
Nouvelle vague: nickel: 1)je me mets debout, 2) j'ai tenu quelques secondes, 3) même pas bu la tasse, 4) toujours pas pris la planche sur la tête.... - je me fais plaisir, je m'éclate, même.
En 4 heures de "surf", j'ai 'vraiment' surfé que quelques minutes mais je suis super fière de ma perf'.
Such a good vibration :)
Sur la plage, j'enlève la combinaison néoprène. Je pense sincèrement que retirer une combinaison néoprène mouillée est un acte super anti-glamour. Il y en a qui font ça avec du style. Moi j'ai juste galéré à faire passer la combi bloquée sur mon pied droit plein de sable. Passons.
j'ai réussi à surfer - sans le style et sans le talent - mais j'ai réussi et je suis super fière de mes jambes opérées et du chemin parcouru en un an! Merci à mes nouveaux potes pour les cours! nous avons bien rigolé et puis maintenant moi aussi je peux faire ma crâneuse en disant " j'ai surfé à Famara ".
Quant au surf, si vous voulez voir de VRAIS surfeurs, filez viiiite voir ou/et revoir les superbes images d'Aurel, Ewen et Ronan lors de leur trip surf & survie sur une île déserte : Des Iles Usions.
Malheureusement mes jambes ne vont pas si bien.... alors fini le surf pour le moment.
Capucine
mardi 5 juin 2012
un peu dans la lune
Ou "Comment devenir incollable au Trivial Poursuite spécial Lanzarote..."
Lanzarote. mai 2012.
N29°02' W13°37'
C'est au petit matin qu'avec Tara Tari nous sommes arrivés sur l'île de Lanzarote, dans l'archipel des Canaries. Je n'avais jamais été ici et en approchant de l'île, le spectacle a été assez fabuleux. Il faut dire que revoir la terre après ces onze jours assez durs en mer avait quelque chose d'assez agréable, mais là, la vue des des volcans et des déserts ont donné un petit côté magique à la chose. Lanzarote est une réserve de la Biosphère. Un trésor de la Nature, un petit bout de la Terre à son état originel, une île volcanique encore respectée par l'Homme.
La fatigue, l'ivresse de la mer; c'est peut-être parce que je flottais un peu en atterrissant que ma première impression, en arrivant ici, était d'arriver sur la lune. Alors j'ai souhaité en savoir un peu plus sur cette île au trésor, enfin, sur ce trésor d'île.
L'île est située à l'Est de l'Archipel des Canaries, qui regroupe sept îles qui ne se ressemblent paraît-il pas vraiment. L'archipel des Canaries appartient à l'Espagne, et avec TaraTari nous nous trouvons actuellement à 1000 km de la péninsule espagnole et à seulement 140km de l'Afrique. En face, à l'Est, c'est le vrai grand désert du Sahara et cela me fascine aussi. Lanzarote est dite "île en noir et blanc", parce que la lave noire contraste avec les déserts de sables fins, ou peut-être parce que par endroit, une sorte de lichen a recouvert les blocs de lave. Le lichen ne pousse pas que sur le bois mort de nos forêts, il existe un lichen crustacé qui colonise les rochers en bordure de mer; et je constate qu'il se développe aussi sur la lave séchée.
Bien que les volcans soient la particularité de l'île, Lanzarote n'est pas le nom d'un volcan mais viendrait de celui du marin italien Lanzarotus Marocelus, venu sur l'île au XIVè siècle.
Ici, les volcans ont été en super activité au XVIII è siècle et la lave a recouvert une immense partie de la superficie de l'île, grande de 845, 94 m2. Depuis, c'est plutôt tranquilou, mais il y a encore des endroits, notamment dans le parc national de Timanfaya, où des barbecues naturels rappellent qu'il fait bien chaud au coeur de notre planète - enfin, si j'en crois la semelle d'une de mes chaussures qui a failli fondre. Le XVIIIè siècle, d'un point de vue géologique, c'est assez récent, et devant cette mer de lave qui se perd dans l'océan, je me prends à imaginer tous ces volcans rugir. L'année dernière, El Hierro, une autre île de l'archipel n'a rien eu à imaginer puisque une éruption a tout enseveli. Autre témoignage de la nature qui rappelle à quel point nous, les hommes, nous sommes si petits devant Elle. Je suis restée quelques heures assise devant cette autre mer. Quelle grandeur.
Cette univers volcanique semble avoir laissé peu de place à la vie. Et pourtant la vie s'est -comme bien souvent- adaptée. Des hommes les "mahoreros", vivaient là il y a deux millénaires. On dit qu'ils faisaient partie du peuple Guanches... Depuis deux millénaires sur une île?! C'est impressionnant, et je me suis donc demandé "Comment sont-ils arrivés ici, ces gens-là?"
Un peu d'Histoire, ça vous dit?
> si ça vous dit, je vous en suis bien reconnaissante et vous souhaite une agréable lecture,
>si ça ne vous dit pas, si vous avez mieux à faire, alors allez directement à la petite étoile *
Selon l'historien espagnol du XVIII ème siècle Juan Núñez de la Peña, les Guanches - de "guan", hommes et "chinet", de Tenerife - ce peuple serait donc originaire de l'île de Tenerife mais étendu aux premiers hommes de toute l'archipel. Ce qui est certain, c'est que ces hommes, les "mahoreros" guanches, étaient des Amazighes, branche du peuple Berbère (et même Paléoberbère, si vous voulez tout savoir). Le nom originel de Lanzarote, Tyterogaka, signifie « La Brûlée » en langage Touareg.
Les historiens rapportent qu'à l'époque de l'ancienne Egypte, les Berbères, après avoir peuplé une grande partie de l'Afrique de l'Ouest, traversèrent cette partie de l'océan et arrivèrent dans l'archipel. Lanzarote étant (si on ne compte pas le Roque del Este qui n'est pas peuplé) l'île la plus proche de l'Afrique. Cette arrivée sur l'île daterait de plusieurs siècles avant notre ère...! Aujourd'hui, il est difficile de savoir "comment" ils ont navigué jusqu'ici, mais la question m’intéresse et je me renseigne auprès d'historiens. L'origine de leur arrivée n'est pas encore bien connue et laisse donc imaginer d'autres possibilités: le peuplement de l'île pourrait remonter à l'époque de Cro Magnon et pas besoin d'être historien pour comprendre que cela ne daterait donc pas d'hier.
Les Phéniciens vinrent ici chercher de la teinture rouge présente sur les roches situées au nord de l'île. Mais le premier vrai "voyage" connu vers l'île est le celui du navigateur explorateur Carthagénois Hannon entre -630 et -425 avant notre ère. Hannon cherchait de nouvelles routes commerciales et est 'tombé' sur une île déserte mais qui avait cependant des ruines. De son passage sur l'île, on a retrouvé des morceaux de poterie et des petits trucs du genre. Le second voyage connu est celui réalisé pour le roi Berbère de Mauritanie Juba II, qui voulait lui effectuer un recensement de la faune et de la flore... c'était au 1er siècle de notre ère. Des fouilles archéologiques sont en cours sur l'île, pour essayer de vérifier par des traces de l'Histoire, si les "mahoreros" guanches étaient ou non, les premiers habitants des îles Canaries. Les mahoreros habitaient dans des grottes et des huttes de pierres recouvertes de peaux de bêtes, et vivaient d'élevage, de cueillette de fruits et de coquillages. Ils ne savaient pas naviguer mais arrivaient à se nourrir de pêche et de viande de chèvres. L'agriculture était très limitée car l'île n'était pas le paradis de la culture, mais les historiens rapportent que leur vie -d'après les gravures peintes dans les grottes- était plutôt paisible.
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| pour ceux qui veulent apprendre l'alphabet Guanches de Lanzarote |
Tout cela me fait penser à quelque chose: Avez-vous lu le livre "The Evolution Man" du romancier Roy Lewis ("Pourquoi j'ai mangé mon père" en version Française)? C'est un des livres de ma bibliothèque à bord de TaraTari. Livre à lire. Et à relire pour encore mieux réfléchir.
Quand Lanzarotus Marocelus est venu (au XIVès si vous avez suivi), il y a eu ensuite un va et vient pas possible. On venait chercher esclaves, teintures et peaux... bref 50 ans de razzias qui déclenchèrent le déclin des populations aborigènes - je ne vous félicite pas Monsieur Lanzarotus.
Petite anecdote à noter dans l'Histoire, au milieu de toutes ces guerres il y a eu une histoire d'amour (mon côté fleur bleue): un commandant corsaire de la flotte castillane à fait naufrage sur l'île de Lanzarote après une tempête (quand je vous dis que ça souffle par ici...), c'était en 1337. Le naufragé est reçu par le roi de l'île qui l'invite chez lui et qui l'invite aussi dans le lit de sa femme (non mais oh!?). Du coup on sait comment ça se passe ces choses là: le corsaire et la Reine Fayna ont eu une petite Princesse, Ico, toute blanche et toute blonde, qui a été la mère de Guardafia, dernier roi de Lanzarote.
La fin du peuple aborigène, nous la devons aux mercenaires d'Henri III de Castille, en 1402. Jean de Bethencourt et Gadfier de La Salle voulaient conquérir les îles et comme il ne restait que 300 aborigènes, le massacre a été rapide. Les Espagnols sont devenus les Seigneurs de l'île et ont fait amener des Berbères pour repeupler l'île. Mais Lanzarote étant proche de l'Afrique il n'a pas fallu attendre longtemps pour que les pirates, Berbères et même Européens, tentent de récupérer l'île. Je vous passe les détails, mais tout cela dura pendant des siècles et la population dut retourner vivre dans les grottes (back to the basics, donc) pour se protéger des attaques.
Le 1er septembre 1730, la Nature un peu contrariée par toutes ces petites histoires d'hommes, a décidé de venir mettre un peu d'ordre dans tout cela: ce soir-là, la terre s'ouvrit à Timanfaya et d'immenses coulées de lave vinrent recouvrir l'orgueil humain. Une montagne apparut et redessina l'île. Pendant 6 ans, la lave coula, recouvrit un quart de l'île et la Nature saupoudra le reste de cendres volcaniques. C'est le chaos. Et la famine calma les restes d'ardeurs humaines. En 1842, les éruptions se remirent à surgir à Timanfaya et les hommes restés à Lanzarote finirent par émigrer. Nettoyage fait. Les volcans se calmèrent alors. De nouveaux hommes arrivèrent et décidèrent de protéger et de respecter l'île. Tout a été beaucoup plus zen après, et aujourd'hui la population totale de l'île compte un peu moins de 142 000 habitants. Et quasi tous vivent le plus possible en harmonie avec l'île, ambiance " Surf, Peace & Love", pour la plupart.
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| petite maison à El Golfo |
Lanzarote a du caractère.
Celui de la Terre.
Et aussi celui de la Mer.
La lave tombe dans la mer. Rencontre entre la Terre et l'Eau, sous le Feu du Soleil et sur le Feu de la Terre, dans l'Air de l'océan. L'origine de la vie.
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Nous sommes d'accord. C'est grandiose.
A cette latitude, l'île de Lanzarote a un climat subdésertique qui se caractérise par une pluviométrie inférieure à 200 millimètres annuels. :) Le truc qui fait qu'il pleut moins ici qu'ailleurs dans l'archipel, c'est aussi que l'altitude maximale est assez basse, donc les nuages qui passent - parce qu'il y qu'en même des nuages- n'arrivent pas à s'accrocher aux sommets des volcans. L'île culmine en effet à 670 mètres, altitude du sommet de la montagne Peñas del Chache.
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| Sommet de la montagne Peñas del Chache et vue sur l'île de Graciosa |
Je ne savais pas où j'arrivais et je n'ai pas non plus de guide touristique, mais je suis allée à la rencontre d'îliens, j'ai parlé avec des historiens, des archéologues et même un anthropologue, afin de comprendre un peu l'Histoire de ce bout de terre de l'Atlantique. La rencontre, le partage, apprendre les erreurs du passé pour essayer de ne pas les reproduire... Connaître l'Histoire du lieu permet de pouvoir mieux le respecter. Alors, assise, là-haut près du sommet, je suis restée en silence un bon moment malgré le vent fort et je n'ai fait qu'écouter, regarder et respecter. Un peu ici, un peu ailleurs, un peu sur Terre, un peu dans la lune, je rêve et je pense.
Merci Lanzarote, pour ton accueil et ces belles leçons de respect et de bien-être.
Capucine
lundi 4 juin 2012
salut Jean
Il fait nuit et le vent souffle à Lanzarote. je suis à l'abri dans le bateau.
Et je pense fort à Jean Maurel.
Merci pour nos discussions et pour tes conseils.
merci d'avoir si bien veillé sur tant de marins.
je pense fort à toi et à ta famille,
Repose toi bien maintenant.
capucine
samedi 2 juin 2012
folle nuit et arrivée à Lanzarote
En mer. 20 mai 2012. plus très très loin des îles Canaries... :)
Vous aviez remarqué? Sur la photo de mon plat de pâtes, en regardant un peu plus loin que le fond du sachet, on peut voir que j'ai le pied droit posé sur le 'mur'. Ma chère maman m'a pourtant toujours bien appris à ne pas manger en mettant les pieds sur les murs, mais là honnêtement je n'avais pas beaucoup le choix. C'était ça ou patatras! Car ce que la photo ne dit pas, c'est que là nous avançons à 5,5 noeuds et qu'en plus d'aller super vite, TaraTari fait un peu de oulaoup avec la houle de l'Atlantique. Super pratique pour dîner, je ne vous raconte pas.
La houle n'est donc pas source de grand grand confort à bord. Mais ce qui m'agace un peu dans cette houle, ce n'est pas l'inconfort, c'est qu'en étant si bas sur l'eau, ces collines bleues cachent l'horizon et il est impossible de voir venir quelconque navire! Du coup, c'est un peu tard que l'on voit les cargos surgir. Un peu tard, mais jamais trop tard. En effet, il faut se dire que 1) le cargo voit Tara Tari sur son écran d'ordinateur, 2) avec du vent, nous pouvons manoeuvrer à temps, même tard pour s'éloigner du danger. "Et le Mer Veille ?!" me direz-vous; Ciel et Marine m'avait offert un super Mer Veille, petit boîtier magique qui fait bip quand un bateau approche mais avec mon problème d'énergie, il ne peut pas fonctionner correctement. Alors à bord, en attendant que je règle ce petit souci d'énergie, ce sont les yeux font office de détecteur de radars. Super pratique, je ne vous raconte pas.
Ce soir, par exemple; grand classique : on ne voit rien et puis hop, un porte-conteneurs apparaît à notre arrière bâbord!
Un petit relèvement ou deux et puis on pousse un peu la barre, pour être à 90° de sa route...
Et on reprend notre cap quand tout est ok.
Là, on se dit qu'on a bien fait de s'écarter un peu et on dit au revoir au bateau et à ses petites boîtes.
Occupation relativement fréquente.
21h. Le vent se renforce et nous prenons un deuxième ris. Tara Tari file toujours à 5,5 noeuds et le soleil se couche et c'est encore super joli. Super joli du genre on ne s'en lasse pas. La navigation n'est pas très confortable mais curieusement nous nous y sommes habitués et prenons plutôt du plaisir à aller vite. Parce que 6 noeuds, pour TaraTari c'est plutôt rapide. Belle soirée... peut-être parce que si ça continue comme ça: nous serons arrivés demain.
22h. Nous sommes sur la route mais le vent se renforce et la houle est de plus en plus forte. C'était une bonne idée d'apprécier la soirée parce que la nuit s'annonce assez musclée. On remet cirés, bottes, gilets de sauvetage... les harnais et les longes sont à poste: nous ne les quittons jamais.
23h. Là, l'idée c'est d'arriver à ne pas trop partir au lof, parce que un peu à notre tribord, il y a un caillou qu'il faut éviter. Il s'appelle "Roque del Este" Rocher de l'Est si je traduis, certainement parce que c'est 1) un rocher, 2) il est juste à l'Est de l'archipel des Canaries.
La mission est assez délicate, parce que nous avons réduit la surface des voiles au maximum (sans rien affaler complètement pour autant) et à cause de la houle nous enchaînons les départs au lof. Je suis très attentive à la route, le petit GPS marche à fond. Ce qui est certain, c'est que dans les conditions que nous avons, il est préférable d'aller se mettre à l'abri sous le vent de l'île de Lanzarote et de donc pas aller vers l'île de Graciosa. Mon regard balaie l'horizon à 360°: RAS, j'entre dans le bateau, où Maxime dort plus ou moins et je fais un point sur la carte. Mais assez vite, nous entendons un petit bruit; quelque chose a touché la coque, alors je sors vite voir ce qu'il se passe en pensant que cela a dû être une tortue ou un bout de bois puisque nous avons croisé plusieurs tortues et aussi pas mal de bouts de bois. Je me penche sous le vent et c'est assez acrobatique, car la bôme est très basse et le bruit venait pile de là où c'est super dur de voir, sous la grand voile. J'ai le bras gauche à moitié dans l'eau, penchée pour regarder la coque, quand soudain: 2 feux très nets surgissent entre deux vagues. Je fronce les sourcils: "C'est quoi c'est deux feux alignés? Un voilier?!" Une fraction de seconde plus tard, le temps nécessaire pour que mes yeux se soient ré-habitués à l'obscurité nocturne et là, catastrophe: je distingue parfaitement mais vraiment parfaitement la silhouette noire d'un cargo! Il n'est qu'à quelques mètres de nous, enfin 100 ou 200 mètres peut-être! Je crie à Maxime de sortir: "Max!!! SOOOORS!!!!", mon ton est aussi déterminé que celui des participants de Fortboyard voyant la célèbre clepsydre, horloge à l'eau, venir au bout du temps accordé. c'est dire si je suis determinée. Maxime sors la tête de la descente et pense que mon alerte concerne le bruit que nous avons entendu; il regarde sous la gv comme il peut et voit le cargo de plus en plus proche. Nous nous jetons à l'arrière du bateau, je vire le pilote que nous avions dû amarrer à la barre, et hop nous lofons en grand! En très grand! La mer est bien formée avec une houle pas possible et nous nous prenons des tonnes d'eau sur la figure, mais là dans l'instant on s'en fiche pas mal. Nous n'avons eu le temps de rien, sinon de nous échapper In Extremis. Tout cela se passe en une ou deux petites minutes. Le cargo passe à notre arrière.... et nous soufflons un grand coup! Wouaou..... il s'en est fallu de peu! Nous en rions nerveusement. Et je me dit alors: "Tara Tari a vraiment une bonne étoile! je n'ai pas vu le cargo avant d'entrer faire mon point et sans ce bruit qui n'était autre que TaraTari qui nous disait 'youhou les gars, il se passe quelque chose dehors, faudrait sortir voir si on est bon là?!" .. je soupire de soulagement "Merci Tara Tari....!!!" pfiou. Avec Maxime on se dit aussi que la silouhette du cargo tout proche était exactement comme ces images effrayantes que l'on voit pendant le stage ISAF (c'est un stage de sécurité et de survie en mer). Quelle émotion!!
Il faisait nuit, et nous avions tout de même un peu voire beaucoup plus de distance entre nous, heureusement, mais, pour les émotions cela reviendrait à ça, en admettant que Tara Tari soit le dauphin....
Enfin, peut-être que le cargo avait vu Tara Tari: je me souviens qu'à Valence, les cargos ne modifiaient leur route que d'un ou deux degrés, calculant le strict nécessaire pour passer "à côté". Toujours est-il que vu de Tara Tari, la scène était assez impressionnante.
Le 21 mai. minuit. "Collision évitée de peu. Le vent ne cesse de se renforcer et la houle se creuse: les choses se corsent". C'est la dernière chose que je note dans le petit cahier avant d'ajouter :"Nous voyons les lumières des îles Canaries! Magique!"
3h. C'est bon, nous sommes passés assez loin du rocher à éviter et filons à plus de 6 noeuds vers l'île de Lanzarote. La houle est grosse mais plus longue que les vagues que nous avons eu dans le détroit; mais question confort, ou plutôt d'inconfort, c'est à peu près pareil.
L'idée est d'aller sous le vent de l'île histoire d'arriver quelque part dans des conditions moins musclées. A plusieurs reprises, Tara Tari se couche, se redresse, se re-couche et se re-redresse...
3h30. Nous sommes en plein milieu de cette nuit complètement folle et alors que je suis seule dehors, accrochée à la barre, accrochée au cou de Tara Tari, je tente de suivre au mieux notre route.
La mer est puissante.
Le spectacle qui a commencé dans la soirée donne des frissons. C'est dur pour nous, mais c'est tellement beau. Quel charisme! Ce n'est pas la première fois que cela me fait ça: les conditions pourraient me terrifier et pourtant c'est dans cette mer majestueuse, je savoure mon plaisir d'être au large. C'est grisant. Et voir Tara Tari gérer si bien dans ce vent et cette mer... quel plaisir! Et puis les phares de Lanzarote... ces feux blancs qui percent la nuit si noire. C'est si fort, tout ça. Déjà 11 nuits en mer et cela joue certainement, avec la fatigue et l'ivresse certaine que la mer procure à bord d'un si petit bateau, j'ai l'impression que les sentiments sont démultipliés... j'aime écrire, mais ça, cet étrange sentiment de bien être au large, je ne saurais le décrire.
Pourtant j'aimerais bien réussir à partager ces frissons. Si je n'arrive pas à décrire ce que je vis, je peux en tout cas essayer de vous faire sentir le charisme des éléments et l'ambiance de cette nav', il y a, il me semble, une musique et une voix suffisamment 'puissantes' pour vous mettre dans l'ambiance de cette folle nuit dans l'océan.
> Il faut, avant de cliquer sur le lien, mettre des écouteurs pour n'entendre que cela et mettre le volume à fond, car les vagues font un bruit de dingos. Ensuite il faut continuer à lire ce texte -enfin si ça vous dit toujours- avec cette musique et cette voix en fond sonore et, j'insiste, avec le volume à fond: Organisez-vous et CLIQUER ICI. Puis revenez vite :)
Maxime prend la barre et je me mets à la nav. Sur la carte, nous devons impérativement réussir à rester sous une droite tracée vers un cap de l'île qui une fois passé, nous assurera d'être à l'abri du vent. Derrière ce cap, tout sera plus tranquille, enfin un peu plus tranquille. La houle est impressionnante et le cap (direction) dur à tenir. Plus d'énergie, nous n'avons plus de feux de mât et plus de pilote.... J'ai changé prématurément les piles du petit gps qui a interdiction formelle de me lâcher maintenant, et je le tiens bien en main. Je ne cesse de dire à voix haute notre cap, presque à chaque passage de la houle, afin de donner des repères à Maxime. Il faut absolument rester sous la droite. Nous allons si vite que je dois faire des points sur la carte toutes les 5 minutes: ainsi je peux dire à Maxime s'il faut lofer ou abattre... mais globalement, et dans cette mer de dingos (j'insiste) nous sommes bien sur la route et sincèrement, je trouve que notre trio gère trop bien!
Mais la barre est dure à tenir: nous sommes au portant et ce sont désormais les empannages non-désirés qui s'enchaînent. A l'intérieur du bateau pour faire mes points, je me fais malmener! Le bateau se couche sur un côté, puis sur un autre: tout valse! Même le gros bidon blanc amarré dans le fond parvient à faire un looping et se pose sur la tête, du jamais vu. Et c'est la caisse des batteries qui bouge désormais; je fais au mieux pour sécuriser tout cela, mais c'est assez éprouvant. Le pauvre Djiandong a le mal de mer et vomit de l'huile - mais je me dis qu'il est donc toujours vivant, bon signe. En pleine nuit, nous savons que nous sommes proches, et bien que j'aime le large... là, ça fait des heures que ça dure et j'avoue que nous avons vraiment hâte d'arriver et que ce cirque se termine. Ah oui, parce que la nouveauté de cette deuxième partie de la nuit, c'est que l'eau re-rentre à l'intérieur! Alors je reprends mes vieilles habitudes et écope à coups de seaux d'eau, entre deux points que je tente de faire comme je peux sur la couchette qui reste l'endroit le moins trempé. Dehors, Maxime hallucine sur les conditions, et tente de me prévenir en criant des "vaaaaague!!!" pour que je me prépare à valser à l'intérieur! C'est que ça déferle, dehors! Et dedans un peu aussi...
7h. Nous avons enfin passé le cap qui nous permet de dire que nous sommes sous le vent de l'île et attendons qu'une chose; que les conditions se calment enfin un peu.... ça tarde à devenir vrai, mais enfin, la houle retombe comme un soufflé au fromage tout juste sorti du four. Nous faisons route vers Arrecife parce que je me dis qu'il doit y avoir un port.
8h30. Nous entrons dans le chenal d'Arrecife... le jour est là et un joli petit bateau de pêche en bois nous salue dans le chenal, au moment même où je vois qu'il n'y a pas de quai alors je leur demande: "vous savez où il y a un port pas loin?" et ils répondent qu'à quelques milles de là, plus au sud, il y a "Puerto del Carmen". Et nous repartons vers la mer.
9h. Toujours deux ris dans la grand voile. Petit café, nous sommes rincés par cette folle nuit... mais curieusement nous sommes en forme. Peut-être encore un peu sous l'adrénaline de la nuit. On nous aurait dit qu'il fallait encore continuer pendant des jours, peut-être aurions nous été ok. Nous allons bien. Je suis à la barre et Maxime regarde la côte vers le Sud avec les jumelles, des mâts de bateaux se distinguent au dessus d'une digue, pas d'hésitation, nous y allons.
L'île de Lanzarote vue de la mer, c'est assez fantastique: des volcans et des déserts. C'est lunaire. Je n'ai jamais été ici, Maxime non plus, et nous sommes très impressionnés par ce que nous voyons.
Il est 9h30 ou 10h, je ne sais pas trop, et nous arrivons au port... J'appelle le Port del Carmen avec le peu de batterie vhf qu'il reste, mais personne ne répond.. Peut-être normal, puisque nous sommes en approche du port Calero! Il faut dire que je n'ai pas de carte plus précise que celle que vous voyez là, ci-dessus. Manoeuvre compliquée à la voile avec la gv sous 2 ris et face au vent, mais tout va bien et TaraTari est enfin amarré, après 11 jours de navigation.
Je marche comme si j'étais saoule, mais arrive à suivre le marinero qui me conduit à la capitainerie. Présentation des papiers et autres formalités et je reviens au bateau. Je n'arriverai pas à vous dire mon bonheur d'être là. J'enlève ciré et bottes, regarde Tara Tari, et j'ai les larmes aux yeux. Emotive certainement, fatiguée, c'est évident.
Vous n'imaginez même pas le bonheur que j'ai eu en enlevant mon ciré, mes bottes et mes chaussettes. Tout était trempé et le sel a momifié mon ensemble si glamour. Elle est là, la vraie délivrance, quand on enlève ciré, bottes et chaussettes après une bonne baston en mer.
Nous rangeons un peu le bateau. Comme on l'aura compris, plus de batterie dans rien du tout, alors là je me dis qu'il faut absolument que j'arrive à trouver de quoi dire au moins à mes parents que tout va bien et que Tara Tari est à bon port. Mission réussie: mon père me rassure, ils n'étaient pas encore 'trop inquiets' mais il ne fallait pas que nous ne tardions encore trop non plus.
Nous allons pouvoir nous reposer un peu, mais avant... il n'est peut être que 11h30 du matin, nous trinquons avec une bonne bière fraîche et qui me semble être aussi forte qu'une vodka. Je suis épuisée. Heureuse mais épuisée. direction le bateau pour dormir un peu.
Merci Tara Tari, tu as été parfait et aucune avarie majeure à l'arrivée, c'est bien.
Merci Maxime, je sais que cela n'a pas été facile..
Le large était si grisant. c'était dur, j'avoue, mais j'ai aimé, j'ai adoré cet océan et je sais que j'ai envie de continuer. Alors Tara Tari mon tendre ami, si tu es ok, nous allons continuer notre beau voyage,
what we are living for.
Capucine
Vous aviez remarqué? Sur la photo de mon plat de pâtes, en regardant un peu plus loin que le fond du sachet, on peut voir que j'ai le pied droit posé sur le 'mur'. Ma chère maman m'a pourtant toujours bien appris à ne pas manger en mettant les pieds sur les murs, mais là honnêtement je n'avais pas beaucoup le choix. C'était ça ou patatras! Car ce que la photo ne dit pas, c'est que là nous avançons à 5,5 noeuds et qu'en plus d'aller super vite, TaraTari fait un peu de oulaoup avec la houle de l'Atlantique. Super pratique pour dîner, je ne vous raconte pas.
La houle n'est donc pas source de grand grand confort à bord. Mais ce qui m'agace un peu dans cette houle, ce n'est pas l'inconfort, c'est qu'en étant si bas sur l'eau, ces collines bleues cachent l'horizon et il est impossible de voir venir quelconque navire! Du coup, c'est un peu tard que l'on voit les cargos surgir. Un peu tard, mais jamais trop tard. En effet, il faut se dire que 1) le cargo voit Tara Tari sur son écran d'ordinateur, 2) avec du vent, nous pouvons manoeuvrer à temps, même tard pour s'éloigner du danger. "Et le Mer Veille ?!" me direz-vous; Ciel et Marine m'avait offert un super Mer Veille, petit boîtier magique qui fait bip quand un bateau approche mais avec mon problème d'énergie, il ne peut pas fonctionner correctement. Alors à bord, en attendant que je règle ce petit souci d'énergie, ce sont les yeux font office de détecteur de radars. Super pratique, je ne vous raconte pas.
Ce soir, par exemple; grand classique : on ne voit rien et puis hop, un porte-conteneurs apparaît à notre arrière bâbord!
Un petit relèvement ou deux et puis on pousse un peu la barre, pour être à 90° de sa route...
Et on reprend notre cap quand tout est ok.
Là, on se dit qu'on a bien fait de s'écarter un peu et on dit au revoir au bateau et à ses petites boîtes.
Occupation relativement fréquente.
21h. Le vent se renforce et nous prenons un deuxième ris. Tara Tari file toujours à 5,5 noeuds et le soleil se couche et c'est encore super joli. Super joli du genre on ne s'en lasse pas. La navigation n'est pas très confortable mais curieusement nous nous y sommes habitués et prenons plutôt du plaisir à aller vite. Parce que 6 noeuds, pour TaraTari c'est plutôt rapide. Belle soirée... peut-être parce que si ça continue comme ça: nous serons arrivés demain.
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23h. Là, l'idée c'est d'arriver à ne pas trop partir au lof, parce que un peu à notre tribord, il y a un caillou qu'il faut éviter. Il s'appelle "Roque del Este" Rocher de l'Est si je traduis, certainement parce que c'est 1) un rocher, 2) il est juste à l'Est de l'archipel des Canaries.
La mission est assez délicate, parce que nous avons réduit la surface des voiles au maximum (sans rien affaler complètement pour autant) et à cause de la houle nous enchaînons les départs au lof. Je suis très attentive à la route, le petit GPS marche à fond. Ce qui est certain, c'est que dans les conditions que nous avons, il est préférable d'aller se mettre à l'abri sous le vent de l'île de Lanzarote et de donc pas aller vers l'île de Graciosa. Mon regard balaie l'horizon à 360°: RAS, j'entre dans le bateau, où Maxime dort plus ou moins et je fais un point sur la carte. Mais assez vite, nous entendons un petit bruit; quelque chose a touché la coque, alors je sors vite voir ce qu'il se passe en pensant que cela a dû être une tortue ou un bout de bois puisque nous avons croisé plusieurs tortues et aussi pas mal de bouts de bois. Je me penche sous le vent et c'est assez acrobatique, car la bôme est très basse et le bruit venait pile de là où c'est super dur de voir, sous la grand voile. J'ai le bras gauche à moitié dans l'eau, penchée pour regarder la coque, quand soudain: 2 feux très nets surgissent entre deux vagues. Je fronce les sourcils: "C'est quoi c'est deux feux alignés? Un voilier?!" Une fraction de seconde plus tard, le temps nécessaire pour que mes yeux se soient ré-habitués à l'obscurité nocturne et là, catastrophe: je distingue parfaitement mais vraiment parfaitement la silhouette noire d'un cargo! Il n'est qu'à quelques mètres de nous, enfin 100 ou 200 mètres peut-être! Je crie à Maxime de sortir: "Max!!! SOOOORS!!!!", mon ton est aussi déterminé que celui des participants de Fortboyard voyant la célèbre clepsydre, horloge à l'eau, venir au bout du temps accordé. c'est dire si je suis determinée. Maxime sors la tête de la descente et pense que mon alerte concerne le bruit que nous avons entendu; il regarde sous la gv comme il peut et voit le cargo de plus en plus proche. Nous nous jetons à l'arrière du bateau, je vire le pilote que nous avions dû amarrer à la barre, et hop nous lofons en grand! En très grand! La mer est bien formée avec une houle pas possible et nous nous prenons des tonnes d'eau sur la figure, mais là dans l'instant on s'en fiche pas mal. Nous n'avons eu le temps de rien, sinon de nous échapper In Extremis. Tout cela se passe en une ou deux petites minutes. Le cargo passe à notre arrière.... et nous soufflons un grand coup! Wouaou..... il s'en est fallu de peu! Nous en rions nerveusement. Et je me dit alors: "Tara Tari a vraiment une bonne étoile! je n'ai pas vu le cargo avant d'entrer faire mon point et sans ce bruit qui n'était autre que TaraTari qui nous disait 'youhou les gars, il se passe quelque chose dehors, faudrait sortir voir si on est bon là?!" .. je soupire de soulagement "Merci Tara Tari....!!!" pfiou. Avec Maxime on se dit aussi que la silouhette du cargo tout proche était exactement comme ces images effrayantes que l'on voit pendant le stage ISAF (c'est un stage de sécurité et de survie en mer). Quelle émotion!!
Il faisait nuit, et nous avions tout de même un peu voire beaucoup plus de distance entre nous, heureusement, mais, pour les émotions cela reviendrait à ça, en admettant que Tara Tari soit le dauphin....
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| Plisson |
Le 21 mai. minuit. "Collision évitée de peu. Le vent ne cesse de se renforcer et la houle se creuse: les choses se corsent". C'est la dernière chose que je note dans le petit cahier avant d'ajouter :"Nous voyons les lumières des îles Canaries! Magique!"
3h. C'est bon, nous sommes passés assez loin du rocher à éviter et filons à plus de 6 noeuds vers l'île de Lanzarote. La houle est grosse mais plus longue que les vagues que nous avons eu dans le détroit; mais question confort, ou plutôt d'inconfort, c'est à peu près pareil.
L'idée est d'aller sous le vent de l'île histoire d'arriver quelque part dans des conditions moins musclées. A plusieurs reprises, Tara Tari se couche, se redresse, se re-couche et se re-redresse...
3h30. Nous sommes en plein milieu de cette nuit complètement folle et alors que je suis seule dehors, accrochée à la barre, accrochée au cou de Tara Tari, je tente de suivre au mieux notre route.
La mer est puissante.
Le spectacle qui a commencé dans la soirée donne des frissons. C'est dur pour nous, mais c'est tellement beau. Quel charisme! Ce n'est pas la première fois que cela me fait ça: les conditions pourraient me terrifier et pourtant c'est dans cette mer majestueuse, je savoure mon plaisir d'être au large. C'est grisant. Et voir Tara Tari gérer si bien dans ce vent et cette mer... quel plaisir! Et puis les phares de Lanzarote... ces feux blancs qui percent la nuit si noire. C'est si fort, tout ça. Déjà 11 nuits en mer et cela joue certainement, avec la fatigue et l'ivresse certaine que la mer procure à bord d'un si petit bateau, j'ai l'impression que les sentiments sont démultipliés... j'aime écrire, mais ça, cet étrange sentiment de bien être au large, je ne saurais le décrire.
Pourtant j'aimerais bien réussir à partager ces frissons. Si je n'arrive pas à décrire ce que je vis, je peux en tout cas essayer de vous faire sentir le charisme des éléments et l'ambiance de cette nav', il y a, il me semble, une musique et une voix suffisamment 'puissantes' pour vous mettre dans l'ambiance de cette folle nuit dans l'océan.
> Il faut, avant de cliquer sur le lien, mettre des écouteurs pour n'entendre que cela et mettre le volume à fond, car les vagues font un bruit de dingos. Ensuite il faut continuer à lire ce texte -enfin si ça vous dit toujours- avec cette musique et cette voix en fond sonore et, j'insiste, avec le volume à fond: Organisez-vous et CLIQUER ICI. Puis revenez vite :)
Maxime prend la barre et je me mets à la nav. Sur la carte, nous devons impérativement réussir à rester sous une droite tracée vers un cap de l'île qui une fois passé, nous assurera d'être à l'abri du vent. Derrière ce cap, tout sera plus tranquille, enfin un peu plus tranquille. La houle est impressionnante et le cap (direction) dur à tenir. Plus d'énergie, nous n'avons plus de feux de mât et plus de pilote.... J'ai changé prématurément les piles du petit gps qui a interdiction formelle de me lâcher maintenant, et je le tiens bien en main. Je ne cesse de dire à voix haute notre cap, presque à chaque passage de la houle, afin de donner des repères à Maxime. Il faut absolument rester sous la droite. Nous allons si vite que je dois faire des points sur la carte toutes les 5 minutes: ainsi je peux dire à Maxime s'il faut lofer ou abattre... mais globalement, et dans cette mer de dingos (j'insiste) nous sommes bien sur la route et sincèrement, je trouve que notre trio gère trop bien!
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| Nous faisons la route parfaite, pile où nous voulons être |
7h. Nous avons enfin passé le cap qui nous permet de dire que nous sommes sous le vent de l'île et attendons qu'une chose; que les conditions se calment enfin un peu.... ça tarde à devenir vrai, mais enfin, la houle retombe comme un soufflé au fromage tout juste sorti du four. Nous faisons route vers Arrecife parce que je me dis qu'il doit y avoir un port.
8h30. Nous entrons dans le chenal d'Arrecife... le jour est là et un joli petit bateau de pêche en bois nous salue dans le chenal, au moment même où je vois qu'il n'y a pas de quai alors je leur demande: "vous savez où il y a un port pas loin?" et ils répondent qu'à quelques milles de là, plus au sud, il y a "Puerto del Carmen". Et nous repartons vers la mer.
9h. Toujours deux ris dans la grand voile. Petit café, nous sommes rincés par cette folle nuit... mais curieusement nous sommes en forme. Peut-être encore un peu sous l'adrénaline de la nuit. On nous aurait dit qu'il fallait encore continuer pendant des jours, peut-être aurions nous été ok. Nous allons bien. Je suis à la barre et Maxime regarde la côte vers le Sud avec les jumelles, des mâts de bateaux se distinguent au dessus d'une digue, pas d'hésitation, nous y allons.
L'île de Lanzarote vue de la mer, c'est assez fantastique: des volcans et des déserts. C'est lunaire. Je n'ai jamais été ici, Maxime non plus, et nous sommes très impressionnés par ce que nous voyons.
Il est 9h30 ou 10h, je ne sais pas trop, et nous arrivons au port... J'appelle le Port del Carmen avec le peu de batterie vhf qu'il reste, mais personne ne répond.. Peut-être normal, puisque nous sommes en approche du port Calero! Il faut dire que je n'ai pas de carte plus précise que celle que vous voyez là, ci-dessus. Manoeuvre compliquée à la voile avec la gv sous 2 ris et face au vent, mais tout va bien et TaraTari est enfin amarré, après 11 jours de navigation.
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| Arrivée à Lanzarote, le 21 mai 2012. |
Vous n'imaginez même pas le bonheur que j'ai eu en enlevant mon ciré, mes bottes et mes chaussettes. Tout était trempé et le sel a momifié mon ensemble si glamour. Elle est là, la vraie délivrance, quand on enlève ciré, bottes et chaussettes après une bonne baston en mer.
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| moi je suis rincée et mon ciré, lui, mérite de l'être |
Nous rangeons un peu le bateau. Comme on l'aura compris, plus de batterie dans rien du tout, alors là je me dis qu'il faut absolument que j'arrive à trouver de quoi dire au moins à mes parents que tout va bien et que Tara Tari est à bon port. Mission réussie: mon père me rassure, ils n'étaient pas encore 'trop inquiets' mais il ne fallait pas que nous ne tardions encore trop non plus.
Nous allons pouvoir nous reposer un peu, mais avant... il n'est peut être que 11h30 du matin, nous trinquons avec une bonne bière fraîche et qui me semble être aussi forte qu'une vodka. Je suis épuisée. Heureuse mais épuisée. direction le bateau pour dormir un peu.
Merci Tara Tari, tu as été parfait et aucune avarie majeure à l'arrivée, c'est bien.
Merci Maxime, je sais que cela n'a pas été facile..
Le large était si grisant. c'était dur, j'avoue, mais j'ai aimé, j'ai adoré cet océan et je sais que j'ai envie de continuer. Alors Tara Tari mon tendre ami, si tu es ok, nous allons continuer notre beau voyage,
what we are living for.
Capucine
jeudi 31 mai 2012
il n'est jamais trop tard
En mer. 17-18-19 mai 2012. Au large du Maroc.
- depuis 7 jours en mer; à 340 milles de l'île de Graciosa - Archipel des Canaries.
Le 17 mai. 12h. N33°04' W09°04. Nous prenons un ris dans la grand voile. Le vent se renforce et creuse la mer. C'est assez étrange d'avancer au large sans info météo. Tout peut arriver. Et là, c'est une belle houle qui arrive de l'Ouest. La houle Atlantique... la fameuse.
"Le large! TaraTari mon bon ami, nous y sommes!"
Seule sur le pont,
j'observe la mer.
Qu'elle est belle.
Tout est pourtant bien gris, ce n'est pas joli. Le soleil n'est pas visible à cause de la brume, et peu d'indices permettent de s'orienter. La mer et le ciel sont de la même couleur, même l'horizon a disparu. Certains se sentiraient angoissés sans aucun repère, mais là, à cet instant précis, j'ai l'impression de flotter dans un espace libre. Et cette impression est un plaisir.
22h. Il fait nuit. "C'est quoi ce bruit?" Maxime est inquiet et je sors la tête de la descente. Nous scrutons la mer noire mais nous ne voyons aucun bateau. Une grosse tache noire sur l'eau s'approche à grande vitesse, tout comme le bruit. "C'est quoi ce truc??! Un sous marin?". Il fait nuit et l'instant est assez effrayant: une tache sombre qui nous fonce dessus en faisant un bruit terrifiant. La tache arrive à notre hauteur, à tribord: nous fronçons les sourcils, inquiets, et essayons de comprendre. Grand soupir de soulagement; c'est un banc de dauphins! Combien sont-ils? 50, 100? vu le raffut, ils doivent être bien nombreux! Je note dans le carnet: "croisé armée de dauphins; Pfiou, la trouille."
Le 18 mai. 8h30. N32°12' W10°02. Nous avons relaché le ris, mais le vent s'est clairement établi. Cela fait 8 jours que nous sommes en mer. Les données météo que j'avais avant de partir ne sont plus valables et nous ne disposons plus d'aucun moyen de communication. Les batteries de la vhf portables se sont bien vidées avec tous ces appels aux ports de Casablanca, Mohammedia et aux cargos croisés trop près. Quant à la vhf fixe, elle n'arrive plus à rien car quand le pilote automatique marche, plus aucun autre truc branché sur les batteries ne marche. Ce n'est pas nouveau, j'ai passé les nuits d'hiver dans cette ambiance boîte de nuit, avec un feu de mât qui jouait les stroboscopes à chaque effort du pilote. Impossible donc d'avoir la météo par vhf. Le ciel est assez inquiétant, très nuageux. C'est peut-être le moment de sortir la radio BLU que m'a prêtée Antoine Debled. RFI n'émet plus de bulletins météo, mais si une énorme tempête devait nous tomber dessus, les radios en parleraient peut-être.
"Tire la chevillette et la bobinette cherra"- je suis la formule: je tourne la petite molette et la chansonnette sonna! Nous sommes assez loin des côtes, on ne reçoit pas grand chose. Et puis finalement, je tombe sur une fréquence d'ondes audible: de la musique orientale super belle! C'est excellent! Tara Tari qui avance en dandinant sa coque... ambiance danse du ventre dans la houle Atlantique! Sexy Tara Tari!
Volume à fond.
Grand moment de musique.
- je note dans le cahier "18 mai: fête de la musique"
18h. N31°49' W10°02. à 237 milles de l'arrivée.
J'ai changé les piles de ma frontale et du GPS. L'air est frais tout est gris mais tout est beau. je note dans le cahier :"TaraTari est magnifique. Je ne sais pas pourquoi je me sens si bien, je rigole toute seule et pourtant je n'ai pas bu".
20h. "Tout était gris mais des nuages se déchirent: retour des couleurs dans le ciel pour la première fois depuis 4 jours. Le coucher de soleil est féérique." ai-je noté dans le petit cahier.
Un des grands plaisirs qu'offre le large.
Assise sur la dérive au vent, alors que Tara Tari file vite et bien; je contemple.
Le spectacle dure une bonne heure et le ciel change à chaque instant.
Nuit du 18 au 19 mai. 3h37. Maxime est de quart et me réveille: d'étranges feux de navigation sont à notre avant bâbord. Avec la houle, c'est assez compliqué de distinguer leur signification: la houle donne un effet clignotant: on voit les feux, on ne les voit plus, on voit les feux, on ne les voit plus. Grâce aux jumelles, je distingue deux feux, vert et blanc, en alignement vertical. Je vérifie dans un petit cahier de notes; il s'agit d'un navire en pêche de plus de 50 mètres. Il a de gros projecteurs sur le pont, qui n'ont pas aidé à distingué son signalement. Et puis, toujours grâce aux jumelles, nous arrivons à distinguer un feu rouge: c'est bon, il avance et pas sur nous. La nuit en mer, les feux de navigation sont la seule manière de repérer un bateau, savoir de quel genre de bateau il s'agit est important: ce bateau en pêche ne bouge pas beaucoup et ne doit certainement pas être très manoeuvrant, à nous de prendre nos précautions pour ne pas être sur sa route.
5h30. Tara Tari avance à 4 noeuds, le vent se renforce. Nous sommes sur la même amure depuis plusieurs jours, ça me change de la Med! Mais le bateau a tendance à lofer, je dois donc abattre de 10° pour rester sur la route. Je suis très concentrée sur la route à suivre.
De nombreux cargos tout autour de nous; nous passons la nuit avec le compas de relèvement devant l'oeil, pour surveiller et calculer la route des cargos. Dans le journal de bord, je note le relèvement effectué toutes les 5 minutes. La méthode est bien efficace. La nuit se passe sans problème, mais sans beaucoup de repos.
19 mai. 7h30. N31°24 W10°48. à 204 milles de l'arrivée.
Le jour arrive et va nous faciliter le repérage des cargos un peu trop nombreux à mon goût.
Tara Tari toujours en plein forme. Pas d'avarie majeure à déplorer: pendant les journées sans vent, j'ai essayé de nettoyer le pauvre petit DjianDong noyé dans la bataille de Gibraltar, mais il faudra attendre d'être à terre pour le re-refaire vivre. C'est le seul vrai problème du moment. L'eau ne rentre pas trop: j'ai resséré le presse-étoupe qui gouttait un peu trop. Ne pas écoper autant que cet hiver me change la vie à bord! bien contente que la réparation faite avec Coco à Gibraltar tienne le coup!
8h. je note dans le cahier "vague vue dans le ciel!"
8h40. Plus que 200 milles nautiques! youhou!
Quelques dauphins viennent fêter ça.
10h. Le ciel bleu est de retour!! youhou! - again.
Les nuages sont complètement superbes. Cours de météo grandeur nature.
je note dans le carnet: "Ce matin lecture du ciel: révision de la signification des nuages"
11h30. On se prend un grain: le vent se renforce logiquement et nous prenons un ris dans la grand voile.
19h35: La journée se passe vite et bien. TaraTari fonce à 5,5 et accélère encore.
Pas envie de cuisiner, ce soir ce sera repas lyophilisé.
Enfin voilà.
Rien de bien folichon dans le descriptif de ces nouvelles journées en mer pendant lesquelles Tara Tari a bien avancé à 4 ou 5 noeuds, pendant lesquelles les cargos, les nuages, la houle i tutti quanti nous ont bien occupés....
Cependant, j'ai une confession à faire.
J'ai - il me semble - oublié de préciser à Maxime en lui tendant son petit sachet - dîner du soir, que ces délicieux repas récupérés auprès d'amis navigateurs étaient peut-être un peu périmés.
Mais après digestion et malgré la houle qui nous a ballottés toute la nuit, je peux affirmer que les pâtes Bella Italia qui expiraient le 25 février 2010 sont toujours comestibles le 19 mai 2012.
Voilà, c'est dit.
Désolée, Maxime, je n'ai pas su trouver les mots.
C'est important de dire les choses.
Et comme pour les pâtes au fromage, il n'est jamais trop tard.
vive la récup' !
Capucine
- depuis 7 jours en mer; à 340 milles de l'île de Graciosa - Archipel des Canaries.
Le 17 mai. 12h. N33°04' W09°04. Nous prenons un ris dans la grand voile. Le vent se renforce et creuse la mer. C'est assez étrange d'avancer au large sans info météo. Tout peut arriver. Et là, c'est une belle houle qui arrive de l'Ouest. La houle Atlantique... la fameuse.
"Le large! TaraTari mon bon ami, nous y sommes!"
Seule sur le pont,
j'observe la mer.
Qu'elle est belle.
Tout est pourtant bien gris, ce n'est pas joli. Le soleil n'est pas visible à cause de la brume, et peu d'indices permettent de s'orienter. La mer et le ciel sont de la même couleur, même l'horizon a disparu. Certains se sentiraient angoissés sans aucun repère, mais là, à cet instant précis, j'ai l'impression de flotter dans un espace libre. Et cette impression est un plaisir.
22h. Il fait nuit. "C'est quoi ce bruit?" Maxime est inquiet et je sors la tête de la descente. Nous scrutons la mer noire mais nous ne voyons aucun bateau. Une grosse tache noire sur l'eau s'approche à grande vitesse, tout comme le bruit. "C'est quoi ce truc??! Un sous marin?". Il fait nuit et l'instant est assez effrayant: une tache sombre qui nous fonce dessus en faisant un bruit terrifiant. La tache arrive à notre hauteur, à tribord: nous fronçons les sourcils, inquiets, et essayons de comprendre. Grand soupir de soulagement; c'est un banc de dauphins! Combien sont-ils? 50, 100? vu le raffut, ils doivent être bien nombreux! Je note dans le carnet: "croisé armée de dauphins; Pfiou, la trouille."
Le 18 mai. 8h30. N32°12' W10°02. Nous avons relaché le ris, mais le vent s'est clairement établi. Cela fait 8 jours que nous sommes en mer. Les données météo que j'avais avant de partir ne sont plus valables et nous ne disposons plus d'aucun moyen de communication. Les batteries de la vhf portables se sont bien vidées avec tous ces appels aux ports de Casablanca, Mohammedia et aux cargos croisés trop près. Quant à la vhf fixe, elle n'arrive plus à rien car quand le pilote automatique marche, plus aucun autre truc branché sur les batteries ne marche. Ce n'est pas nouveau, j'ai passé les nuits d'hiver dans cette ambiance boîte de nuit, avec un feu de mât qui jouait les stroboscopes à chaque effort du pilote. Impossible donc d'avoir la météo par vhf. Le ciel est assez inquiétant, très nuageux. C'est peut-être le moment de sortir la radio BLU que m'a prêtée Antoine Debled. RFI n'émet plus de bulletins météo, mais si une énorme tempête devait nous tomber dessus, les radios en parleraient peut-être.
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| "ggggrregzrbbtrhbhizzzzhhhhhthrertttttt" dit la radio |
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| ♪ ♫ ♪♪ ♫♫ |
Grand moment de musique.
- je note dans le cahier "18 mai: fête de la musique"
18h. N31°49' W10°02. à 237 milles de l'arrivée.
J'ai changé les piles de ma frontale et du GPS. L'air est frais tout est gris mais tout est beau. je note dans le cahier :"TaraTari est magnifique. Je ne sais pas pourquoi je me sens si bien, je rigole toute seule et pourtant je n'ai pas bu".
20h. "Tout était gris mais des nuages se déchirent: retour des couleurs dans le ciel pour la première fois depuis 4 jours. Le coucher de soleil est féérique." ai-je noté dans le petit cahier.
Un des grands plaisirs qu'offre le large.
Assise sur la dérive au vent, alors que Tara Tari file vite et bien; je contemple.
Le spectacle dure une bonne heure et le ciel change à chaque instant.
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| un instant |
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| un autre instant |
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| un autre autre instant |
5h30. Tara Tari avance à 4 noeuds, le vent se renforce. Nous sommes sur la même amure depuis plusieurs jours, ça me change de la Med! Mais le bateau a tendance à lofer, je dois donc abattre de 10° pour rester sur la route. Je suis très concentrée sur la route à suivre.
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| et toujours faire le point |
| compas de relèvement |
19 mai. 7h30. N31°24 W10°48. à 204 milles de l'arrivée.
Le jour arrive et va nous faciliter le repérage des cargos un peu trop nombreux à mon goût.
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| 9è jour en mer depuis Gibraltar et déjà 6 mois de vie à bord de Tara Tari |
8h. je note dans le cahier "vague vue dans le ciel!"
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| très "Quiksilver" ce nuage |
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| vous ne trouvez pas? |
8h40. Plus que 200 milles nautiques! youhou!
Quelques dauphins viennent fêter ça.
10h. Le ciel bleu est de retour!! youhou! - again.
Les nuages sont complètement superbes. Cours de météo grandeur nature.
je note dans le carnet: "Ce matin lecture du ciel: révision de la signification des nuages"
11h30. On se prend un grain: le vent se renforce logiquement et nous prenons un ris dans la grand voile.
19h35: La journée se passe vite et bien. TaraTari fonce à 5,5 et accélère encore.
Pas envie de cuisiner, ce soir ce sera repas lyophilisé.
Enfin voilà.
Rien de bien folichon dans le descriptif de ces nouvelles journées en mer pendant lesquelles Tara Tari a bien avancé à 4 ou 5 noeuds, pendant lesquelles les cargos, les nuages, la houle i tutti quanti nous ont bien occupés....
Cependant, j'ai une confession à faire.
J'ai - il me semble - oublié de préciser à Maxime en lui tendant son petit sachet - dîner du soir, que ces délicieux repas récupérés auprès d'amis navigateurs étaient peut-être un peu périmés.
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| Pasta Bella Italia |
Voilà, c'est dit.
Désolée, Maxime, je n'ai pas su trouver les mots.
C'est important de dire les choses.
Et comme pour les pâtes au fromage, il n'est jamais trop tard.
vive la récup' !
Capucine
mardi 29 mai 2012
solutions moralement efficaces
En mer. 14-15-16 mai 2012. Toujours au large de Casablanca...
Le 14 mai. 14h. N33°43' W007°34'. A 5 noeuds vers le Sud Ouest: il ne fallait pas rêver, ce vent parfait n'aura duré que le temps de nous éloigner de Mohammedia et du Cap Fédala. Il n'y a plus de vent et nous nous retrouvons de nouveau à l'arrêt devant Casablanca. Nous y passons une bonne partie de la journée. Et la nuit entière aussi. Nous essayons d'aller chercher un peu de vent au large des lumières et des prières de la ville. Quelque chose me dit que la route va être longue. La pétole: situation moralement inefficace n°0.
Rythme de vie à bord, rythme des quarts: nous avons assez vite trouvé le bon tempo. Peu après le coucher du soleil, nous nous relayons toutes les 2 heures; ça se tient dehors et ça laisse surtout un bon moment de repos à celui qui dort. Le rythme est venu assez naturellement, en fonction des besoins de sommeil de chacun . Lors des transitions de quarts, nous ne sommes pas très bavards: un point sur la route, sur les cargos et pêcheurs à surveiller et hop au dodo. A chaque relève, je note dans le journal de bord notre position, cap, allure, et autres commentaires sur la navigation: force approximative du vent et direction, visibilité, état de la mer, manoeuvres effectuées, navires sur zone, petit bricolage sur le bateau etc. La répartition grosso modo des quarts de nuit? Cap 22h-minuit; Max 00h-02h; Cap 02h-04h; Max 04h-06h; Cap 06h -.. lors de ces nuits de calmes, j'essaie de laisser Maxime dormir jusqu'à ce qu'il se réveille tout seul parce que j'apprécie ces moments un peu seule à bord. Toutes les nuits le début des quarts change en fonction de la fatigue de l'un ou de l'autre. Pas d'horaires fixes à bord, on s'adapte mais il y a toujours l'un de nous dehors.
Nuit du 14 au 15 mai. je note dans un autre petit cahier: "4h05: pas de vent. un croissant de lune rouge s'est levé sur Casablanca mais vite caché par la brume. Les étoiles sont aussi cachées derrière l'épaisse brume. Nuit un peu longue. La fatigue: situation moralement inefficace n°1".
Le 15 mai. Il est 7h du matin et nous n'avançons toujours pas très vite. Un petit oiseau est venu se reposer à bord et me tient compagnie pendant deux heures. C'est un petit Serin Cini, cousin du Canari que l'on distingue par ses ailes grises. Je suis très fatiguée et trouve ça sympa, un Canari à bord: comme s'il venait nous encourager à aller aux îles dont sa famille est originaire. Il est super bavard, chante plutôt dans les aiguës: "entre ton ton de voix et tes plumes jaunes: c'est pas très viril tout ça." Je lui offre un peu de pain et il boit l'eau douce de l'humidité nocturne qui forme une mini-mini flaque, à l'avant sur le pont. Il passe une heure à l'avant et puis, peu farouche, il est venu se poser sur ma jambe pour picorer encore quelques miettes de pain. Un petit oiseau est un super compagnon de petit temps.
Je note dans le cahier: "15 mai. Lever de soleil en compagnie du petit oiseau. nous avons le même ciré jaune plein de sel et avons tous deux l'air fatigué. Déjà loin des côtes. L'oiseau s'est envolé vers l'Ouest, vers le large. En zone de calmes, un petit oiseau de gaieté est une solution moralement efficace. Solution n°1."
8h. Le vent est complètement tombé et moi je tombe de fatigue. Maxime vient me remplacer. Joie. La relève: solution moralement efficace n°2.
Mais un peu avant 9h, il me réveille: "Capucine, sors vite! un cargo nous fonce dessus!" En cas de danger possible, nous devons être tous les deux sur le pont - autre règle de sécurité. Nous ne pouvons pas bouger vite, j'attrape les jumelles pour bien lire son nom écrit sur sa coque, et le contacte par vhf, il ne répond pas mais modifie un peu sa route et passe devant nous. Merci monsieur ou madame le capitaine de l'Atlantis Pride! Petit stress. Le cargo dans la pétole: situation moralement inefficace n°2.
10h. On m'avait mise en garde contre le vent fort fréquent le long des côtes marocaines et nous sommes pourtant toujours complètement collés. Le vent ne souffle pas et nous, nous soupirons. Nous ne voyons à cet instant plus qu'une solution moralement efficace: la solution n°3:
Maxime filme en annonçant la séquence par un panneau qu'il a
écrit : "Casablanca - Les Canaries à la rame, ils le font". Dire que cela nous a fait beaucoup avancer serait un peu trop "marseillais" justement, mais de 0 nous avançons désormais à une vitesse -extrême- de 1 noeud. Nous ramons et nous nous rappelons de notre journée de rame devant Sète... je n'avais pas eu à réutiliser les rames depuis cette journée de novembre.
Il faut boire régulièrement. A cette latitude, le soleil ne fait pas semblant d'être une boule de feu. Chaleur écrabouillante: situation moralement inefficace n°3.
"Et si on se baignait!?" je suis sur le point de me jeter à l'eau quand soudain :
"Et si on ne se baignait pas?!" je me reprends vite. Un banc de méduses flotte autour de Tara Tari; pas envie de savoir si elle font un peu mal ou très mal.
Les méduses: situation moralement inefficace n°4.
17h30. Constat de l'équipage: après 5 jours en mer, une petite douche s'impose pour enlever de nos peaux un peu de sel, de soleil et de crasse. Chacun à notre tour allons sur le pont devenu salle de bain à ciel ouvert! quel luxe. Lavage à l'eau de mer, rinçage avec un tout petit peu d'eau douce. je note dans le cahier :"journée qui sent bon le savon, tout va bien". C'était la solution moralement efficace n°4.
19h. Comme tous les soirs depuis que nous sommes dans cette zone de calme, je m'applique à la solution moralement efficace n°0 (elle ne date pas d'aujourd'hui):
Corentin ouvrait des noix de coco en "offrande aux dieux du vent". N'ayant pas de noix de coco à bord, j'ouvre donc des noix tout court avec le mince espoir que cela puisse marcher quand même. Quand je lui ai parlé de mes offrandes à la noix, enfin aux dieux du vent, Coco m'a dit "oulala, moi à la place des dieux du vent je hausserais les épaules, lèverais les yeux au ciel et soupirerais! Ils vont prendre ça pour de la rigolade, ta petite noix tout court!" Et bien qu'à cela ne tienne: un soupir du vent, c'est exactement ce que j'espère en retour! j'ouvre plein de noix - ils sont peut-être nombreux, ces dieux-là. Je note dans le cahier: "Ce soir, 3 des noix-offrandes étaient pourries, j'ai un doute quant au retour du vent".
Le 16 mai. 10h15. N33°33 W08°25. Une barque s'approche et nous n'hésitons pas trop : nous leur demandons de nous aider en nous remorquant un peu. Entre bateaux de pêche, on se doit bien ça! Nous avons besoin d'avancer; c'est important pour le moral. Les pêcheurs marocains à bord de petites barques viennent régulièrement nous voir, pour nous saluer et nous proposer du poisson frais. C'est super sympa bien que cela nous semble fou qu'ils soient en barques à 50 milles des côtes!
Maxime prépare les bouts en pattes d'oie pour le remorquage, j'affale les voiles et file mettre un pantalon. Question de respect de cultures; je ne veux pas choquer en étant les genoux à l'air. Nos amis ne parlent ni ne comprennent ne serait-ce qu'un mot de Français et nous ne parlons pas Arabe. Ils ne s'adressent qu'à Maxime - qu'à l'homme. Je reste à la barre et reste dans le sillage de la barque. Nous évoquons la possibilité d'aller au port de pêche où ils se rendent.
Maxime me dit que ça l'embête de me laisser seule dans ce petit port de pêche vers lequel ils nous emmènent et je lui propose de monter à bord de la barque pour rejoindre le Maroc et prendre son avion sans que je n'aie à m'arrêter. Mais l'idée ne le convainc pas: "que diraient les douaniers si j'arrivais ainsi". Il est ok pour continuer vers les Canaries, alors nous ne changeons pas nos plans.
A bord de la barque, les trois hommes allument un feu à l'essence et préparent un thé. La scène est assez surréaliste; leur feu est à quelques centimètres de leur réserve d'essence et du petit moteur. Nous profitons d'une risée pour leur dire que nous allons continuer à la voile. Maxime leur donne un petit billet pour le dépannage et nous renvoyons la toile. L'épisode remorquage a été l'occupation de la matinée. La tête de Tara Tari n'a pas trop surpris nos amis pêcheurs: ce sont bien les premières personnes que je vois qui n'ouvrent pas des yeux grands comme ça devant l'aspect un peu "récup et toile de jute" du bateau. Les voiles sont hissées et nous voulons croire que nous allons repartir. Le vent est de secteur Sud Ouest: impossible de faire route directe. Et en plus, il est nul. enfin inexistant, on se comprend. Patience, patience. Je prépare du thé à la menthe. Pour faire "local".
Le remorquage : solution moralement efficace. Le remorquage qui ne sert à rien : situation moralement inefficace. - l'un annule l'autre: hors compte.
15h. N33°29'235'' W08°29'100''. Notez cette position bien précise: c'est un super spot de pêche! Des maquereaux partout! Le vent revient enfin un tout petit peu et dans la bonne direction. A 3 noeuds, nous pêchons sans souci. Maxime appelle cette espèce de poisson"maquereauquain". je vous laisse comprendre le jeu de mots aussi local que le thé à la menthe. La pêche, solution moralement efficace n°5.
16h. Cap au 230°: nous avançons enfin - bien que doucement - sur la route directe! Et c'est la fête des maquereaux. 7 prises en une heure! Nous pêchons mais relâchons les prises trop petites ou trop grosses: nous ne garderons que 2 poissons: un pour le dîner et l'autre pour le sandwich du lendemain - comme ça, vous savez tout. Maxime a bien rigolé parce que j'ai été incapable de tuer le premier poisson que j'ai remonté à bord et il est retourné à l'eau en me glissant des mains. Pêcher un poisson qui va servir de dîner signifie qu'il faut, avant de le mettre dans la casserole, lui planter un couteau derrière la tête et une fois que l'on a fait ça, le pont ressemble à une scène de crime: du sang partout! Les mains pleines de sang, je faisais moins la maligne deux minutes avant de m'être lavé les mains et de poser pour la photo du trophée dinatoire. Assassiner un poisson: situation moralement inefficace n°6.
Nous sommes visiblement dans une zone de pêche: sans parler de nos prises, il y a des chaluts partout. Il faut voir l'état des bateaux. "Tant que ça flotte, ça pêche!" c'est ce que je me dis en regardant les bateaux qui nous entourent. J'ai une grande admiration pour les pêcheurs, en Bretagne en Espagne, au Maroc ou ailleurs, je pense qu'ils font l'un des métiers les plus durs au monde.
Le poisson frais est un régal qui me fait oublier mon acte criminel, un régal que je cuisine comme je peux avec mon petit réchaud à gaz et ma petite casserole, un régal qui a été un vrai régal. Je note dans le cahier "20h: super bon dîner!" - commentaire simple mais explicite.
Entre les pêcheurs-remorqueurs, nos maquereaux, et le spectacle des chaluts en pêche, nous avons oublié que nous avançons trop doucement le long du Maroc: j'ajoute dans le cahier "16 mai: thématique pêche."
A Marseille, Anaïs (amie officier de marine marchande) qui a l'habitude des longs séjours en mer m'avait conseillé d'embarquer des bonbons. A Alicante, Yannick (ami de Bretagne venu me voir) a apporté un sac entier de mini-Carambar que je n'ai pas encore ouvert. Il est temps de suivre le conseil d'Anaïs. Un mini Carambar en dessert = lecture de la (super) blague écrite sur l'emballage.
Les blagues Carambar: solution moralement efficace n°6.
NB: Quand nous en sommes à considérer les blagues Carambar comme une solution moralement efficace, c'est que l'heure est grave.
Nuit du 16 au 17 mai. 1h30. La nuit est terriblement humide, et nous n'avançons terriblement pas. Brume, pas d'étoile, pas de lune, pas de vague. J'aurais presque envie qu'un cargo surgisse de nulle part pour mettre un peu d'action dans cette veillée.
NBn°2: Quand nous en sommes à espérer croiser un cargo de près, c'est que l'heure est -vraiment- très grave.
C'est pénible. Je suis de quart et il ne se passe rien,"quand soudain", je vois Maxime qui sort par le hublot avant et qui s'avance rapidement comme un funambule vers l'arrière du bateau!
- "Tout va bien, Maxime?" je ne comprends pas trop ce qu'il se passe.
Il est dans un demi-sommeil! Un brin somnambule, le Maxime? cette nouvelle donnée m'inquiète: il va falloir qu'il s'attache quand il dort, car ça pourrait être dangereux cette histoire! Les imprévus rodent mais j'aurais préféré le cargo-surprise. Cette nuit, pendant mes quarts de sommeil, je ne dors pas très sereinement et me réveille plusieurs fois en demandant "tout va bien dehors?" alors qu'il n'y a pas de raison valable d'être inquiète puisque Maxime est bien éveillé. L'angoisse n'a parfois rien de rationnel. Cette anecdote est la situation moralement inefficace n°6.
Je prends mon dernier quart à 4h et laisse Maxime dormir jusqu'à son réveil. Calée dans la descente pour ne pas être trop trempée par l'humidité, je termine de lire "L'expédition du Kon Tiki". Super livre qui me donne envie d'aller naviguer vers les îles du Pacifique. A Gibraltar, quand j'avais dit à mes parents quelle était ma chouette lecture du moment, mon père m'a raconté que, quand il avait 12 ans, fasciné par l'aventure norvégienne, il avait fait une maquette, parfaite réplique du radeau en balsa! Que mes parents ne me demandent plus de qui je tiens! Une pensée en entraîne une autre. Je pense à mes parents: à cette si petite vitesse nous n'arriverons que dans très longtemps dans les îles et comme je n'ai aucun moyen de communication ni aucune balise de suivi à la trace du bateau, j'ai peur qu'ils s'inquiètent bientôt. "Que pensent-ils, sans nouvelle, à terre? Comment les rassurer?" Penser à l'inquiétude de ses parents: situation moralement inefficace n°7.
J'hésite à envoyer un message dans une bouteille qui pourrait atteindre les côtes marocaines avant notre arrivée aux Canaries. Mais ça me fend le coeur de jeter une bouteille dans l'eau. L'océan est assez sale comme ça et je n'ai pas la certitude que le message arrivera à bon port. Avec cette légère conscience écologique qui s'ajoute à mon inquiétude des états d'âme de mes parents, je me retrouve vraiment dans une situation moralement inefficace.
Le 17 mai. 9h. N33°04 W09°04. Nous buvons un bon café chaud, papotons et apprécions notre vitesse qui atteint enfin les 3 noeuds. je pars dormir vers 10h30; une heure plus tard, je me prends un sac de vêtements dans la figure! Je ne râle pas car le sac au vent qui me tombe dessus est une solution moralement efficace qui signifie que vent est arrivé! Tara Tari file à 5,2 noeuds! je lance à tue-tête un "Yahoo!" - j'allais crier "youpi" ou "youhou", mais l'occasion était trop belle pour rendre hommage à mon éditeur et mes écrits sur Yahoo! qui attendent patiemment mon retour!
7ème jour en mer et nous avons la pêche.
Yahoo! le sac qui me tombe dessus en plein sommeil: solution moralement efficace n°7.
Le compte est bon.
Capucine
Le 14 mai. 14h. N33°43' W007°34'. A 5 noeuds vers le Sud Ouest: il ne fallait pas rêver, ce vent parfait n'aura duré que le temps de nous éloigner de Mohammedia et du Cap Fédala. Il n'y a plus de vent et nous nous retrouvons de nouveau à l'arrêt devant Casablanca. Nous y passons une bonne partie de la journée. Et la nuit entière aussi. Nous essayons d'aller chercher un peu de vent au large des lumières et des prières de la ville. Quelque chose me dit que la route va être longue. La pétole: situation moralement inefficace n°0.
Rythme de vie à bord, rythme des quarts: nous avons assez vite trouvé le bon tempo. Peu après le coucher du soleil, nous nous relayons toutes les 2 heures; ça se tient dehors et ça laisse surtout un bon moment de repos à celui qui dort. Le rythme est venu assez naturellement, en fonction des besoins de sommeil de chacun . Lors des transitions de quarts, nous ne sommes pas très bavards: un point sur la route, sur les cargos et pêcheurs à surveiller et hop au dodo. A chaque relève, je note dans le journal de bord notre position, cap, allure, et autres commentaires sur la navigation: force approximative du vent et direction, visibilité, état de la mer, manoeuvres effectuées, navires sur zone, petit bricolage sur le bateau etc. La répartition grosso modo des quarts de nuit? Cap 22h-minuit; Max 00h-02h; Cap 02h-04h; Max 04h-06h; Cap 06h -.. lors de ces nuits de calmes, j'essaie de laisser Maxime dormir jusqu'à ce qu'il se réveille tout seul parce que j'apprécie ces moments un peu seule à bord. Toutes les nuits le début des quarts change en fonction de la fatigue de l'un ou de l'autre. Pas d'horaires fixes à bord, on s'adapte mais il y a toujours l'un de nous dehors.
Nuit du 14 au 15 mai. je note dans un autre petit cahier: "4h05: pas de vent. un croissant de lune rouge s'est levé sur Casablanca mais vite caché par la brume. Les étoiles sont aussi cachées derrière l'épaisse brume. Nuit un peu longue. La fatigue: situation moralement inefficace n°1".
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| un peu fatiguée au lever du soleil. sourire forcé n°1 |
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| un petit Serin Cini à bord de Tara Tari, le 16 mai 2012 |
8h. Le vent est complètement tombé et moi je tombe de fatigue. Maxime vient me remplacer. Joie. La relève: solution moralement efficace n°2.
Mais un peu avant 9h, il me réveille: "Capucine, sors vite! un cargo nous fonce dessus!" En cas de danger possible, nous devons être tous les deux sur le pont - autre règle de sécurité. Nous ne pouvons pas bouger vite, j'attrape les jumelles pour bien lire son nom écrit sur sa coque, et le contacte par vhf, il ne répond pas mais modifie un peu sa route et passe devant nous. Merci monsieur ou madame le capitaine de l'Atlantis Pride! Petit stress. Le cargo dans la pétole: situation moralement inefficace n°2.
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| l'Atlantis Pride |
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| Les rames offertes à Marseille! (voir archives novembre) |
Il faut boire régulièrement. A cette latitude, le soleil ne fait pas semblant d'être une boule de feu. Chaleur écrabouillante: situation moralement inefficace n°3.
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| un peu chaud. sourire pas forcé n°1. |
"Et si on se baignait!?" je suis sur le point de me jeter à l'eau quand soudain :
"Et si on ne se baignait pas?!" je me reprends vite. Un banc de méduses flotte autour de Tara Tari; pas envie de savoir si elle font un peu mal ou très mal.
Les méduses: situation moralement inefficace n°4.
17h30. Constat de l'équipage: après 5 jours en mer, une petite douche s'impose pour enlever de nos peaux un peu de sel, de soleil et de crasse. Chacun à notre tour allons sur le pont devenu salle de bain à ciel ouvert! quel luxe. Lavage à l'eau de mer, rinçage avec un tout petit peu d'eau douce. je note dans le cahier :"journée qui sent bon le savon, tout va bien". C'était la solution moralement efficace n°4.
19h. Comme tous les soirs depuis que nous sommes dans cette zone de calme, je m'applique à la solution moralement efficace n°0 (elle ne date pas d'aujourd'hui):
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| Offrande à la noix, ou plutôt aux dieux du vent |
Le 16 mai. 10h15. N33°33 W08°25. Une barque s'approche et nous n'hésitons pas trop : nous leur demandons de nous aider en nous remorquant un peu. Entre bateaux de pêche, on se doit bien ça! Nous avons besoin d'avancer; c'est important pour le moral. Les pêcheurs marocains à bord de petites barques viennent régulièrement nous voir, pour nous saluer et nous proposer du poisson frais. C'est super sympa bien que cela nous semble fou qu'ils soient en barques à 50 milles des côtes!
Maxime prépare les bouts en pattes d'oie pour le remorquage, j'affale les voiles et file mettre un pantalon. Question de respect de cultures; je ne veux pas choquer en étant les genoux à l'air. Nos amis ne parlent ni ne comprennent ne serait-ce qu'un mot de Français et nous ne parlons pas Arabe. Ils ne s'adressent qu'à Maxime - qu'à l'homme. Je reste à la barre et reste dans le sillage de la barque. Nous évoquons la possibilité d'aller au port de pêche où ils se rendent.
Maxime me dit que ça l'embête de me laisser seule dans ce petit port de pêche vers lequel ils nous emmènent et je lui propose de monter à bord de la barque pour rejoindre le Maroc et prendre son avion sans que je n'aie à m'arrêter. Mais l'idée ne le convainc pas: "que diraient les douaniers si j'arrivais ainsi". Il est ok pour continuer vers les Canaries, alors nous ne changeons pas nos plans.
A bord de la barque, les trois hommes allument un feu à l'essence et préparent un thé. La scène est assez surréaliste; leur feu est à quelques centimètres de leur réserve d'essence et du petit moteur. Nous profitons d'une risée pour leur dire que nous allons continuer à la voile. Maxime leur donne un petit billet pour le dépannage et nous renvoyons la toile. L'épisode remorquage a été l'occupation de la matinée. La tête de Tara Tari n'a pas trop surpris nos amis pêcheurs: ce sont bien les premières personnes que je vois qui n'ouvrent pas des yeux grands comme ça devant l'aspect un peu "récup et toile de jute" du bateau. Les voiles sont hissées et nous voulons croire que nous allons repartir. Le vent est de secteur Sud Ouest: impossible de faire route directe. Et en plus, il est nul. enfin inexistant, on se comprend. Patience, patience. Je prépare du thé à la menthe. Pour faire "local".
Le remorquage : solution moralement efficace. Le remorquage qui ne sert à rien : situation moralement inefficace. - l'un annule l'autre: hors compte.
15h. N33°29'235'' W08°29'100''. Notez cette position bien précise: c'est un super spot de pêche! Des maquereaux partout! Le vent revient enfin un tout petit peu et dans la bonne direction. A 3 noeuds, nous pêchons sans souci. Maxime appelle cette espèce de poisson"maquereauquain". je vous laisse comprendre le jeu de mots aussi local que le thé à la menthe. La pêche, solution moralement efficace n°5.
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| trop gros pour nous, ce poisson-là retourne à l'eau! |
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| après assassinat du poisson. sourire forcé n°2 |
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| en pêche |
Entre les pêcheurs-remorqueurs, nos maquereaux, et le spectacle des chaluts en pêche, nous avons oublié que nous avançons trop doucement le long du Maroc: j'ajoute dans le cahier "16 mai: thématique pêche."
A Marseille, Anaïs (amie officier de marine marchande) qui a l'habitude des longs séjours en mer m'avait conseillé d'embarquer des bonbons. A Alicante, Yannick (ami de Bretagne venu me voir) a apporté un sac entier de mini-Carambar que je n'ai pas encore ouvert. Il est temps de suivre le conseil d'Anaïs. Un mini Carambar en dessert = lecture de la (super) blague écrite sur l'emballage.
Les blagues Carambar: solution moralement efficace n°6.
NB: Quand nous en sommes à considérer les blagues Carambar comme une solution moralement efficace, c'est que l'heure est grave.
Nuit du 16 au 17 mai. 1h30. La nuit est terriblement humide, et nous n'avançons terriblement pas. Brume, pas d'étoile, pas de lune, pas de vague. J'aurais presque envie qu'un cargo surgisse de nulle part pour mettre un peu d'action dans cette veillée.
NBn°2: Quand nous en sommes à espérer croiser un cargo de près, c'est que l'heure est -vraiment- très grave.
C'est pénible. Je suis de quart et il ne se passe rien,"quand soudain", je vois Maxime qui sort par le hublot avant et qui s'avance rapidement comme un funambule vers l'arrière du bateau!
- "Tout va bien, Maxime?" je ne comprends pas trop ce qu'il se passe.
Il est dans un demi-sommeil! Un brin somnambule, le Maxime? cette nouvelle donnée m'inquiète: il va falloir qu'il s'attache quand il dort, car ça pourrait être dangereux cette histoire! Les imprévus rodent mais j'aurais préféré le cargo-surprise. Cette nuit, pendant mes quarts de sommeil, je ne dors pas très sereinement et me réveille plusieurs fois en demandant "tout va bien dehors?" alors qu'il n'y a pas de raison valable d'être inquiète puisque Maxime est bien éveillé. L'angoisse n'a parfois rien de rationnel. Cette anecdote est la situation moralement inefficace n°6.
Je prends mon dernier quart à 4h et laisse Maxime dormir jusqu'à son réveil. Calée dans la descente pour ne pas être trop trempée par l'humidité, je termine de lire "L'expédition du Kon Tiki". Super livre qui me donne envie d'aller naviguer vers les îles du Pacifique. A Gibraltar, quand j'avais dit à mes parents quelle était ma chouette lecture du moment, mon père m'a raconté que, quand il avait 12 ans, fasciné par l'aventure norvégienne, il avait fait une maquette, parfaite réplique du radeau en balsa! Que mes parents ne me demandent plus de qui je tiens! Une pensée en entraîne une autre. Je pense à mes parents: à cette si petite vitesse nous n'arriverons que dans très longtemps dans les îles et comme je n'ai aucun moyen de communication ni aucune balise de suivi à la trace du bateau, j'ai peur qu'ils s'inquiètent bientôt. "Que pensent-ils, sans nouvelle, à terre? Comment les rassurer?" Penser à l'inquiétude de ses parents: situation moralement inefficace n°7.
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| arrivée du 17 mai, le jour où tout va changer.... (assurer le suspsense..) |
Le 17 mai. 9h. N33°04 W09°04. Nous buvons un bon café chaud, papotons et apprécions notre vitesse qui atteint enfin les 3 noeuds. je pars dormir vers 10h30; une heure plus tard, je me prends un sac de vêtements dans la figure! Je ne râle pas car le sac au vent qui me tombe dessus est une solution moralement efficace qui signifie que vent est arrivé! Tara Tari file à 5,2 noeuds! je lance à tue-tête un "Yahoo!" - j'allais crier "youpi" ou "youhou", mais l'occasion était trop belle pour rendre hommage à mon éditeur et mes écrits sur Yahoo! qui attendent patiemment mon retour!
7ème jour en mer et nous avons la pêche.
Yahoo! le sac qui me tombe dessus en plein sommeil: solution moralement efficace n°7.
Le compte est bon.
Capucine
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