mercredi 25 juillet 2012

de bon ton

Hiver 2012.

Au mois de Mars, j'écrivais "♪ je vois la vie en rouille ♪ ♫ ♪♪ ♫♫" ( lire ).
mais ce jour-là, je n'ai pas tout dit.
 
Bienvenue dans ma trousse à outils

Dans la vie, face à des outils rouillés; on peut 1- râler ou 2- improviser.

Option n°2. J'ai eu une idée. 

J'ai pris ce qu'il reste du Bloc marine éprouvé par l'hiver, 

tout trempé et tout salé
 un pinceau,


et j'ai improvisé.

outils marinés involontairement dans l'eau de mer

 Peinture à la rouille, aquarelle système d, adaptée aux moyens du bord.


Agréable surprise! La rouille est une bonne aquarelle! Et puis selon la qualité du métal des outils, la teinte de rouille varie et permet, d'un outil à l'autre, d'obtenir différentes nuances orangées.


Peindre des bateaux à l'eau de mer et à la rouille, 
je trouve cela de bon ton, 
à bord de Tara Tari.

et voilà comment, au lieu de râler, je me suis amusée.

à bientôt!
Capucine


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--- Ré écoutez - si vous le voulez - les dernières nouvelles de Where is TaraTari? dans Allo La Planète, sur Le Mouv' > à partir de la minute 33'25 pour les gens pressés!
Where is Tara Tari ? dans Allo La Planète - émission du 16 juillet 2012

mardi 17 juillet 2012

ce n'est pas le moment!

En France. juillet 2012.

 Sympa! mon frère m'a envoyé une photo. Quel air joyeux! En même temps, j'avoue: j'aime bien rigoler!
au départ de Barcelone, par mon frère Jérôme
Et pourtant, quand j'y pense, l'hiver n'a pas été toujours très rigolo!
Quand je dis ça, je ne pense pas aux tempêtes, au froid et tout ce côté un peu pénible de la chose car finalement, c'était prévisible et même prévu tout ça: je le savais avant de partir, que le vent soufflerait et qu'en hiver il fait froid. Non, c'est autre chose. Malgré le côté assez pas très ordianaire de mon mode de vie, en fait, mon quotidien a (presque) été comme celui de tout le monde. Avec des petits "hic" qui n'ont absolument rien eu de très spectaculaire et j'ai souvent râlé en me disant "non mais là, vraiment, ce n'est pas le moment!"...

*
Ah non mais là ce n'était pas le moment... 
Lors de ma première tempête, au Sud de Barcelone.... début décembre: tout a valsé dans le bateau, c'est le premier gros coup de vent que je vis à bord et c'était du grand n'importe quoi: des vagues qui claquent la coque du bateau, le bateau qui fonce malgré la surface réduite des voiles ou encore le gilet de sauvetage qui se gonfle tout seul à l'intérieur du bateau, le pilote automatique qui me lâche et bref: à 5h du matin après déjà une soirée et une nuit à gérer la crise, je décide de faire demi-tour. Ça, je l'avais raconté ICI, mais ce que je n'ai pas écrit c'est que dès le début de la soirée, j'ai eu envie de faire pipi - des choses qui arrivent. Mais là pour de vrai, ce n'était pas le moment! quand tout va bien, déjà, c'est une aventure: enlever le harnais, le ciré (veste smoke et salopette) trempé, le tout pliée en deux ou trois et se caler sur le seau. Alors dans ces conditions de nav' avec le bateau en furie, plein d'eau et complètement penché: c'était juste une énôorme galère! Vers 4h du matin, tant pis, j'ai amarré la barre comme j'ai pu et je me suis dépatouillée comme j'ai pu. j'ai réussi la manœuvre et pour moi, cette nuit-là, il était là, le véritable exploit!

4h du matin dans la salle de bain, à la recherche du seau bleu
*
Ah non mais là ce n'était pas le moment... de voir un pêcheur!
Autre nuit. c'était en Février. Il est 3h du matin et je me suis endormie quand soudain j'ouvre un oeil et bondis: une lumière rouge, là juste à côté de moi! Panique à bord!!! Un feu rouge, côté bâbord d'un pêcheur certainement, je suis furieuse: je m'en veux de m'être assoupie et de ne pas avoir vu avant ce bateau! Il est tout prêt!!!! Quelle nouille je suis! Mon coeur bat hyper vite.


Une ou deux secondes peut-être et je réalise que je ne suis pas sur le bateau. Mais où suis-je? Et qu'est ce que c'est que cette lumière rouge?! si ce n'est pas un feu de nav bâbord?! je fronce les sourcils et allume ma lampe de poche toujours à portée de main. je vois un mur... un interrupteur... j'allume.... Oulala. Je comprends tout. je respire profondément, et me pose sur le canapé, les jambes toujours dans mon sac de couchage. Là, bien qu'un peu soulagée, je me suis dit "ça ne va pas, moi! 'faut que je me détende un peu, là!" je cache mon visage dans mes mains. En fait, je suis dans le salon d'une famille qui m'héberge une nuit à cause des températures glaciales. Et dans ce petit salon, il n'y a pas de bateau mais une petite télé, et sur cette petite télé, il y a une petite veilleuse... de couleur rouge. Ok. On respire. Tout va bien.


*
Ah non mais là ce n'était pas le moment... de croire au rêve américain.
En parlant de télé. Mi-Mars. Au bout de la 4ème tentative de passage du Cap de Gata dans du vent fort, j'ai le moral un peu au fond des bottes. Et si je regardais un film, ça m'aiderait peut-être à ne penser à rien. Dans une rue proche du port, une petite boutique chinoise vend quelques dvd d'arts martiaux à 3 euros, je farfouille et trouve dans le tas, un film américain avec Georges Clooney: "The Perfect Storm". Bon ok, le titre n'est pas idéal-idéal étant donnée ma situation, mais bon, c'est le seul que j'ai trouvé. Je me dis que c'est un film américain et que tous les films américains racontent des histoires improbables mais qui se finissent toujours bien. Le soir, il fait froid et humide et je suis dans le bateau, ficelée dans mon sac de couchage, je regarde le film. C'est l'histoire d'un équipage d'un bateau de pêche qui part en mer et se retrouve pris dans une tempête. Le film se termine. Je referme mon ordi. "Mais quelle idée?!". Je me mets en boule, super cafardeuse. Film tragique: à la fin, le bateau coule et l'équipage meurt noyé. Parfait. super. Le seul film américain où tout se passe super mal. Et en plus, c'est une histoire vraie. Non clairement, ce n'était clairement pas le moment de le regarder, ce film. J'ai mal dormi.

*
Ah non mais là ce n'était pas le moment...
En tête de mât, il y a un feu tricolore de navigation. Un câble descend dans le mât et est relié au petit tableau électrique. Pour ne pas risquer d'arracher le câble qui passe au plafond, j'ai utilisé du gros scotch gris super costaud. Le bateau est si petit que ce serait facile de l'arracher en passant du lit au salon. Le truc c'est qu'avec l'humidité, le scotch se décolle un peu. Mais le scotch est un fourbe: et même décollé, il colle encore. Et c'est un détail que j'oublie facilement.. et aïe-euh! je me fais avoir TOUT le temps. une vraie tête de linotte (déplumée) je suis!

TaraTari Coiffure:  coupe offerte dès la première visite!
*
Ah non mais là ce n'était pas le moment... de prendre une amande.
J'adore les fruits secs! C'est bon et super bien pour la santé! Comme tout est vite trempé dans le bateau à cause de l'humidité, j'ai pris mes précautions et bien emballé noisettes, figues et amandes que je savoure comme de vrais bonbons! Manger des amandes, dans mon petit quotidien, c'est pour fêter une belle manoeuvre, un chouette moment sur l'eau, un beau nuage. Un vrai petit plaisir! Mais... parfois (et trop souvent) ce n'est pas le moment d'avoir envie d'une amande... L'humidité a eu faim avant moi: les amandes sont moisies. déception. moment pourri.

:(
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Ah non mais là ce n'était pas le moment... pour les moustiques non plus.
En fait, ces histoires de ce n'était pas le moment ont commencé avant même de partir en mer. Par exemple, lors du chantier, à Lorient en septembre, après avoir démonté, sablé et grattouillé les supports des dérives, j'ai posé la peinture anti-rouille en fin de journée. Le lendemain matin, alors que je pensais peindre vite fait bien fait tout ça en orange, et bien surprise: des dizaines de moustiques collés dans l'antirouille! Pffff. "Bah alors, les moustiques, c'est quoi ce travail?!" Je ne suis pas fan des moustiques, mais là pour de vrai je ne leur voulais pas de mal! Et en plus c'est hyper galère d'enlever des moustiques morts collés dans la peinture anti-rouille pas encore tout à fait sèche. J'ai essayé d'en enlever quelques uns mais j'ai fini par peindre le tout en orange mosquitos compris. Donc voilà. Un des secret dévoilé: en s'approchant bien des supports de dérives, on peut remarquer quelques formes étranges: celles des moustiques fossilisés dans la peinture! - pas fait exprès, promis. L'antirouille, c'est un peu l'école de la vie des moustiques. Comme le diraient mes cheveux face à un bout de scotch gris: "qui s'y colle, y reste collé". Amis mosquitos, prenez en de la graine.

Découverte : l'antirouille est un antimoustique efficace
*
Ah non mais là ce n'était pas le moment... d'être myope.
Autre gros coup de vent. Enfin, non, c'était le même, en décembre, en rentrant vers Barcelone. Toujours à la barre car le pilote automatique est fatigué. Il fait jour et heureusement parce que là, clairement, ça aurait été encore plus compliqué dans l'obscurité! En fait, je suis fatiguée et je me frotte un oeil. Pas de bol: ma lentille de contact tombe! Patatras! . Je suis emmitouflée dans mes cirés trempés et plein de sel. Assise, une main sur la barre, l'autre en train de chercher désespérément - et d'un oeil du coup - le petit bout de plastoque souple et transparent sur le pont plein de cordages. Genre, j'avais besoin de ça. J'ai fini ma nav avec un oeil. Ambiance pirate. On n'a pas la vie facile parfois. S'est-elle fait avaler par une vague? A-t-elle refait, depuis, sa vie avec un monsieur méduse? On ne saura jamais: je n'ai jamais retrouvé cette lentille de contact. ni reçu de nouvelle. Perdue de vue, comme on dit.

: /
*
Il y en a eu mille ou plus encore, des "ah non mais là ce n'est pas le moment!"
Pas de quoi rire, sérieux.

Et pourtant, quand j'y repense, en fait, si: l'hiver a été assez rigolo!
Pas une minute d'ennui.
Quelle vie! mes amis, quelle vie!

à bientôt!
Capucine


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--- Hier soir, j'étais à l'antenne d'Allo La Planète, sur Le Mouv' pour répondre aux questions d'Eric Lange. Chouette moment de radio à écouter ici, à partir de la minute 33'25 pour les gens pressés!
Where is Tara Tari ? dans Allo La Planète - émission du 16 juillet 2012

vendredi 13 juillet 2012

auprès de mon arbre

fin juin 2012. Lanzarote, dans les airs et puis à terre, en France.

Après déjà 7 mois de vie à bord de TaraTari, j'imaginais que faire mon sac pour rentrer en France allait être une aventure, mais à force d'épurer mes affaires, j'ai réussi à tout fait tenir dans mon fidèle petit sac étanche rouge Guy Cotten. De Lanzarote, je peux prendre un avion low cost pour rentrer vers l'Espagne: Raynair ne va plus en France mais le vol vers l'Espagne ne coûte que 40 euros. Nickel. Phase 1: Achat en ligne. Il faut se méfier car avant de voler, on peut facilement se faire voler: sur le site, je remplis les cases et je coche "bagage à main" pour éviter de payer un bagage mis en soute mais au moment de valider le choix pour payer, je vois que je suis sur le point d'acheter une valise! - ça commence bien ce retour. Phase 2: Enregistrement à l'aéroport: un beau blond tout bronzé - la plupart des surfeurs de l'île travaille à l'aéroport - me confirme que mon sac passe en bagage à main; 8kg. Parfait. Il fait 30°C et on me regarde bizarrement: j'ai mes bottes de mer aux pieds - elles prenaient trop de place dans le sac. Phase 3: Contrôle de sécurité: "Les passagers sont priés de sortir tous les appareils électroniques, ordinateurs et toute sorte d'appareil". Pfff. La flemme. "vous êtes sûrs?". Visiblement, ils en sont sûrs. Ok, vous l'aurez voulu: je sors de mon sac: téléphone, ordinateur, un petit appareil photo, une petite caméra gopro, deux GPS, un téléphone Irridium, une balise de détresse, un sextant, un compas de relèvement, des jumelles... Trois gars de la sécu se sont rapprochés, et les autres passagers en coups de soleil, tongs et colliers de fleurs font trois pas en arrière avec des yeux écarquillés de peur. On me demande d'enlever mes bottes et on m'interroge en pointant mon équipement: "c'est quoi tout ça?!". Phase 4: Tétris. Une looooongue file. ça dure trois plombes parce que nous devons tous faire le test de jauge du bagage à main. J'ai ré-emballé tout le matériel dans mon sac un peu précipitamment. Du coup, le sac est plus gros et dépasse la taille réglementaire. Il m'aura fallu 7 minutes pour réorganiser l'agencement intérieur pour que ça passe. Pfiou, c'était pas gagné et ça m'aurait coûté des sous. Phase 5. Embarquement. Dans le tube qui relie la salle d'embarquement à l'avion, nous sommes tous entassés. Je me sens claustrophobe. Trop de monde, pas assez d'air. Quand soudain, surprise, un beau brun avec son gilet jaune fluo de technicien de l''aéroport traverse tout le tube et me serre dans ses bras, s'exclame de joie. Son collègue l'interroge et il répond: "C'est la fille du petit voilier! Tu sais, la fille qu'on a vu à la télé! C'est elle, je te jure!!!" Et là, je reconnais ce surfeur Argentin qui était venu me voir au port: il avait en effet vu des reportages télé qui annonçaient mon arrivée sur l'archipel, et là, il n'en revient pas! Me voir, arrivée et en vrai "No me lo puedo creer!". Du coup, après le coup du contrôle de sécu, je me re-tape l'affiche, on me dévisage et je ne suis pas à l'aise. Dans l'avion, c'est open place alors je me mets sur babord, prêt d'un hublot, pour pouvoir regarder l'Ouest, une fois dans les airs. Phase 6: L'avion décolle. La petite fille assise à côté de moi, me serre la main et celle de sa maman. "ça fait un peu peur" me dit-elle timidement. L'avion est dans le ciel, et je regarde la petite fille qui est super fière d'avoir surmonté sa peur. Elle est toute mignonne. C'est bien, elle m'a aussi aidé à oublier que je m'éloigne de TaraTari. J'avais le ventre noué. Il l'est toujours. Un regard vers l'île qui devient de plus en plus petite. "Salut Tara Tari, à bientôt mon beau! Je reviens vite".

C'est curieux. En mer, j'aime regarder en haut vers le ciel, et là, dans le ciel, je me tords le cou pour regarder en bas vers la mer. L'océan est superbe, immense. Tout comme l'est le ciel vu d'en bas. Là, au large de l'Afrique, au-dessus de l'eau, je me dis que les étoiles ont aussi une jolie vue. Une vue qui me fait penser à une autre vue. Les crêtes blanches des vagues qui déferlent sur le bleu ressemblent à des petits points, elles ressemblent étrangement aux étoiles blanches qui brillent dans le noir. Et je me demande: Les étoiles font-elles aussi un vœu en voyant un vague filante? Quel vœu pourrait bien faire une étoile?

ça déferle vraiment tout en bas, c'est fou. et quand je pense que TaraTari était là, là-dessus, là-dedans, là dans l'océan, ça m'impressionne un peu. Tout est question de point de vue finalement. Du bord de mon vaillant TaraTari, si bas sur l'eau, l'horizon ne semble jamais bien loin et cela impressionne moins, je trouve. C'est bien de se donner de petits objectifs pour atteindre un but, de fragmenter. Ceux qui ont inventé les escaliers ont bien mis plusieurs marches dans leur trouvaille: pourtant le but ultime était d'arriver en haut (ou en bas selon le point de départ). Du coup, cette vue ne m'impressionne plus trop et je souris, toute seule la tête dans le hublot. je réalise que cette première partie à bord, de Kerpape aux Canaries a été une réussite. héhé. c'est chouette mais ce n'est pas fini. je suis sur un palier.

Atteindre son objectif: plan d'attaque.

Flash back au survol. Je repasse dans ma tête tous plein de petits moments vécus au même endroit mais sur l'eau, ces derniers mois. C'était tellement bien.
Tiens, un cargo! Pareil, il est moins impressionnant vu d'ici! En revanche, je me dis qu'en mer nous avons eu des cargos à vue de manière continue, et quand je vois le décor d'ici, pourtant, il n'y en a pas tant que ça des cargos! On a juste eu la même idée, de passer au même endroit au même moment. Enfin presque. Et je me demande: quelle est la probabilité de collision entre un cargo et un tout petit voilier en plein milieu de l'océan? Pas énorme, non? ça doit être comme pour ceux qui jouent au loto. Et puis je me dis aussi que si je suis un jour en situation un peu délicate, je serai bien heureuse d'être secourue par un de ces gros cargos, souvent les premiers à venir à la rescousse. Alors: zéro rancœur contre les cargos. Là, de tout là-haut je me dis qu'ils sont en fait des anges juste un peu effrayants quand on les voit de trop près. Mais pas si méchants, en fait.

Et puis soudain, par le hublot. je vois la terre. Deux terres, même: l'Afrique et l'Europe. Nous survolons la pointe Nord Ouest du Maroc et le ciel est si dégagé que la vue se perd sur l'autre continent, au loin vers l'Espagne. Dans mon hublot: le Cap Spartel et le Cap de Tarafalgar: je prends une photo toute pourrie, mais c'est plus fort que moi. Il fait grand beau sur le détroit de Gibraltar et cette vue est dingue. Aussi dingue que la traversée faite par la mer avec TaraTari. Maxime aurait certainement préféré cette traversée par les airs bien plus confortable! Dans mes pensées, je revis le fol épisode.

Traversée du détroit de Gibraltar par les airs. Vue de mon hublot.

Par leur absence, les nuages me font un chouette cadeau: la visibilité est parfaite! Et le pilote de l'avion: fait-il exprès de suivre exactement la route prise par Tara Tari? Nous longeons désormais la côte de l'Espagne. Tant de visages et de grands moments. Tarifa.. je salue le phare, Sam, sa voilerie et les kitesurfs. La baie d'Algeciras: la cardinale Est que j'avais passée à 1h du matin, au moment où la lune se levait et qui marquait l'entrée dans le détroit... Algeciras: la baie, la venue de Corentin... La Linea: Esteban, Ana, le varadero, le chantier, Ernest et les pulpitos... Gibraltar: le caillou, Ludovic, les cartes nautiques... Malaga: la nav' avec François et Julien, avec le spi d'Henri-Paul Schipman... Le cap de Gata: mes 6 tentatives de passage.. Garrucha: Lynne et les Anglais, Jose Luis et le bar du port... Aguilas: le mystère du mini taratari... le Cap de Palos: le plancton lumineux, la tempête de 17h.... Alicante: Agathe et son canap', Gonzalo, le café de la Volvo Ocean Race, Yannick, le froid et les citrons aussi.. Valence: la marina dans la tempête, Eddy mon premier poisson, Gaspar et sa famille, les cargos qui m'ont fichu la trouille... L'Ampolla: L'olivier, Joséphine, le Delta de l'Ebre, la famille Montero, les rois mages et l'accueil magique des pêcheurs... Noël en mer.. Vilanova: Auriol et Laia, Amadeu, le fromage et le cava... Barcelona: mon frère Jérôme, la naissance de ma petite nièce, ma première tempête, mon premier demi-tour, Nicolas l'Argentin, sa venue surprise en zod et son superbe court métrage sur TaraTari et moi, les discussions avec Anna... Quel voyage! Bribes de souvenirs!
Cela pourrait me rendre nostalgique, mais non, cela me donne juste encore plus envie de poursuivre la route, vivre d'autres instants improbables.

Un des grands moments, la tête dans les citrons des montagnes d'Alicante

L'avion se pose. juste au dessus de l'entrée de port. Mon frère m'attend, on se serre dans les bras. Et je poursuis ma route en bus. 24h de trajet. C'était le plus économique. Il pleut. Mais je suis heureuse de voir de grandes étendues vertes et de belles vaches dans les prairies. C'est beau une vache! Il n'y a pas beaucoup de verdure à Lanzarote, ça me plaît bien de voir les arbres. L'autocar s'arrête et je retrouve mes parents.

Ils me demandent: " Le voyage s'est bien passé ? Pas trop fatiguée? " Mes parents parlent des 3 jours  Iles Canaries - France, en partie en autocar. Plus tard des voisins me demandent : "Alors, ce voyage? Pas trop fatiguée? " Ils parlent des 7 mois  France - Les Canaries. Des amis bretons m'ont demandé: "Bien rentrée?": ils parlaient de mon retour en Bretagne. Le même jour, des amis de Lanzarote m'ont écrit: "Tu rentres quand?" : ils parlaient de mon prochain retour aux Canaries. Je m'y perds.

Suis-je en aller ou en retour? je ne rentre pas vraiment en France, puisque je me prépare à rentrer aux îles Canaries. C'est certainement le lot des nomades. Etre d'ici et d'ailleurs. Compliqué à expliquer pourtant c'est assez simple dans ma tête: Ma maison, en ce moment, est à bord de Tara Tari. Voilier petit panier en jute, et moi je suis un petit fruit voyageur, petit fruit d'un arbre qui pousse à terre, arbre de famille et d'amis. Alors comme tous les fruits rêveurs, je voyage sur mon petit panier, sans oublier d'où je viens, sans oublier l'arbre fruitier. C'est important. Un ami au corps immobile m'a dit "Merci de m'avoir fait voyager". ça m'a fait plaisir de l'aider à s'évader. A bord de mon petit panier, nous étions nombreux à voguer. Et nous allons continuer, n'est-ce-pas?

Le voyage s'est bien passé dans un sens puis dans l'autre, sur la mer, dans les airs, sur la terre, dans mes pensées et dans quelques souvenirs. Je suis là mais souvent en voyage. Décor ou pensée: tout file, tout défile.


Souvent le risque des pauses, c'est de ne plus vouloir poursuivre. C'est décevant mais cela arrive. Même si je suis très heureuse de revoir famille et amis, je sais que serai heureuse de continuer mon beau voyage. Pour être honnête, j'ai même hâte.

Quatre jours après mon arrivée en Bretagne, j'étais au mariage de mon ami Thomas. Un exemple parmi d'autres. Ici ou ailleurs, tout me rapporte à mes convictions. Jamais de nostalgie, mais bien des petits signes, des petits bidules qui attisent mon envie de poursuivre encore et encore! Même lors d'un mariage. La preuve en citron:

et moi qui leur ai offert un pommier; un vrai mariage fruitier!

Je n'avais pas 7 ans quand nous avons quitté la France, alors forcément, quand on est le fruit d'un arbre voyageur, le voyage devient assez naturellement un lieu de vie. Le fruit a besoin d'eau et de soleil pour s'épanouir sur l'arbre. le fruit aura le goût et le sang de son arbre, mais il ne restera jamais toute sa vie accroché à une branche. Certains fruits feront de nouveaux arbres. Mais souvent un fruit, on le cueille ou il tombe seul: le fruit voyage ou pourrit. moi, j'ai choisi le voyage!

Capucine


--
ps: Certains le savent, je suis aussi revenue auprès de mon arbre parce que je devais aller à l'hôpital. Et c'est fait. Merci à ceux qui m'ont envoyé de si gentils messages et cherché à prendre de mes nouvelles. Le combat continue contre les douleurs mais la bonne nouvelle, c'est que je ne me suis pas "abîmée" lors de ces 7 mois en mer. je m'accroche en attendant que les chercheurs trouvent un remède et ça va, je gère. Avec les médecins nous allons tenter de remplacer la morphine par d'autres procédés plus naturels: la nature étant pleine de ressources, nous allons bien trouver. Encore merci pour vos petits mails! Tout va bien, alors pas d'inquiétudes, ok? ;o)
à bientôt!

vendredi 29 juin 2012

le secret

juin 2012. parenthèse lorientaise.

Je ne vais pas vous mentir: Maurice Carême, avant d'avoir été une source d'inspiration a très clairement été une source de stress. Je me souviens de ces minutes un peu longues où, enfant, plongée dans une concentration intense, j'ai dû réciter au tableau, par coeur et avec l'intonation chantante, quelques poèmes de ce génie belge. D'abord le titre annonciateur, la formule magique "de Maurice Carême", l'inspiration - d'ordre respiratoire - et le récit. Oublier ni mot ni liaison: je ne m'en sortais pas trop mal mais quelle angoisse. Remarquez, poète pour écoliers, ça ne doit pas non plus être un job facile tous les jours. Pauvre poète, aux pieds si souvent écorchés.

Plus tard, l'inspiration est devenue plus cérébrale.
En lisant vraiment ses vers j'ai réalisé que ce cher Maurice avait tout compris!
Par la simplicité de son écriture et par celle de son regard sur la vie.

Poèmes simples donc on les fait apprendre aux enfants. Mais de cette simplicité-là, ce sont les adultes qui auraient beaucoup à apprendre.

*
Lorient. il y a quelques jours, avec des amis.

- " Tu sembles heureuse, Capucine "
- " je crois que je le suis "
- " Quel est le secret ? "
 
Dans ma petite tête, s'invite alors un poème. Un poème de Maurice Carême.
Un poème qui répondrait bien à quelques questions.

cadeau de mes parents

Mes parents m'ont offert ce livre, "La lanterne magique", il y a quelques années.
"Liberté " est le dernier texte de ce recueil de poésie édité en 1947.
En m'offrant ce livre, mes parents m'ont donc confié un secret. Peut-être le secret.


LIBERTE

Prenez du soleil
Dans le creux des mains,
Un peu de soleil
Et partez au loin!

Partez dans le vent,
Suivez votre rêve;
Partez à l'instant,
La jeunesse est brève!

Il est des chemins
Inconnus des hommes,
Il est des chemins
Si aériens!

Ne regrettez pas
Ce que vous quittez.
Regardez, là-bas,
L'horizon briller.

Loin, toujours plus loin,
Partez en chantant!
Le monde appartient
A ceux qui n'ont rien.

                Maurice Carême




Le jour où je suis partie avec le secret. le 17 novembre 2011

samedi 16 juin 2012

taguella tsouin tsouin

Hiver 2012.

C'est en Libye que j'ai appris à cuire du pain dans du sable. C'était il y a quelques années: j'étais partie dans le désert avec un petit groupe de nomades Kel Tamasheq (Touaregs). La marche dans le désert est une autre sorte de navigation, sur une autre sorte d'océan. Les nuits froides, les tempêtes de sable, et l'extrême simplicité de l'équipement tamasheq: l'expérience n'était finalement pas si lointaine de celle que je vis aujourd'hui. Le voyage est une inépuisable source d'apprentissages. Lors de cette longue marche, mes amis Tamasheq m'ont appris parmi tant d'autres choses à faire sécher la viande de dromadaire, à conserver de l'eau douce dans de la peau de chèvre ou encore à cuire du pain dans le sable.

Ali à l'heure du thé, petite peinture de mes carnets de Libye

Alors cet hiver, à l'abri du vent dans de petites criques aux pieds de falaises sans végétation, loin des villes et des boulangeries, j'ai cuit mon pain dans le sable comme me l'avait appris Ali, dans le désert.

Il faut faire très très attention avant de faire un feu et être sûr de l'endroit choisi car ce n'est pas autorisé partout et si l'on ne respecte pas les consignes, on risque de mettre le feu aux environs!
Une crique aux pieds de falaises rocheuses et bien à l'abri du vent, voilà ce qu'il faut. Il faut aussi sécuriser le foyer du petit feu, avec des pierres et avec de l'eau et du sable tout près, afin de toujours pouvoir l'éteindre rapidement. Pour allumer le feu, quelques algues séchées, du petit bois flotté échoué et bien sec, de la fibre d'un vieux morceau de palmier mort, et une pierre à feu.


Pendant que le feu prépare les braises qui nous seront utiles, il faut préparer la pâte: un peu de farine et un tout petit peu d'eau salée suffisent. Il faut ensuite bien pétrir la pâte.


La simplicité n'exclut pas la gourmandise: j'ajoute à ma pâte quelques petits morceaux d'une figue séchée..


Pétrir encore la pâte,


Les Kel Tamasheq écartent le feu, placent la pâte sur le sable et les cendres, recouvrent de sable l'ensemble et replacent le feu dessus, mais ici, j'ai fait un peu différemment car mon feu est tout petit et je n'ai pas assez de braises: j'ai donc recouvert le petit feu avec du sable,


posé la pâte sur le feu recouvert: les braises restent chaudes malgré le sable.


 Ensuite, j'ai recouvert la pâte de sable,


avant de refaire un petit feu par dessus tout ça, pour pouvoir cuire les deux côtés à la fois, sans avoir à retourner la pâte.


Le temps de cuisson? Il faut prendre le temps de préparer et boire un bon petit thé. A bord de Tara Tari, j'ai encore un peu de thym cueilli la veille de l'autre côté de la crique: quelques brins dans l'eau de ma petite théière trop trop jolie que je place sur le feu, et voilà, il n'y a plus qu'à apprécier le moment!

thym que je conserve à bord dans de la toile de jute



Deux ou trois tasses de thé plus tard,


Il suffit d'écarter les braises et de sortir le pain cuit. Si le pain est bien cuit et si le sable est bien fin, il n'accroche pas et s'en va très bien.



Ce jour-là, j'avais dû écourter un peu la cuisson du pain et cet agréable moment car la pluie se mit à tomber bbb, et j'avais dû vite me mettre à l'abri, à bord.


Mais malgré la pluie, il est très important quand on lève un camp, de toujours bien veiller à ce que l'endroit soit aussi propre et semblable à ce qu'il était, avant d'arriver.


Là, le pain n'était peut-être pas tout à fait assez cuit, mais il était néanmoins bien bon; et les petits morceaux de figue.... mmmm délicieux!

**

La cuisson du pain dans le sable et les braises est connue de ceux qui ont goûté au désert. Les Berbères l'appellent "taguella". Charles de Foucauld en a écrit la précieuse recette.

Charles de Foucauld (1856-1916) était officier de l'armée française mais à 23 ans il quitte l'armée pour partir à la rencontre du Maroc. En 1888, il publie "Reconnaissance au Maroc" et est alors reconnu comme l'un des plus grands explorateurs et géographes français. Il devient religieux et vit sa foi dans la pauvreté et l'abnégation, il devient ermite en 1901, en Palestine puis dans le Sahara, en Algérie. Il vit une longue période de méditation avant de vivre parmi les Touaregs, toujours en ermite. Assassiné en 1916, Charles de Foucauld est vite vénéré et considéré comme un saint. Il a été béatifié en 2005.

Aujourd'hui encore, les travaux de Charles de Foucauld sont une référence dans la connaissance de la culture Touareg et c'est pour cela que je me permets de vous donner la vraie recette / mode de cuisson de la taguella, extraite de son dictionnaire français-touareg:

« Pour faire une taguella, on verse dans une écuelle de la farine et de l'eau et on les mêle avec une cuillère jusqu'à ce qu'il forme un liquide homogène ayant la consistance d'une sauce moyennement épaisse ; on fait un feu à un endroit couvert de sable et propre ; quand le feu n'a plus de flammes et qu'il ne reste que des braises, on écarte un peu celles-ci, de manière à laisser à découvert, ou seulement couvert de quelques cendres, le sable du sol ; dans ce sable chaud ou ces cendres chaudes, on pratique un creux rond, de 4 à 5 centimètres de profondeur et de largeur telle qu'il puisse contenir le mélange de farine et d'eau ; on verse ce mélange dans le creux ; on le dessèche légèrement à la surface en faisant passer à peu de distance au-dessus de lui pendant un court moment la flamme d'herbages en feu, puis on recouvre le pain de cendres, et on met un lit de braises au-dessus des cendres. Quand on estime le pain suffisamment cuit dans sa partie supérieure, on écarte les braises et les cendres, on retourne le pain, et on le couvre de nouveau de cendres surmontées de braises pour que la partie qui reposait précédemment sur le sable cuise à son tour ; quand elle est cuite, on retire le pain des cendres et on le lave à grande eau : il est prêt à être mangé. »

 
En Libye, il n'y avait pas assez d'eau donc nous ne lavions pas le pain, le sable était si fin dans le désert, que de toute façon il ne tenait pas sur la pâte. Dans la mesure du possible, il faut nettoyer le pain avec vos mains ou avec un chiffon afin de ne pas gaspiller trop d'eau douce.

Vive la simplicité! A bientôt!
Capucine

jeudi 14 juin 2012

objet: texte sur toi

Toujours à Lanzarote. juin 2012.

Sortie de mon petit volcan.

Retour dans cette vie qui se vit beaucoup trop devant un écran d'ordinateur. Dans ma messagerie, un mail de Maxime Dreno, mon équipier de Gibraltar-Lanzarote, rentré en France peu après notre arrivée sur l'île. L'objet de son message: "texte sur toi". Ces lignes, Maxime les a écrites pour ce blog, parce qu'on lui a demandé comment il avait vécu cette nav, et surtout-surtout quel était son regard sur moi. Je copiecolle donc son texte. Merci Maxime pour ces lignes d'amitié. Nous ne sommes pas prêts de l'oublier, notre baptême de détroit de Gibrlatar! C'était dur mais bien: Le temps qui passe est comme une petite passoire qui égoutte les souvenirs pour ne garder que les bons moments. Hé! Pas idiote, la mémoire!
C'est chouette d'avoir des amis dans la vie.
Capucine


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Mai 2012. Par Maxime Dreno.
" Une skipper d'un petit bateau... 

Le sourire est souvent aux lèvres. Parfois il disparaît: la fatigue est là ou un petit souci la tourmente. Capucine est ainsi en mer. Elle ne cache pas grand chose de ses humeurs. Heureusement pour moi, elles ont tendance à être au beau fixe.

Après 11 jours en mer et quelques jours à terre sur la magnifique île de Lanzarote, je peux me permettre de décrire la skipper du petit Tara Tari qui a tout d'un grand.

photo d'équipage devant Casablanca

Je suis toujours en bons termes avec Capucine et pourtant cela n’était pas gagné d'avance. La navigation de Gibraltar à Lanzarote nous aura offert toutes les possibilités de conditions que l'on peut retrouver en mer et qui parfois mettent à rude épreuve le moral des marins.

Dans le vent plus que fort du détroit de Gibraltar, j'ai vu une Capucine confiante en son bateau alors que je m'imaginais déjà sur le "toit", bateau retourné aux milieu des cargos, attendant les secours. Pour autant, il ne faut pas y voir de l'inconscience de sa part. Elle a vécu plus de choses que moi à bord et sait comment se comporte Tara Tari. Elle fait aussi très attention à la sécurité, s'attachant tout le temps, mettant son gilet de sauvetage et allant sans précipitation affaler une voile d'avant récalcitrante qui ne veut pas redescendre... Elle mettra d'ailleurs un temps un peu long, pour moi à la barre, pour régler ce souci mais elle veut faire les choses bien. Une seule fois suffit d'aller jouer à l'avant dans une mer démontée...

Sortis de ce détroit en ébullition, où la seule issue n'était qu'avancer, j'ai vu une Capucine apprécier à sa juste valeur le calme relatif lorsque elle m'a relayé à la barre et c'est en toute confiance que je suis allé me reposer. A mon réveil, j'ai retrouvé une Capucine heureuse d’être enfin en Atlantique mais qui, me sentant éprouvé après ce passage difficile a su, avec l'avis du météorologue, prendre la décision de se rapprocher des côtes marocaines en envisageant une escale à Larrache. Escale que nous ne ferons finalement pas.

Une fois près des côtes marocaines, alors que le vent diminuait, j'ai vu une Capucine prenant son mal en patience, prenant le temps d’écrire, de lire, de dessiner, d'essayer de chanter, de regarder la mer et d'apprécier les milles visages qu'offre cet univers changeant d'heure en heure. Elle a aussi pris le temps de discuter et d’écouter, de partager aussi.


Sur son petit bateau de pêche du Bangladesh, j'ai vu une Capucine pêcher et essayer de donner la mort à un maquereau fraîchement sorti de l'eau. Elle était tellement mal à l'idée de lui donner le coup fatal, que le poisson en a profité pour se débattre une dernière fois, lui glisser des mains et reprendre sa liberté....

Dans le vent fort sur la fin, j'ai vu une Capucine avouant sa fatigue et sa hâte d'arriver. La dernière nuit a été éprouvante. Entre la mer et les cargos qui jouent à cache-cache derrière la GV, nous avions de quoi vouloir être au port. Cependant, Capucine s'est astreinte à faire régulièrement le point afin d’être sure de là où nous allions, et à garder sa bonne humeur...


Dans tout ces moments, j'ai vu une Capucine m'accueillant comme un hôte de marque malgré le côté spartiate de Tara Tari. Elle a su, à travers de petites attentions, rendre la vie à bord agréable. Petit café accompagné d'un carré de chocolat pour bien commencer la journée, un peu de saucisson, des amandes et des noix pour marquer la fin de la journée, etc. Elle a, j'avoue, souvent cuisiné. La cuisine est un peu étroite pour moi. Ses repas ont toujours l’inventivité des plus grands chefs malgré les ressources limitées. Tous ces petits gestes ont amélioré notre quotidien et rendu la vie du bord agréable...

"elle n'est pas trop jolie, ma petite théière?" entendu 738 fois en 11 jours

Mais je n'ai pas vu une Capucine essayant de m'intoxiquer avec des lyophilisés périmés depuis plus de deux ans! ça, je ne l'ai découvert qu'une fois rentré en France, en lisant les lignes de son blog et.. j'ai décidé de ne pas lui en tenir rigueur! :)

Parfois aussi, j'ai vu une Capucine tracassée par de petites choses. Elle a passé du temps à la recherche d'un briquet qui s'était caché dans une chaussure. Elle a été vexée de ne pas retrouver ses lentilles de vue perdues dans la bataille de Gibraltar et d'être obligée de porter des lunettes, dont une paire n'a pas supporté la navigation et s'est cassée. Elle a essayé de rassurer son drapeau du Bangladesh qui s'était carapaté de peur en haut du pataras dans le vent fort du détroit, pour qu'il redescende: mais il n'est pas redescendu montrant fièrement ses couleurs dans le port Calero.

"tu peux redescendre, maintenant, c'est bon, la tempête est finie!"

A quai, j'ai vu une Capucine fière du parcours effectué et reconnaissante de l'aide apportée. Humble, elle a reconnu que cela aurait été plus compliqué toute seule.

A terre, j'ai vu une Capucine appréciant la beauté des paysages, la joie d'essayer de nouveaux sports, le plaisir d'un bon verre de vin. Elle profite, de manière simple de ce qui l'entoure.

Dans ses gestes, son regard, ses paroles, j'ai vu surtout une Capucine amoureuse de Tara Tari et un joli couple prêt à aller loin.

A bord, a terre, en mer, j'ai vu aussi une Capucine avec quelques défauts, quelques idées fixes qui ont tendance à énerver. Un peu comme tout le monde j'ai envie de dire. Je ne pense pas que cela soit nécessaire d'y revenir. On a tendance à ne garder en tête que les belles choses.

Enfin en un an, j'ai vu Capucine dans diverses situations: en fauteuil, marchant avec une canne, pleine de rouille réparant Tara Tari, se réparant elle même, marchant sans canne, navigant avec le sourire au milieu de l'océan, surfant à Lanzarote... et offrant un joli parcours de Kerpape aux Canaries. Joli message de ce que l'on peut faire quand on le veut...

fin du chantier, à Lorient - Octobre 2011.

Un grand merci à Capucine pour ce périple (où les tournevis rouillés ont plus de valeur que les tournevis en or)

Maxime "

Maxime et sa barbe de marin à l'arrivée à Lanzarote

vendredi 8 juin 2012

départ en méditation

Lanzarote. juin 2012.

Lanzarote est une île désertique et volcanique. Après avoir gouté à la réflexion en pleine mer, je ne pouvais espérer plus bel écrin qu'un volcan pour prendre le temps de réfléchir à terre. Je pars donc, non pas en mer mais en terre.


ici, dans ce volcan.
- il est éteint je vous rassure.

Je pars avec de l'eau et mon couteau suisse, et de quoi me couvrir.
sans livre, ni aucune autre source de déconcentration.


il n'y a ici, que de la lave séchée, du sable volcanique et des couleurs qui se ressemblent,

et le silence.

à bientôt,
capucine