mercredi 18 janvier 2012

Aux feux

9-10-11-12 janvier 2012. En mer, de l'Ampolla à Valencia.

Push "start" to play.
Delta de l'Ebre - Niveau Force 'orange'

On va choisir un niveau "Force un point moins fort", genre 'bleu'.

Avec TaraTari, nous sommes à bloc. 20 noeuds de vent pour quitter la petite Ampoule, parfait. Et puis j'avais bien préparé ma nav', avec les pêcheurs. L'endroit - le Delta de l'Ebre - est connu pour être dangereux. Parce qu'il y a toujours plus de vent à cause de ce que l'on appelle un effet de site, et parce que les tempêtes fréquentes en cette période de l'année déplacent les bancs de sables qui entourent le Delta. A Vilanova, Uri m'avait dit que quand il y a du vent dans le Golfe du Lion cela signifie qu'il y en a aussi beaucoup dans le Delta de l'Ebre. Le passage est délicat car aucun abri possible entre le nord et le sud. La partie commence. Avec quelques pièges mais pas trop de vent 10 nds pour passer la Cap. Tout en douceur. Évidemment, je passe tous les endroits stratégiques de nuit, alors pas d'exception pour Tortosa.

Je pourrais dire que c'est magnifique mais en vrai, je n'en sais rien, je n'ai rien vu. Du tout. Enfin si, la lune et le phare. On m'a dit "filme" alors j'ai filmé. Et on ne voit rien. Du tout. Enfin si, la lune et le phare.
Pour regarder ce légendaire passage du Cap Tortosa, il est impératif d'ouvrir les fenêtres - et oui je sais, ça devient une manie - ou alors la porte du frigidaire, histoire d'être en conditions glaciales presque réelles.

video


Vous n'avez rien vu? Moi non plus.
Enfin si. La lune et le phare.
Mais TaraTari a passé avec succès le Delta de l'Ebre. ça, je l'ai vu, j'y étais.
Et si le plus dur était fait?
Tu parles.
Le jeu -qui n'en est pas un- commence.

The Plateforma.
Un énorme machin lumineux là-bas, un peu plus loin.
Qu'est ce que c'est que ce truc? Je ne vois rien sur la carte.
Enfin si, le phare mais plus la lune.
On m'a parlé d'une plateforme d'exploitation de gaz, inaugurée il y a trois mois. De loin, on aurait dit un immense cargo en feu. Assez terrifiant.

La nuit s'en va doucement mais le vent se lève rapidement.
Ce n'est pas raccord.
Peu importe.

una luz à l'horizon, à droite. 

TaraTari file. Vite vite vite.
A la latitude de Vinaroz, tout se complique.
Les pêcheurs.
Des armées entières.
La navigation se complique. Tout se complique.

babord

Ils sont partout.
Rouge, Vert, Blanc, Rouge et Vert.
Des feux de tous les côtés. 
Pas de panique TaraTari, on va s'en sortir.

tribord

Et j'ai rangé l'appareil photo.
Un peu trop de boulot à la barre.
Ils sont là, tout près.
Quand les chaluts sont sortis, il ne faut pas se prendre dans les funes.
Les funes ce sont les câbles en acier qui traînent le chalut, derrière le bateau.
Je vire, et enchaîne les virements..
j'évite ainsi les bateaux, les funes et les grosses vagues qu'ils forment sur leur passage.

Quand tu veux, le jour, pour vraiment venir faire la lumière sur tout ça.
Axe vertical, de haut en bas j'identifie des feux blanc, rouge, blanc, rouge.
'me souviens plus. Enfin je ne sais pas si je l'ai déjà su.
je descends dans le bateau, ouvre la bible, les cours des Glénans.
et puis je regarde dans le Bloc Marine.
C'est un bateau de pêche de plus de 50mètres dont la capacité de manoeuvre est restreinte.

Sans cesse, des "feux surprises" surgissent.
j'en découvre un, et un autre apparaît aussitôt.
le jeu s'intensifie,
Il faut tout esquiver.


Et le soleil, enfin, arrive.
Le soleil.
Feu préféré.
Feu désiré.
Et les pêcheurs sont rentrés.

Et la plateforme n'est pas rentrée.
Avec TaraTari, nous lui tournons autour.
Elle ressemble à un bateau. Immobile.
Qu'est-il passé par la tête des ingénieurs et des archis qui ont mis ce gigantesque leurre ici?!


Je fais un point toutes les heures.
Pas sur ma vie,
mais sur la carte.
Et dans mon journal de bord.
Toute la nav' est notée là,
voir notre progression est un réel plaisir.

cahier trempé par l'humidité

Je ne sais pas comment expliquer ce petit bonheur. La route se dessine.
Un crayon, une règle Cras et hop, une petite croix et l'heure, sur la carte.
La règle Cras est un double rapporteur transparent, qui permet de tracer une route ou de porter un point par relèvements sur une carte marine.
Et puis au stylo dans le cahier.
Au stylo, c'est imposé par les autorités.

carte trempée par l'humidité, en plein séchage

Nous avons bien avancé.
La preuve. Je dois changer de carte marine.
En repliant celle du Delta de l'Ebre, je souris, et félicite TaraTari.
- "Nous avons réussi, TaraTari!"
Mais la partie n'est pas finie.
Je n'ai quasi pas dormi, un stress bien veillant me tient en éveil.



Un peu de thé
chaud,
pour fêter ça.

La nuit est revenue,
et les pêcheurs sont revenus,
avec leurs feux.

Des bouées clignotent.
"Les fermes piscicoles! ça faisait longtemps!"
et les ports de commerce... Sagunto... Valencia...
35 petites minutes pour qu'un petit point sur l'horizon devienne un immeuble de containers à la hauteur de TaraTari. A la hauteur de notre position, pas à la hauteur du bateau. Ils peuvent en empiler, des boîtes. Personne n'arrive à la hauteur de TaraTari, pas même un gros cargo.



Quelques manoeuvres et le danger est éloigné.
Mais les dangers sont très et trop nombreux.
Ils arrivent de partout et le vent est désormais trop faible pour risquer de s'engager.
Et je ne fais pas la maligne.
- "Il est où, le bouton "pause" dans ce jeu ?!
Impossible de traverser, de passer l'entrée du port de commerce de Valence.
L'arrêt s'impose. Valencia, nous voilà.

Je comprends pourquoi à la maison nous n'avons jamais eu de jeux vidéos. C'est nul les jeux vidéos. Tous ces feux.. c'était tellement pénible. Envie de jeter un sceau d'eau sur tout ça. Éteignons les lumières, les rouges et les vertes et celles qui clignotent, blanches ou jaunes.

Si je m'ennuie à bord?
3 jours et 3 nuits.
Pas une minute de répit.
Cette nav était usante. 
TaraTari a passé le Delta de l'Ebre et j'ai vu la nuit, la lune, le phare, le soleil et tous les feux.
Les feux.
Remarque, nous sommes partis de l'Ampoule.

Les célébrations de Saint Jean du 24 juin sont tombées en janvier cette année.
étrange.

Capucine

2 commentaires:

  1. Hola Capucine, el día 28 de Diciembre al salir a navegar en L’Ampolla, vi un barco “curioso” amarrado en el muelle de espera, cuando regresé a puerto me acerqué a ver al Tara Tari, tan apenas el marinero supo decirme que se trataba de una joven francesa que acababa de llegar.

    Volví el día 8 de Enero y al salir vi de nuevo al Tara Tari, amarrado bajo el olivo de la gasolinera, volví a preguntar por ti pues tampoco estabas por el barco y ahora, en tan apenas 12 días, todos sabían de ti, has dejados muchos sentimientos vivos en este pequeño rincón del norte del Delta, la mayoría con el corazón encogido, pensando en los riesgos que esa joven francesa, casi una niña, va a correr en su larga travesía y todos con el deseo de que los superes con bien.

    Me hubiese gustado conocerte.

    Bonne chance, parce que vous n'avez pas besoin de courage, vous avez assez.

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  2. Pour moi aussi le passage de l'Ebre ne fut pas une partie de plaisir... Ma hantise principale, les chaluts et les bancs de sable.

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